‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848Chapitre 32 sur 78 · LE DROIT DE VISITE ET L'INDEMNITÉ PRITCHARD · texte numérisé non relu

LE DROIT DE VISITE ET L'INDEMNITÉ PRITCHARD

putations, et les ministres torys avaient le bon esprit de ne pas se montrer offensés. Un membre de l'opposition à Ja Chambre des Pairs, le comte d'Alton-Shée, eut la loyauté de le reconnaître en ces termes : « Cette conduite du ministère anglais, j'ignore si elle a frappé tous mes collègues autant que moi. Je n'hésite pas à dire haute-' ment que dans cette conduite de sir Robert Peel et de ses collègues, je vois une compensation, une réparation envers la France du mauvais procédé de lord Palmerston au 15 juillet. »

La condescendance du peuple britannique ne devait pas être mise à cette unique épreuve. L'annulation du traité de 1841 ne suffisait à l'opposition que si le ministère ne l'obtencût pas. Forcée d'exiger davantage pour continuer d'être opposition, elle demanda en 1843 Tabrogation des conventions de 1831-1833. Là où elle voyait surtout une question de cabinet, les conservateurs voyaient une grande question nationale, et l'exemple des États-Unis les encourageait dans leur insistance. LesChambres de Washington avaient voté une résolution pour défendre d'accorder un droit de visite sous une forme quelconque, et le 9 août 1842, lord Ashburton signa un traité qui tranchait tous les différends angloaméricains, réglait ou plutôt abolissait le droit de visite.

À la Chambre des Pairs, M. Guizot, secondé par le duc de Broglie, réussit non sans peine à écarter de l'adresse un amendement contraire au principe des traités. A la Chambre des Députés, la majorité prit elle-même Tinitiative, et dans la réponse au discours du trône, elle inséra un paragraphe par lequel elle appelait de tous ses vœux le moment où notre commerce serait replacé sous la surveillance exclusive de notre pavillon.

M. Guizot voulait le maintien des conventions : devant

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les Pairs, il avait déclaré qu'une négoeiatîon abootiiut & une faiblesse on à une folie.jCéteît sur la demande, par les efforts de la France, qne les traités se trouvaient généralisés, acceptés des autres puissances : en se retirant on livrait celles* ci au droit de visite de la seule Anglet^re.

A la Chambre des Députés, le cabinet eut à soutmr une attaque générale contre sa politique : M. Guizot fit preuve d'une rare puissance de talent, mais, appuyé sur 'tous les autres points, il ne parvint pas à ramener ses amis sur la question du droit de visite. Il dut plier devant Forage et se vit dans cette étrange obligation d'accepter un mandat contraire à ses convictions et à ses actes : toutefois, en cédant aux injonctions de la majorité, il revendiqua ledrrât de ehoi^r le moment opportun pour négocier. Il refusait une négoeiatic» immédiate, et rappelait cette maxime que les traités conclus, ratifiés, exécutés^ se dénouent d'un eommon accord ou se tranchent avec l'épée.

Les adversaires du cabinet triomphaient (1) : ils doutaient non seulement du succès définitif, mais même de la possibilité d'une négociation sérieuse ; ils ne croyaient guère à la bonne volonté du gouvernement, car l'amiral Duperré avait dû quitter le ministère de la marine a cause de sa santé, et on l'avait remplacé par l'amiral Roussin qui venait de prononcer un discours en faveur du droit de visite. Ce choix, peut-être intempestif, pouvait sembler une provocation, ajouter à l'irritation, à la défiance des esprits*

A la Chambre des Communes, les whigs, lord Palmers* ton ne manquèrent pas de reprocher à lord Aberde^ ses concessions, et s'efforcèrent de surexciter la suscepti*

(1) Dupin compare le ministère depuis l'adresse, i un lièvre atteint par 1^ plomb du 4;baMeiir, et q«i n'a plot qa^à ttoorir daiu le taiUti»

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bilité des saints du Parlement. Sir Robert Peel réfata ces attaques, et faisant appel au bon sens de son pays, il montra le duc de Wellington et le maréchal Soult, ces deux héros de cent batailles, les meilleurs juges des sacrifices imposés par la guerre, employant l'un en France, Tautre en Angleterre, toute leur influence à inculquer les leçons de la paix. <c Quand^ s'écria-t-il, je compare la position, Fexemple et les efforts de ces hommes qui ont vu le soleil éclairer à son lever des masses vivantes de guerriers descendus dans la tombe avant que ce même soleil ne se couchât ; j'espère que de chaque côté du canal, les journalistes anonymes et irresponsables qui font tout ce qu'ils peuvent pour exaspérer l'esprit public, pour représenter sous un mauvais jour tout ce qui se passe entre deux gouvernements désireux de cultiver la paix, disant à la France que le ministère français est l'instrument de l'Angleterre, et à l'Angleterre que le ministère anglcds sacrifie l'honneur national peur peur de la France ; j'espère, dis-je, que ces écrivains profiteront de l'exemple de ces deux illustres guerriers, et je compte que ce noble exemple neutralisera l'influence des efforts dont je viens de parler, efforts qui ne sont pas dictés par le dévouement et Thonneur national, mais par le vif désir d'encourager les animosités entre les peuples ou de servir quelque intérêt de parti ou de personnes. 7>

Toutefois, la question restait et pesait lourdement sur Tavenir : en 1844 et 1845, la Chambre des Députés reproduisit son vœu de Tannée précédente ; M. Guizot annonça que les négociations étaient ouvertes (1). Lord Aberdeen sentit la nécessité de ne pas sacrifier le but au moyen, de supprimer le droit de visite, sans négliger la répres-

(1) M. Dapin dit à ce propos : Le Cabinet est inséparable de la majorité ; quand elle ne sera pas avec loi, il sera avec elle.

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