LE BANQUET DU XII* ARRONDISSEMENT
cœur, un cri involontaire est sorti de notre poitrine suffoquée : ils nous échappent !... » Mais au scrutin public une majorité de 228 voix contre 185 maintient les paroles de Tadresse.
Le lendemain, 12 février, M. Sallandrouze de Lamornaix met le gouvernement en demeure de prendre l'initiative des réformes : d'autres conservateurs, MM. Cla- • pier, de Morny, l'appuient. Ce dernier ajoute qu'une réforme est devenue nécessaire et qu'il se séparerait à l'instant même du cabinet, sll le croyait résolu à ne pas la présenter dans la session prochaine. M. Guizot monte à la tribune, et repousse l'amendement, non par des raisons absolues, mais par des motifs d'opportunité. Le ministère croirait manquer à ses devoirs, s'il prenait un engagement pour l'avenir : en pareille matière, promettre c'est plus que faire ; car en promettant, on détruit ce qui est et on ne le remplace pas. Le Cabinet ne méconnaît l'état des esprits, ni dans le pays, ni dans la Chambre; il reconnaît que les questions de réformes doivent être examinées à fond et vidées dans le cours de la législature. Il les fera lui-même s'il pense pouvoir les accomplir sans briser l'unité du parti conservateur, sinon, il cédera la place à d'autres.
L'amendement de M. Sallandrouze est rejeté par 222 voix contre 189.
Le vertige de la lutte a troublé la raison des dynastiques ; la déclaration de M. Guizot n'a pas satisfait leurs impatiences, leur amour-propre ; le cours d'une législature^ c'est-à-dire deux années au plus, leur semblent un intolérable délai. Le 13 février l'opposition monarchique et républicaine se réunit, décide que le banquet de Paris aura lieu, qu'elle y assistera en corps, et se réserve d'en fixer à loisir le jour, le lieu, le cérémonial.
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rétiquetW* Quelques membres \\x\ ont proposé de don^er en masse sa démission, de transporter devant lescoUege^ électoraux la question perdue devant les ohambros. Seul, M. de Girardin persiste dans son avis et donne m démission, ne comprenant, dit41, ni la majorité intolérante, ni la minorité inconséquente.
Aussi bien chaque hQure perdue par ropposition réformiste est une heure gagnée par les révolutionnaires* I^a fermentation s'aocentue dans Paris; les dynastiques commencent à redouter Textrémité à. laquelle ils vont en venir ; 185 députés ont voté ramendement Desmousi* seaux de Givré, 04 seulement votent le banquet, On a ré« pandu le bruit que, pour provoquer un mouvement insurrectionnel, certains républicains pensent à faire do leurs alliés des martyrs : c'est ainsi qu'aux approches du 10 août, le capucin Chabot a pressé ses collègues de la Montagne de le tuer et de porter son corps sanglant dans les faubourgs de Paris, pour exciter contre la oour la fureur populaire,
Pans les réunions présidées par M. Harrot, le parti de la prudence gagne du terrain, cherche des expédients dilatoires. M. Thiers engage des pourparlers avec quelques amis du cabinet, Veut conjurer par un arrangement amiable les périlleuses conséquences d'un conflit. Il propose une sorte de contrat d'honneur, afin de terminer par les voies judiciaires la controverse élevée entre l'opposition et le gouvernement sur la question du droit illi*' mité de réunion. Le ministère accepte : MM. Vilet, de Morny d'une part, MM. Duvergier de Hauranne, de Molleville et Berger d'autre part, se réunissent le 10 février dans un bureau de la Chambre et rédigent un projet d'armistice. Il yaura un simulacre de banquet; le gouver* nement laissera les députés de l'opposition entrer dans
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la salle et prendre plaoe, le commissaire de polioe oonatatera la contravention et sommera la réunion de sie dissoudre. M, Odilon Barrot protesterait alors en faveur du droit de réunion, et déclarerait ne céder qu'à la foroe. Aussitôt les députés donneraient l'exemple en se retirant eux-mêmes; ils empêcheraient Tintervention irritante de la presse, et attendraient la décision des tribunaux,
Les délégués du cabinet ont stipulé avec des généraux peu maîtres de leur armée, et la transaction du 19 février a pour inconvénient d'empêcher le gouvernement d'çirrêter les meneurs républicains, les faàricateursdémwte^. Ceux-ci n'acceptent pas le compromis^ mais ils n'osent le repousser ouvertement; ils veulent le rendre vain en transportant dans la rue la fermentation révolutionnaire, conserver en même temps le concours apparent des ré^ formistes. Chargé de la rédaction du programme de la réuniondu 22 février, M. Marrastfaitun véritableappelau peuple ; le 21, le National^ la Démocratie pacifique publient son audacieux manifeste. Le mot de banquet n'est plus employé que pour la forme, il s'agit désormais d'une grande manifestation populaire^ d'une promenade dans les rues de la capitale : en tête marcheront les députés, les pairs de France appartenant à l'opinion réformiste, puis la garde nationale, convoquée solennellement, légion par légion; après^ viendront les députa tiens des écoles, des électeurs et du peuple. Le plan de bataille est complet : les commissaires du banquet ont usurpé les droits, le langage de l'autorité, violé les lois sur la garde nationale : ce n'est rien moins que la proclamation d'un gouvernement illégal, voulant se placer à côté du gouvernement régulier.
Le ministère comprend le danger : des mesures énergiques sont aussitôt adoptées : la manifestation, le ban-