CHAPITRE XVI
La denxièine expédition de Constantine est résolue. Le traité de la Tafna. Siège de Cootantine. Belle défense de Ben-Aïssa. Mort du général de Damrémont. Assaut et prise de la ville du Diable. Le général Valée est nommé maréchal de France. — Expédition des Portes de fer. — Abdel-Kader, prophète, général, organisateur. — Il prêche la' guerre sainte et recommence la lutte en 1839. — Le sous-lieutenant Colomer. — Défense de Mazagran. Soumission de Cherchell, Médéah, Milianah. — Bugeaud est nommé gouverneur général de l'Algérie, son caractère, son génie militaire. Il prend le contre-pied des errements de ses prédécesseurs Campagnes de 1841, 1842. Le duc d'Aumale s'empare de la smalah d'Abdel-Kader. — Progrès de la colonisation. — L*émir se réfugie dans le Maroc. Le prince de Joinville bombarde Tanger et Mogador. Bataille «risly : 14 août 1844. — L'école spiritualiste militaire et Técole matérialiste. Traité de Lalla-Maghranla. — Nouvelle insurrection; Bou-Maza, le Maître de l'Heure. — La surprise de Djemma-Ohazaoût : héroïsme de Oéreaax et de Dutertre. Campagnes de 1846, 1847. — Le maréchal Bugeand et son système de colonisation. Il donne sa démission. Le duc d'Aumale le remplace. Soumission d'Abd-el-Kader. — Les ordonnances royales de 1847.
En France, la nouvelle du désastre de Constantine eut an immense retentissement. Les amis politiques du maréchal Clauzel, journaux et députés de l'opposition, ne manquèrent pas d'accuser le ministère d'indifférence pour la grandeur nationale ; celui-ci se défendit victorieusement en invoquant les instructions formelles données au général en chef, en montrant combien il avait été présomptueux, imprévoyant, avec quelle témérité il s'était engagé dans l'entreprise, sans mesurer les difficultés, sans se préoccuper du sort de ses soldats. Mais le sentiment dominant fut celui de la vengeance : tous les
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partis ressentirent avec douleur, avec colère, raffront infligé à nos armes, se prononcèrent unanimement pour Textension de notre conquête, représentèrent comme un devoir d'honneur la nécessité d'obtenir une réparation complète du bey de Constantin e. Une nouvelle expédition fut aussitôt résolue, et le général de Damrémont nommé gouverneur général à la place du maréchal Clauzel : le général Bugeaud reçut le commandement de la province d'Oran.
En Afrique, l'échec de Constantine avait aggravé une situation déjà mauvaise, augmenté le prestige d'Achnaet et d'Abd-el-Kader. Toute la province de Tittery soulevée de nouveau contre nous, les Hadjoutes, d'autres tribus sillonnant incessamment la campagne, tenant nos soldats sur un perpétuel qui-vive, coupant nos communications, les garnisons d'Oran et de la Tafna bloquées, celle du Méchouar de Tlemcen réduite à une affreuse misère, obtenant de l'émir deux mois de nourriture contre les Arabes faits prisonniers à la Sickah, contre du soufre et du fer, les chrétiens fournissant ainsi des armes et des bras contre eux-mêmes, voilà le tableau qu'offrait l'Algérie en 1837. Le gouvernement du roi fit des efforts sérieux ; il porta l'effectif de 31,000 à 43,000 hommes, acheta en grand nombre des chevaux, des mulets, et cela, au moment où, fidèle à cette déplorable tactique de vouloir la fin sans vouloir les moyens, le Parlement votait une réduction des crédits. C'est ainsi que dans une certaine mesure, l'histoire de la conquête de l'Algérie devient l'histoire des débats des Chambres, effrayées des dépenses nécessaires, refusant de délier à temps les cordons de la bourse nationale, résistant au roi et à l'opinion publique.
En arrivant à Oran, au mois d'avril 1837, le général
Bugeaud réussit tout d'abord à ravitailler Tlemcen. Mais sa division, forte de 9,000 liommes seulement, manquait de moyens de transport, cet accessoire qui devient le principal en Algérie^ et la campagne de 1837 se trouvait forcément terminée dès le début.
Le général savait le gouvernement pressé d'en finir avec l'émir, pour pouvoir tourner toutes ses forces contre le bey de Constantine. Il fit faire à Abd-el-Kader des ouvertures de paix, et le 30 mai 1837, signa le traité de la Tafna, qui fut ratifié par le ministère. Habile homme de guerre, diplomate médiocre, le général français détruisait par une faute politique l'efTet de sa victoire de la Sickah et traitait l'émir comme s'il eût été battu par lui. On sait les détails de cette curieuse entrevue des deux chefs chrétien et musulman, où ce dernier sut garder l'avantage du cérémonial et frapper l'imagination de ses sujets par la pompe des manifestations extérieures. Aussi bien notre général jugeait l'émir à travers les trompeuses couleurs de la poésie orientale, ignorant l'orgueilleuse astuce de son adversaire, agissant avec lai comme Richard Cœur de Lion eût pu le faire avec le sultan Saladin, au temps des croisades et de la chevalerie.
D'après le traité de la Tafna, l'émir reconnaissait la souveraineté nominale de la France, qui, dans la province d'Oran, ne se réservait que cette capitale, Mostaganem,. Arzew, quelques points du littoral avec un territoire fort limité; dans la province d'Alger, nous gardions la plaine de la Mitidja , bornée au sud par la première chaîne du petit Atlas; Abd-el-Kader nous fournissait une quantité considérable de froment, d'orge, et 5,000 bœufs. En échange il obtenait le vaste pays compris entre la province de Constantine et le Maroc,
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avec les places de Tlemcen et de la Tafna. A ces conditions, on ajoutait une garantie mutuelle pour la protection des personnes, des propriétés, la liberté du culte et du commerce sous cette réserve que l'émir devrait nous acheter ses munitions de guerre. Cette trêve avait un caractère onéreux pour la France, puisqu'elle la faisait reculer à 1830 sous le rapport de l'occupation territoriale; notre autorité morale demeurait profondément ébranlée par la création d'un pouvoir national arabe, en partie notre œuvre et notre faute, par l'abandon de nombreuses tribus qui s'étaient confiées à notre protection et avaient combattu à nos côtés. Toutefois, la convention avait pour avantage de pacifier les provinces d'Alger, d'Oran , de Tittery, de permettre à la division d'Oran de marcher contre Constanline.
Dans la province d'Alger, le général de Dam rémont a été forcé avant tout de s'occuper des tribus soulevées à la voix d'Abd-el-Kader. Il semble en effet, que chaque fois que celui-ci secoue son burnous, de ses plis sortent des armées pour la guerre sainte. A son instigation, une prise d'armes générale a été décidée parmi les belliqueuses tribus kabyles des Isser et les Arabes Amraoua. Après deux mois de marches, de contre-marches, d'engagements sans importance, ceux-ci subissent un sanglant échec à Boudouaou.Le général Perregaux pénètre dans la vallée de risser,disperse de nouveau les Kabyles, profite de leur découragement pour imposer un tribut., des chefs et exiger des otages. « Que la main qui tient le glaive s'ouvre pour laisser tomber la grâce ! lui disent les marabouts et les grands du pays, venus pour implorer son aman. » A leur tour, les Hadjoutes(l) sont cernés
(1) Dans une de leurs rencontres avec nos soldats, les Hadjoutes perdirent un des leurs, le poëta Boutelja; lliietoHen des campagnes de rarmée
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et vont être écrasés, lorsque la nouvelle du traité de la Tafna les préserve de la destruction.
Les provinces d'Alger, deTittery et d'Oran pacifiées, le général de Damréniont partit le 23 juillet 1837 pour Bone, afin de terminer par la paix ou la guerre notre différend avec le bey de Constantino.Dès le mois de mai, il a engagé des négociations avec Achmet, lui demandant la cession d'une partie de son territoire, le paiement d'un tribut, des frais de guerre, la reconnaissance de la suzeraineté de la France. Le bey a paru l'écouter d'abord, afin de gagner du temps, grâce aux mille subterfuges de la diplomatie orientale, et d'atteindre la saison des pluies qui nous a été si fatale Tannée précédente. Il compte encore sur l'appui de la Turquie et du bey de Tunis, fortifie en toute hâte Constantine, qu'il espère rendre imprenable. Au mois d'août, il lève le masque et répond avec arrogance au général de Damrémont : l'expédition est résolue, mais avec ses lenteurs et ses tergiversations calculées, Achmet a fait perdre un temps précieux^ et les pluies d'automne approchent, les pluies déjà une fois victorieuses.
Le 1" octobre, le général de Damrémont part avec une colonne d'environ 10,000 hommes ; il a pour chef d'étatmajor général le général Perregaux. Les généraux Valée et Rohant de Fleury, malgré leur ancienneté de grade, ont, avec la plus grande abnégation, consenti à servir sous ses ordres ; ils commandent l'artillerie et le génie.
iTAfriqne a consacré qne page touchante à ce Tyrtée da désert dont les chants patriotiques enflammaient la jeunesse arabe du désir de faire parler la poudre contre nous. Il parlait religion à des hommes pour lesquels la religion est à la fois la patrie et le devoir, prescrit avant tout la haine du chrétien; dans une improvisation poétique, il comparait la guerre à « une ineule impitoyable qui tourne pour les deux partis, écrasant sans cesse des ^etimes nouvelles, et cpii ne saurait avoir de durée éternelle qu'aux en* fers. »
Le duc de Nemours a supplié son frère le duc d'Orléans de lui céder sa place et a obtenu le commandement d'une brigade : en 1837 comme en 1836, il se fera remarquer par son impassible fermeté d'âme. Les autres brigades ont été confiées aux généraux Trézel, Rulhières, au colonel Combes, tous connus par de beaux faits d'armes.
Au moment où notre armée se dirigeait vers Constantine, une flotte turque, portant des troupes de débarquement, cinglait vers les côtes d'Afrique, avec mission de s'emparer de Tunis et de donner la main à Achmet : mais elle rencontra dans la Méditerranée deux escadres françaises chargées de surveiller ses mouvements. Après quelques évolutions, elle renonça à tromper la vigilance de nos amiraux.
Le 6 octobre 1837, l'armée prend position sur le plateau de Mansourah. Elle n'a pas eu à souffrir des pluies, et les Arabes l'ont à peine inquiétée; ils réservent toutes leurs forces pour sauver Constantine : là est le nœud gordien de la question, et c'est le canon qui le tranchera. Tout fait présager une formidable défense : Ben- Aïssa , lieutenant d' Achmet, commande la garnison, forte de 5 à 6,000 hommes; pour ne laisser aucun doute sur ses intentions, il a puni de mort et de confiscation les riches habitants qui'ont tenté d'émigrer afin d'échapper aux dangers d'un siège. Enivrée par un premier succès, fanatisée par les prédications des muftis, des marabouts, la population s'apprête à le seconder; la ville , hérissée de canons , contient des vivres, de la poudre, des armes à discrétion. De son côté, Achmet tient la campagne avec une armée de 9 à 10,000 cavaliers, et se charge d'inquiéter les derrières des assiégeants.
Pour surmonter tant d'obstacles , pour prendre la Ville du Diable, le général de Damrémont ne dispose que desept mille baïonnettes, quinze jours de vivres, dix-sept canons de siège, approvisionnés de six cents coups seulement. Il n'a pu suppléer à l'insuffisance des moyens et tons les services sont demeurés incomplets. Il faut donc vaincre en un nombre de jours restreint par la pénurie relative des vivres et des munitions.
Au premier coup d'œil, le général Valée a reconnu que Ck)ndiat-Aty est le seul point où il soit possible d'établir une brèche. La batterie de brèche sera donc dressée de ce côté, trois autres batteries, dont il détermine l'emplacement, devront éteindre le feu de la Kasbah, prendre de revers et d'enfilade les canons du rempart. Malgré la pluie et la boue, malgré les vigoureuses sorties de Ben-Aïssa, l'artillerie et le génie réussissent à établir ces quatre batteries. Le 9 octobre, celles-ci foudroient la place pendant quatre heures, et, grâce à la précision du tir de nos artilleurs, toutes les batteries découvertes de la Kasbah et de la place sont éteintes.
U faut maintenant transporter à Condiat-Aty les canons du Mansourah^ afin d'ouvrir la brèche, cette porte de la tiictoire. Avec leur énergie habituelle, nos soldats se dévouent pour exécuter ce travail : après quatorze heures d'efforts herculéens, l'artillerie a descendu avec les pièces de 16 et de 24 Tesc^rpement du Mansourah , passé le Rummel sous le feu de la place, remonté la glaise à pic de la rive gauche.
Dans la nuit du onze, une seconde batterie de brèche est installée à 150 mètres de la place, et le lendemain matin le feu commence. A midi, le général Valée donne l'ordre de commencer le tir en brèche. Le moment est solennel : l'armée attepd avec anxiété le résultat du
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tir; il faut faire brèche en six cents coups, ou bien partir comme en 1836, subir un nouvel et plus humiliant échec. La muraille très-épaisse présente une résistance inattendue. Cependant, vers trois heures, un coup d'obusier pointé par le général Valée lui-même, détermine le premier éboulement : le soir la brèche se trouve bien indiquée.
Avant de donner l'assaut, le général en chef fait une nouvelle tentative pour obtenir une capitulation. Il rédige une proclamation, et charge un jeune soldat du bataillon turc de la porter. Mais le moral des musulmans reste mieux trempé que jamais, et le parlementaire rapporte cette belle réponse de Ben-Aïssa : <c Nous avons beaucoup de provisions de guerre et de bouche; si les Français en manquent, nous leur en enverrons. Nous ne savons ce que c'est qu'une brèche ou une capitulation; mais nous défendrons à outrance notre ville et nos maisons, et tant qu'un de nous sera vivant, les Français ne prendront pas Constantine. » Ce sont des braves, dit le général de Damrémont en recevant cette réponse; l'affaire n'en sera que plus glorieuse.
Le douze au matin, le général en chef se dirigeait vers la tranchée avec le duc de Nemours. Il s' était arrêté dans un lieu très-découvert, lorqu'un boulet le renverse sans vie entre le duc de Nemours et le général Rulhières ; au même instant le général Perregaux est frappé mortellement d'une balle à ses côtés. Ce fut un véritable deuil pour l'armée qui aimait et appréciait son chef; mais elle n'ébranla ni les courages, ni la confiance, et ne fit qu'enflammer les troupes du désir de venger promptement leurs généraux morts au champ d'honneur. Par droit d'ancienneté, par l'estime universelle, le général Valée se trouva appelé au commandement en chef; quelques
minutes après ce douloureux accident, le feu de Tartillerie reprenait avec une intensité nouvelle.
Le 13 octobre, à trois heures du matin, la brèche est reconnue praticable : aussitôt les ordres sont donnés pour Fassaut, qui aura lieu au lever du soleil. Enfoncé Mahomet ! Jésus-Christ prend la semaine, s*écrient nos soldats. Tous rivalisent d'enthousiasme, de dévouement, tous veulent monter à cette brèche où la mort les attend peut-être. Afin de concilier cette héroïque émulation avec Tintérêt du succès, le général Valée forme trois colonnes d'attaque, où tous les régiments se trouvent représentés : elles ont pour chefs les colonels de Lamoricière, Combes et Corbin.
A sept heures précises, le duc de Nemours, commandant du siège, donne le signal. Aussitôt la première colonne s'élance de la place d'armes et gravit la brèche sous le feu des musulmans. Le lieutenant-colonel de Lamoricière et le commandant Vieux y arrivent les premiers, et Tenlèvent sans difficulté; mais bientôt la colonne s'engage dans un labyrinthe de maisons à moitié détruites, de murs crénelés, où elle reçoit à découvert le feu convergent d'un ennemi dispersé et invisible. Avant qu'elle ait pu sortir de ce dédale, l'assiégé parvient à faire écrouler un pan de mur, qui ensevelit une partie du 2' léger, entre autres son brave commandant de Sérigny.
Les autres colonnes d'assaut se précipitent au secours de la première : après une mêlée meurtrière elles s'emparent des batteries couvertes qui surmontent le rempart. Puis ce sont des barricades, des maisons qu'il faut prendre les unes après les autres,en recevant à bout portant les balles des Arabes qui se défendent avec acharnement. Il faut monter sur les toits pour contre-battre
les feux des minarets, engager une sorte de combat aérien au-dessus des combats de terre ferme. Au moment où la tête de la colonne a découvert un passage vers la ville, une mine fortement chargée engloutit, brûle un grand nombre de soldats. Lamoricière est aveuglé, presque tous les officiers hors de combat; la colonne décimée, sans direction, hésite, craint d'avancer sur un terrain qu'elle croit partout miné.
Mais le colonel Combes arrive et prend le commandement : de nouveaux combattants remplacent les morts et les blessés; la lutte continue, furieuse, sanglante^ de tous côtés les musulmans perdent du terrain. Dans ce moment décisif le colonel Combes reçoit deux balles en pleine poitrine ; forcé de quitter le champ de bataille, il a le courage de revenir à la batterie de brèche où il rend compte de la situation au général Valée et au duc de Nemours. « Ceux qui ne sont pas blessés mortellement, ajoute cet émule de Desaix, pourront se réjouir d'un aussi beau succès; pour moi, je suis heureux d'avoir encore pu faire quelque chose pour le roi et la France. » Puis ce héros regagne son bivouac, s'y couche et meurt.
c( C'est un Saragosse au petit pied; car ici, comme à Saragosse, les défenseurs sont plus nombreux que les assaillants. De faibles têtes de colonnes, guidées par les officiers et les sous-officiers du génie, cheminent dans ce dédale de rues tortueuses et infectes, dans les corridors voûtés à mille issues, dont se compose Constantine. Munis de haches et d'échelles faites avec les côtés démontés des voitures, ils assiègent une à une les maisons isolées^ sans terrasses, séparées par de petites cours favorables à la défense, et sautent parles toits dans celles qu'ils n'ont pu prendre par la porte.Le dernier effort con-
sidérable eut lieu contre la caserne des janissaires, grand bâtiment crénelé, à trois étages, bâti sur le rempart à droite de la brèche, où les Turcs et les BLabyles se défendirent avec acharnement. »
A6n de donner une impulsion unique et régulière à ces attaques, afin de mettre les assiégés entre deux feux et de leur couper la retraite, le général Rulhières , nommé commandant supérieur de la place, est chargé de pousser vivement l'attaque de gauche. En voyant exécuter ce mouvement, la population, saisie d'une panique soudaine, se précipite hors de la ville et veut fuir par le côté gauche de Condiat-Aty : en même temps des hommes sans armes se présentent comme parlementaires an général Rulhières, le supplient de cesser les hostilités, implorent sa clémence. Le général monte aussitôt à la Easbah pour empêcher la garnison de continuer la défense malgré la soumission des habitants. Ici encore la résistance est brisée : les chefs musulmans sont morts ou grièvement blessés, Ben-Aïssa se détermine à quitter Constantine, suivi des débris de la milice et des canonnière.
Cependant un certain nombre d'Arabes, leurs femmes, leure enfants, croyant n'avoir pas de merci à attendre des Français, cherchent à gagner la plaine, et comme il n*existe pas de porte de ce côté, ils accourent en foule ^ers le ravin, et entreprennent de descendre avec des *^rdes les sentiers à pic qui surmontent le Rummel; Daais leur tei*reur ne raisonne pas, ils se pressent, se culbutent, et dans le délire de la peur « les derniers poussent les premiers qui roulent dans le gouffre ; une horrible cascade humaine se forme et plus de deuxcents' cadavres s'aplatissent sur le roc, laissant des lambeaux de chair à toutes les aspérités intermédiaires. »