‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848Chapitre 58 sur 78 · LE BANQUET DU ZU« ARRONDISSEMENT · texte numérisé non relu

LE BANQUET DU ZU« ARRONDISSEMENT

Caractère superficiel et factice de Tagitation des banquets. Le discours de la ConroDiie ; les passions ennemies ou aveugles. — Discussion de l'adresse: MM. Thiers, Lamartine, Montalembert, Tocqueville, Duvergier de Hauranne, Hébert... — Amendements de MM. Desmousseaux de Givré et Sallandrouze deLaroomaix: leur rejet.— Promesses de M. Quizot. — Réunions de l'opposition monarchique et républicaine. Compromis entre les délégués du ministère et ceux de l'opposition. — M. Marrast rédige le programme d'une grande manifestation populaire. Le gouvernement déclare qu'il s*y opposera. — Les dynastiques renoncent au banquet. Conciliabule des républicains radieaux daas les bureaux du journal la Réftrme, —Jugement de M. Ouizot sur Louis-Philippe. — Optimisme du gouvernement ; ses moyens d'action.— > Faiblesse numérique du parti révolotioaoairft.

Nous ifenom de sigmiler «me des causes principales et directes de la révolution de Février : la campagne des banquets, ralliance des dynastiques avec les radicaux ; oe qui suit va nous révéler les trais autres causes immé- <)iates de la catastrophe : Paris révolutionnaire, la garde nationale, le refus de la royauté d'user de son droit, d'accempUr son devoir de légitime détoise.

L^agitation des banquets n^avait communiqué à la na* lien qu'une fièvre factice et trompeuse, un mécontenteloent de paroles et de parade. Paris, les grandes villes, étaient réformistes, mais la plupart des électeurs ruraux AattuehaieBt «ueime importance aux griefs de ToppositioQ : leur bon sens, leur honnêteté s'indignaient de

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ces tristes compromis. « On ne saurait croire, dit Elias Regnault, secrétaire du comité directeur de Paris, combien l'agitation des banquets fut superficielle et factice ; il faudrait, pour cela, consulter les correspondances du comité central. On y verrait quelles difficultés présentait Torganisation des banquets de province.... Le nombre total des convives, dans tous les banquets réunis, n'atteignit pas le chiffre de 17,000, y compris Paris et Rouen, qui y figuraient pour 2,000. A la fin de Tannée, ce moyen était tellement usé, que le comité central ne voulut d^abord prendre aucune part à la formation da banquet projeté dans le premier arrondissement de Paris. »

Malgré l'avis de Louis-Philippe (1) et les lois en vigueur, le cabinet avait résolu de laisser son cours à la liberté de réunion, d'attendre que le sentiment de la ré-

(1) Oa lira avec fruit les belles étades de M. Cuvillier-Fleury sur Louis-Philippe, dans les PortraUi polUiquet et révolutionnaires. « Le roi n*était ni chimérique, ni aventureux, ni déclamateur, ni romanesque ; il avait une répugnance naturelle et invincible pour les utopies. Non qu'il aimât à rester eo arrière, pendant que le siècle aimait à marcher. Il se sentait perfectible et il s'en vantait. l\ avait ou, au début de sa carrière, la double école de la guerre et de l'exil. Aujourd'hui il avait celle du trône, et il y faisait chaque jour «m éduccUion, » « Je sens que depuis dix ans j'ai beaucoup gagné, disait-il en IMO à un de ses conseillers les plus fidèles, à M. de Montalivet... » Il disait un jour : « Les Français croient avancer parce qu'ils courent ; ils ne savent pas que dépasser le but, c'est faire moins que l'atteindre...» Il savait attendra; et même il savait céder, ce qui est la moitié du mérite d'un roi constitutionnel. Mais il en avait un autre, il résistait. Sa patience n'était pas celle du dieu Terme, et quoiqu'il eût dit : « Mon premier ministre c'est le temps, » il ne refusait pas la lutte, on pouvait même dire qu'il raimait. « Ce n'est rien de résister à ses adversaires, disait-il, tout le monde sait cela, il faut savoir résister à ses amis. . . je suis l'homme de mon temps, mais j6 sers le bon génie de ma nation contre le mauvais. » Le mauvais génie s'est vengé. »» Nous n'aurions qu'une réserve à émettre sur les jugements de réminent écrivain : lorsqu'il parle de l'impopularité du roi dans les dernières années du règne, il se place, selon nous, au point de vue exclusivement parisien et non au point de vue français, comme si la nation toat entière était contenue dans la capitale, et comme s'il approuvait le mot de Henri Heine : « Ce que pense la province importe aussi peu que ce qo0 pensent nos jambes... les gens que j'ai trouvés en province me font Tefet des bornes railUaires qui portent sur le front leur éloignement de la capitale. »

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