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énergie le principe de la liberté des mers : mais après 1830, sous l'impression d'une amitié nouvelle, poussée par Fesprit philosophique, chrétien et libéral, la monarchie de Juillet s^était décidée à accéder aux vœux du cabinet de Saint-James. Deux conventions intervinrent en 1831 et 1833 et réglèrent Fapplication d'un droit réciproque de visite à exercer, pour un temps limité, dans des parages désignés. En 1838, d'autres puissances, rAutriche la Prusse, la Russie se montrèrent disposées à adopter le principe du droit de visite ; mais ne jugeant pas qu'il fût de leur dignité d'acquiescer à des traités déjà existants, elles avaient demandé qu'une autre convention fût conclue dans laquelle elles entreraient comme parties principales. Afin de donner plus d'efficacité à la répression, les zones où le droit de visite pouvait être exercé étaient agrandies, et l'on supprimait la clause en vertu de laquelle le nombre des croiseurs d'une nation ne dépasserait pas de moitié celui des croiseurs des autres nations. Sous les ministères du 12 mai et du 1*' mars, les plénipotentiaires s'accordèrent sur tous les points.
Mais M. Guizot ne se souciait pas d'user de procédés gracieux envers lord Palmerston : il repoussa ses instances avec fermeté. A l'avènement du cabinet tory, la situation lui parut changée : lord Aberdeen tenait beaucoup à la conclusion du traité, et le ministre français en autorisa la signature le 20 novembre 1841, tandis que l'échange des ratifications demeurait fixé au 19 février suivant. En agissant ainsi, M. Guizot se flattait de contribuer à affermir la situation parlementaire des torys, à les fortifier dans l'opinion publique : signer un nouveau traité commun à cinq grandes puissances lui semblait une occasion favorable de faire rentrer la France dans le concert européen.
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Les conventions de 1831 et 1833 avaient passé presque inaperçues pendant dix ans. Lafayette, de Tracy, Odilon Barrot en étaient les parrains; le duc de Broglie^ M. Thiers les avaient proposées, à la Chambre et dans la presse Topposition les avait secondés pour les obtenir de la majorité conservatrice. Mais lorsque le chiffre de nos navires marchands eut augmenté sur la côte d'Afrique, les abus, les vexations se multiplièrent en raison de Theureuse concurrence de notre commerce, et douze réclamations se produisirent dans les années 1838 à 1841. En Angleterre, la cause de Tabolition était populaire, en France, le public restait à peu près indifféreat; la plupart de nos officiers de marine étaient partisans plus ou moins avoués de l'esclavage, et plusieurs de nos ports de mer, indirectement intéressés au maintien de la traite, expédiaient sur les côtes d'Afrique les marchandises dont se servaient les négriers pour leur trafic. De là un double résultat : tandis que les croiseurs de l'Angleterre visitaient avec sévérité nos bâtiments et que ses armateurs se prêtaient de bonne grâce à cette formalité, nos croiseurs visitaient peu les navires anglais et nos équipages subissaient impatiemment la visite.
Ce n'était pas là encore le principal motif de l'émotion que suscita le droit de visite : en fait, le nombre des croiseurs anglais n'avait pas dépassé le chiffre de 152 et celui des croiseurs français avait été de 120 ; dans Tespace de douze ans, sur 17 réclamations adressées par nos armateurs, ô seulement avaient obtenu satisfaction, les autres avaient été écartées comme sans fondement ou délaissées par les plaignants eux-mêmes.
La véritable cause de l'état des esprits était dans le traité du 15 juillet 1840, dans la conduite de lord Palmerslon. Aux yeux du public français^ whigs et tory s étaient
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également coupables : il voulait user de représailles, il saisit Toccasion qui s'offrait de manifester sa raocaûe. La presse montra les équipages anglais rudoyant nos matelots, bouleversant la cargaison, le bâtiment arrêté dans sa marche, ne pouvant obtenir une indemnité de ses pertes, sa spéculation manquée et faite par les Anglais.
Dès le début de la session de 1842, le ministère put s'apercevoir de son erreur : dans la discussion de l'adresse, l'opposition attaqua les traités de 1831, 1833, 1841 avec une extrême énergie, et la majorité manifesta la même répulsion. Aux yeux de MM. Billault, Berryer, Thiers, Dupin, le droit de visite présentait les pi us graves inconvénients : il portait atteinte aux principes fondamentaux du droit international maritime et de la liberté des mers, il refroidissait l'ardeur de nos marins, leur sentiment de fierté pour notre pavillon, il nous dépouillait d'une situation indispensable, celle qui fait de la France la tête de colonne des marines de second ordre contre l'Angleterre. Donner aux Anglais le droit de visite, c'était les constituer gendarmes de la mer, leur accorder un droit de police sur nos vaisseaux, nos hommes, notre commerce tout entier. Personne à la Chambre n'était partisan de Tesclavage et la discussion s'élevait non sur le but, mais sur les moyens. Les États-Unis ne s'étaient-ils pas opposés résolument à la visite, en invoquant la liberté des mers et l'indépendance du pavillon? aLarésolutionrelativeàTabolitiondela traite, s'écria
Dupin, est un contrat de bienfaisance dans Tintérêt des nègres, et un contrat de bienfaisance n'est pas pour faire acquérir à l'un des deux peuples un droit et un moyen de supériorité sur l'autre ; jamais il n'a été permis de faire tourner le bienfait contre le bienfaiteur. Qu^ les
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auteurs de ces traités les djêfendent, hélas! je le conçois, la paternité a ses extases. »
Seul contre tous, M. Guizot défendit éloquemment le traité au nom de la morale et de rhumanité. Un cas nouveau était ajouté à ceux que toutes les nations civilisées ont mis en dehors de la liberté des mers : les conventions de 1831,» 1833 n'avaient d'autre but que de considérer la chair humaine comme contrebande de guerre ; il y avait seulement un crime de plus inscrit dans le code des nations ; les mers resteraient libres comme auparavant; le traité de 1841 était le corollaire naturel des traités antérieurs.
Par une adroite manœuvre, les amis du ministre résolurent de lui venir en aide, d'arracher à l'opposition le profit du triomphe, en prenant à leur compte l'amendement de M. Billault. La Chambre, à la presque unanimité, adopta la rédaction de M. Jacques Lefebvre ainsi conçue : « Nous avons aussi la confiance qu'en accordant son concours à la répression d'un trafic criminel, votre gouvernement saura préserver de toute atteinte les intérêts de notre commerce et l'indépendance de notre pavilloo- »
Ce vote créait au ministère une lourde responsabilité : sous peine de se mettre en hostilité avec la Chambre et le pays, il lui fallait manquer à ses engagements vis-à-vis des quatre puissances, encourir le risque d'une rupture avec l'Angleterre. Il n'échappait à la difficulté diplomatique que pour retomber dans de redoutables difficultés parlementaires. L'orgueil, l'intérêt commercial, le sentiment religieux en Angleterre, une juste fierté et la conviction du bon droit en France, avaient fait de cette question pour les deux pays une question nationale.
M. Guizot mettait le maintien de sa politique générale