LA GRÈCE ; M. GUIZOT ET ^. ÇOLETTIS
çaient de calmer les rivalités nationales. Au même moment commençait à poindre la question des mariages espagnols et déjà se déroulaient dans leurs incidents multiples les questions de Syrie et de Grèce,
Avec le gouvernement turc, après 1840, l'anarchie rentra en Syrie ; la guerre civile, le pillage et le massacre alternatifs recommencèrent dans le Liban entre le? Druses et les Maronites, vieille guerre de race, de religion et d'influence. La Porte espérait les contenir par leurs discordes et se relever sur leurs ruines ; les autorités turques, à la fois malveillantes et impuissantes, les excitaient sous main, et, en haine des chrétiens, prenaient parti plus ou moins ouvertement contre les Maronites, qui ne cessaient d'invoquer nos capitulations, nos traditions, le nom de la France. De 1840 à 1848, le ministère du 29 Octobre ne cessa de réclamer le rétablissement d'une administration unique et chrétienne dans le Liban. Mais notre situation vis-à-vis de la Turquie n'était plus la même qu'au dix-septième et au dix-huitième siècle : la conquête passagère de l'Egypte et définitive de l'Algérie, la Grèce soutenue, affranchie, Méhémet-Ali et le bey de Tunis protégés contre le sultan, ces faits récents nous avaient rendus suspects. L'Angleterre prenait parti pour les Druses en Syrie, et à l'instar de l'Autriche, elle n'appuyait nos demandes qu'avec beaucoup de lenteur et d'hésitation. Avec cet art d'éluder et d'ajourner qui est le propre de la diplomatie orientale, le Divan commençait par contester les faits signalés; puis, après des des tergiversations sans nombre, il consentait à adopter en principe un nouveau régime ; enfin il apportait dans l'application une force d'inertie, un mauvais vouloir obstiné. Toutefois de 1845 à 1848, l'état des
554 LA GRÈCE : H. 6UIZ0T ET M. G0LBTT18
chrétiens de Syrie s'améliora d'une manière assez sensible : rinstitution réelle de deux caïmacans ou chefs indigènes pour les Maronites et les Druses, le désarme* ment de ces derniers, la confirmation solennelle des privilèges religieux des Maronites, des indemnités aux victimes de la guerre civile, quelques pachcis révoqués et punis, tels furent les résultats de la persévérance de M. Guizot.
Depuis son affranchissement et sa résurrection, la Grèce se trouvait de fait sous le protectorat collectif de la Russie, de l'Angleterre et de la France : celles-ci lui avaient garanti un emprunt de soixante millions en 1832 et acquis de la sorte le droit de se mêler dans une certaiine mesure de ses affaires et de ses finances : aussi la Grèce était-elle devenue un véritable champ diplomatique, où les trois puissances ne cessaient de se combattre sourdement.
Après s'être longtemps montrées hostiles à la Grèce, l'Angleterre et la Russie lui avaient tendu la main et s'étaient résignées à lui permettre de renaître; mais elles acceptèrent son indépendance comme une malencontreuse nécessité et voulurent au moins quelle fût si petite, si faible, qu'elle ne pût grandir, ni presque vivre. Elles réussirent à l'enfermer dans d'étroites limites, et M. Golettis disait; douloureusement à M. Guizot : « De la frontière de ma patrie libre, je vois, dans ma patrie encore esclave, la place où j'ai Icdssé le tombeau de mon père. »
La Russie aspire à la domination de l'Orient : elle désirait une Grèce agitée, désordonnée, épuisée, uneprinci-. pauté vassale avec un prince grec semi-russe. L'Angleterre était effrayée de la rivalité que pourrait lui susciter un jour une nouvelle puissance maritime et commerciale.