‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848Chapitre 11 sur 78 · II · texte numérisé non relu

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ne pouvait aller à une lieue de nos places de la côte sans une puissante escorte? On ne voyageait^ on ne transportait que deux ou trois fois par mois. Aujourd'hui, d^eat à toute heure, de jour et de nuit, isolément et sans armes. Aussi le mouvement correspond à la cicmOanoe ; les hommes et les capitaux ont cessé d'être timides; les constructions pullulent, le commerce prospère^ nos revenus grandissent et l'impôt arabe, malgré les destmctiens de la guerre, donnera cette année plus de deux millions. Voilà ce que fait ce gouvernement A Iftche , si rampant devant l'étranger : il soumet un peuple puissant par le nombre, et, plus encore, par ses moBurs belliqueuses, par son sol hadié et dépourvu de routes, par son climat, sa constitution sociale et agricole, sa mobilité qui lui vient de l'absence de toute richesse immobilière, enfin par son fanatisme retigienx et bi dissemblance de ses mœurs avec les nôtres. .. Voilà, ce me semble, des faits à imposer aux insolentes déda* mations de nos adversaires. La charrue ne peut aller, comme le voudraient les journalistes, de front avec l'épée. Celle-ci doit marcher vite, et la colonisation est lente de sa nature. )»

Au printemps de l'année 1844, le maréchal dirige en personne une expédition contre les Kabyles, leur livre deux combats acharnés, s'empare de Dellys, divise le pays soumis en trois Aghalicks, y installe des Aghas et des Khalifas. Dans la province de Constantine, le duc d'Aumale expulse du Zab les agents de l'émir, s'empare de Biskra, soumet les Ouled-Sul tau, et pacifie le Belesmt tout entier, A la suite d'une heureuse expédition du général Marey au sud de Tittery, une partie du désert et le célèbre marabou tTedj ini reconnaissent notre domination.

Dès 1843, la lulle n'a plus été, dans le pays facile,

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qo^Qoe qaesUon de Titedse, et le maréchal a commencé i agir avec des colonriea d'infanterie montée ; ce n'est |das une chass$ au lion qu'it mène en Afrique y c'est une chme au renard. Cependant, l'émir lutte contre w maunise fortune a:yéc une admirable énergie. Dans un de ses moments les plus critiques, il se contente de dire : «Quand, placé sur le rivage, on regarde les poissons nager librement dans la mer, il semble qu'il n'y ait qu'à étendre la main poui* les saisir : et cependant il fisiut tout l'art et les filets du pêcheur si l'on veut parvenir à s'en mparer. H en est de mdme des Arabes. » Bt semblable an vaillaat assiégé qui, pendant la nuit, répare en silêQce la brèche que le canon a faite de jour à ses remparts, Abd-d-Kader travaille sourdement à retirer de dessous les décombres les débris de son édifice, à les transporter sur le sol du Maroc, à les asseoir dans un ordre semblable à celui d'autrefois.

n s'est réfugié sur la frontière du Maroc pour y chercher de nouveaux auxiliaires et y ranimer un foyer de résistance ; là, il a choisi pour retraite la province du RifT, habitée par une population féroce qui ne supporte ni lois, ni maîtres, vit de rapines et de violence, retranchée dans des montagnes escarpées, comme le faucon dans son aire. C'est de là qu'il inonde le pays de ses proclamations, qu'il s'élance pour tenter, avec ses bandes errantes, de brusques incursions dans la régence, pour visiter les tribus marocaines et les enflammer par ses prédications. Il a pour complices tous les marabouts, derviches, contons de l'empire; il a souf-^ né à leur oreille le nom maudit des chrétiens, embrasé leurs cœurs de haine, flatté leurs passions, et les a lan^ ces sur la route de son ambition, dont ils sont devenus* les plus actifs instruments. Ce sont eux qui lui crécnfr

des prosélytes, eux qui prêchent aux Marocains la guerre sainte, qui leur rappellent ces paroles du Coran : «La gloire est la clef du ciel et de l'enfer I Une goutte de sang versé pour la cause d'Allah, une nuit passée sous les armes sera plus comptée que deux mois de jeûnes et de prières ; celui qui périra dans une bataille obtiendra le pardon de ses péchés. Au jour du jugement, ses blessures seront éclatantes comme vermillon, parfumées comme l'ambre ; des ailes d'anges et de chérubins rem*» placeront les membres qu'U aura perdus. y>

Bientôt Abd-^l-Kader menace de devenir plus influent dans l'empire que l'empereur lui-même , le descendant de Mahomet, le chef religieux de tout le nord de l'Afrique. Cet empire, plus vaste que TEspagne, a 220 lieues de longueur sur 150 de large, n'est qu'une barbarie sauvage qui vit au jour le jour, sous le régime despotique et rapace des pachas, sous le poids de son ignorance. Il n'a qu'une unité factice^ une circulation vitale tout artificielle ; dans ce grand corps peu homogène, la guerre civile et l'anarchie sont à l'état permanent, et le gouvernement, ballotté du nord au sud, du sud au nord, oscille entre les trois résidences de Fez, de Méquenez et de Maroc.

Abd-er-Rhaman a donc besoin de la paix, mais Abdel-Kader a besoin de la guerre , et le premier demeure impuissant à se faire obéir, même quand U a assez peur de nous pour vouloir observer une stricte neutralité. L'émir réussit à soulever un conflit entre ce prince et la France au sujet de la possession de territoires situés sur la frontière du Maroc.

Le 30 mai 1844, sans aucune déclaration de guerre, un corps de 1,500 cavaliers marocains et de 500 Arabes commandés par un prince de la famille impériale, vint

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attaquer le général Lamoricière dans son camp de Lalla- Haghrania, et fut vigoureusement repoussé jusqu^à la frontière française. En présence de cette violation du droit des gens et des traités, le gouvernement donna aassitôt à notre consul général de Tanger Tordre de réclamer les satisfactions nécessaires et de demander à Tempereur du Maroc : l"" le désaveu de cette inconcevableagression ; 2^ la dislocation immédiate des corps de troupes réunies à Ouchda, près de notre frontière ; 3!^ le rappel du caïd de cette ville et des autres agents cou* pables; 4"" le renvoi d'Abd-el-Kader du territoire maro* cain. La France voulait bien ne voir dans cette échauf* fourée qu'un simple accident et non Findice d'une rupture décidée, ordonnée par Abd-er-Rbaman ; elle n'avait pas Tintention de lui prendre un pouce de territoire ; mais elle ne pouvait soufiTrir que son empire devînt pour Abd-el-Kader un repaire inviolable.

En même temps, le prince de Joinville recevait Tordre de se rendre à Oran avec une escadre, et de se mettre en communication avec le maréchal Bugeaud ; sa présence sur les côtes du Maroc avec des forces navales avait pour but de contenir et d'intimider..

L'empereur du Maroc répondit à nos avances en termes pacifiques. On obtenait de lui des promesses^ des ajournementSy des apparences : au fond, les choses restaient les mêmes,la guerre sainte était prêchée dans tout l'empire, partout les populations se soulevaient et se dirigeaient vers la frontière. Ou bien Âbd-er-Rhaman partageait le fanatisme de son peuple , ou bien il n'avait pas la force de lui résister.

Une nouvelle trahison des Marocains vint compliquer les difficultés^ mais le maréchal se vengea aussitôt de leur mauvaise foi, en occupant la ville d'Ouchda, où il

entra sans coup férir. Sidi Ben-Dris, fils de Tempereur; somma le gouverneur d'évacuer Lalla-Maghrania, tandis qu'on osait demander à notre consul général, M. de Nion, la révocation, la punition des chefs de Tannée française. Bn vain, le gouvernement, ses agents mili* taires et civils agissaient avec une loyauté, une patience à toute épreuve : il demeurait hors de doute que la correspondance et les dépèches de la cour de Fez n'avaient d'autre but que de tromper la France, d'effectuer les levées en masse, de donner aux contingents des tribus le temps d'arriver. Le cabinet français avait fait tout ce qui était possible pour concilier les exigences de sa dignité avec les égards dus au gouvernement anglais, protecteur du Maroc, qui concevait d'excessives inquiétudes au sujet de nos prétendus projets de con* quête et d'envahissement*

Aucune réponse n'ayant été feite à l'ultimatum de M. de Nion, le prince de Joinville et le maréchal Bugeaud reçurent l'ordre de commencer les hostilités.

Le 0 août, sans perdre un instant, le prince de Joinville attaque les batteries de Tanger ; au bout de deux heures notre escadre a éteint le feu de la place et détruit les fo^ tiltcations. Puis il se dirige sur Mogador, ville maritime située h l'extrémité méridionale du Maroc, qui est la for* tune particulière, la propriété d'Abd-^NRhaman , le principal centre commercial de l'empire. Le 16 àoât, Tamirai donne le signal du bombardement : après quelques heures d'une lutte violente, il réduit au silence les batte^ ries marocaines, occupe l'ile qui ferme l'entrée du port de Mogador, y établit une garnison de 600 hommes. Cette double victoire fit le plus grand honneur à la flotte et eu prince de Joinville, dont le sang-froid et l'habilité rirent d^ liommagee mérités. En huit jours, la

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guem était torminée sur. iner^ et nos marins avaient 0Q pour témoin de leurs succès une escadre anglaise qui n'avait ceeflé d'assister à leurs opérations (1).

Sur terre, le maréchal Bugeaud gagnaitt le 14 août» la bataille d'Isly. La veille du oombati le général en chef a expliqué à ses officiers son plan de bataille, les pénétrant de son génie militaire, leur indiquantd'avanoe tout oe qui devait se passer. « Les multitudes désordonnées, leur dit-il, ne tirent aucune puissance de leur nombre, parce que^ n'ayant ni organisation, ni discipline, ni tactique, elles ne peuvent avoir d'harmonie, et que sans harmonie, il n'y a pas de force d'ensemble. Tous ces individus, quoique braves et nuiniant bien leurs armes isolément^ ne forment, quand ils sont réunis en grand nombre, qu'une détestable armée. Ils n'ont aucun moyen de diriger leurs efforts généraux vers un but commun; ils ne peuvent point échelonner leurs forces et se ménager des réserves ; ils ne peuvent pas se rallier et revenir au combat, car ils n'ont pas marne de mots pour

(1) L*aiitear des Guêpes raconte & ce sujet ane anecdote qui laisse fort à penser sur la Mpoérlté de la presse opposante. Lorsque le prince de Joinville Ait envoyé en Afriqne, celle-ci annonça qae c'était une vaine démonstration. A l'entendre, le seul moyen de pnnir l'empereur du Maroc, c'était de bombarder Tanger; mais <m ne $'en ovUeraH jnu, l'Angleterre /'a* Mil iifendu. Sur ces entrefaites, on apprend la nouvelle de la priso de Tan« ger el de laTlctoire d'Isly : les mêmes Journaux changent aussitôt de langage : « la canonnade de Tanger est une démonstration sans portée et sans résultats, nn vain simulacre de force et de résolution. Tanger n'est plus (p'one ville inoffensive, mal défendue, sans importance. Ce qui serait glo« neax, ce serait de bombarder Mogador, mais «l'Angleterre ne le permet pas. > Et, pendant que les estimables carrée de papier pérorent sur ce non- ^reau làèmeY la prince de Joinville bombarde et prend Mogador. Vous cfoyesMH. ChamboUe, Faucher, etc... embarrassést point du tout. Mogsdor n'esl plus qu'nne bicoque, et ils envoient nn nouveau plan de campagne au pHnce de Joinville et au maréchal Bugeaud. Ils trouvent le moyen dMler plus loin encore au sujet des drapeaux envoyés par l'armée d'Afrique. « Bh quoi! s'écrie l'un, voilà donc ces drapeaux dont on fait Uotde bruit t ils sont tout déchirés! — Eh quoi! dit l'autre, mais ils sont tout petits! ce sont de belles loques. »

s'entendre et rétabli]^ Tordre. Us n^ont qu'une seule ac« tion, celle de la première impulsion. Quand ils échouent^ et ils doivent toujours échouer devant votre ordre et votre fermeté, il faudrait un Dieu pour les rallier et les ramener au combat. Ne les comptez donc pas : il est abso* lument indifférent d'en combattre 40,000 ou 10,000; pourvu que vous ne les jugiez pas par vos yeux, mais bien par votre raisonnement, qui vous fait comprendre leur faiblesse. Pénétrez au milieu de cette multitude, vous la fendrez comme un vaisseau fend les ondes, frappez et marchez sans regarder derrière vous ; c'est la forêt enchantée, tout disparaîtra avec une facilité qui vous étonnera vous-mêmes. »

En même temps, le maréchal adressait au ministre de la guerre une dépêche qui se termine par ce passage digne des plus grands hommes de guerre du passé: « J'ai environ 8,500 hommes d'infanterie, 1,400 chevaux réguliers et 16 bouches à feu, dont 4 de campagne. C'est avec cette petite force numérique que nous allons attaquer cette multitude, qui, selon tous les dires,compte 10,000 hommes d'infanterie, 30,000chevaux et 1 1 bouches à feu ; mais mon armée est pleine de confiance et d'ardeur, elle compte sur la victoire tout comme son général. Si nous l'obtenons, ce sera un nouvel exemple que le succès n'est pas toujours du côté des gros bataillons, et l'on ne sera plus autorisé à dire que la guerre est un jeu de hasard (1). »

(1) C*68t sans doate à la lecture de cette dépêche qa*im spirituel écrivain divisait les hommes de guerre en deux écoles : l'école matérialiste et récole spiritualiste : la première tient surtout aux gros bataillons, à l'ar^ tillerie, a une foi absolue eo la vertu de Tobéissance mécanique; sans mépriser ces avantages, l'autre s'inquiète beaucoup des dispositions du soldat et de l'orficier, attache une plus grande importance à la discipline, à la tactique qu'au nombre. Ainsi le général Bugeaud appartenait plutôt à l'école spiritualiste miliuirequ'a l'école matérialitte.

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fil effet, officiers et soldats n'avaient qu'une crainte v c*est que les Marocains ne voulussent pas accepter la bataille, c Mahomet est de semaine pour nous faire en« nger, s*écriaient gaiement nos troupiers^ mais bientôt mmsmangerons la soupe des marabouts. »

Le 14 août au matin, l'armée passe l'Isly et marché à l'ennemi : fiers du souvenir de la destruction de l'ar* mée de dom Sébastien de Portugal, les Marocains ont résolu de combattre, et, dans leur folle jactance^ se flattent déjà de nous enlever l'Algérie. Pour surexciter la confiance de ses troupes^ le maréchal a défendu de battre la charge, disant que de tels adversaires ne méritent pas cet honneur. En vain leur immense cavalerie vient, à plusieurs reprises, se heurter contre l'infanterie française formée en carré: celle-ci se montre d'une solidité à toute épreuve, demeure inébranlable comme un roc. Bientôt les hordes marocaines, rompues par la formidable immobilité de nos bataillons, foudroyées par le feu des carrés, par la mitraille, sont chargées avec une vigueur irrésistible par 19 escadrons sous les ordres du colonel de Tartas. En peu de temps, leur déroute est complète, dles s'enfuient en désordre laissant 800 morts, 2,000 blessés sur le champ de bataille ; leur artillerie, leurs drapeaux, leurs bagages, la tente, les papiers, le parasol de conâmandement du fils de l'empereur tombent au pouvoir des Français. Nos pertes s'élèvent à 27 tués seulement et 96 blessés.

Cette victoire de l'Isly qui consacrait la conquête de l*Algérie, le bombardement de Tanger et de Mogador frappèrent de stupeur l'empereur du Maroc. La générosité excessive de la France lui permit de se tirer à bon ii^arché du mauvais pas où il s'était engagé : le cabinet du 29 octobre- avait résolu de ne rien changer aux con-

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ditioDS de paix fotmiiiéeà teut d'abord, de n'exiger aucane indemnité de guerre, aucune cession de territoire. La jalousie et les défiances de l'Angleterre, l'empire da Maroc indiscipliné et désorganisé, son dief compromis aux yeux de ses peuples par ses hésitations et ses reveis» des conspirations éclatant contt^ lui, de nombreuses tribus guerrières s'engageant dans une sauvage indépsof dance, ou s'apprêtant à proclamer Abd-et-Kader qui leur paraismit plus capable d'opposer une résirianoe efficace, voilà les raisons. qui avaient atnené le goute^ nement à user de tant de mansuétude.

Le 10 septembre 1846, Sidi-ben^lam, pacha de Laraohe, signait avec le duc de Oludcsberg une conventioa exactement conforme à notre ultimatum. Par l'artide 4, Abd-el*Kader était excommunié, mis hors la loi daitf toute rétendue du Maroc aussi bien qu'en Algérie. Désormais Tempereur ne lui accorderait aucun appui, aucun secours ; s'il tombait entre ses mains» il s'engageaii à l'interner dans une ville di) littoral ouest de l'empire. Par Tartide 5, était convenue et arrêtés une délimitation régulière de l'Algérie et du Maroc, coaformément à l'état de choses reooimu à l'époque de la domination des Turcs. Le général de La Bue ùit chargé d'établir la ligne de démarcation des territoires : il s'acquitta de sa tâche avec prudence et fermeté, et le traité (ùt signé, le 18 mars 1846, à Lalla-Maghrania, sur ce territoire naguère contesté, que Dieu seul, à entendre Abd-er-Rhaman, pouvait lui faire abandonner. Désormais les limites de nos possessions se trouvaienk déter» minées, non seulement dans le Tell, mais jusque dans le Sahara, où, à aucune époque^ il n'avait existé de bornage entre la régence d'Alger et le Maroc.

La guerre du Maroc produisit un grand effet sur les

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Arabes. «Notre BituatioD, écrivait au moia de février 1845 le général de la Rue» vis-&*vi8 de nos tribus etdes Maro« caiDs, est bonne. Ils reconnaissent notre supériorité et la puifisance de nos forces militaires. L'expulsion d'Âbd-el- Kader de TAIgérie, Tinvincible sultan du Maroc battu, 80D armée dispersée, ont frappé Hmaginatian des Ara-» bes. Us disent que Dieu est décidément pour nous^ puis* que nous sommes les plus forts. Cette impression eet déjà répandue, même dans les tribus les plus éloignées, à oe point qu'un marabout vénéré du désert disait hier x « Je ne veux ni pouvoir», ni honneurs, ni richesses, j'ai asses de tout cela; ce que je voudrais, ce qui ajouterait à ruiustration de ma famille, ce serait de recevoir une let* tre du grand sultan de France, à qui Dieu donne la vio* toire*»

Le calme partout rétabli favorise de plus en plus les progrès de la colonisation ; une ordonnancé vient régler le droit de propriété en Algérie, le dégager de ses en* traves. Aux environs d'Alger , la riche plaine de la Mitidja commence à se couvrir d'habitations ; le Sahel se dé^ friche à vue d'œil, l'armée a élevé plusieurs villages qu'elle a livrés à la direction de l'intérieur. Des tribus de la province d'Oran offrent de souscrire des sommes considérables pour qu'on établisse des barrages sur leurs rivières, afin d'irriguer leurs champs, comme le général Lamoricière vient d'en construire un sur le Sig qui ar^ rose et fertilise ) 9,000 hectares de terres labourables. D'autres proposent de verser de l'argent pour fonder un journal arabe qui leur apportera des nouvelles et leur dira comment on doit s'y prendre pour bien faire. De Constantine à Tlemcen, d'Alger à Boghar règne une paix profonde. La sécurité devient telle que M. de Beaumont fait plus de quatre-vingts lieues à fanavers la province de

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Tittory, seul, avec un aide de camp et un interprète, sans courir le moindre danger.

« Lorsque le cheval sauvage des pampas a longtemps résisté au gaucho qui le premier lui a mis un mors et une selle, il commence à trotter et semble ainsi reconnaître qu'il a un maître ; mais, gare au cavalier qui, se fiant à ce premier symptôme d'obéissance,négligerait d'être sur ses gardes et ne continuerait pas énergiquement Tedacation de sa rude monture. )> En 1845, la situation de la France ressemblait à celle du gaucho qui a soumis son cheval pour la première fois. Comme toujours elle s'était hâtée d'avoir confiance, et méconnaissait le caractère des musulmans, leur profonde aversion pour les chrétiens. Les Arabes en effet reprennent les armes par cela seul que depuis huit mois il les ont déposées et ne veulent pas les laisser rouiller, parce qu'au sein de la paix, ils se forgent mille illusions pour s'expliquer^ se déguiser leurs anciens revers. Les montagnards comptent sur leurs forêts, leurs rochers, leurs défilés ; les gens du Sud ôur la difficulté des vivres, des distances, sur le ciel du désert saharien, pendant neuf mois fermé et devenu d'airain; les agitateurs exploitent le goût d'indépendance des uns, la mobilité des seconds, la crédulité de tous.

Âbd-el-Eader redoublait d'énergie et d'activité dans le malheur : avec sa deïra de 1,500 à 2,000 cavaliers fiçlèles, il restait sur la frontière du Maroc, dont l'empereur n'avait ni la force ni sans doute la volonté de l'expuleer ; il prêchait de nouveau la guerre sainte, envoyait au loin des émissaires, recommençant ses incursions à travers les provinces d'Oran et d'Alger, depuis les côtes de la mer Jusqu'au fond du désert, remuant partout les tribus» tuant ou remplaçant les chefs imposés par nous.

Bientôt une sourde fermentation présage une levée de boucliers : celle-ci éclate à la voix d'un habile agitateur, Bou-Maza (le père de la chèvre) , ainsi appelé i cause d'une chèvre dont il se faisait accompagner. Cette Egérie d'un nouveau genre était censée lui ser* tir d'intermédiaire avec Dieu lui-même. Trente-cinq tribus donnent leur parole à ce nouveau chef : l'empe* reor du Maroc, le bey de Tunis^ Âbd-el-Kader lui ont écrit et l'ont reconnu Mcâtre de t Heure annoncée pour Textermination des chrétiens. Il appartient à une con-^ Irérie religieuse qui a de nombreuses ramifications dans la régence et le Maroc : le grand-maître de cet ordre l'a consacré, et, il suffit que ses frères se rangent autour de lui pour composer une petite armée.

An printemps de l'année 1845, le Dahra et l'Ouarense^ ms donnent le signal de la révolte • Pour réprimer ces insurrections locales et décousues, le maréchal lance de tous côtés des colonnes mobiles sous les ordres des colo-* nels Pélissier, Saint-Arnaud et Ladmirault, des gênéraox Marey et Bedeau. Ceux-ci soumettent le Dahra^ les tribus des monts Aurès, pacifient le Djebel-Dira, tandis que le maréchal se porte en personne dans l'Ouarensenis, atteint successivement les révoltés, les force i capituler, à déposer leurs armes entre ses mains.

Bans cette série d'expéditions, il faut rappeler un tragique épisode qui eut un fâcheux retentissement, parce qu'il servit de prétexte à l'opposition et à l'Angleterre pour calomnier notre héroïque armée d'Afrique. Le colonel Pélissier avait battu les Ouled-Riah qui se réfugièrent dans des grottes profondes où ils espéraient pandyser nos efforts ; sommés d'en sortir, ils repoussèrent les conditions du colonel Pélissier qui leur promettait la ^ et la liberté en échange de leurs armes et de leurs

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chevaux, puis ils tirèrent sur nos parlementaires. Alors une des deux entrées de la grotte fut cîdmblée avec des {iascines, et on leur déclara que, s'ils persistaient» on y mettrait le feu. Sur leur nouveau refus, le feu fut mitw effet, ot presque tous ceux qui se trouvaient dans les grottes, 500 Arabes environ, furent étouffés. La plupart voulaient se rendre en se précipitant par l'autre issue, mais quelques fanatiques se placèrent à cette sortie et tuèrent eux-siéHies ceux des leurs qui essayaient de 8*échappw. CTétait là, sans doute, un déplorable accident, mais le maréchal Bugeaud^ qui couvrit généreusement son lieutenant de sa responsabilité, avait peut-être le droit de demander s'il fallait éterniser la guerre et traiter avec une rigoureuse philanthropie ces Arabes qui ne connaissaient ni Thumanité, ni la démence et n'appréciaient rien en dehors de la force brutale. Il aurait pu ausM invoquer le souv^iir de Napoléon I*' faisant tirer à boulet sur des étangs glacés et anéantissant ainsi plus de 2,000 Russes qui avaient essayé de se frayer un die* min après la bataille d' Austerlitz«

La campagne d'automne de 1845 baommença par on revers : le £1 septembre, un bataillon de chasseurs, attiré dans une embuscade sur la frontière du Maroc, était Miveloppé par les forces d'Abd-el-Kader et entiè* rement écrasé. Emporté par son ardeur, le colonel de Montag^uic, commandant la garnison de Djemmt- Ohazouât, a voulu> malgré les ordres de son général, marcher an secours d'une tribu fidèle que menaçait l'émir. Cernés par une nuée de Kabyles, ses soldats se défendent avte l'énergie du désespoir ; bientôt les munitions manquent, et les musulmans, se rapprochant do bataillon devenu immobile et silencieux, « le font tomber sous leur feu comme un vieux mur ». Cependant le

capitaine de GlérMux qui commande la compagnie de l'arrière-garde, conpifie du centre depuis le commenceme&t de l'action, naaemble sa petite troope, se saisit du marabont crénelé de Sidi-Brahim, et s'y barricade* Un drapeau tricolore, fait aTec des lambeaux de Tètements, est hissé sur le marabont; oh coupe les balles en quatre ponr prolonger la défense, et, à plusieurs reprises, les 80 soldats de Qéreaux repoussent le cboc de 3,000 assail*- Isnts. Abd-el*Kader lui envoie^ pour rengager à se ren* dre et loi promettre la Tle sauve, le capitdne Dutertre, adjudant-major du bataillon, flait prisonnier quelques heures plustÂt : «Chasseurs, s'écrie cet émule de d'Assas, on va me décapiter si vous ne posez les armes, et moi, je viens vous dire de vous défendre et de mourir jusqu'au dernier plutôt que de vous rendre. » A son retour au eampde l'émir, Dittertre paie de sa tète ses exhortations eourageuses. Pendant trois jours, les chasseurs restent nos eau, sans vivres, bloqués par l'ennemi qui, ne pouvant les vaincre,se contente de les prendre par la Mm et la soif. Le troisième jour, désespérant de recevoir des fieiooHrs, Géreaux s'élance du marabout avec 70 hommes portant une disaine de blessés , £ait une trouée à la baïonnette au travers de la ligne ennemie et se dirige vers Djemma-Ghazouât ; mais , forcé de traverser un ravin rempli de Kabyles, il tombe pour ne plus se relever; autour de lui tout est anéanti : treize hommes seulement rénssirent à s'échapper.

Presque au même moment on détachement de 200 hommes, en partie malades, envoyé au camp d'Aïn- Timouchen pour renforcer la garnison, fut entouré par une multitude de Ghossels et fait prisonnier presque sans combat.

Les Arabes ne sont pas de fins appréciateurs en ma-

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tîère de saooès ; on Ta dit jastementt ils partagent l*opi-^ nion de cet empereur romain qui trouvait que le cadavre d'un ennemi sent toujours bon. Aussi jouirent-ils avec exaltation de ce triomphe sans gloire, et chaque marché devint le centre d'une insurrection.

Mais le maréchal Bugeaiid rentre en toute hâte de France à Alger; il lance dix-huit colonnes mobiles, leur impose des marches, des contremarches, des fatigues écrasantes ; lui-même paie de sa personne, avec un courage aussi simple que dominateur, déployant les qualités du général et du soldat, se monti*ant toujours celui que son armée a si bien nommé : THomme de Fer. En quelques mois TAlgérie soulevée tout entière est de nouveau subjuguée et apaisée. « De cette campagne qui ne fut marquée par aucune action militaire éclatante, le maréchal parlait souvent avec complaisance, et c'était i bon droit ; elle fut Tune des plus grandes crises, la plus grande crise peutrêtre de sa carrière algérienne. Quand il rentra dans Alger avec une capote militaire usée jus« qu'à la corde, entouré d'un état-major dont les habits étaient en lambeaux^ marchant à la tête d'une colonne de soldats bronzés, amaigris, à figures résolues et por* tant fièrement leurs guenilles, l'enthousiasme de la population fut^au comble. i>

Comme tous les grands capitaines, le maréchal Bugeaud aimait ses troupes, dont il prenait les soins les plus attentifs : il excellait dans l'art de ménageries marches et le repos, d'assurer les subsistances ; on connaît l'anecdote d'un de ses meilleurs lieutenants, le duc de Nemours, qu'il congédia très-cavalièrement^ pour exa* miner à loisir des caisses de biscuit que l'intendance venait de lui envoyer. La vivacité perçante de son coup d'œil, la netteté de son jugement, l'ingénieuse et ori-

gioale lucidité de sa parole, son humeur prime-sautière et parfois fantasque, tout contribuait à le faire adorer de ses soldat^^ dont il obtenait de prodigieux efforts. Aussi les Arabes, assez enclins d'abord à dédaigner le fantassin, appelaient le nôtre : Askeur-Djemel, fantassin-chameau. En 1846, le grand chef arabe, Abd-el-Kader, rentre inopinémâkit dans la régence, visite les tribus du Petit- Désert, les entraîne à sa suite, trompe la surveillance des colonnes françaises, soulève les Kabyles du Djurjura, et apparaît sur le Bas-Isser aux portes d'Alger. Mais le général Gentil, qui garde rentrée de la Mitidja, se porte contre lui, surprend son camp^ lui tue beaucoup de monde. Puis le gouverneur général lance à sa poursuite tine colonne légère qui le harcèle, détruit une partie de sa deïra et le rejette dans le Maroc. Alors, désespéré, furieux de se trouver réduit aux abois, l'émir ordonne le massacre des soldats faits prisonniers aux affaires de Djemma-Ghazouât et d'Aïn-Timouchen; 300 Français furent décapités par suite de cet ordre barbare.

En même temps les insurrections fomentées par Bou- Maza dans le Dahra et par un khalifa de l'émir dans rOoarensenis sont rudement châtiées, le Djebel- Amour, TOoennougha pacifiés ; un grand nombre de tribus nomades de la province d'Oran, les Kabyles de Sétif font leur soumission.

La première moitié de l'année 1847 est marquée par des résultats considérables : dans la province de Constaniine, le général Ferbillon contraint la grande tribu des I*iemenche à payer l'impôt. Bou-Maza, le chef qui a tant contribué à ourdir la prise d'armes de 1845 et 1846, Bou-Maza, le rival d'influence d' Abd-el-Kader, voit son escorte dispersée, son trésor enlevé, et de lai-mème se livre au colonel Saint-Arnaud. Ben-Salem,

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