‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848Chapitre 38 sur 78 · LA GRÈCE : H. GUIZOT ET M. COLETTIS · texte numérisé non relu

LA GRÈCE : H. GUIZOT ET M. COLETTIS

Cependant U y avait eu Grèce un peirti anglcds et un parti russe {!), parce que chacun considérait sa patrie comme trop faible pour se soustraire à Tinfluence absorbante de ses redoutables protectrices. La Russie agissait par les idées religieuses, le peuple russe et le peuple grec professant la même religion, appartenant à l'Église qui se qualifie d'Eglise orthodoxe^ catholique et apostolique de f Orient^ par opposition à l'Église catholique de l'Occident. Le parti anglais savait que l'Angleterre a l'habitude de se mêler des affedres de tout le monde, la regardait comme l'eirbitre futur des destinées de la Grèce, et s'appuyait sur elle par calcul plus que par goût.

Seule la France avait secouru, servi ce royaume naissant avec un zèle désintéressé ; seule elle voulait y créer une puissance indépendante de droit et de fait, vivant de sa propre vie, capable de choisir ses amis et ses alliés, de compter dans le monde, d'échapper au protectorat continental de la Russie comme au protectorat maritime de l'Angleterre. Aussi le parti français était-il le parti national, constitutionnel, et la politique de la France avait cet avantage d'être claire, loyale, favorable à l'avenir sans compromettre le présent.

Accueilli avec transport en 1833, par un peuple las de la guerre, du désordre, écrasé par la misère, le roi Othon n'avait pas tardé à devenir impopulaire dans toutes les classes de la nation : on lui reprochait le gaspillage de l'emprunt et des budgets annuels, son goût stérile pour le pouvoir absolu, son inertie^ son opposition obstinée à

(i) Il y a en Grèce, écrivait M. Davergier de Hauranne, des Hellènes et âes Albanais, il y a des autochtones et des hétérochtones ; il y a des Pélo» pooésiens, des Roaméliotes, des insulaires, il y a des Russes, des Anglais, ^ Français, mais en outre de tous ces partis, il y a celui des habits noirs et celai des fustanelles. Ce dernier tend à diminuer, mais il contient les **éro» de rindépendance.

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toute réforme efficace. L'établissement du despotisme avait été pour les Grecs un premier et cruel mécompte ; la nomination d'employés bavarois aux principales fon^ tiens aggrava le mécontentement public. A Tadministration absolutiste de M. d'Ârmansperg^ instrumentdes volontés de TAngleterre, succéda celle de M. Rudharl, patronné par la Russie,

' De 1833 à 1836, la France travailla à l'expulsion des Bavarois, à la formation d'un gouvernement national et régulier : à la même époque, l'Angleterre soutenait la cause de l'absolutisme, et lord Palmerston trouvait bon de dénoncer le duc de Broglie au prince de Metternicfa comme coupable de vouloir introduire en Grèce quelques principes libéraux et une espèce de constitution, A la mort de M. d'Armansperg, le chef du Foreign-Officefit soudainement volte-face, et changeant de principes, de langage, se prononça pour une constitution radicale, telle que le pays n'aurait pu la supporter. L'influence que l'Angleterre avait demandée au despostisme, elle la demandait à l'anarchie^ et restait fidèle à sa pensée fondamentale.

De 1836 à 1841, absorbé par d'autres questions plus pressantes, le gouvernement français laissa les partis anglais et russe se disputer la prépondérance. En 1841, M. Guizot jugea le moment venu de reprendre position et de recouvrer l'ascendant perdu. Il envoya à Athènes M. Piscatory, philhellène éprouvé, connu, aimé du peuple et des chefs grecs, en lui donnant pour instructions de soutenir le gouvernement du roi, de le presser d'accomplir les réformes administratives nécessaires, de vivre en bonne harmonie avec ses collègues.

Les Grecs finirent par perdre patience : les ministres d'Angleterre et de Russie eux-mêmes disaient haute-

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