LA GRÈCE •: M. GUIZOT ET M. COLETTIS
entre les trois grands États les plus étrangers au régime représentatif, la Russie, la Turquie, rAutriche ; il fallait lui rendre les attributs moraux et matériels d*un peuple civilisé, finances, marine, agriculture, industrie, commerce, instinct et amour de Tordre comme garantie de la liberté ; il fallait donner des mœurs parlementaires à une population armée, toujours prête à vider ses différends à coups de fusil, ne connaissant guère que les assemblées nationales de Tindépendance, dont les membres se réunissaient sous la tente et en venaient parfois aux mains au sortir de la séance ; il fallait que M. Colettis contînt ses fougueux amis les Pallicares, ajournât ses projets de grand avenir national pour la Grèce ; il fallait amener les capitaux, changer la constitution de la propriété, le système d'impôt, modifier et satisfaire à la fois ràmour démesuré des Grecs pour les fonctions publiques. «J'ai vu, disait M. Duvergier de Hauranne, entre les mains d'un ministre une liste numérotée de quarante places qu'un seul individu sollicitait presque à titre de droit pour ses amis, pour ses parents, pour luimême. »
C'est à cette tâche immense que M. Colettis se dévoua, et chaque jour il avançait dans son œuvre. L'ancien héros de la guerre d'indépendance, l'ancien conspirateur avait passé sept ans en France, avait fait son noviciat politique, élargi son cercle d'idées, était devenu un homme d'État. Il avait la majorité dans les Chambres, la confiance du roi, l'amour du peuple, savait déjouer et réprimer les complots, les séditions, s'appliquait avec succès à raffermir le trône, à relever le pouvoir. U écrivait à M. Guizot : « J'ai toujours cru et je croîs encore que les limites de la Grèce ne sont pas le mont Othrix, qu'un lien sacré unissait et unit les provinces grecques