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quet interdits, la garnison de Paris réunie en armes, la loi sur les attroupements proclamée, une circulaire du préfet de police invite les habitants à s*abstenir de toute manifestation; on lance vingt -deux mandats d'arrêt contre les principaux fauteurs de troubles, mais la plupart se sont cachés, et les mandats ne peuvent s'exécuter qu'en partie.
Le programme du iVa/îona/ a jeté les députés de l'opposition dans de grandes perplexités. A la Chambre, M. Odilon Barrot déclare qu'il avoue hautement les intentions de cet acte, mais qu'il en désavoue les expressions. Ne grossit-on pas à dessein la difficulté? Ne vat-on pas faire naître lès troubles par une compression provocante, sous prétexte de les apaiser? Il faut s'habituer à ces réunions, et se reposer de tout sur le peuple le plus intelligent du monde. Quant à lui, si le peuple est livré à lui-même, il n'hésite pas à répondre sur sa parole d'honneur de la tranquillité publique. A ces naïvetés présomptueuses, M. Duchâtel répond en homme de gouvernement, de bon sens : chargé de l'ordre public, il le maintiendra par tous les moyens qui sont à sa disposition.
Après la séance, les députés réformistes se réunissent chez M. Barrot avec les membres du comité central et quelques journalistes. Une discussion orageuse s'engage. Manquera- t-on au rendez-vous donné au peuple? Prendra-t-on la responsabilité d'un conflit sanglant î M. Marrast gourmande ses timides alliés : depuis six mois ils agitent les esprits, ils promènent l'indignation de ville en ville, de hameau en hameau, et quand Paris frémissant se remue sous leur souffle, ils prétendent n'être pour rien dans les événements du lendemain ! Ils veulent rejeter sur le ministère la responsabilité des émo-
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lions qu'ils ont créées! Croient-ils que le peuple va s'arrêter, parce qu'ils resteront dans leurs demeures? Il ne le saura pas, il est impossible qu'il soit prévenue temps.
Mais le parti de l'abstention l'emporte ; des républicains, MM. Marie, Bethmont, etc... se joignent à la majorité qui préfère risquer sa popularité que de courir les chances de la guerre civile. Effrayés des projets de leurs auxiliaires, devenus enfin leurs maîtres, les dynastiques battent en-retraite, ne veulent plus ni du banquet, ni de la démonstration. Cette résolution est rendue publique dans un article envoyé à leurs journaux.
Presque seul parmi les députés, M. de Lamartine veut marcher quand même : « Le reste, dit-il, n'est plus dans nos mains, le reste est dans les mains de Dieu!... La place de la Concorde dût-elle être déserte, tous les députés dussent-ils se retirer de leur devoir, j'irai seul au baûquet, sans autre compagnon que mon ombre. »
Presque au même moment, les représentant^ de la république radicale, les directeurs de la société des Saisons, délibèrent dans les bureaux du journal la Réforme. Ils ont été systématiquement exclus des conférences du National avec l'opposition dynastique : la discorde, des rivalités d'ambition, une polémique acerbe, séparent en deux camps hostiles les partisans de la république bourgeoise et les sectateurs du républicanisme montagnard, a Je crains moins la différence de vos opinions que la ressemblance de vos ambitions, » disait Béranger à Marrast (1). Des écrivains radicaux assurent que ce dernier, très agressif dans la forme contre le gouvernement, inclinait sensiblement vers une entente avec M. Thiers. En tout cas, les républicains de principes se défiaient de
(1) Au moment de la révolution de Février, M. Marrast était sur le point de se battre en duel avec M. Ledru-Rollin.
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M. Marrast, Yaristocrate du National, que l'on appela depuis le Marquis, le Gk)ncli de la République.
Dans cette réunion, les uns jugeaient Voccasion favorable pour tenter une prise d'armes; d'autres, Louis Blanc, Ledru-Rollin, Flocon, trouvaient les cbances trop inégales, ne voyaient dans, tout cela qu'un coup de police, se montraient presque violents de modération. Si, dirent-ils, les patriotes descendent demain, ils seront écrasés infailliblement, et la démocratie sera noyée dans le sang. La garde nationale, qui a traîné son uniforme de banquet en banquet , les mitraillera avec l'armée. Sommes-nous en mesure? Avons-nous des armes, des munitions, des hommes organisés? Le parti de la prudence est le plus nombreux, et le 22 février au matin, la Réforme publie ces lignes : a Hommes du peuple, gardez-vous de tout téméraire entraînement ! Ne fournissez pas au pouvoir Voccasion cherchée d'un succès sanglant!... »
Le préfet de police connaît aussitôt la résolution des députés réformistes et des patrons de la Ré/orme. Il avise le roi (1] et M. Duchâtel, qui, d^un commun accord, et
^i) H.êealo? rap|»or(e «n oes term^ un ccrrieai JagemMt de M. Ooisol SOT Louis-Philippe : « Il avait pour la république les seatimeuts que cer* tains paiples de l'Asie ont pour le démon; il la considérait un peu comme un être malfaisaui qu'il faut flatter et se rendre favorable, mais qu'il o6 faut pas combattre. Parmi ses ministres, ceux qu'il flattait le plus, conune Ijàtfit^ 0t «Él^iîte Thiers, n'étaieat pas ôëux auxquels il «ecordaft le plus de confiance et d'attachement. Il avait Tbabitude de les appeler par leun silnples homs : tl n'en fit jamais autant à l'égard de Casimir Périer, du duc de BrogUe ou de moi-Hième. Il n'était pas familier avec ceux qu'il reipeiy tait ; ou plutôt il cessait de respecter ceux qui semblaient rechercher sa fattiliafité. l^nadit qu'il était faux; pour moi, Je ne l'ai jamais trouvé tel. Plein de bravoure personnelle, il était timide en poUtique ; il préfértil l'adresse à la force et cherchait toujours à tourner les obstacles au lien de les attaquer de Ireni. On a dit qa'H était a<vare : c^st une autre calom* nie. Il n'aimait pas à prodiguer l'argent, mais il le dépensait volontiers dans l'intérêt public. Bien qu'il eût peu de confiance dans l'avenir, il ae se 'fit pas un trésor particulier. En 1848, il perdit la tète. Quand il desoendit sur la place du Carrousel, et entendit la garde nationale crier : « Vive la
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sans attendre la réunion du Conseil, décident d'ajourner la mise à exécution des mesures stratégiques ordonnées pour le lendenlain : les troupes seront consignées dans leurs quartiei^a aflti d'éviter toute démonstration provocante. Le roi, led tninîstres, les généraux se persuadent que le plus mauvais défilé est passé, que la crise violente est conjurée.
Le préfet de police et le préfet de la Seine voient en noir, il est vrai, mais nn ne les écoute pas ; un des plus intimes conseillers de Lçuis-Philippe l'avertit des dispositions de la garde nationale parisienne: a Mon cherR..., répond le roi, vous regretterez amèrement, dans huit jours, de m'avoir tenu ce langage. y> Dans la soirée du 22, il disait encore : a Les Parisiens savent ce qu'ils font, ils ne troqueront pas le trône pour un banquet, i»
30,000 hommes sont réunis à Paris, Versailles a la cavalerie de réserve, Vlncennes a TartlUerle ; toutes les casernes de Paris, celles des grands forts ont été pourvues à l'avance de vivres, de munitions pour huit jours.; une Instruction générale^ distribuée aux commandants de corps, prescrit toutes les dispositions à prendre en cas d'émeute, de combat, d'attaque de barricades. Le général Jacqueminot a répondu de la garde nationale; le gouvernement se montre résolu à se défendre s'il est provoqué, et le maréchal Bugeaud a prévenu l'opposition : «Ah ! Messieurs les libéraux, vous voulez engager l'action, eh bien! commencez^ et nous vous donnerons une bonne leçon I )>
Contre des forces aussi Imposantes, le parti révolutionnaire ne peut mettre en ligne que 5,000 hommes désar-
réforme I » sa présence d*esprit l'abandon na. Il répondit : Vous avez la réforme, Barrot est chargé de la préparer. » Puis il rentra et abdiqua. S'il avait laissé Bugeaud agir à sa place, tout aurait été sauvé. »
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mes et désorganisés ; mais il aura pour auxiliaires les badauds et les curieux, une partie de la jeunesse des écoles, les ouvriers auxquels on a donné congé dans un certain nombre d'ateliers, puis cette populace sans nom , cette armée du mal qui, dans les jours djB tempête politique, apparaît brusquement et conspire avec le désordre pour arriver au pillage et au crime. Enfin les républicains ont, jusqu'au 22 février, pris pour drapeaux et pour dupes les dynastiques; les 22, 23 et 24 février, la garde nationale continuera le rôle des députés de l'opposition, et, grâce à un fatal concours de circonstemces, elle livrera la monarchie. Le général Jacqueminot n'a pas eu tort de dire que la milice citoyenne est dévouée à la royauté ; il a oublié d'ajouter qu'elle est réformiste, et qu'elle a pris parti contre le ministère.