‹ Histoire de la monnaie romaine (volume 2)Chapitre 71 sur 232 · XIX · texte numérisé non relu

XIX

80 ar. J.-C. L'Egypte réunie en 724, et l'Inde.

L'égypte. gjj Egypte, sous le règne des Ptolémées, les pièces d'or

furent fabriquées sur le modèle de la drachme de Tyr, au poids de 38%57, et tombèrent plus tard à 38',A9. L'argent fut toujours copié sur la drachme de 38',57, et Ton fabriqua en outre une très-grande quantité de pièces de cuivre. La valeur de ces pièces était la suivante : 8 drachmes d'or = 100 drachmes d'argent, = 6,000 drachmes de cuivre (t. I, p. 52-64). Il est vraisemblable qu'en Egypte comme ailleurs, l'émission de la monnaie d'or fut suspendue dès le vu* siècle de Rome, quoique l'incertitude chronologique des pièces des Ptolémées de la dernière époque (1) puisse laisser planer quelques doutes sur la date précise de cette suspension. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'il n'existe pas de pièces d'or égyptiennes deCléopâtreet de Marc- Antoine, ni des empereurs romains, comme souverains de l'Egypte, et qu'à l'époque romaine, l'aureus impérial circulait en Egypte à la place de l'ancien octadrachme d'or. L'émission des tétradrachmes et des didrachmes d'argent du poids de Tyr ne dura pas non plus jusqu'à l'époque romaine; elle fut probablement remplacée, sous le régne de Marc-Antoine et de Cléopâtre, par le denier romain de ;i«',90-, 6' est du moins ce que l'on peut conclure de leurs pièces d'argent de grand module pesant 16«%27, avec la légende grecque, et de leurs pièces plus petites, à légendes latines du même poids

(1) [Les recherches de M. Feaardent jettent un jour tout nouYeaa sur la chronologie des Lagides : CoUecti<ms Giovanni di Demetrio. Egypte ancienne, l^ pirUe, Monnaies des rois, Paris, 1869.] J. W.

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l' EGYPTE. S8S

que le denier romain (1) . Lorsque Auguste remplaça Toctadrachme par son aureus, non-seulement l'émission des anciennes pièces d'argent dut être arrêtée, mais toutes les pièces d'argent qui étaient alors en circulation furent nécessairement retirées. En effet, le tétradracbme d'argent qui était de 1/26 de l'octadrachme d'or, ne pouvait pas représenter le 1/26 de l'aureus, ce dernier étant d'au moins 2/3 plus léger. De là vient qu'en Egypte on ne frappa sous Auguste aucune pièce d'argent, et que le métal des tétradrachmes frappés sous Tibère, depuis l'an de J.-G. 28 (2), fut sensiblement altéré et réduit à l'état de billon. Pour arriver à ce que l'aureus valût 26 tétradrachmes d'Alexandrie (t. I, p, 56), le tétradracbme ne devait plus contenir que 1/6 d'argent fin, à moins qu'on ne voulût livrer cette monnaie au-dessous de sa valeur intrinsèque. En effet, les tétradrachmes d'Alexandrie ont une valeur réelle encore bien moindre, et, dans les derniers temps de l'époque impériale, ils ne contiennent guère que de 2 à A 0/0 d'argent (3). Ces pièces ressemblent parfaitement aux monnaies

(1) Poids des pièces portant une légende grecque : 15»',27 (=235,7, Lealie); 15«',03 (=232, Cat. Pembroke, p. 275); 14t',37 (=221,6,Mu8.Brit.); avec une légende latine (Eckhel» Doct, num, vet., t. VI, p. 47) : 3(%95 (=61, Leake); 3«',92 (=60,5, Mus. Brit.); Z^^bl (Pinder, p. 140). Bceckh (/. cit., p. 145) reconnaît avec raison que les pièces à légende grecque ont été frappées sur le pied du denier romain.

(2) Eckhel, Doct num, vet., t. FV, p. 50. — Mionnet,t. VI,p. 63. La date la plus récente de Tibère sur des pièces authentiques est l'an LIA, (14) ; on oe peut pas se Ûer aux dates données par Mionnet, (/. ci7.), ni aux Indications de Sestini. Mionnet, Suppl-, t. IX, p. 29 et 80.

(3) Sabatier {Production de Vor, de Vargent et du cuivre, p. 79) a trouvé dans des tétradrachmes d'Alexandrie :

▲rg«ot

Colm

Ztao

ÉUio Plonb

Ptrta

De Claude le Gothique

2,76 traces

De DiocléUen

3,85 traces

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384 GHAPITBE IV.

des Lagides : le type est égyptien, la légende est grecque, et, d'après l'usage établi depuis longtemps en Egypte, on n'y voit pas le nom du pays, ni le nom de la ville d'Alexandrie, mais seulement celui du souverain avec la date de son règne. L'altération du métal ne permet pas de déterminer d'une manière positive le système monétaire d'après lequel ces tétradrachmes étaient frappés; mais nous savons par les historiens du Bas-Empire que les drachmes des Ptolémées avaient le même poids que les deniers de Néron (1) ; ce

(I) Le métrologue d'Alexandrie, cité (t.l^p. 37 et 28), assimile pour le poids le talent des Ptolémées à celui qu'il appelle talent atiique, c'est-à-dire au talent de 6,000 deniers de Néron ; de même Cléopàtre (dans Galien^ cap. X) estime le tétradrachme d'Alexandrie^ quant au poids, à quatre deniers de Néron. Il est vrai aussi que l'ancienne drachme des Lagides de 3^,57 se rapproche de si près du denier de Néron de 3*',40 que, si celte ancienne drachme avait été conservée en Egypte sans changement, les méirologues de Tépoqae postérieure auraient bien pu les identifler. Mais il y a deux raisons pour préférer l'opinion émise plus haut. D'ahord on trouve l'assertion du métrologue d'Alexandrie, d'après laquelle la drachme d'Antioriie aurait été d'une valeur égale k celle de la drachme romano-atUque et k celle des Ptolémées. Ces données, quoique inexactes, s'expliquent si l'on admet que le denier a été directement introduit aussi bien à Antioche qu'à Alexandrie, mais que le monnayage d*Antioche n'a pas subi les changements du denier sous Néron. Puis et surtout les monnaies de Marc-Antoine et de Ciéopâire ont, à notre avis, incontestablement le pied du denier, et par conséquent il devient bien difficile de supposer que le monnayage égyptien d'une époque postérieure soit revenu à la drachme des Lagides. — Pourtant M. Vazquez Queipo, dans son ouvrage des Systèmes métriques et monétaires des anciens peuples, 1. 1, p. 169 et suiv., ouvrage que nous avons reçu seulement pendant l'impression de notre livre, émet une opinion différente; mais dans cet ouvrage les temps et les lieux sont confondus, et, loin d'arriver à la solution des problèmes, l'auteur embrouille les questions; ce défaut se faltl'eroarquer surtout ici d'une manière frappante. \\ semble que l'auteur ne se soit Jamais rendu compte des raisons qui s'opposent à l'existence de la drachme des Lagides sous l'Empire, et c'est en vain qu'on chercherait dans son livre une seule preuve en faveur

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l'égyptk. SSô

qui s'accorde assez exactement avec le poids effectif des monnaies (1) et explique comment le denier romain remplaça la drachme des Lagides sous le règne de Marc-Antoine. Nous n'avons pas besoin de dire qu'à la même époque les deniers frappés à Rome circulaient en Egypte, où ils étaient assimilés, pour la valeur, au tétradrachme national.

L'ancienne monnaie de bronze avait perdu, sous le règne d'Auguste, deux tiers de sa valeur conventionnelle, puisque, après avoir valu 1/6000 de l'ancien octadrachme, elle ne valait plus que 1/6000 de l'aureus romain, qui ne pesait pas un tiers de l'octadrachme. L'émission du bronze dura jusqu'à Sévère Alexandre, et semble n'avoir cessé que parce qu'à cette époque le titre des deniers et des tétradrachmes d'argent avait subi de telles altérations et tellement baissé de valeur, que l'argent ne valait pas plus que la monnaie de cuivre.

de cette lapposition. Car ce n'est pas une preuve que de rappeler ce que dit Denys d'Halicarnagee (IX^ 21), lequel porte l'amende que Menenius Agrippa devait payer à 2,000 as ou litres ou à 16 talents de cuivre qui, selon M. Vasques Queipo, sont des talents égyptiens. Qui ne voit que Denys a compté plutôt d'après le talent commun de son temps qui valait 120 litres italiennes? Le poids bien connu portant l'inscripUon PONDO CXXV TALENTVM SICLORVM fÏÏ (Boeckh, MetroL Untersuch., p. 151), s'il est alexandrin^ ce qui n'est pas probable, ne prouve rien autre chose, sinon que le didrachme d'Aleiaodrie s'appelait shekel au temps dee Romains, mais il ne démontre point du tout que ce shekel soit le didrachme des Lagides plutôt que le double denier de Néron.

(1) Les tétradrachmes de Claude, frappés à Alexandrie» pèsent \Zr,ZS (Pinder, p. 88). — Ceux de Néron, I3i',61 (Pinder), 12i',94 (=248,6, Bœckh, p. 149). 12f,&3 (=236,9, BoBckh), 12»%07 (=227,2, Bœckh).— Ceux d'Hadrien, iZf,U (=247,4, BcBckh), 12«',96 (=244,2, deux exemplaires, Bœckh).— Ceux d'Antonin le Pieux, 12«',68 (=10 scr. 18 gr. florçnt. Gori, Mus. Fior,, t.V, p. 118).

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330 GHAPITBE lY.

Nous pouvons encore indiquer ici ce que nous avons développé déjà dans la troisième partie de notre ouvrage {supra^ p. 83), que l'usage d'évaluer l'or, en petite monnaie d'argent ou fraction de la pièce d'argent (le chalcus = 1/8 d'obole = 1/48 de drachme = 1/4800 de la pièce d'or) , s'était conservé en Egypte sous les Romdns. Ce chalcus correspond au nummus du Bosphore (iupra,p. 297) et à l'once romaine; il vaut 1/12 de Tas = 1/48 de sesterce = 1/4800 de l'aureos.

Nous allons, pour terminer, jeter un coup d'œil sur l'Inde et ses monnaies, et nous chercherons à en établir les rapports avec la monnaie romaine.

Dans le récit d'un voyage entrepris par un marchand égyptien dans la mer des Indes, sous les empereurs de la famille des Flaviens (1), nous voyons mentionnés les deniers d'or et d'argent parmi les articles de l'exportation égyptienne (2). Peu de ces monnaies arrivaient jusque chez les Auxumites (Abyssinie) et chez les étrangers établis sur la côte africaine du golfe d'Aden, où les indigènes se servaient pour le commerce de cuivre brut (3). Mads, dans l'Inde, on échangeait avantageusement les pièces romaines d*or et d'argent contre les anciennes drachmes d'ApoUodote et de Ménandre ou contre la monnaie d'or de

(1) Periplus maris Erythraei àAnÈVédition de Mûller, Geogr. graeeimi" nores, 1. 1, p. 257 et suiv.

(3) SS A et 49 : Avivdptov xpvooOv xg %a\ àpYvpoûv; de même, § 6» le mol 6T)vdpiov est employé pour une pièce de monnaie.

(8) § 6 : dpc(x'XxQ<, <^ XJ?*^"^^^ icp6cxb9|iov %a\ tk ouYxoid^v &vtl vo|ii9|jyatviK

8i)vdpiov dX(Yov icp6< xohç èmdi^tJLOûvTac. De même il est dit aussi que le

denier était transporté à Malao, aujourd'hui Berberah, et dans les ports situés ài'ouest dans le golfe d'Aden : Snv^pwv oO icoXb xp^Moûv tt xaldpYupoOv (S 8). De l'argent était transporté aussi à Muza et à Gané dans l'Arabie méridionale ($$ 24 et 28).

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l'imde. 337

ces contrées et qu'on noounait caltis (xdXxK) (1). De là vient que dans le Pundjab et ailleurs, dans la presqu'île des Indes, on trouve assez souvent des monnaie^s romaines et en particulier des aureus impériaux, des deniers de la fin de la République et des premiers empereurs, enfin des tétradracbmes d'Alexandrie (2). Ce qu'il y a de curieux, c'est que la pièce qu'on y rencontre le plus souvent est le denier d'Auguste, sur lequel on voit ses deux fils adoptifs, Gaîus et Lucius, tenant des lances et des boucliers; ces pièces sont souvent d'un poids supérieur au poids normal, mais la plupart, si ce n'est toutes, sont fourrées (3) . Il est

(1) $49. Parmi les articles d'importaUon à Barygaxa on cite: dr^vipiov Xpuooûv xal àpY^poûvy f^ov àXXay^iv xa\ èicoeépdccdv Tiva iep6< t6 èvtdioov vd|U9)Aa. De Targeot était dirigé aussi sur le port de Mlnnagara (§ 39). A Barygaxa il circule depuis les temps d'Alexandre des drachmes anciennes arec les noms des rois Apoilodote et Ménandre, qui y avaient régné après Alexandre (S 47). On y trouve encore aujourd'hui des pièces d'argent de celte es-

, pèce^ qui pèsent 2*',Z9 et au-dessous. L'auteur, parlant du pays près du Gange, qui est riche en or, dit $ 63 : XfjfctQtt tt xa\ xP^^^c^P^^a ictçX to6< x&Korj^ elvai vdiuaiid t« X9^*^^ * XtYÔjuvoç x^Xti^.— Cf. Piln., H. N.,VI, 22, 85.

(2) Voy. Prinsep dans \e Journal ofthe Asiatic Society of Bengal, 1834, p. 664, 63S. Parmi les trésors de pièces d'argent, la tope ouverte par Court, près de Manikyala dans le Pundjab, est surtout remarquable; on y a trouvé dans un cylindre d'or quatre médailles indo-scytblques d'or de Cadphlsès et de Canercus, dans un cylindre d'argent sept deniers romains du temps de César (Riccio, Accoleia 1, Ânionia 27, Cardia 1, Julia 5? 42, Minueia 13, Plaeforia 2), enfin un certain nombre de pièces de bronie déposées séparément; puis le dépôt de Coi mbatur dans la présidence de Madras, qui contenait 522 deniers d'Auguste jusqu'à Claude (Num. Chron.,t. \l, p. 111 et 160); parmi les trésors de monnaies d'or celui de Cannanore sur la côte de Malabar, qui a fourni des centaines de pièces d'or, surtout du temps d'Auguste Jusqu'à Néron, et en outre une seule d'Antonin le Pieux de l'an 15S {Journal ofthe Asiatic Society of Bengai, 1851, p. 371 etsuiv.), et celui de Dhadpul contenant 13 pièces d'or d'Antonin (?) et de Septime Sévère (Num. Chron.y l. ctï.) • I>^ inonnaies romaines se sont trouvées aussi dans l'Ile de Ceyian {Journal ofthe Asiatic Society of Bengai, U Si, p. 379).

(3) Eckhel, Doct, num, vet., t. VI, p. 171. Dans le dépôt de Coimbatur on 111. 23

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possible que ce genre de monnaie ait été fabriqué spécialement pour rinde méridionale, où peut-être on ne savait pas distinguer aussi bien qu'en Europe les deniers de bon de ceux de mauvais aloi.

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