‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848Chapitre 42 sur 78 · LA GRÈCE : M. GUIZOT ET M. GOLETTIS · texte numérisé non relu

LA GRÈCE : M. GUIZOT ET M. GOLETTIS

soumises à la Turquie aux provinces qui ont été assez heureuses pour être déclarées indépendantes» Les destinées de la Grèce sont plus vastes que celles que les protocoles lui ont faites. Telle est ma croyance : mais je n'ai jamais pensé que c'était par l'invasion, par la propagande armée que ces destinées devaient s'accomplir. » Ainsi le patriote ardent s'effaçait devant l'homme d'État, s'élevait plus haut de jour en jour, se montrait capable de se gouverner selon un grand dessein.

La rentrée aux affaires de lord Palmerston au mois de juin 1846, ne pouvait qu'aggraver les périls contre lesquels luttait M. Colettis. Entre les cabinets français et tory, la divergence avait été apparente et réelle, mais elle ne sortait pas des bornes convenables^ Avec les whigs,elle allait aboutir aune lutte ouverte d'influence. Au lieu de contenir sir Lyons, lord Palmerston se plut à encourager ses menées hostiles, provoqua lui-même toutes les occasions de renverser M. Colettis, de rétablir à Athènes la suprématie anglaise. De soïi côté, M. Pist^lory se prépara à appuyer plus activement que jamais le ministre grec ; les ministres de Bavière, de Prusse et d'Autriche, mécontents des excès de sir Lyons, se rangèrent du côté de la France.

Après quelques mois de répit, lord Palmerston crut avoir trouvé une occasion favorable. Des insurrections avaient éclaté dans le royaume, M. Colettis rencontrait à la Chambre des Députés une opposition violente ettracassière ; malgré ses efforts, la situation financière laissait beaucoup à désirer; une querelle sérieuse venait do s'engager entre la Grèce et la Porte, les relations diplomatiques se trouvaient rompues entre les deux États. Le chef du Foreîgn Office choisit ce moment pour réclamer, dans une note impératlve et menaçante, le II. aa

562 LA GRÈCB : M. 6UIZ0T ET M. COLBTTIS

paiement des intérêts de Femprunt grec garanti parles puissances protectrices ; en même temps trois vaisseaux anglais paraissaient dans le petit port du Pirée, chargés de mettre à exécution cette exigence.

L'énergie de M. Colettis, la fermeté du roi O^hon, le sentiment national conjurèrent cette redoutable crise: la Chambre fut dissoute, les séditions réprimées ; un généreux philhellène, M. Ëynard de Genève, mit à la disposition de la Grèce 500,000 francs pour payer le trimestre réclamé par l'Angleterre,

Peu de jours après, le 12 septembre 1847, la grande âme de M. Colettis, allait, selon Texpression de M. Guizot, rejoindre le bataillon de Plutarque. Il expirait, et ses dernières paroles étaient des remerciements pour le roi, pour ses amis de France, a Remerciez, dit-il à M. Piscatory, remerciez votre roi et votre reine des bontés dont ils m'ont toujours honoré. Parlez de moi à mes amis de France. Faites mes adieux à M. Guizot, à M. de Broglie, à M. Eynard. Jusqu'au dernier moment, tant que je l'ai pu, j'ai suivi leurs conseils. Ils doivent être contents de moi. Le roi vient de me dire que tout le monde, mes ennemis eux-mêmes s'intéressent à moi. Cela me fait plaisir. Mais je laisse mon pays bien malade. Mon œuvre n'est pas achevée. »

M. Colettis mourait au milieu d'un deuil national, et sa politique triomphait sur sa tombe. Forls de l'appui de la France, du concours des Chambres et des populations, les nouveaux ministres, ses anciens amis, proclamèrent leur intention de suivre les Iradi lions de leur glorieux prédécesseur, soutinrent avec succès la lutte contre sir Edmond Lyons et la minorité. Le parti national et français l'emportait décidément en Grèce ; le cabinet du 29 Octobre avait suivi une politique toute différente de

LA GRÈGB : M. GmZOT ET M. COLETTIS 563

celle de l'Angleterre, et cette politique pleine de loyauté et d'élévation lui avait assuré la prépondérance, en dépit de rhostilité plus ou moins déguisée des torys, des whigs et de l'empereur de Russie.

Page 1