‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848Chapitre 24 sur 78 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Uori iw duc d'Orléans : son -caractère, sa popularité, son testament. — Le iloc àe \'emours. — Discussion de la loi de régence à. la Chambre des dipotès tt à la Chambra des Pairs; disconi-s du duc do BroglJe, de UU. Ledru-Rollin, Lamartine, Onizoï. Villemain, Thiers. —Mariage de la princesse Clémeatine et du prince de Joinville; le pèlerinage de Belgrave- Sqa are ^^resses des deux Chambres. Un tumulte parlementaire. Noavelle lentaiivede dotation. -~ Session de iSiS; proposition de U. Du- ^trper de Hauranne pour l'abolition du scrutin secret. Question de l'aDica douanière avec la Belgique. Deslllulion de M. Quiael. Ordon- Buees du comte de Salvandy. — Attentats de Lecomte et de Joseph Heari. ~ Crise monétaire et économique de 184S. — Les inondatious du 18 octobre. — Elections de 1316. Triomjfhe du parti c oifflinations de l'opposition.

Le résultat des élections était à peine connu, lorsque Madaio éclata cette terrible nouvelle : le duc d'Orléans «t mort.

Le 12 juillet, k onze heures du matin, au moment de partir pour une inspection militaire au camp de Saint- Omer, ce prince se rendait à Neuilly, aGn de prendre congé de sa famille. A là hauteur de la porte Maillot, ses chevaux s'emportèrent: se fiant à son agilité, il sauta sur la route, mais si malheureusement que sa tête porta sur le pavé. Cinq heures après, le duc d'Orléans expirait sans avoir repris connaissance.

Nous renonçons à peindre la douleur de ses

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gustes parents accourus aussitôt, entourant leur fils, leur frère, qui gisait étendu sur un pauvre lit, sous on humble toit, pleurant et priant, se taisant pour F entendre respirer, suivant, la mort dans l'âme, les progrès de l'agonie, marchant derrière le cadavre jusqu'à Neuilly. Nous ne 'raconterons pas non plus les obsèques du prince royal célébrées avec pompe à Notre-Dame, puis après les obsèques de l'Etat^ les obsèques de la famille, la sépulture à Dreux, les témoignages de sympathie des cours européennes, le deuil de Paris et des provinces.

L'impression générale était celle d'un regret inquiet : 'immense majorité du pays demeura frappée de compassion et d'anxiété, en voyant la famille royale ne dépasser les autres familles que par la grandeur de son affliction, en pensant que le roi Louis-Philippe avait soixante-dix anè, et que son successeur n'avait pas encore quatre ans. a Dieu, écrivit un interprète de ces pressentiments. Dieu vient de supprimer le seul obstacle qui existait entre la monarchie et la République. )> Il semblait que la fortune se fût vendue aux révolutions, en ravissant à la France le plus brillant, le plus populaire des princes d'Orléans, en livrant le pays aux incertitudes d'une régence. Cette mort étendait comme un voile lugubre sur l'avenir, bouleversait toutes les prévisions , desséchait toutes les espérances ; avec elle, la dynastie perdit le prestige de son bonheur (1).

Les lois ne remplacent pas les hommes, et le duc d'0^ léans paraissait à tous, amis et ennemis, capable de porter le lourd fardeau de la royauté. Beau, spirituel, intelligent (2), chevaleresque comme un preux, libéral comme

(1) Voir rexcellent opuscule de M. Cuvillier-Fleury intitulé : NeuiUi Notre-Dame et Dreux,

(t) Rappelons ici cet éloge de la famille de Louis-Philippe, écrit par Alexandre Dumas : « Quel merveilleux épanouissement d'une noble et

tout héritier présomptif , il était aimé de tous , savait plaire également à l'armée et aux simples citoyens , aux femmes et aux savants , à Topposition et aux conservateurs, à la bourgeoisie et aux classes inférieures de la société. On aurait pu dire de lui ce qu'on disait du duc de Guise : pour le haïr, il fallait ne pas le voir. Il possédait le charme, cette qualité indéfinissable, levier puissant sur un peuple artiste qui accorde tout à ses favoris. Il remplissait parfaitement son rôle de prince, protecteur des lettres et des arts sans ostentation, tenant partout sa place avec dignité, mêlé aux affaires, assez pour les apprendre^ pas assez pour les dominer.

Plein de sympathie pour les instincts nationaux, et profondément dévoué à la grandeur de la France, ce prince prévoyait combien Tappui de l'armée lui serait nécessaire plus tard, au dedans et au dehors, et il agissait en conséquence. Il aimait et étudiait les choses de la guerre, ne perdait aucune occasion de la faire luimême, se tenait au courant de tous les progrès, de toutes les découvertes, connaissait aussi bien l'organisation des armées étrangères que celle de notre armée. Comme l'a dit un observateur impartial, il se montrait affable et à l'occasion libéral avec les soldats et les sous-officiers, causant volontiers avec eux, les écoutant avec bonté, visitant souvent leurs casernes, leurs tentes. Il leur plaisait par sa bienveillance, par sa franchise toute militaire. Il réussissait peut-être mieux encore avec les officiers, par

vigoureuse famille I cinq princes, tous beaux, tous braves, portant les plus illustres et les plus anciens noms de la chrétienté, riche faisceau dominé par un frère aine à qui ses plus implacables ennemis ne savaient reprocher que sa beauté presque féminine, et ses amis que son courage presque infusé. Trois princesses, chez lesquelles la beauté, cette couronne des femmes, n'était qu'une qualité secondaire; trois princesses, dont l'aînée, la princesse Louise, était citée pour sa religieuse bonté, dont la seconde, la princesse Marie, était illustre parmi les artistes, dont la troisième, la princesse Clémentioe, était presque célèbre par son esprit. »

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son attitude de familiarité amicale, par Tempressemeiit qu'il mettait à accueillir leurs requêtes, non comme uii protecteur qui, tout en obligeant, est bien aise de fdre sentir sa supériorité, mais comme un camarade heureux de rendre service à d'autres. Quant aux officiers supérieurs et généraux, il s'attachait à flatter leur amourpropre, en les faisant causer sur des sujets militaires, principalement sur leurs campagnes, en les écoutant avec un air d'attention profonde, comme quelqu'un qui cherche à s'instruire.

Le duc d'Orléans n'avait ni la profonde expérience, ni la prudence consommée de son père, mais, depuis 1840 surtout, il faisait de grands progrès dans la science de . gouverner, et peu à peu se rapprochait du parti conservateur. Il désirait donner une base plus large, des assises inébranlables à la monarchie constitutionnelle, il espérait la fonder définitivement en*lui rattachant toutes les oppositions modérées ; ses qualités séduisantes et hardies, ses défauts eux-mêmes, son amour de la popularité, sa complaisance pour les entraînements belliqueux et révolutionnaires, tout le rendait propre à accomplir cette œuvre de transaction, à rallier un peuple dans les jours de crise. Si en 1842, il s'était montré l'adversaire des propositions de réforme électorale, ce n'est pas qu'il blâmât la mesure en elle-même, mais il voulait sans doute se la réserver comme don de joyeux avènement.

Ce prince était très frappé de la grandeur du péril révolutionnaire ; il sentait que la révolution n'avait plus devant elle que la poussière de la nation, la poussière des partis, et que les idées de gouvernement avaient presque entièrement disparu de son pays ; il savait tout ce qu'il y avait de puissance dans les idées libérales, et

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les aimait en les ménageant. Il espérait endormir la révolution par des concessions faites à temps et à propos ; aussi lisons-nous dans son testament ces paroles significatives, écrites au moment de son départ pour l'expédition des Portes-de-Fer^ où se révèlent les angoisses, les contradictions de sa foi religieuse, monarchique et libérale : « J'ai la confiance que, lors même que les devoirs d'Hélène vis-à-vis des enfants que je lui ai laissés, ne l'enchaîneraient plus au sort de ma famille, le souvenir de celui qui l'a aimée plus que tout au monde, l'associerait à toutes les chances diverses de notre avenir et à la cause que nous servons. Hélène connaît mes idées ardentes et absolues à cet égard, et sait ce que j'aurais à souffrir de la savoir dans un autre camp que celui où sont mes sympathies, où furent mes devoirs. C'est cette confiance, si pleinement justifiée parle noble caractère, l'esprit élevé et les facultés de dévouement d'Hélène, qui me fait désirer qu'elle demeure, sans contestation, exclusivement chargée de l'éducation de nos enfants.

«Mais je me hâte d'ajouter, que si par malheur, l'autorité du roi ne pouvait veiller sur mon fils aîné jusqu'à sa majorité, Hélène devrait empêcher que son nom ne fût prononcé pour la régence, et désavouer hautement toute ientative qui se couvrirait de ce dangereux prétexte pour enlever la régence à mon frère Nemours, ou, à son défaut, à l'aîné de mes frères.

« C'est une grande et difficile tâche que de préparer le comte de Paris à la destinée qui l'attend ; car personne ne peut savoir, dès à présent, ce que sera cet enfant, lorsqu'il s'agira de reconstruire sur de nouvelles bases une société qui ne repose que sur des débris mutilés et mal assortis de ses organisations précédentes. Mais, que le comte de Paris soit un de ces instruments brisés avant

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qu'ils aient servi, ou qu'il devienne l'un des ouvriers de cette régénération sociale qu'on n'entrevoit qu'à travers de grands obstacles et peut-être des flots de sang ; qull soit roi ou qu'il demeure défenseur inconnu et obscur d'une cause à laquelle nous appartenons tous, il faat qu'il soit avant tout un homme de son temps et de la nation, qu'il soit catholique et défenseur passionné, exclusif de la France et de la révolution. »

Devant cette catastrophe, tous les amis de la dynastie se serrèrent autour du trône, et les passions politiques firent trêve pendant quelque temps. La Charte n'ayant pas prévu la possibilité d'une régence, chacun sentait le devoir impérieux de suppléer à cette lacune par une loi spéciale.

Avant 1789, il n'existait aucun principe absolu, aucune règle fixe pour la dévolution du pouvoir royal pendant la minorité du roi, et les questions de régence se décidaient surtout par la nécessité des faits ou l'habileté des intrigues. Ainsi les dispositions dernières du souverain se trouvaient parfois annulées par le Parlement garni de Pairs, comme contraires aux dispositions fondamentales du royaume ; le 12 septembre 1715, Louis XV, âgé de cinq ans , entendit casser en son nom le testament de son bisaïeul Louis XIV, qui, au même âge, avut entendu casser le testament de son père Louis XIII. Napoléon I" s'était fait attribuer par un sénatus-consulte de l'an XII, la prérogative de pourvoir à la régence ; les femmes en étaient alors exclues ; plus tard, un autre sénatus-consulte de 1813 appelait l'impératrice à la régence, lorsque l'empereur n'en aurait pas disposé, soit par lettres patentes, soit par acte de dernière volonté.

Le projet élaboré par les ministres, les principaux

chefs du Parlement, se rapprochait de la loi de 1791, écartait la régence élective ou féminine, consacrait les principes de l'hérédité, de la loi salique, de Tunité du pouvoir royal, de Tinviolabilité. L'éducation, la tutelle du roi mineur appartiendraient à sa mère ou à sa grand'mère ; la majorité était fixée à dix-huit ans. Le gouvernement se prononçait pour la régence masculine, conformément aux dernières recommandations du duc d'Orléans qui disait souvent de son frère : <t Nemours est le devoir personnifié, je ne prends jamais une décision importante sans le consulter. »

Le duc de Nemours n'était pas populaire' au sein de la bourgeoisie et du peuple : il passait pour partager les idées de MM. Guizot et de Broglie sur la nécessité de donner à la monarchie de 1830 le caractère d'une quasilégitimité ; on lui reprochait ces allures de grand seigneur, cette dignité un peu froide qui faisaient dire à Louis-Philippe : <c Nemours était de tous mes fils, sans excepter mon pauvre d'Orléans, le plus capable de mener les affaires, mais il aurait dû naître archiduc, n Il avait ce ton du gouvernement , cette expérience précoce, ce bon sens élevé qui sont les premières vertus de l'homme d'État, on ne pouvait mettre en doute son attachement au régime constitutionnel et aux lois de sa patrie . Il aurait accompli sans peine ses devoirs de régent, car il ne ressentait aucune passion pour le pouvoir. Sa réponse à un discours réformiste du maire dû Mans peint tout entier ce prince, vivante statue du devoir austère et de l'abnégation : « Ne nous faisons pas un trop grand mérite de n'avoir point vécu, c'est-à-dire de n'avoir ni vu, ni comparé, ni jugé.»

<*Le roi ne meurt point en France, dit le duc de Broglie

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dans son rapport à la Chambre dés Pairs ; c'est Texcel-

lence du gouvernement monarchique que l'autorité suprême n'y souffre aucune interruption, que le rang suprême n'y soit jamais disputé, que la pensée même n'y puisse surprendre, entre deux règnes, le moindre intervalle de temps ou d'hésitation. C'est par là surtout que ce gouvernement domine les esprits et contient les ambitions. La monarchie est l'empire du droit, de l'ordre et de la règle. Tout doit être réglé dans la monarchie, tout ce qui peut être prévu raisonnablement doit l'être ; rien n'y doit être livré, par choix ou par oubli, à l'incertitude des événements. Sous un tel gouvernement en effet, la royauté est^e support de l'État; quand ce support vient à manquer, tout s'écroule ; tout s'ébranle dès qu'il paraît phanceler. Nous l'avons éprouvé naguère. A Tinstant où la main de Dieu s'est appesantie sur nous, quand cette sagesse infinie dont les voies ne sont pas nos voies, a frappé la nation dans le premier-né de la maison royale, et moissonné dans sa fleur notre plus chère espérance, les cœurs se sont sentis glacés d'un secret effroi ; l'anxiété publique s'est fait jour à travers les accents de la douleur ; l'inquiétude était sur tous les fronts en même temps que les larmes coulaient de tous les yeux.. Chacun comptait dans sa pensée quel nombre d'années sépare désormais l'héritier du trône de l'âge où il pourra saisir d'une main ferme le sceptre de son aïeul et Tépée de son père ; chacun se demandait ce qu'il adviendrait d'ici-là si les jours du roi n'étaient mesurés aux vœux de ses peuples et aux besoins de l'État ; chacun interrogeait la Charte et regrettait son silence. »

 la Chambre des députés, la discussion dura trois jours, les 18, 19, 20 août; l'élite des orateurs y prit

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part et toutes les opinions eurent leur représentant. M.'Ledru-Rollin, député de Textrême gauche, récemment élu à la place de Garnier-Pagès, monta le premier à la tribune et parla en faveur du pouvoir constituant exerce par le peuple. Organiser la régence excédait, selon lai, les pouvoirs de la législature ordinaire ; il citait les constitutions de 1791, de 1795, de Fan VIII, la loi du 28 floréal an XII et protestait contre la loi qui lui semblait une usurpation sur la souveraineté du peuple.

Après de longs circuits historiques, tout en avouant rindécision de ses convictions, M. de Lamartine faisait une amère critique de la loi et concluait en faveur de la princesse Hélène (1). U se séparait avec éclat des conservateurs, déclarant, à la surprise générale, que ses sympathies étaient acquises aux idées de M. Odilon Barrot. La loi salique, qu'il appelait le bon sens de la nation, avait si peu régi la France en cette matière que sur 32 régences, notre histoire présentait 26 régences de femmes. Quant à la faiblesse du sexe, n'avait-on pas vu des femmes héroïques ? Une femme, un enfant étaient des drapeaux qui passionnaient les troupes, en leur inspirant des prodiges. Avait-on oublié les Strélitz domptés par le cojurage d'Elisabeth de Russie, et le cri des Hongrois : Mourons pour notre roi Marie-Thérèse ? La différence des cultes

« (1) Les journaux de Toppositionqu renvoyaient d'ordinaire M. de Lamartine à sa lyre, à sa barque, à Slvire, quand il [n'était pas de leur avis, l'oot déclaré grand poète et homme d*État distingué (Alphonse Karr: Les Guipes). «Au mois d'octobre 1842, Lamartine écrit à un de ses amis : « La politique ministérielle me touche peu: Ouizot, MoIé, Thiers, Passy, Dufaure, cinq manières de dire le même mot. Ils m'etmuietif sous toutes leurs désinences. Je veux aller au fond et attaquer le règne tout entier. . . Soldat de l'idée, je combats pour elle et non pour moi... Us^r ses beaux jours pour la petite préférence à inventer ingénieusement entre MM. Mole, Thiers, Dafaure, je laisse cela à ceux que cela amuse... Quant à moi, j'en suis fTodigieusement ennuyé. Je ferai la révolution de i' ennui pour secouer ce cauchemar. > On voit que l'orgueil du poète donne le change à son ambition.

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n'était qu'un heureux accident; c'était le triomphe delà liberté religieuse. La popularité est le crime des ambitieux constitutionnels... depuis l'origine des puissances européennes, sur 28 régences d'hommes, 23 ont usurpé le trône qu'elles avaient pour mission de conservera leurs pupilles. La dynastie devait être nationale et non la nation dynastique. Au contraire une régence de femme c'était le pouvoir au pays, c'était le gouvernement dans le Parlement, c'était la dictature de la nation à la place d'un dictateur royal... Non, s'écriait l'orateur, la loi que vous faites n'est ni conservatrice, ni dynastique, et elle est grosse d'usurpations. Elle chasse la mère du berceau et y place le compétiteur et le rival !...

MM. de Tocqueville et Berryer se prononçaient pour la régence élective : M. Odilon Barrot voulait que le choix du régent fût réservé à Tappréciation du Parlement; il croyait plus facile de traverser les mauvais jours elles grandes épreuves d'une minorité, alors que la faiblesse d'un enfant, d'une femme aurait pour appui la grandeur et la générosité de la nation, qu'avec ce qu'il appelait: une régence à cheval.

MM. Guizot, Dufaure, Passy, Mauguin, Dupin, répondirent aux adversaires du projet. « Aujourd'hui, dit M. Guizot, nous n'aurions pas le droit, nous, pouvoirs constitutionnels, établis, éprouvés depuis douze ans, nous n'aurions pas le droit de fonder une loi de régence, quand nous avons fait une royauté en 1830 ! Cela choque le simple bon sens, celja est contraire aux plus évidentes leçons de l'expérience du monde et de la

nôtre Si l'on prétend qu'il existe ou qu'il doit exister

au sein de la société deux pouvoirs, l'un ordinaire, l'autre extraordinaire, l'un constitutionnel, l'autre constituant, l'un pour les jours ouvrables, permettez-moi

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celte expression, l'autre pour les jours fériés', on dit une chose insensée, pleine de dangers et fatale. Le gouvernement constitutionnel, c'est la souveraineté sociale organisée. Hors de là, il n'y a plus que la société flottant au hasard, aux prises avec les chances d'une révolution : on n'organise pas les révolutions, on ne leur assigne pas leur place et leurs procédés légaux dans le cours régulier des affaires de la société. Aucun pouvoir humain ne gouverne de tels événements; ils appartiennent à un plus grand maître, Dieu seul en dispose ; et quand ils éclatent. Dieu emploie pour reconstituer la société ébranlée, les instruments les plus divers.... J'ai vu dans le cours de ma vie trois pouvoirs constituants : en l'an VIII, Napoléon ; en 1814, Louis XVIII; en 1830 la Chambre des Députés. Voilà la vérité : tout ce dont on vous a parlé, ces votes, ces bulletins, ces registres ouverts, tout cela c'est de la fiction, du simulacre, de l'hypocrisie : cela n'est pas sérieux Soyez tranquilles,

Messieurs, nous^ les trois pouvoirs constitutionnels, nous sommes les seuls organes légitimes et réguliers de la souveraineté nationale. Hors de nous, il n'y a qu'usurpation ou révolution... »

A son tour, M. Villemain, ministre de l'instruction publique, rappela très à propos la régence d'Anne d' Autriche, les malheurs que rinstabilité d'un pouvoir mal iéfiai fit alors peseï^ sur la France, l'anarchie de la frtade, ces guerres déplorables qui produisaient le désordre et n'amenaient pas la liberté.

Enfin parut M. Thiers : il se plaça à une grande liauteur, parla avec le plus légitime succès. Se séparant de tout esprit de partie, ne voyant que Tinlérêt de l'État, il expliqua comment son premier devoir était, non de renverser les ministres, mais de

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