INTRODUCTION XIX
tal d'au moins douze milliards, et souffert avec rin?asio& des carpet-baggers un fléau aussi terrible que la guerre elle-même, mais encore ils demeurent assujettis au régime douanier de leurs frères du Nord. Ceux-ci, dans le but de protéger le trayail de leurs manufactures, ont établi à rentrée des draps, des soieries, des vins étrangers, des droits prohibitifs qui varient de 40 0/0 à 300 0/0 ; aussi le Nord vend au Sud ses produits inû« niment plus cber qu'ils ne coûteraient en Europe. «C'est, disent les planteurs du Sud, un tribut pur et simple qu'il prélève sur nous, et un tribut sans compensation d'aucune sorte... Les manufactures de la Nouvelle-Angleterre nous achètent nos produits aux prix de la concurrence, ils nous vendent les leurs aux prix du monopole. C'est comme si le Nord prenait dans nos poches la différence qui existe entre les articles de consommation qu'il nous force à lui acheter et ceux des marchés d'Europe. 11 nous traite comme ses tributaires ; il a aboli chez nous l'esclavage domestique qui obligeait les nègres à travailler pour nous, mais il ne se fait aucun scrupule de nous obliger à travailler pour lui; il maintient à son profit et à not dépens la servitude économique. » Ces tarifs prohibitifs n'ont pas empêché l'industrie nationale et la marine marchande de subir depuis trois ans une crise des plus graves ; ils n'ont pas empêché les faillites de se multiplier d'une manière effrayante, le commerce de se démoraliser de plus en plus.
Le suffrage universel est le phare, l'alpha et l'oméga de la démocratie américaine ; mais ici comme ailleurs, l'élection se réduit à un escamotage, les votes s'achètent comme bétail au marché, et tout ce qui ne dépasse pas la limite extrême de la lettre delà loi rentre dans le domaine des agissements tolérés; certaines élections se sont enlevées au moyen des couteaux et des revolvers. On ne respecte pas mieux la sincérité du vote populaire que sa liberté: en fait, le peuple, la foule, demeure l'instrument inconscient et docile des deux grands partis qui sous le nom
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de républicains (I) et de démocrates se partagent la puissance. Ces partis ont une organisation permanente, une convention, des comités dans tous les townships, villes, comtés. États de TUnion; ils déploient une activité infatigable, une persévérance prodigieuse, ne se découragent jamais ; battus sur une question, ils transforment aussitôt leur programme ou platform, à vue et sans le moindre scrupule. Les États-Unis, écrit unéminent économiste français, M. de Molinari, qu'on ne saurait suspecter de malveillance à leur endroit, <c sont, comme personne ne rignore, TÉtat le plus démocratique qui fdt jamais : tous les citoyens, les nègres compris, sont électeurs, éligibles, toutes les fonctions importantes, politiques, administratives et judiciaires sont non-seulement soumises à rélection,mais encore renouvelables à court terme, un an, deux ans, quatre ans au plus. En droit, le gouvernement américain est donc, à tous ses degrés et dans toutes ses branches, la chose des dix millions d'électeurs américains, et jamais souverain plus absolu n'a régné sur les bords du Gange et de l'Euphrate. En fait, le gouvernement des États-Unis, à tous ses degrés et dans toutes ses branches, appartient à une classe de deux ou trois cent mille politiciens divisés en deux camps irréconciliables, et qui trouvent dans la poli* tique et l'administration de TUnion, des Étfits et des villes, leurs moyens d'existence. Ils font de la politique comme les manufacturiers font des étoffés de laine ou de coton, et comme les cordonniers font des souliers... Que dirait-on d'une manufacture de draps ou de souliers dont les consommateurs réunis dans leurs comices, se chargeraient tous les ans, tous les deux ans, ou tous les quatre ans de renouveler le personnel ? Il est
(1) Les répablicaios américains représentent dans une certaine mesure nos républicains unitaires, centralisateurs et autoritaires ; les démocrates se montrent partisans du principe fédératif, de l^autonomie des États; ils se rapprochent davantage des principes de Washington, repoussent le dogme de la centralisation ; aux États-Unis, les démocrates %ont les conservateurs, les républicains sont les radicaux .