‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848Chapitre 43 sur 78 · CHAPITRE XXVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVI

La Fr&Dce a un intérêt de premier ordre à entretenir avec l'Espagne une alliance solide et darable. — Défiances de l'Angleterre. — Espartero : les caUados et les despalzados ; les modérés et les progressistes. — Chute d'Espartero; retoar de la reine Christine en Espagne. —Politique de Louis-Philippe. — Les prétendants Bourbons. — Le prince Léopold de Saxe-Cobourg. — Mémorandum du S7 février I84ô. — Le comte Bresson et sir Henry Bulwer. — Chute des torys; rentrée aux affaires de lord Palmerston ; sa dépêche du 19 juillet. — Intrigues et négociations. — Lettres de Louis-Philippe à M. Quizot. — Conclusion des mariages espagnols. -» Efforts de lord Palmerston pour associer à ses colères la nation anglaise et les cabinets européens ; son mémorandum de 1845 sur les défenses nationales. — Les mariages espagnols furent un acte de politique défensive.

La suppression du droit de visite avait été la revanche du parlement français envers lord Palmerston, les mariages espagnols furent la revanche de M. Guizot envers cet homme d'Etat. Cet acte, grâce auquel la politique de la France reprenait définitivement son caractère traditionnel et national, a été Tobjet des appréciations les plus contradictoires, des critiques les plus passionnées. Quelques-uns des amis les plus dévoués à la monarchie constitutionnelle Tout blâmé et les Anglais n'ont pas manqué d'accuser Louis-Philippe, son ministre, de duplicité, de mauvaise foi. Naguère encore (1), d^éaiinents

(1) Voir notamment : Saint-René Taillandier, Le roiLèopold et la remê

Vutoria, — Augustus Craven, Correipondance intime de lord Palmenton. —

Auguste Laugel, Vie de lord Palmerston, — Mémoires du baron de Stoekmar,

.— Parliamentary paperi, papiers d*État publiés par le Foreign Oflhe» —

Ooixot, Mèmoiret, tome VI IL — Revue rétrospeetif>e de Tascherean.

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écrivains ont résumé les principales pièces du procès, et, selon leur nationalité, plaidé pour ou contre le gouvernement français. Leurs études soulèvent ces questions: Lequel, lord Palmerston ou M. Guizot, demeure responsable de la rupture de Fentente cordiale? Quels ont été les avantages, les conséquences des mariages espagnols?

La France, Thistoire le prouve, a un intérêt de premier ordre à entretenir avec l'Espagne une alliance solide et durable. Pour s'en convaincre, il suffit de se rappeler Charles-Quint et Philippe II, les luttes acharnées de Richelieu, de Louis XIV pour soustraire l'Espagne à la prépondérance autrichienne, le traité d'Utrecht, le pacte de famille sous Louis XV, l'Espagne concourant avec la France sous Louis XVI à l'indépendance des États-Unis; Napoléon I" trouvant au delà des Pyrénées la première cause de sa ruine, l'expédition française sous la Restauration. La France ne saurait fonder sa politique dans la Méditerranée sans le concours de la puissance qui possède Cadix, Algésiras, Ceuta, Barcelone, Mahon. L'avènement de la reine Isfiibelle imposait au gouvernement français le devoir impérieux de maintenir à Madrid l'œuvre glorieuse de Louis XIV.

Mais la monarchie de 1830 rencontrait ici l'Angleterre, obstinément jalouse et méfiante, désireuse de conquérir en Espagne la suprématie politique et commerciale, soutenant les exaltés contre les modérés qui représentaient le parti français. Vainement elle avait reconnu en 1833 le régime constitutionnel espagnol, vainement elle s'était séparée du parti absolutiste et rapprochée du parti libéral, vainement elle avait refusé d'intervenir à main armée en 1835, malgré les sollicitations de lord Palmerston lui-même. Le ministère tory de sir Robert Peelacceplail rhérilage du ministère whig de lord Melbourne,

et son chef témoignait à cet égard de telles inquiétudes, qu'il se déclarait disposé à rechercher l'entente avec la Russie^ TAutriche et la Prusse^ qui n'avaient pas reconnu la reine Isabelle. c< Notre position, disait-il, et nos intérêts, s'accordent mieux avec la position et les intérêts de ces puissances qu'avec ceux de la France ; elles ont en commun avec nous le dessein d'empêcher que l'Espagne ne devienne un pur instrument entre les mains de la France. Résister à l'établissement de l'influence française en Espagne, tel doit être notre principal et constant effort. »

Avant de se disputer le trône d'Espagne, il fallait savoir s'il y aurait en ce pays un trône à occuper (1). La défaite de don Carlos ne lai avait pas rendu la tranquillité : la régente Marie-Christine avait été dépossédée par Espartero, ce général auquel elle reprochait sa trahison en ces termes : « Je t'ai fait comte de Luchana, duc de Morella^ duc de la Victoire, grand d'Espagne, je n'ai pu faire de toi un gentilhomme. » Fataliste par orgueil et par paresse, prêt à tout par égoïsme et par ambition, Espartero acceptait ce qui pouvait l'élever, intervenant au dernier moment dans les causes gagnées pour s'en attribuer l'honneur et le profit. Aussi insouciant de la couronne que de la liberté, malfaisant sans parti pris, utile sans préméditation et sans mérite, il faisait successivement le bien et le mal de son pays, suivant le flot qui le poussait : c'était un médiocre auquel la fortune confiait un rôle retentissant. Chef et instrument du parti exalté, le nouveau régent accepta le patronage de l'Angleterre, et aussitôt après la révolution de 1840, déclara a que ses inclinations étaient et avaient

(i) Voir sar les affaires d'Espagne les chapitres xui et xix» tome IL

toujours été en faveur d'une alliance intime avec la Grande-Bretagne, et que c'était là Tamitié sur laquelle il comptait ». Pour lui complaire, il usa envers la France de procédés qui pouvaient lui susciter les plus graves ennuis. Lorsque M. de Salvandy fut nommé ambassadeur en Espagne, il voulut selon les principes monarchiques et les usages constants des cours européennes, remettre ses lettres de créance à la reine elle-même : le régent prétendit les recevoir : M. de Salvandy refusa et quitta l'Espagne. Plus tard, après la victoire d'Espartero, contre une insurrection des christinos, M. Olozaga^vint demander à M. Guizot que la reine Christine fût éloignée jie France ; sinon, disait-il, il avait ordre de demander ses passeports. Â l'unanimité, le roi et ses ministres refusèrent de manquer aux devoirs de famille, d'honneur, aux exemples de respect mutuel que se doivent entre eux les souverains : M. Olozaga n'insista point et se garda bien d'exécuter sa menace. Le gouvernement français regardait la reine Christine comme pouvant redevenir une ancre de salut pour l'Espagne ; il augurait mal de l'avenir d'Espartero, mais il évitait toutes les occasions de brouillerie, et ne témoignait aucune susceptibilité, au milieu de relations froides et parfois tendues.

Il ne se trompait pas : à l'extérieur Espartero se sentait gêné par l'attitude réservée de la France, rhostilité de la cour de Rome, et surtout l'amitié onéreuse de l'Angleterre qui prétendait lui faire payer sa protection par un traité de commerce ruineux pour la moitié de l'Espagne. A l'intérieur, il avait à lutter contre les carlistes et les amis de la régente ; ses partisans eux-mêmes se divisaient. En Espagne, plu« que partout ailleurs, la guerre aux places est le premier mobile des révolutions,

et il s'était formé parmi les exaltés deux partis connus sous les noms significatifs de : calzados et de descalzados^ les chaussés et les déchaussés^ selon qu'ils avaient ou non pris part à la curée.

Après trois ans à peine d'un gouvernement révolutionnaire et tyrannique, Espartero réunit contre lui tous les partis, exaltés et modérés, armée et Certes, villes et campagnes, et tomba sous leur commun effort. Bientôt les progressistes furent à leur tour atteints dans la personne de leur chef Olozaga, que la jeune reine Isabelle accusait d'avoir usé de violence à son égard, pour obtenir un décret de dissolution des Cortès : le pouvoir passa aux mains des modérés, la reine Christine rentra en Espagne, acclamée par la nation, et reprit la direction des affaires ; la Constitution de 1844 réforma celle de 1837 dans le sens des idées monarchiques.

La chute d'Esparlero, des progressistes, était un coup sensible porté à l'influence anglaise; Espartero se montrait favorable au mariage du prince Léopold de Saxe- Cobourg avec la reine Isabelle, tandis que la reine Christine, l'armée, le parti modéré désiraient un des fils de Louis-Philippe, le duc d'Aumale en particulier, déjà signalé à l'attention publique par sescam pagnes d'Afrique.

Louis-Philippe, dans sa ferme et patriotique prévoyance, sacrifiait à l'intérêt général de la paix et de l'équilibré européen, toute tentation d'agrandissement personnel et de famille. Mais, dès le début de l'afTaire, dès les premiers pourparlers, en 1841, il affirmait énergiquement son principe, et rendait exclusion pour exclusion. Le 2 mars 1843, M. Guizot se fit l'interprète de cette politique devant la Chambre des Députés. Il fallait que le mari de la jeune reine fût un Bourbon de la descendance de Philippe V, et la maison de Bourbon ne maa-

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quait pas de prétendants : des princes de Lucques, deNaples, les fils de don Carlos, les fils de l'infant don François de Paule ; Louis-Philippe n'en excluait aucun, mais il repoussait les autres candidats : il ne voulait pas sur le trône d'Espagne un Bourbon français, il voulait un Bourbon; c'était à ses yeux un intérêt françcds, espagnol et earopéen de premier ordre. Du premier jusqu'au dernier moment, le roi ne cessa de tenir ce langage : il écrivait à M. Guizot : <c La difficulté 'de détruire chez les Anglais ces illusions, ces misconceptions de nos intérêts, après quarante ans de contact avec eux, aussi bien, j'ose le dire, qu'après mes treize années de règne, me cause un grand ébranlement dans la confiance que j'avais eue de parvenir à établir entre Paris et Londres cet accord cordial et sincère qui est à la fois, selon moi, l'intérêt réel des deux peuples, et le véritable Alcazar de la paix de l'Europe. Qu'en attendre après ce que lord Cowley a dit à lord Westmoreland « que j'étais convenu avec lui que j'avais vivement désiré qu'un de mes fils épousât la reine d'Espagne, mais qu'il croyait que je ne le désirais plus depuis que j'étais assuré que la guerre serait le résultat de cette alliance? » Et cependant quand je lui ai dit pour la trentième fois, que je n'avais jamais eu le moindre attrait pour cette alliance, et que tous mes fils y étaient également contraires, lord Cowley m'a répété, avec une insistance que je vous ai même signalée : « Your Majesty always said so. Votre Majesté m'a toujours parlé ainsi. »

Au dire des ministres anglais, la prétention de Louis- Philippe est . exorbitante , tyrannique , contraire à la morale. Ils se posent en champions chevaleresques d'Isabelle, réclament pour elle la liberté de choisir: c'est une affaire purement domestique dont ils ne veulent pas

se mêler. La liberté, répondent les diplomates français, oui, à condition qu'elle soit sincère et absolue, et alors, si la reine d'Espagne choisit son cousin le duc d'Aumale, TOUS ne vous y opposerez pas? — Ah! je ne dis pas, riposte lord Aberdeen, il s'agirait de l'équilibre de l'Europe. Ainsi le chef du Fdreign Office accepte le principe de la liberté contre la France, il le repousse si celle-ci doit en profiter.

La politique, même dans les gouvernements constitutionnels, est souvent ce qu'on ne dit pas. Les mémoires du baron de Stockmar, conseiller intime de la reine Victoria, apportent ici de précieuses révélations, nous guident à traversée mystérieux imbroglio. En fait, le cabinet anglais donnait son assentiment à la candidature du prince Léopold de Saxe-Cobourg, frère de l'époux de la reine du Portugal, neveu du roi de Belgique, cousin du prince Albert, mari de la reine Victoria. Le baron de Stockmar écrit à la date du 14 mai 1842 : « Jsoire candidat est plus acceptable que bien d'autres au point de vue politique, et pour l'Espagne et pour les vraie intérêts de l'Europe, sans compter que la parenté avec le Portugal pourrait, dans un cas donné, apporter un élément utile aux deux dynasties, et les mettre sur le pied d'amitié que réclame leur salut commun... En de pareilles circonstances, c'est faire assez, c'est même tout faire que de permettre au destin de le trçuver^ si le destin, dans sa capricieuse envie de réaliser des choses invraisemblables, persistait à le chercher^ en dépit de tous les empêchements et de tous les obstacles... Nous avons déjà obtenu que notre ministère, d'abord favorable à un Bourbon, parce qu'un Bourbon susciterait moins de dinicultés extérieures, est devenu tout à fait impartial, et soutiendra loyalement tout choix conforme aux vrais

intérêts de TEspagne, c'est-à-dire par là même assuré du succès. »

Voilà certes un aveu bien grave : le destin, qu'on invoque timidement, n'est que l'anonyme commode des patrons du prince Léopold qui travaillent dans l'ombre, et ont gagné sir Robert Peel, ses collègues.

Toutefois la chute d'Ëspartero, l'influence croissante du parti français en Espagne, font sentir aux torys la nécessité d'une transaction, d'un concert. Le double voyage de la reine Victoria à Eu, en 1843 et 1845, sert à dissiper en partie les jalousies, les méfiances : Louis- Philippe y renouvelle ses déclarations en ce qui concerne la candidature de l'un de ses fîls^ promet que le duc de Montpensier n'éponsera pas l'infante ava'nt que la reine soit mariée, et ait donné le jour à un héritier du trône. De son côté, Victoria ne soutiendra comme prétendant à la main d'Isabelle aucun prince étranger à la maison de Bourbon; si cependant, un mariage avec un prince de Cobourg devient imminent, soit par la coopération, soit par la tolérance du cabinet anglais, soit de toute autre manière, le roi se regardera comme dégagé de ses engagements, et libre de demander la main de la reine ou de l'infante pour le duc de Montpensier. Ces conventions sont formellement rappelées dans un mémorandum envoyé le 27 février 1846 par M. Guizot à lord Aberdeen. Il y a donc un contrat synallagmatique : chacune des parties a promis de faire ou de s'abstenir.

A la fin de 1843, les gouvernements français et anglais ont nommé ambassadeurs à Madrid le comte Bresson et sir Henry Bulwer, tous deux très intelligents, pleins d'habileté, d'énergie, également préoccupés de la grandeur de leur pays, cherchant le succès avec ardeur, et capables d'aller au delà de leurs instructions pour arri-

ver à un grand but. De pareils personnages ne peuvent manquer d'entrer en lutte, c'est en vain que lord Aberdeen et M. Guizot leur auront recommandé la modération, la bonne entente : il y aura un duel d esprit et de ruse. Chacun a son système : le diplomate français veut marier la reine à un fils de Louis-Philippe ; le diplomate anglais veut la réserver au prince Léopold. Toutefois, observe avec sagacité M. Saint-René Taillandier, le comte Bresson était bien décidé à servir d'abord le programme que lui dictaient ses instructions, et à ne s'en . écarter qu'à la dernière extrémité, tandis que sir Henry Balwer commençait résolument par son programme à lai, sans trop se soucier des ordres officiels. Le ministre anglais comptait bien que s'il parvenait à faire d'un Cobourg un roi d'Espagne, la victoire justifierait son équipée et que les protecteurs ne lui manqueraient pas à la cour du prince Albert.

Quant à la reine Christine, elle espérait toujours triompher de la résistance de Louis-Philippe. Soutenu mollement par les modérés, attaqué avec violence par les exaltés, le gouvernement espagnol avait besoin de compter sur un allié puissant; la reine Christine le sentait: elle préférait la France, mais à défaut, et par dépit, elle eût peut-être accepté l'Angleterre.

Cependant le cercle des prétendants possibles à la main d'Isabelle se resserrait de jour en jour. Le mariage du comte de Montemolin, fils de don Carlos, eût amené la reconnaissance des cours du Nord. C'était le plan du prince de Metternich, mais ce prétendant persistait à se considérer comme roi et seul roi légitime de l'Espagne : tous les partis, modérés, progressistes, le repoussaient hautement, voyaient en lui un don Miguel^ dans son avènement la ruine de toutes les institutions libérales, la

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tyrannie imminente. La reine Christine surtout envisageait avec terreur le mariage carliste : a Je ne crois pas, disait-elle, mon beau-frère ni mon neveu capables d'un crime, mais je crois leur parti capable de tout. Mon cœur de mère m'avertit que dans une telle union, il y aurait pour ma fille un danger de tous les instants. Elle serait ' un obstacle qu'on ferait tôt ou tard disparaître, n

Le comte de Trapani, frère du roi de Naples et de la reine Christine, avait paru avoir quelques chances, mais pressée par le désir d'obtenir un fils de Louis-Philippe, la reine-mère ne souhaitait pas sérieusement son succès, et l'antipathie séculaire des Espagnols pour les Napolitains achevait de déconsidérer cette combinaison. Le prince de Lucques était marié ; quant aux fils de l'infant don François de Paule, le duc de Cadix et le duc de Séville, ce dernier s'était rendu impossible par son immoralité et ses extravagances politiques : il s'était livré au parti radical, avait adressé à la reine contre le mariage napolitain une protestation menaçante qui lui attira un ordre d'exil. Le duc de Cadix n'était guère plus sympathique : quelques lignes de la correspondance du comte Bresson nous donnent le motif de cette aversion. « Sa Majesté verrait sans aucune répugnance s'accomplir le mariage de la reine sa fille avec le duc de Cadix, si celle-ci ne témoignait pour ce prince un éloignement aussi prononcé, et s'il n'était douteux qu'il fût homme. Ce dernier point est scabreux. Elle l'a touché avec adresse, me parlant de la voix, des hanches, de la conformation du prétendant. J'ai répondu que la réserve, la moralité de ses habitudes pouvaient être attribuées à l'affection qu'il professait pour la jeune reine, qu'il aurait craint qu'une vie déréglée ne lui ôtât toute chance ; qu'il était pieux, un peu . solitaire, que sa prétention d'épouser la reine indiquait

qu'il se jugeait en état de remplir toutes les obligations du mariage. y>

Ainsi les Bourbons d'Espagne et d'Italie paraissaient écartés, et le comte Bresson, persuadé que le dilemme se posait fatalemeht entre un Bourbon de France et un princed'une autre race, écrivait à M. Guizot : « Je regarde an prince français comme une glorieuse et déplorable extrémité, un prince allemand comme le coup le plus pénétrant, le plus sensible à l'honneur de la France, et à l'orgueil, à l'existence peut-être de notre dynastie. Entre an prince français et un prince allemand, réduit, adossé à ces termes, je n'hésiterais pas un moment, je ferais choisir un prince français. Ici, cher ministre, mes antécédents me donnent le droit de soumettre respectueusement au roi et à vous quelques observations personnelles. En 1831, quand la question s'est posée en Belgique , entre le duc de Leuchtenberg et le duc de Nemours, je me suis trouvé dans une position identique... Les circonstances étaient imminentes au dedans et au dehors : tout bon serviteur devait payer de sa personne ; j'ai pris sur moi une immense responsabilité ; j'ai fait élire le duc de Nemours, et je n'hésite pas à reconnaître que je l'ai fait

sans l'assentiment du roi et de son ministre Mais je

ne pourrais repasser par ce chemin, ni courir de pareils risques, je ne serais plus aux yeux de tous qu'un brûlot de duperie... Expliquons-nous donc secrètement entre nous, mais sans détour ; sur quoi puis-je compter ? Votre résolution est-elle prise? Etes- vous préparé à toutes ses suites?... Si la combinaison napolitaine échoue, si après avoir tenté, je l'atteste sur l'honneur, tous les efforts pour la faire triompher^ je me trouve forcément amené, pour épargner à notre roi et à notre pays une blessure profonde, à faire proclamer un prince français pour

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