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210 A^-ISVfULOBE BT LB VARÉGHAL ^P^BiPO
A neuf heures du matin^ Constantine est prise ; le 4Fapeau tricolore s^élève sur les principaux édifices, le duc de Nemours vient prendre possession du p^lai^ du bey. Le cheik, les autres autorités de la ville sont maintenus dans leurs fonctions; des ordres sévères sont donnés poi^r réprimer le pillage, faire respecter la religion et la sécurité des habitants. Bientôt la population se tranquillise sur son 8ort,et des relations amicales s'établissent entre les musulmans et les chrétiens. Trente et un chefs des tribus environaantes viennent faire leur soumission et reçoive^t d^s burnous d'investiture. Partout rétat de paix succède à Tétat de guerre.
On ne peut pas dire au bey Achmet ce qu'on disait k Boabdil fuyant Grenade : <c pleure comme une femme cet^ ville que tu n'ets pas su défendre comme un homme. » Pendant les opérations du siège, il n'a cessé de menacer nos positions, d'attaquer la brigade du général Trézel, plapée sur le Mansourah. Toujours repoussé, il assista immobile, désespéré, ^l'assaut, à la prise de sa capitale; puis, comprenant que tout était fini, il s'éloigna et dis. parut dans le désert avec un gros de cavaliers.
Mais cette victoire, où nos soldats, d'après l'expression du général Valée, le glorieux vétéran des grandes guerres de l'empire <c venaient d'égaler ce qu'il avait vu de plus beau dans sa longue carrière i», cette victoire était chèrement achetée : 153 officiers et soldats tués ou morts dp maladies , 554 blessés attestaient la vigueur de la défense.
Après avoir pris )es premières mesures d'organisatioQt assuré l'occupation de Constantin^, désarmé les habitants, mis la place en état de prévenir un retour offensif, le géi][éral Valée laissa une garnison de 2,500 hommes avec des punitions de guerre, des vivres ppur six mois,
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et ramena la colonne expéditionnaire à Bone, où elle arriva le 3 novembre. Le roi le nomma général en chef de Tannée d'Afrique, et le bâton de maréchal de Franco «lot une noble confirmation d'une nomination préparée pir le dévonement, faite par le canon et sanctionnée par la victoire. »
Les restes du général de Damrémont, tué comme Torenne, forent solennellement déposés aux Invalides, cette sépulture des grands capitaines ; TÉtat adopta sa îeave et ses enfants. Le gouvernement rendait un juste hommage aux talents que ce général avait déployés, à rédat d'une mort glorieuse, et témoignait ainsi de la reconnaissance de la patrie envers l'armée.
fixécuter et appliquer le traité de Tafna, créer une société européenne à côté de cette société arabe organisée par le génie d'Abd-el-Kader, achever la conquête de la province de Constantine, tel fut le but du maréchal Valée dans cette période de tranquillité relative qui commençait pour nous. Cette double'tâche, il la conduisit avec cette forte impulsion, cet esprit d'ordre et de méthode, cette persévérance qu'il apportait aux travaux de la paix comme à ceux de la guerre. De 1837 à 1839, l'infatigable sèle de ses troupes lui permit de réaliser son plan : elles construisirent cent lieues de routes, dessé* chèrent plusieurs lieues de marais, élevèrent onze camps retranchés, des casernes, des arsenaux, des fortifications; sans proférer une plainte, sans que la discipline, cette pierre de touche des armées bien constituées, reçut une attttute, elles firent tous les métiers, par tous les temps, ptr tontes les saisons, sous un climat insalubre, pres-^ V^ aussi meurtrier que la guerre. Près de 6,000 hommes ptyèrent de leur vie cet héroïsme d'autant plus beau
ii2 ÂBD-BL-KADER EL LE MARÉCHAL BUGEAUD
qu'il demeure obscur et ignoré ; des régiments entiers entrèrent à Fhôpital, et la plupart n'en sortaient que pour aller au cimetière ; ces hôpitaux manquaient des choses les plus nécessaires, et Ton a rapporté cette stoïque réponse d'un malade à son général qui demandait ce qu'on pouvait faire dans de semblables charniers : «Nous y mourons, mon général.»
La chute du bey de Constantine laissait les tribus éloignées de la capitale dans un état d'indépendance qui pouvait prompte ment dégénérer en anarchie. Le maréchal Valée sentait l'obligation de conquérir la province, il s'y prépara dans les limites du possible.
L'espace nous manque pour raconter en détail les souffrances, les travaux , les combats incessants de la division de Constantine de 1837 à 1839, les routes construites à l'exemple des Romains, les villes occupées ou relevées. A la fin de l'été de 1839, le vaste pays qui s'étend des frontières de Tunis au Djurjura était soumis : beaucoup de chefs arabes s'étaient ralliés, marchaient dans nos rangs et commandaient de nombreuses troupes indigènes; parmi eux, Ben-Aïssa, l'énergique défenseur de Constantine, El-Mokrani, le plus noble parmi les plus nobles Arabes, Kaïd-Ali, soldat parvenu qui disait en montrant sa croix d'honneur : « Je suis noble, moi aussi, voilà ma généalogie. »
Une grave question qui restait en suspens, fut résolue pendant l'automne de 1839. Avant d'engager contre le prince des croyants une nouvelle guerre que de nombreux symptômes permettaient de croire imminente, afin de lui opposer une barrière compacte formée par la réunion du réduit de la province d'Alger avec le beylik de Constantine, le gouverneur général tenta une grande reconnaissance dont il confia le soin au duc d'Orléans.
Il ne s'agissait de rien moins que de se rendre de Philippeville à Constantine et Alger, en passant à Sétif, aux Portes-de-Fer, au fort de Hamza, d'opérer une marche de 120 lieues, dont plus de moitié à travers des pays iflcoonus, de tromper la surveillance des lieutenants d'Abd-el-Kader. Deux petites divisions, commandées par les généraux Rulhières et de Gallois, devaient appuyer le mouvement, et donner la main au duc d'Orléans. Cette aventureuse et romanesque expédition eut un plein succès : le 20 octobre la division d'Orléans franchit sans coup férir le célèbre défilé des Bibans ou Portes-de-Fer, que les Turcs n'avaient jamais traversé sans payer tribut, où les légions romaines n'étaient jamais parvenues. Dans cette forteresse naturelle, véritable coupe-gorge , où quelques hommes auraient suffi pour arrêter une armée, la colonne mit quatre heures à défiler. Après deux rencontres avec Ben-Salem, bey de Sébaou pour le prince des croyants, elle termina par uneentrée triomphale à Alger sa longue et pénible reconnaissance. Elle avait en dix jours franchi les 68 lieues qui séparent Sétif d'Alger, livré deux combats, traversé des montagnes réputées impénétrables, enlevé à l'ennemi des chevaux, des prisonniers, et n'avait laissé en arrière ni un homme ni un mulet.
Sans doute, le maréchal Valée a beaucoup fait, mais Abd-el-Kader a fait davantage encore. Ce traité de la Tafna, cette paix boiteuse et mal assise, il l'a utilisé pour consolider, étendre cet empire arabe, si Jiabilement ébauché pendant la première trêve. Il s'est débarrassé par la persécution des nombreux restes de la race turque à Tlemcen, Milianah et Médéah : aux divisions des tribus, à l'inégalité des conditions, il a tenté de substituer cette fraternelle égalité qui, dans d'autres temps, a fait 1* grandeur de l'islamisme. « L'art de juger et de choi-
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sir les hommes, éorit le due d'Orléans^ cette faeulté surnaturelle que Dieu n'accorde qu'à ses élus^ eette seconde vue dont Âbd-el-Kader est doué à un si haut degré, ajoute encore à la force d'un gouTernement qui était puissant, parce qu'il était le gouTernement de toutes les traditions, de tous les intérêts, de toutes les ëspéraûeeB. C^était le Coran mis en action, c'était l'organisation de la guerre sainte. Ce fut selon cette pensée exclusite et passionnée, qu' Abd-el-Kader qui servait pour ainsi dire de moule à la nation arabe, constitua le pouvoir d'abord, puis le peuple, puis le sol lui-même... Il maniait facilement les Arabes par la réunion de l'autorité religieuse, politique et militaire, à tous les échelons d'une hiérA^ chie simple qu'il résumait tout entière dans son triple caractère de prophète, de prince et de générale Todt en stimulant l'enthousiasme anti-chrétien, en donnant un rapide essor au fanatisme, il se mettait en mesure de se passer de ses capricieux auxiliaires. Son armée pégpulière fut accrue et perfectionnée, elle devint im tnoyen d'administration , elle servit de cadre à la landwehr des tribus et fut le ciment d'une coalition dont il fallait briser jusqu'au dernier chaînon, sous peine de n'avoir rieû vaincu. Chaque musulman reçut ou acheta un fusil et un cheval. En même temps que l'émir multipliait ainsi les soldats, dépeuplait les villes et rasait les maisons^ le peuple arabe, réarmé, remonté et rendu plus nomAdé, •devint indivisible et insaisissable. L'émfr régulbiisait ainsi systématiquement ce qu'il avait essayé par iûstinbt pendant la guerre. Il ajoutait aux moyens de combattre et diminuait les moyens de vaincre. •• Tour À tottr légiB^ lateur et bourreau, général et soldai, roi et ouvrier, le fils de Mahiddin subit, comme le czar Pierre, l'obligation imposée à chaque foudateur d'empire, d'être à la fois
âfiO-BL-KADftR ET LB MARÉCHAL BUaSAUD 315
sabliâie et trivial^ de redescendre niômentanâmént aux derniers échelons d'une isioeiété qull dominait de si haot»
Èà arrière des yilles dont il peut craindre Toceupation par les Français^ à quarante lieues au sud de TAtlas^ * il a fondé une ceinture de forteresses nourellëd i Bogiiar^ Thasa, Saïda, Tafraouàj Tagdent lui serviront au besoin de refuge^ de seconde ligne de défense. O'e^t Ih^^ qu'il cache son trésor ^ ses dépôts , ses fabriques ) ses arsenaux ; il a choisi des montagnes, des peints reculés qu'il juge inaccessibles aux colonnes françaises embarrassées par un immense matériel. Il a soumis le désert, les hommes dd ^irande tente ; un seul homme, le marabout Tedjini, brave encore son autorité dans sa forteresse d'Aïn-Mâdy , située à soixante dixsept lieues au sud de Mascara. Abd-el-Kader marche contre lui« et, ne pouvant réduire la ville par le eandn, fcNrme un blocus pour plrendre leë habitants par la famine. Après six mois d'Une opiniâtre résistance, Tedjini consent à capituler ; F émir viole le traité^ fait démanteler les remparts, sauter les fbrts d*Aïn-Màdy, et cette vietaire ajoute un nouvel éclat à Tauréole qui Tentoure*
L'ambition^ le fanatisme le poussent à déborder en dehors du territoire où le traité de la Tafna a vainement prétendu le contenir. Dans le courant de Tannée 1839, ses lieutenants essaient d'envahir la province de Gons-' tantine^ il envoie son bey de Sébaou lever l'impôt dans la lledjana au profit du sultan de F Algérie^ encourage les brigandages des Hddjoutes, provoque à la [désertion les indigènes enrôlés sous les drapeaux de la France^ les intite à de nouvelles vêpres siciliennes contre nous^ interdit sous peine de mort à ses sujets , la vente des cbe* ^Qx dont nous avons besoin et la fréquentation des
marchés français. Il persuade aux Arabes que les Français nepeuventpas s'éloigner dulittoral. ails sont comme les poissons, leur dit-il, ils ne peuvent vivre qu'à la mer ; leur guerre n^a qu'une courte durée et ils passent comme les nuages. Vous avez des retraites où ils ne vous atteindront jamais. »
Au mois d'août, Abd-el-Kader visite Jui-même les Kabyles de Bougie, fait prêcher la guerre sainte dans toutes les mosquées, et faire en son nom la prière, dite jusqu'alors pour l'empereur du Maroc. Il inonde les tribus de proclamations qui se terminent par ces paroles : <c Au reçu de cet ordre, attaquez donc partout l'infidèle avec union et sans relâche ; punissez de mort les renégats qui se soumettraient à lui ; n'ayez qu'un seul cœur, ne faites qu'un seul fusil, et, s'il plaît à Dieu, la victoire couronnera partout notre persévérance. »
Dans le Tell et le Sahara, l'enthousiasme] déborde en poésies populaires : ci La guerre ! nous voulons la guerre ! s'écrient les bardes africains. Qu'attendons-nous pour jeter les chrétiens à la mer? N'avons- nous pas des cavaliers montés sur des chevaux qui volent sans ailes? N'avons-nous pas une infanterie dont les feux ne s'allument que pour broyer l'ennemi? N'avons-nous pas des canons qui ruinent? N'avons-nous pas vendu nos âmes à Dieu? La guerre ! nous voulons la guerre ! La haine du chrétien est un héritage qui nous a été légué par nos pères. Et nous ne pouvons pas refuser l'héritage de nos pères. »
L'exaltation des Arabes ne connaît plus de bornes, lorsque l'émir, rentrant à Mascara, fait vendre sur la place publique tous les bijoux de sa femme, de sa famille, en verse le produit au trésor. Ils se croient revenus aux plus beaux jours de l'islamisme, et, dans
kars hymnes patriotiques, se promettent non seulement d'expulser l'infidèle de la terre musulmane, mais d'envahir la terre chrétienne, a Un jour, nous passerons la mer avec des barques, nous prendrons notre revanche,.. Noos vaincrons les infidèles, nous habiterons leur pays. Notre pays, ne l'ont-ils pas habité avec leur croix ? Le sultan enverra Yammi aux chrétiens, ils lui conduiront des Godas, disant :« seigneur des seigneurs, vous êtes le couteau et nous la chair. Tranchez comme il vous plaira.» Il leur donnera le cachet, le burnous d'investiture, et les fera chefs dans chaque contrée. Quant aux insensés qui voudraient combattre, nous fondrons sur eux comme Tépervier sur les petits oiseaux dont il brise les ailes... Oui, nous envahirons le pays des chrétiens, nous nous y établirons, nous le sèmerons de mosquées; nous y chanterons les chants les plus chers, nous y proclamerons Dieu Tunique; la religion de la croix s'éclipsera, rentrera dans le fourreau, et la religion du Prophète sera connue et confessée. »
L'orage éclate au mois de novembre 1839 : au milieu delà paix, sans déclaration de guerre, en vrai barbare, rémira donné le signal d'une prise d'armes générale. LesHadjoutes surprennent les colons de la Mitidja, saccagent; brûlent nos établissements ; les beys de Milianah et de Médéah, les Kabyles détruisent plusieurs détachements. L'un aeux que commande le sous-lieutenant Colomer, est enveloppé par un millier d'Arabes. « Souvenez - vous , dit à ses hommes le brave officier, souvenez - vous que vous êtes Français et que chacun de vous vaut vingt Bédouins. S'il faut périr ici, vendons chèrement nos têtes. » Les cartouches furent bientôt épuisées, et les trente soldats massacrés, sauf un seul, qui, laissé pour mort sur le terrain, put
3t8 âBD"H£-KADBB Bt LE ■AHÉCfiAIi BWBAOB
raeentor le cMimbat et la belle oondaite de Oelomer.
Là lendemain^ Un détachement de 50 hommes est assailli par des nuées d'Arabes ; inquiet sbr son sort^ le commandant du camp de TOued-e^Aleg marche à,80Q secours aTec deux compagnies de son bataillon et nû pelotoii de ohassedrs d'Afrique ; lui-même est entouré pai^ une véritable armée musulmane, et la petite colonne n'opère sa retraite que diminuée de moitié; Dans ce combat, le capitaine de toltigeursGtandchamps est blessé de dix-huit coups de yatagan, et tellement défiguré que lés Arabes négligent deltai couper la tête; Ayant encore la connaissance, mais incapable de remuer ou de parler, il subit rhorrible supplice de servir de billot à soixante de ses camarades décapités sur sbn corps. La garnison du camp de rOued-^l-Aleg vint le relever au milieu d'un moilbeau de cadavres ; il guérit de ses blessures et devint un de nos bons officiers généraux.
Alors seulenlent Abd-ël-Kader croit devoir annoncer au gouverneur général que tous les musulmans veulent recommencer la guêtre sainte.
Aux premières nouvelles ^ le gouvernement a ordonné rembarquement d'un nombre considérable de troupes, avec de grandes quantités de vivres^ de munitions et de matériel. L'exécution de ces ordres va augâienter l'armée d'Afrique d'environ 20,000 soldats, porteir son effee* tif à 66^000 hommes. Les Chambres ont enfin compris qu'il n'y a pas de milieu entre l'eccupation edhplète^ la conquête de toute la régence ou son abandoni que l'dccupation restreinte est une chimère.
Dii mois de tiovenibre à la fin de l'année 1840, nos .soldats soutiennent de toutes parts de sanglants combats, font face à un ennemi bien supérieur en nombre ) dans la Mitidjft, au col de Mousaïa, au pied du Che-
IU»>-B£»KADBft BT Ll MâRÉCHAC BU6IAVD 119
noûan^ ééhs la vallée du Ghélifif, sur rOuamri^ ehaque jour est marqué par un engagement, ehaque pouee de terrain disputé avec acbarnemeilti ehaque passage de montagne défendu par Tinfanterid régulière de Témir et des milliers de Kabyles, tandis que les cavaliers arabes siUomient la plaine^ soutenta et contenus par les Roitges (earalerie régulière) du prince des croyants;
Le premier fait d'armes de Tannée 1840^ la défense de Masaghmi mérite d'être rapporté comme un des plus beaux traits d'héroïsme de nos annales militaires : c'est là que pendant quatre jours et quatre nuits, derrière QQ pan de muraille, 123 hommes du 1^' bataillon d'infimtërie légère soutinrent^ du 2 au B février^ le choc dé 15,000 Arabes; Devant cette prodigieuse résistance, l'ennemi se i^tira, emportant ses morts et ses blessés au nombre de cinq cents. Un ordre du jour proclama que la 10* compagnie garderait son drapeau criblé de balles, et pour fêter ce glorieux anniversaire, le gouvernement toulttt que chaque année, le 6 février, il fût fait, devant le front du bataillon, lecture de l'ordre du jour et des récompenses accordées à ces bravéSi Une souscription natio&ale fut ouverte pour qu'un monument perpétu&t le souvenir de ce sublime effort de courage.
Un des premiers soins du maréchal Valée fut de venger une insulte faite à notre pavillon par les Kabyles de Cherchell ; le 15 mars il fit enlever et ocou^ier cette ville. Presque en même temps^ un chef indigène^ notre ami dévoué^ le cheik El-Arab-Ben*Gouah livrait un heureux oombatà Ben-Azoun, khalifade Biscara^ lui prenait trois drapeaux^ deux pièces de canon, cihq cents fusils ^ et envoyait au gouverneur de la province quatre cent cinquante oreilles droites, étrange et sanglant témoignage de sa victoire : « Nous devons, lui éorivait-il 4 ce sueeès
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à votre bonne étoile et à la protection de Dieu. Nous sommes vos enfants et nous vous suivrons jusqu'à la fia avec une entière fidélité. »
Au mois de mai 1840, une colonne française, commandée par le duc d'Orléans, marcha sur Médéah, capitale de la province de Tittery, centre des opérations du prince des croyants; le 12 mai, elle culbutait l'armée ennemie, forte de 20,000 hommes, franchissait le col de Mouzaïa et s'emparait de Médéah évacuée parles Arabes. Quelque temps après les colonels Changarnier et Bedeau prenaient possession de Milianah.
Malgré de brillants succès, malgré la soumission de Cherchell, Médéah et Milianah, la situation n'était pas sensiblement modifiée. Afin d'imprimer à la guerre une impulsion plus énergique, le cabinet du 29 octobre décida le rappel du maréchal Valée et son remplacement par le général Bugeaud. Celui-ci avait pour mission expresse de faire une guerre à outrance à l'émir, de soumettre toute l'Algérie; de 65,000 hommes l'effectif de l'armée arriva aussitôt à 79,000, pour atteindre successivement, en 1847, le chiffre de 100,000.
Il n'était pas besoin de recommander au nouveau gouverneur général une lutte à outrance ; la trempe de son caractère, son patriotisme élevé étaient de sûrs garants de la passion et de la ténacité qu'il apporterait à remplir cette grande tâche : <c C'était, dit M. Guizot, un homme d'un esprit original et indépendant, d'une imagination fervente et féconde, d'une volonté ardente, qui pensait par lui-même et faisait une grande place à sa propre pensée, en servant le pouvoir de qui il tenait sa mission. Ni l'éducation ni l'étude n'avaient, en la développant, réglé sa forte nature ; jeté de bonne heure dans les rudes épreuves de la vie militaire, et trop tard dans les scènes
ABD-EL-KADER ET LE MARÉCHAL BUGEAUD 22 i
compliquées de la vie politique, il s'était formé par ses seules observations et sa propre expérience, selon les iostiocts d'un bon sens hardi qui manquait quelquefois de mesure et de tact, jamais de justesse et de puissance, n avait sur toutes choses, en particulier sur la guerre elles affaires d'Algérie ses idées à lui, ses plans, ses résolutions; et, non seulement il les poursuivait en fait, mais il les proclamait d'avance, en toute occasion, à tout venant, dans ses conversations, dans ses correspondances, avec une force de conviction et une verve de parole qui allaient croissant à mesure qu'il rencontrait la contradiction et le doute. Il ne se faisait d'ailleurs aucune illusion sur les difficultés naturelles de sa mission et sur retendue des moyens nécessaires pour les surmonter. Cet esprit^ qui par son exubérance et sa confiance dans ses conceptions^ semblait quelquefois chimérique, était remarquablement exact et pratique, attentif à se rendre un compte sévère des obstacles qu'il devait rencontrer et des forces dont il avait besoin, n'en dissimulant rien à personne 'pas plus qu'à lui-même, sans complaisance pour les fausses espérances du public, sans ménagement pour les embarras ou les faiblesses de ses supérieurs. C'était un agent parfaitement véridique et puissamment efficace^mais peu commode et qui mêlait avec rudesse l'exigence à l'indépendance. v>
Le général Bugeaud apportait une force toute morale qui fit autant pour la conquête que l'argent et les soldats ; il ne doutait pas, il avait foi en lui-même. La plupart de ses prédécesseurs n'avaient représenté que l'incertitude des ministres et du Parlement : chacun agissait à sa guise, le plus souvent à l'aventure. Les Turcs avaient été sensés et braves en Afrique, nous y avions été braves et impolitiques. Les autres généraux avaient préféré le système
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de eamps multipliés avec de petites colonnes mobiles & celui de grosses colonnes avec peu de camps : Bugeaud prit toi^t d'abord le contre-pied de leurs errements. Il reprit, développa, appliqua sur une grande édielle la théorie qui, en 1836, lui avait valu la victoire de la Sickah, donna à la guerre un caractère d'initiative hardie, de prompte et infatigable activité.
Son effort de génie consista surtoutà alléger son armée : il représentait le rôle de l'infanterie dans la guerre d'Afrique comme celui d'une forteresse mobile qui fait voyager avec elle ses magasins ^ et peut au b^oin envoyer une partie de sa garnison faire des sorties sur l'ennemi. Pour vaincre l'Arabe, il ne fallait pas attendre que celui-ci vînt offrir le combat, il fallait toujours attaquer, toujours poursuivre, jusqu'à ce qx\Q l'horison de la guerre fût partout balayé. Plus on presse cette guerre, moins on prodigue les bras et l'argent. Il fallait que le drapeau françids, à la première velléité de révolte, apparût comme le trident de Neptune, pour chasser U% vents et abaisser les flots, qu'il eût le don d'ubiquité, afin d'empêcher le mal et de produire le bien ; il fallait âtre plus rapide que les nomades, plus agi)e que \e^ Kabyles, plus fort et plus hardi que tous. Aujourd'hui, dirent bientôt les soldats, notre père Bugeaud veut que nous ayons des jarrets de cerf, des ventres de fourmi et des cœurs de lion.
Aveo le duc d'Orléans, le nouveau gouverneur généra^ avait, i|n des premiers, compris combien l'émir était un redoutable adversaire ; il savait à quel point il importait de l'empêcher de rien organiser ou consolider, quel prestige il exerçait sur les Arabes nar son génie, par son caructère religieux, par l'influence de dix ans de règne. Il voyait en lui non un chef de partisans, mais un apôtroi
on prétendit légitime, un pripce ^sufé de 4'ftmQur passionné de ^us les iQusula^fi^^d, et |l éUiit fléoi^é à aller le chercher partout, jusqu'au fond 4^ à^^PV^j QÙ, comme le personnage mytl^olpgique de la Faille, Abd-el- Sader puisait de nouvelles forces apr^s chaque phutQ.
Pour réaliser ce^te idée juste et grande, {g géi^^ral Bageaad conçutlapens^e d'établir en 4]8fAriQ t^Qi^ lignes de postes parallèles: l"" lesposte; duUttoral, pipd-^à-terre obligé des arrivages de la métropole, et grandes bases d'opération de Tarmée; 2^ les postes agissants de la ligne centrale^ embrassant dc^ns leur rayoï^uement ^(^ntigH toute la surface du Tell; 3^ les postes de la ligne de^ i^efTs, sentinelles du désert, véritables i)ras de leviers néi^-r saires pour nos colonpes mobile^, phargés de visiter les tribus douteusesK^e châtier ]es mqindres infraetioi^s à Tordre,
Au bout de quelques mois, des résultat^ décisifs ont prouvé Texcellence du système* Tandis que ses lieutenants, les généraux Baraguay-d'Hilliers et Négrier, détruisent Boghar, Thaza, anéantissant rinfli}ence d'Abdel-Kader h Msilah , le général Bugeaud s'empare de Tagdent, une des meilleures places de Témir^ marche sur Mascara dont il se rend également maître. D'beur reux combats, l'invasion 4^ pç^ys encore inexplorés, la capture de nombreux troupeaux, la préation^ de bases importantes munies de garnisons agissantes^ tels sont les fruits de cette première campagne de printemps*
Dans la campagne d*autûmne> le gouverneur général sort de Mostaganem, pénètre i^ la poursuite de tribus hostile dans les montagnes de SidirYahia, où les Turcs n'ont jamais osé s'engager, y ppère une forte razzia. Par 9f» ordres, le générel Lanioricière opèr^ le ravitaillement de Mascara,, QÀ il établit son quartier général, pui8>
rayonnant dans toutes les directions^ il renverse la forteresse de Saïda, détruit le village de la Guetna, berceau de la famille d'Abd-el-Kader. Dans le discours du trône, le roi a déclaré solennellement que la terre d'Afrique sera <k une terre désormais et pour toujours française d.
En 1842, le général Bugeaud, parti de Mostaganem, rallie à sa colonne 2,300 cavaliers arabes pris dans les tribus soumises de TOuest, rejoint le général Changarnier, enveloppe dans un grand mouvement combiné les rebelles de F Atlas entre Médéah et Milianah, obtient de nombreuses soumissions. A la fin de l'automne, la guerre se trouve concentrée entre le Chéliff et la Mina. Abd-el- Kader a perdu les cinq sixièmes de ses États, tous ses forts ou dépôts de guerre, son armée permanente, le prestige de sa situation antérieure. La province de Tittery est pacifiée et organisée jusqu'au désert.
L'indomptable émir reste inaccessible au découragement : suivi de quelques milliers de chevaux, il va de tribu en tribu, détruisant TefTet de nos expéditions, rallumant sur chaque point l'incendie. Dès le mois de janvier 1843, il reparaît, s'assure le concours des Kabyles de Bougie, porte l'insurrection jusqu'à la ville de Cherchell et menace de l'étendre dans tout TAtlas autour de la Mitidja. A son tour, le gouverneur général jette les bases d'Orléansville et de Ténès, pénètre avec trois colonnes dans le pays soulevé, brûle la ville d'Haïnda et refoule son adversaire dans lès monts Gouraïa. Alors, il lance le duc d'Aumale à la poursuite de l'émir. Le prince rencontre près de Taguin sa smalah (famille, tentes, troupeaux), qui compte près de 5,000 combattants : tt C'était, écrit le général Bugeaud, une grande ville ambulante qu'on pouvait considérer comme la capitale de l'empire arabe, » On combat un contre dix ; mais surpris
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parla manœuvre habile et rimpétuosité du jéùne général, rennemi ne sait pas profiter de la supériorité de ses forces ; le duc d'Aumale lui tue trois cents hommes, prend quatre drapeaux^ un canon, un immense butin, fait quatre mille prisonniers. La femme et la mère de Fémir n'échappent que par miracle. Ce brillant coup de
main porta une atteinte funeste à la fortune d'Abd-el<^ Kader.
Pendant Tautomne, le gouverneur général qui vient detre nommé maréchal de F/*ance, envahit une troi* sième fois les montagnes de TOuarensenis, réduit les diefs de cette contrée, toujours vaincus, et toujours disposés à la révolte. En même temps, les généraux Lamoricière et Changarnier jettent les bases de deux nouveaux établissements militaires, Tiaret et Teniet-el-Had. Enfin, dans un sanglant engagement sur TOued-Malah, le 11 novembre 1843, Témir perd son plus habile, son pins dévoué lieutenant , Sidi - Einbareck.
L'année 1843 est signalée par des pas décisifs dans la voiedelaconquêteetdelacolonisàtion. De 44^000, le chiffre des colons monte à 65,000 ; douze grandes routes 9ont entreprises, douze autres sont déjà praticables dans tout leur parcours; le gouvernement du roi a rendu une excellente ordonnance pour faire admettre dans la métropole, à des prix réduits, les produits du sol algérien^ et favoriser l'introduction dans la colonie des produits français, a La bonne guerre , écrivait Bugeaud , fait tout marcher à sa suite. Vous seriez de cet avis si vous pouviez voir la fourmilière d'Européens qui s'agite en tous sens, d'Alger à Milianah et Médéah, de Tenez à Orléansville, de Mostaganem à Mascara, d'Oran à Tlemcen. Le premier agentde la colonisation et de tous les progrès, c'est la domination et lasécurilé qu'elle produit. Que pouvait-on faire quand on