‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848Chapitre 59 sur 78 · LE BANQUET DU ZII* ARRONDISSEMENT · texte numérisé non relu

LE BANQUET DU ZII* ARRONDISSEMENT

sistance s'éveillât en faveur de Tordre menacé; mais il se devait à lui-même de relever le gant, de faire tenir à la couronne un langage digne et ferme, lorsque Topposition annonçait le projet de clore sa campagne par un solennel banquet. Le discours du roi (28 décembre) promettait la réduction du prix du sel et de la taxe des lettres, des lois sur Tinstruction publique et les bois communaux, plusieurs autres projets de lois civiles et économiques ; il se taisait sur la réforme, et, faisant allusion à la coalition, il la condamnait en ces termes : cAu milieu de Tagitation que fomentent des passions eanemies ou aveugles, une conviction m'anime et me soutient : c'est que nous possédons dans la monarchie constitutionnelle, dans Tunion des grands pouvoirs de l'État, les moyens assurés de surmonter tous les obstacles et de satisfaire à tous les intérêts moraux et matériels de notre chère patrie. •• »

La majorité conservatrice se prononça avec énergie dans le vote des deux adresses : celle des Pairs fut votée le 18 janvier par 144 boules blanches contre 23 noires ; celle des députés, le 12 février, par 241 blanches contre 3 noires.

La lutte fut violente, passionnée, la politique extérieure et intérieure du gouvernement incriminée avec une véritable fureur, a Certes, s'écria M. Thiers, je ne suis pas radical, mais je suis du parti de la révolution en Europe. Je souhaite que la révolution soit dans la main des modérés ; mais quand elle passerait dans la main des hommes qui ne sont pas modérés, je ne quitterais jamais pour cela la cause de la révolution. » Et il ajouta ces paroles plus sages: «Les traités de 1815, il faut les respecter et les détester... » M. de Lamartine à son tour : a Le jour où vous avez engagé votre politique en Espagne, tout a

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été à contresens dans vos actions ; il a fallu que la Frauos, à rinverse de ses traditions, en opposition à tous ses intérêts, devînt gibeline à Rome, sacerdotale & Berne, autrichienne en Piémont, russe à Cracovie, française nulle part, contre-révolutionnaire partout (1). »

A la tribune de la Chambre des Pairs, à la tribuue de la Chambre élective, on a signalé Tagitation des esprits. <K Le club des Jacobins est d^à rouvert, dit Montalembert, non pas dans la rue, non pas dans le fait, mais dans les esprits, dans les cœurs. >> Aux yeux de M. de Tocque* ville, rinstinct de Tinstabilité, ce sentiment précurseur des révolutions, et qui quelquefois les fait naître, ce sentiment existe à un degré très grave dans le pays, t N'aperçoit-on pas le sol qui tremble de nouveau? Un vent de révolution souffle, la tempête est à Tborizon.»

Le débat sur les mots âe passions ennemies ou aveugles a été plus brûlant encore, plus rempli de personnalités. M. Duvergier de Hauranne l'a ouvert par une sorte d'appel au peuple, il a parlé, non en accusé qui se défend, mais en accusateur qui attaque. Au delà, au-dessus de la

(1) Pour rhistoire des derniers jours de la monarchie de Juillet, on pMt consulter avec fruit : Guizot tome VIII ; Dupin tome IV ; Odilon Barrol, tome le' ; Granier de Cassagnac tome I". Annuaire Lesur, année IMS. — La duchesse d'Orléans; par Madame d'Harcoiirt, née Saint-Anlaire. — Crétineau-Joly, tome II. — Elias RegnauU : Histoire de huit ans, tome III et Histoire du Gouvernement provisoire, — Sanset : La Cketmbre des dépmtèt et la révolution de Février, — Trognon ; Vie de la reine Marie^Amèlii, — Daubau : Histoire du règne de Louis-Philippe /*»". — Montalivet : Bien; Lé liste civile, — Vitet : Le comte Duchâtel, — A« D';ma8 : Histoire de ta wie politique et privée de Louis- Philippe, — Saint- Amand : Le drame awc Tuileries. — Lucien de la Hodde : Histoire des sùcièirs secrètes — Chtnn : I«« Conspirateurs. Histoire des Montagnards. — Ëugôue Pelletan : Histoire des trois journées . — E. Lemoinne : L abdication de Louis-Philippe racontée par lui-même. — Garnier-Pagès : Un épisode de la révolution de lUi. — L«s livres de Lamartine, Gradis, Victor Pierre, Garnier-Pagès, Daniel Stem sur la république de 1848. — Colleciion du Moniteur. — Jules Dncanop; Histoire de V armée et de tous les régiments — Véron : Mémoires d^un be^rfttit de Paris, tomes III, IV et V. — L'on vrage de >f. Senior déjàcité et résa»^ dans le Correspondant par M. Langlois, etc..

Chambre, il invoque \^ pays près 4uqu^ la mmorité a toujours le droit 4o se pourvoir ; il ne vient pas plaider devant la majorité contre le ministère^ mais contre le ministère et sa majorité qu'il ficçuse de vouloir mettre la minorité en jugeaient. Il fftppQlle ces paroles de Pitt, disant en plein Parlement, gue la Cl^ambre 4es Commune? était mère et fille ^e \^ corruption, celles de >J. Guizot, écrivant en ^820^ qu§ Iç gouveii'nement représentatif était devenu le manteau sfiu^ Ipquft! dP wi^éri^blçs QQt^rieg faisaient leurs ftf[aire§ person^pjlp^, pn parfti^sftnt faire çplles 4p la France. Il accus^ le Qah|pet de fon4er sur des passiqi^a basses et cupides tout Tespqir de sa domination, de fournir par ses actes ft^^ Partis extrêmes le point d'appui, le levier qui leur n^ft^que,

Après cet orateur, MM. Rouland, Prémieux, J4aUe- Ville, Duchâtel, Odilon Barrot , tedru-|lolUn> Hébert, Duffjon, Guizot, prennent tour ft tOUr Ift parole ppvir ou contre le^ banquet^. l,es ministres annoncent }pur inlcnr tion d'interdire le bç^nquet du douzième arrondis^enieq^ ; ils invoquent }ps lois de 17PQ, }791, les arrêtés consulaires de Tan YIIJ et de l'an IX, la pratique constante 4® Tadministration^ avant comme après 1830. Le garde 4e? sceaux démontre qu'on a abusé 4e la tolérance du gpuvernenaent, il espère qu'on nQ continuera pas les banquets, a Vous avez tort d'en douter, s'écrie M. Odilon Barrot, » et un instant après, il ajoute : lot I^ais Polignf^c et Peyronnet n'ont pas parlp ain^i ! >) Et lorsque au milieu 4*un tupiulte indicible, M. Hébert déclare que le cabinet fera son devoir: al^ous acceptons la nienjipe! » ?'exc)ame la gauçbe qui se lève tout entière de ses b^HCS.

(1) Depuis la Coaveniion, on fi'4y$tit pas méiuoirie 4'aQe êée^M^ pafeiUc. Paris révolutionnaire en frémit de joie, les salons sont consternes. L'opposition deo^eare coafbodue devant son oeuvre. (Daniel Stem, tome I*' p. 77.

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