‹ Histoire de la monnaie romaine (volume 2)Chapitre 55 sur 232 · LA GAULE BELGIQUE, L' ANGLETERRE, ETC · texte numérisé non relu

LA GAULE BELGIQUE, L' ANGLETERRE, ETC

et la langue latine a probablement été obligatoire pour les légendes. Cependant il parait qu'on a laissé sur ce point une certaine latitude, et quelques cantons éloignés ne s* en tenaient pas strictement aux règlements. 11 était de même impossible de prohiber les fautes de latin dans les légendes. Le nom de Jules, qui se rencontre souvent sur ces monnaies, se rapporte évidemment à ceux des chefs gaulois, auxquels César avait accordé le droit de citoyen romain; par exemple, dans le Julius Duratius des monnaies, on ne peut méconnaître Duratius, chef des Pictons, si fidèle à César (1). Enfin, si nous consultons Strabon, il nous apprendra que les gouverneurs romains frappaient de la monnaie d*or et d'argent à Lugdunum (2), et nous en tirerons la conséquence que, tandis que les villes et les tribus de la Gaule fabriquaient de la petite monnaie d'argent et de cuivre, Tadministration de la monnaie de l'Empire avait établi à Lyon un atelier particulier pour fabriquer des pièces au type romain. Il est probable que cette succursale ne fut pas longtemps en activité. Ce que nous avons dit plus haut au sujet de la Gaule Narbonnaise peut s'appliquer aux autres

(t) SaetOD., Caesar, LXXVI: civitaie danatos et quosdam e semibarbaris Gaîîorum recepit in curiam; cf. LXXX. Quant à Duratius» il était sans aucun doute parmi les chefs fidèles qui furent récompensés (Caesar,Be//. Gall., VIII, 49; cf. vni,26 et 27). — Des trois Orcitirix, qui ont frappé des quinaires* COIOS. 1)1 ORCITIRIX. — ATPILIFILIVS. i^ ORCITIRIX. —

EDVIS. f} ORGITIRIX (Annales de llnst. arch., t. XVlI,p. lOl.-Umbert^ /. cit., pi. IX, n<> 9)^ aucun ne peut être ideutiQé avec rHelvète de ce nom.

(2) Strab. IV, Z, 2: xb y6\ua\ui xoip^troo^v èvraOSa to xt àp^wp^wv xa\ t6 XpwooOv ol xû>v ' PcDpuxCcDv ifjycpidvtt. Ceci a été écrit l'an 18 après J.-C, lorsque probablement le monnayage local aralt été déjà supprimé; mais le géographe semble avoir suivi, en général et en cet endroit surtout, des sources plus anciennes. — Cf. supra^ p. 13, note 2.

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29 ar. J.-C.

Qnind cène loar émission.

272 CHAPITRE rr.

provinces : il est probable que le monnayage municipal ou provincial en argent ou en cuivre de Lyon et des autres villes de la Gaule ne dura pas au delà des premières années du règne d'Octave. Tous ces ateliers furent probablement fermés en 725 environ, et on démonétisa en même temps tous les quinaires gaulois alors en circulation ; car depuis ce moment, on n'en trouve plus enfouis dans les trésors. Toutes ces pièces furent donc frappées entre les an- 58 et 29 ftT. J.-C. nées 696 et 725 ; nous ne devons pas nous étonner du grand nombre qui en a été fabriqué dans un si court espace de temps et dont ce qui reste peut nous donner une idée. Lorsque dans un pays on introduit un système de monnaies d'appoint tout nouveau, et que pour le répandre on établit de nombreux ateliers, il est très-naturel qu'en trèspeu de temps une masse considérable de numéraire se trouve livrée à la circulation. Le gouvernement romain avait un motif plausible pour la démonétisation de ces quinaires. Leur grand nombre et leur circulation qui, au lieu d'être locale, s'étendait à toute la province, rendaient illusoire la défense d'émettre des pièces plus considérables.

Nécessairement tous ces règlements monétaires n'atteignaient que les tribus gauloises soumises, et dans les premiers temps de l'Empire, les tribus de la Grande-Bretagne, celles de la rive droite du Rhin, ainsi qu'une partie considérable du Nord-Ouest et du Nord-Est de la France devaient y échapper. Il n'est pas dit clairement, mais cependant il est facile de comprendre d'après les auteurs, que la puissance romaine ne s'étendait pas sur les marais infranchissables (1), et les historiens ont sans doute voulu désigner

Peuples ind^endaots de la Oaule.

«Ut. J.-C. (1) Salluste (Hisi., \, 9, éd. KriU) à Fan 703 dit que la Gaule située

eptre le Rhin, la Méditerranée et l'Océan ayant été soumise^ excepté lesré-

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LA GAULE DELCIQUK, l'aNGLETERRE, ETC. 273

ainsi les habitants de la Bretagne et cle la forêt des Ardennes, auxquels on doit ajouter plusieurs tribus voisines qui profitèrent des circonstances favorables et, on particulier, des longues guerres civiles que se livrèrent en Italie les prétendants à l'Empire. Ceci nous explique comment le monnayage d'or, à en juger par le poids et les types, se perpétua dans ces contrées beaucoup plus longtemps que dans le reste de la Gaule, et môme d'après les légendes latines que l'on y voit, quelque temps encore après César; tandis qu'aucune des provinces soumises à la domination romaine n'aurait certainement osé frapper de la monnaie d'or. Aux pièces d'or nationales vient se joindre une monnaie d'argent également nationale, qui n'a rien de commun avec la monnaie d'argent romaine. Cette monnaie ne se rattache, il est vrai, ni aux pièces d'or de la rive droite du Rhin, ni à celles des rives de l'Escaut, pas davantage à celles de la Tour.ûne {supra, p. 266, note 1) qui se rapprochent plutôt des quinaires gallo-romains, mais elle doit plutôt son origine à la monnaie d'or bretonne et anglaise. La pièce d'argent la plus comnuine est le statère d'argent ; le quart de statère est plus rare; comme les statères d'or /les

rcgionB dont les marais dêfcndenl rnccè8...(0mni Gnllia cis Rhenumafijue inter mare nostrum ntque Oceanum, nisi qua a paludibvts mvia fuit perdomita) les contrées de rAnuoriquc firent sans retard ce qui leur avait été i-ominandé

{Caeterae civiiates fjosilat in ultimisGaUiae ftmOut imperaia sine moru

fecerunt. Caesar, Dell, Gall , Vil I, 31), et Dumnacus s'enfuit dans les contrées les plus nculéisdela Gaule (Dumnacus sofus exli-emas Galliae

regtones petere coactus est. Caesar, /. cit,). bans les derniers mots de ce passage on ne peut entendre que la Bretagne. Aussi l'histoire du temps d'Auguste nous montre que les Gaules ne devinrent pas immédiatement une province tranquille et pacifiée ; encore en 711, IVo, 727, il y eut des triomphes sur la Gaule. Cf. notre Hist. rom., t. lil, p. 2:0; tr. fr. t. Vil, p. 105. m. 18

43, 20 et Î7 av.

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27A CHAPITBE IT.

derniers temps, ils sont d*un métal fortement altéré et ont à peu près le même poids (i); la léunion de ces deux sortes de monnaies dans les mêmes trésors prouve qu'elles appur^ tiennent à la même époque et au même système (2)*, aa monnayage des plus anciennes pièces d*or de ces pays ne se rattache point, à ce quil semble, un monnayage de pièces d'argent (3); el l'origine du monnayage d'aigent est probablement due, soit à TinOuence des monnaies d'argent de r Aquitaine, soit aux pièces romaines qui circulaient dans les provinces vobines; mais en même temps il est évident que ces monnaies ont été frappées à nae époque où la Bretagne

(1) Lambert, /. cit., pi. V. Lepoid»def italères est entre Tc^^SS (=i37>fl 6»%3I (=:00); U plupart pèsent C«',&0 (^=124) àC«',80 (=128). Les dcmi-âlatèrcfi fort rares pèsent 3»^,35 (=63» «Tec la Icfgewle UCAVIT,^ Lambert, /. cit., pi. XI, n» 1), 3>%08 (:=5S^ arec la légende ANSALI, Lambert^pl. VIII, II* il), 2r,87 (=&4, avec la légende BOYUBIOV, Lambert, pl. IX, n« 4) ; les quarts destalère entre li^,38 (=26) et U%(ibi=.Zi, Lambert,/, cit., p. 54). Les deux dernières espèces pourraient, d'apièi Itt polUs^étre des deniers etdca quinaires, et surtout les> premières,, qui probablement Mit é:é frappées en Normandie. On peut aémcttre que quelques unes des communes indépei>dantes de Rome ont frappé des deniers.

(2) Ainsi, on a trouvé ensemble, près d^Avranches, les deux espèces décrites par M. Lambert, pl. Ul, n-» 3-C; pl. V, n*" 20-24. (Cf. Umberto /. cit., p. 157).

(3) Il est bien possible que dé)à, i^ ciite époque, on ait fr.ippc des pièces d'argent Ainsi, dans un dépôt de 5,000 derniers impériaux enfoui sous le règne do Commode, on a trouvé une pièce d'argent de 3*',G1 (= €8, Lambert, pl. Il, n«25, et p. 121, 158). Cette pièce s'était glissée, ssm aucun douti*, dans ce dépèt uniquement à cause de l'égatlté fortuite du poids. Quant au type, c'est celui d'une pièce d'or de 4<^,0i (=76. Lambert, pl. Il, n«23, ei p. 121) ; il est vrai que l'endroit de la trouvaille n'estt pas indique, mais la pièce d'or a été protmblement frappée dans le Nord-Ouest de la France. D'autres pièces d'argent, asses rares et d'un travail plus mauvais, pèsent 3»%20 (=62, Umbert, pl. VI, n"2l, 22, 23; cf. pl. Il, n*M4, 15) et s'accordent à peu près avec le poids d'un quait de statêre de 2«'^02 (=38, Lambert, pl. V!^ u* 18), appartenant aussi au Nord-Ouest.

LA RIIÉTIE, LE NORIGUM. 275

était encore libre et indépendante de Rome, et, ce qui le prouve, c'est qu elles n'ont pas été fi-appées d'api es le système romain. L'Angleterre a également fabriqué, et probablement dans le même temps, de la monnaie d'argent, mais elle 7 est moins abondante; on n'a guère trouvé en Angleterre que de petites pièces pesant environ 1«%3 (1) qui semblent être une imitation des quarts de statère d'or très-légers, qu'on y voyait en abondance; ces pièces ne sont pas des plus anciennes, car, d'après les historiens romains. César ne trouva pas de pièces d'argent dans la Grande-Bretagne, où cependant elles étaient en circulation à l'époque d'Agricola (2) .

§ VIIL

La Rhétie et le Norioum, prdviaecs romniaes eu 739, et la Germanie indépendante.

U ar. j.^

Ces contrées n'ont pour ainsi dire pas de monnaies particulières; le peu qu'on en trouve dans quelques localités est d'une époque relativement récente et copié sur les monnaies des peuples voisins, surtout sur les pièces d'or des Celtes occidentaux; on ne trouve pas, il est vrai, ces dernières sur la rive di*oite du Rhin, mais les petites pièces appelées vulgairement en Allemagne Regenbogenschûsheln

(1) Les poids de ces espèces de pièces s»nt bonnes da.is le Atus, BriL, p. 13 et sulr. — Cat. Pembroke^ p. 2. — Num. C/iron., 1. 1, p. 87 et sulv.

(2) Gicere, ad AUiaan, IV, 16 : Jam cognilum est negne argenti scnyulum es$e uilrnn in Ula insula neque ullam spem praedae nisi ex mancipiiî, — Cf. Gic. ad Fam.,Vll, 7, et le passage deCéëar cilé, p. 2(»8» noie 1 . G"t état de choses arail cliangé du temps de Tacite (Agricola^ 12.-- Cf. Slrab.^ IV, f>, 2>

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276 CHAPITaK IV.

et qu'on rencontre en grande quantité dans toute TAIIemagne, en particulier dans la Bavière rhénane et en Bobème, sont, suivant toute vraisemblance, des imitations trës-altérées des philippes d'or de la Grande-Bretagne et de la Belgique ; les plus anciennes en reproduisent les types et le poids (i); elles constituent ce qu'on pouirait appeler le dernier rejeton du statère royal macédonien du système pei-se; plus tard, il est h croire qu'elles ont subi l'influence de l'aureus romain dont elles ont adopié le poids. Argent. Le monnayage d'argent est encore bien plus restreint

dans cette contrée. Les tribus de la Rhétîe méridionale, habitant le canton des Grisons et les environs de Trente, ont frappé seules quelques pièces d'argent imitées de la drachme massaliote (t. 11, p. 97 tt 98). Quant aux monnaies étrangères, elles semblent avoir encore moins pénétré dans les contrées germaniques, dans la Rhétieet dans le Nuricum,

(I) 150 do ces monnaies ont été trouvées dans la Bavière rhénane (Wil- 1» Imi dans le sixième Simheimer JahrcsbericM, 183C, p. 47), un nombre encore beaucoup plus grand^de la valeur de 13,000 ducats, près de Podmokl, dans le district deRakonitz en Oohôme (Cckhel, DjcI. num, vet,, t. VI, p. 173. — Ukert, Germanien, p. 184). D'dutres trouvailles sont indiquées par SeidI, Beilf'âge, V, p. 39. Elles ont ceci de commun avec beaucoup de pièces d'or belges ou biitanniques, c'est qu'elles n'ont souvent de type que d'un seul côté et sur la face concave; le coin des monnaies germaniques montre au commencement encore U cheval, qui, il est vrai, devient plus tard tout à fait méconnaissable et finit par se résoudre co d.s traits Informes. Le poids 7s%7l ; 7*', 23; 7*^03 (IMnder, p. 3) semble aussi se rapprocher de ces sortes de pièces. Il n'est donc pas possible de croire que ces monnaies soient des imitations de la pièce d'or de César.

M. Jean-Henri Mûller {Deutsche Uûnzgeschichlei Leipzig, 1860, 1, p. 17 et Buiv.) indique d'autifs trouvailles considérables de ces sortes de pièces d'or scyphates, notamment en Bavière. Près de Haldenwang, district de Kempten, on a trouvé un dépôt de ces pièces d'or, dans lequel il y avait un sou d'or a l'efllgiede Constantin II. D'après les renseignements donnés par le même savant [loc, cit., p. 36), ces sortes de pièces d*or se trouvent- dans l'Allemagno du centre et jamais dans le nord.

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LA MACÉCOINE, l'aCHAÎE, LA TilRACE, ETC. 277

avîint Tépoque impériale; et nulle part dans ces pays, que nous sachions, on n'a trouvé des pièces d'argent massaliotes, des deniers de la République romaine ou des quinaires gallo-romains en nombre tant soit peu considérable.

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