LA GRÈCE : H. 6UIZ0T ET M. COLETTIS
ment qu'il n'y avait plus moyen de marcher avec le roi Othon. Un soulèvement général fut concerté entre les anciens chefs du parti russe, et la révolution éclata le 15 septembre 1843 à Athènes. L'opinion publique était unanime, l'émeute à la fois militaire et civile ; elle ne rencontra aucune résistance. Mais si le czar espérait qu'Othon serait renversé et remplacé par quelque prince de sa maison, il se trompait : le roi écouta les conseils des diplomates étrangers, sut plier devant l'orage, accepta de nouveaux ministres, une assemblée, une constitution. Les Bavarois furent expulsés, la monarchie absolue transformée en monarchie constitutionnelle ; le pays vainqueur se montra assez intelligent, assez sensé pour s'adapter au roi et ne pas le briser. M. Metaxa, chef du parti russe ou religieux, devint 'président du nouveau cabinet. En même temps, M. Maurocordato, chef du parti anglais, et M. Golettis, chef du parti national, revenaient, l'un de Gonstantinople, l'autre de Paris, pour prendre place au congrès et présider aux destinées de leur patrie.
MM. Metaxa, Maurocordato et Golettis s'unirent d'abord pour sauver le roi , la monarchie et le pays ; bientôt ce triumvirat fut dissous; la mésintelligence, puis une rupture , éclata entre M. Maurocordato et le président du conseil, qui donna sa démission. Le chef du parti anglais ne recula pas devant l'audacieux projet de former un cabinet d'une seule nuance, avec le risque certain de s'user dans le premier ministère chargé de faire l'essai de la constitution. Il n'était qu'un pouvoir de surface, sans racine dans le ^ays ; il n'avait avec lui qu'un brillant état-major sans armée, et subissait le patronage exclusif de l'Angleterre. Sa conduite dans les élections acheva de le discréditer et de lui aliéner le
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parti national. La pression alla si loin que, dans plusieurs
endroits, l'administration fit agir la gendarmerie contre
les électeurs récalcitrants, et qu' un ministre recommanda
aux fonctionnaires d'assurer au besoin sa nomination
a à l'aide du sabre et du bâton. » Les élections tournèrent
contre lui avec éclat, consacrèrent le triomphe du parti
guerrier et du parti religieux, de MM. Ciolettis et Me-
taxa.
Depuis son arrivée à Athènes, M. Piscatory exécutait
avec habileté les instructions de M. Guizot, prêchant la nécessité de l'accord et de l'action commune, s'appliquant à ménager les susceptibilités jalouses du ministre d'Angleterre, sir Edmond Lyons, soutenant avec abnégation M. Maurocordato, sans toutefois s'engager corps et âme dans ses destinées, sans négliger son crédit auprès du parti national. « Je poa^ suis, écrivait-il à M. Guizot, la voie que vous m'avez tracée, et on nous tient ici pour de très honnêtes gens, un peu dupes... Je fais d'énormes sacrifices à mes collègues, qui n'en font aucun ; ils vont leur chemin, celui de leur humeur ou celui de leur gouvernement... Il y a des gens qui feraietit couler le bateau à fond plutôt que de le voir sauver par nos mains. » Frappé de cette conduite, sir Lyons lui-même rendent hommage à son collègue : « M. Guizot, écrivait-il & lord Aberdeen, a ici, dans M. Piscatory, un admirable agent. )► Voilà à quoi sert l'entente cordiale, disait lord Aberdeen, en montrant cette dépêche à sir Robert Peel.
De son côté, notre ministre des affaires étrangères répondait à M. Piscatory : k Persistez à subordonner les intérêts de rivalité à l'intérêt d'entente, la petite politique à la grande, et faites que Coleltis persiste... Il ne faut pas voir, dans tout ce que fait ou dit sir Edmond Lyons, plus