RÉORGANISATION J)E LA MONNAIE AU IV' SIÈCLE
Justinien, les pièces de cuivre avaient déjà perdu une partie de leur valeur nominale, ce qui ne peut être attribué d'une part qu à la très-grande quantité qui en fut mise en circulation, et, de l'autre, à la reprise du monnayage de l'or que Justinien fit frapper en nombre considérable.
11 nous reste à montrer comment cette nouvelle valeur s'est formée. Le nouvel ordre des choses, en opposition diamétrale avec l'ancien temps, et qui sans doute s'était développé sous l'influence des désordres du ni' siècle, a pour principe le retour au système basé sur le poids. Dnn«i la deuxième moitié du iir siècle, la monnaie d'or était devenue tout à fait irrégulière, et il n'existait plus aucune monnaie de valeur en argent ni en cuivre ; le commerce des métaux précieux revenait donc de lui-même au système de la balance {supra^ p. CA) ; comme dans les temps les plus anciens, les métaux précieux n^étaieni plus acceptés qu'au poids, et on avait établi une proportion fixe entre la valeur de l'or pur et celle de l'argent fin.
Les diverses données que nous avons sur cette proportion s'accordent assez entre elles. En voici quelques-unes. Nous avons vu que la pièce pesant 1/72 de livre se nommait mi- Uarense {supra, p. 81 j, parce que sa valeur était 1/1000 de celle de la livre d'or-, ceci n'est pas une particularité propre à cette monnaie, mais un fait qui trouve son explication dans les proportions de valeur généralement admises à cette époque entre les métaux précieux; on n'aurait pas inventé une proportion irrationnelle comme celle-l«i : c'est ce que nous verrons par la suite de plus en plus clairement. Nos renseignements à ce sujet nous viennent de trois différentes sources que l'on peut, il est vrai, toutes ramener à une seule origine, postérieure au règne de Justinien, mais qui cependant parait excel-
lente et digne de mériter la confiance. Et d'abord le nom même de cette pièce indique qu'elle valait le millième de la livre d'or (1), par conséquent l'or était à l'argent comme 1 : 13,88, c'est-à-dire que le sou d*or (autrement dit la soixante-douzième partie de la livre d'or) valait 13 8/9 miliarcnsia, eu 13 8/0 soixante-douzièmes de la livre d'argent. La seconde donnée fixe la valeur du miliai^nse à 1 3/& siliqua des temps postérieurs (2) . Cette si* liqua valant 1/2& ou /k/00 du sou, la valeur du miliarense était donc de 7/96 du sou. Par conséquent, l'or était à l'argent comme 1 : 13,71, et le sou d'or valait 18 6/7 miliarensia. La troisième donnée (3) fixe le sou à quatorze miliai'ensia, les deux pièces étant d'un poids égal, l'or, dans ce cas, était à l'argent comme 1 : lA. Il n'est pas facile de déterminer laquelle de ces trois proportions, qui toutes reviennent & peu près au même, est la plus rigoureusement exacte ; cependant la première a pour elle le plus de
(1) Outre Tabsurde dérivation de militia (cf. Ferfall des rôm. Mûnzwesens in der Kaiserzeit, p. 274 et supra, p. 82» note 1), il en existe deux autres .'idmissibles au point de vue grammatical, mais bien dirrérente», et tout à fait inconciliables quant aux faits : l'une se trouve dans les Glossae nomieae au mot |UAtap(3iov (Otto, Thes,^ t. lU, p. 17G4) d'après laquelle le miliarense s'appelle ainsi, parce qu*il équivalait à riwê de la livre d*or ; la seconde^ qui se trouve dans Lydus (de Mens,, W, 9, s'appuyant, du moins à son dire, sur le traité de Dardanu8,iccpl aTaO{ui>v), veut que le miliarense, ainsi que miUarensis cohorsf miliarensis poriieus, porte ce nom de ce qu'il comprenait 1000 oboles. Mais, d'après cette dernière explication, il faudrait que le miliarense^ quand même on prendrait l'obole pour un denier senlement, eût au moins valu un sixième de solidus, ce qui ne se peut pas; tandis qu'au contraire la première dérivation s'accorde très-bien avec tous les autres renseignements, €t qu'elle s'appuie d'ailleurs sur une autorité des meilleures.
(2) Dans les gloses citées {Glossae nomieae) au mot^Xiç^ (Otto, Thés,, t. m, p. 1817.)
(3) Dans les gloses citées au mot luXtof (oiov.
HéORÔANISÀTlON DE iK MON!iIAlE AU IV* SIÈCLE. 155
vraisemblance, tant parce qu'elle est basée sur le nom qui a été donné de primo abord à cette pièce d'argent, ensuite parce que c'estja seule qui attribue au miliarense et au foUis d'argent {infra, p. 162, note 2) un rapport simple avec la seule grande unité de compte de cette époque, la livre d'or.
Cette proportion 1 : 13, 88 se trouve presque d'accord avec un décret de 397 qui a passé intégralement dans le Code Justinien (1). Ce décret ordonne d'accepter dans les caisses publiques cinq pièces d'or pour une livre d'argent, ce qui donne une proportion de 1 : lA, /k. Quelques années auparavant l'empereur Julien l'Apostat avsdt promis à ses soldats cinq pièces d'or et une livre d'argent, c'est-àdire une somme d'une valeur égale en or et en argent (2)« Enfin un décret de A22 (3) permettait aux Primipilcs de payer au Dax une livre d'argent suivant l'ancien usage ou quatre sous d'or, à leur choix. 11 en résulte ou bien que la redevance avait été diminuée, ou que le prix de l'or étant sujet à varier, il pouvait être avantageux de payer la redevance en argent sur le pied de 1 : 18.
Un denier = 1/95 de livre d'argent était = 1 1/4 d^ livre rroportion da de cuivre (â), ce qui donne la proportion de 1 : 120, et rentre à peu près dans les données d'un décret ^e 396 (5)
(1) Cod. Theod., Xllï, 2, 1. = Cod, Just., X, 76, 1.
(2) Ammian. Marcell., XX, 4, 18.
\Z) Cod. Theod.^ VlJl, 4, 27.
(4) Dans lei gloses citées au mot ^hkiç : foXX(< 9Ta6|idc ion XcYd)itvoc xa\ PaMvROv* EXxet Sk ST^vdpia Siaxdffia 'Revnixovra, Touréon ^tipaç Tip' xa\ o^yftoç IÇ, <î>ç Ix^vTOç éxdoTOV Sir)vaptou Xtpav a' xa\ oOYTff'Ç lY (corrige* y). Dans une inscription trouvée en Angleterre (ArchaeoL BriL, t. XIV, p. 274), il est dit : Celadus aerarius fecii et aeramenti fib, donavit factam X Jll. Mais dans ces trois deniers se troure confondu le salaire de Touvrier afec la valeur métallique.
(5) Çùd. Theod., XI, 21, 2.= Cod. Just», X, 20, I.
cnl\ re.
156 CBAPITRE \I.
fixant le prix du cuivre vis-à-vis de Tor, pour les payements à faire aux caisses publiques.
nësukatgéncTii. D'après les premiers règlements, un son d'or valait vingt-cinq livres de cuivre, et d'après le tarif de Justinien a n'en valait plus que vingt. Vingt-cinq livres donnent la proportion 1 : 1800. D'après le décret de 307 l'or était donc à l'argent comme 1 : 1A,A, et Targent au cuivre comme 1 : 155 ; d'après le tarif de Justinien, la proportion était de 1 : 1440, l'or à l'argent comme 1 : 14,4, l'argent au culvi-e comme 1 : 100. Si nous comparons ces proportions aven celles du temps de la République, où l'or était à l'argent comme 1 : 11,91, l'argent au cuivre comme 1 : 250, nous voyons que l'argent avait singulièrement baissé de valeur, ce qu'il faudra attribuer au fait, que du temps de la RépubHque« l'argent était le métal presque exclusivement employé dans h. fabrication des monnaies, tandis qu'à l'époque dont il est ici question, les monnaies d'argent circulaient en très -petite quantité.
11 est vraisemblable que Dioclëtien et Constantin ayant trouvé ces proportions établies, les ont conservées comme base de leur nouveau système monétaire.
Nous savons positivement que sous le règne de Constantin tous les payements en monnaie d'or se faisaient au poids, et d'autre part qu'on acceptait en payement et au poids les lingots d'or régulièrement contrôlés (1). Le gouvernement avait fabriqué et déposé dans les principales villes des étalons particuliers, pour faciliter le contrôle du
(1) Décret de ConstanUn de l'an 325 (Cod. Theod., XH, 7, 1; cf. XI], 6, 2 ; en abrégé Cod. Just,, X, 7 1, I) ; Si qiu's solidos appendere voiMerit ^uri cocti, septeni (corrigez sex) solidos qnaternorum scripuiorum nostrts
vuitibus figuratos appendat pro singulis unciis eademratione servanda
et si mater iam quis inférai, ut solidos dédisse videaiur.
RÉORMNTSATfON DE LA MONNAIE AU l\* SfÈCLE. 157
poids des pièces d'or (exagia soUdi) (1), et des employés spéciaux devaient procéder à ce contrôle sur la demande des particuliers (2). Ainsi se trouve expliquée rémission si nombreuse de pièces d'or valant plusieurs multiples de sous.
Si Tusage de la balance n'avait pas été alors généralement admis, ces pièces eussent certainement occasionné de grands embarras dans le commerce. Ceci nous explique aussi Vimmuabilité de la pièce d'or qui, dans un état comme l'empire Byzantin, pourrait pnraître extraordinaire, si les pièces d'or eussent été une monnaie dans le strict sens^ du mot. Mais cette monnaie, dans ces circonstanœs singulières, était plutôt inoncialive que dispositive; personne n'était obligé de l'accepter pour la valeur nominale, ce qui était le plus sûr moyen de mettre un terme à toutes les réductions, puisque le pesage une fois admis, l'abaissement de poids ne pouvait profiler à TÉiat ; le type frappé sur les monnaies nTétait plus qu'une espèce de contrôle exercé sur la qualité du mêlai, et on en était revenu, par la force des choses, au système primitif, où l'on mettait une marque sur les barres de cuivre {voy. 1. 1. p. 177 et 178).
Ce n'était cependant pas rétrograder; il est de toute impossibilité qu'une monnaie conserve toujours et dans tous les pays une valeur immuable. On doit en arriver tôt ou
(0 New. Vaient.rlU, UL XIV, § 2.- Major. Ut., VH, § 15.— Eckhel, D)ct, nttm. vet.y t. VllI, p. 511. — Mariiii, Arv.^ p. 228. Dans ces ordonnar.c 8, on mentionne souvent le poids et le nombre des pièces d'or qui y correspond, par exemple : Il soi, XII, c'est-^-dlre deux onces ou douro pièces d'or.
(2) Décret de Julien, de l'an 363 {Cod. Theod,, Xli, 7, 2. = Cod. JuU., \
71, i) : emptio venditioque solidorum tanquam levés eos vel dehiles
nonnullis repudiantibiu impedilur; ideoque placet per singtilas civitafts
constiiui zygosialen, ut ad ejus arbUrium si qvui .*.. in solidit
exorla fuerit contentio dirimatur.
15S CHAPITRE XU
tard là où les Romains en étaient alors venus» c'est'-à-dire à démonétiser les monnaies et à les considérer seuteioent comme métaux précieux ; car les particuliers reprennent le droit de ne plus accepter les monnaies, quand elles n'ont pas le poids et le titre fixés par la loi.
Le monnayage de l'argent, depuis Dioclé tien jusqu'à Julien l'Apostat, offre les mêmes caractères que le monnayage de l'or depuis Constantin. Nous y voyons aussi cette grande variété de pièces, et en même temps cette grande inégalité de poids, qui auraient rendu les transactions des plus difliciles, si l'on n'admettait pas Tusage de la balance pour obvier à ces inconvénients. En effet, on ne donnait pas aux monnaies un poids exact, ce qui fait que souvent on rencontre des pièces d'un poids trop élevé {supray p. 72 et 73) ; mais si toutes les pièces étaient prises au poids et en masse, ces différences n'avaient pas d'importance. A cette époque on ne rencontre plus de pièces fourrées [supra^ p. 91). Enfin les proportions irrationnelles des pièces d'argent entre elles et vis-à-vis des pièces d'or ordinaires, comme nous les avons constatées, c'est-àdire entre les pièces de 1/72 et 1/06 d'argent, aussi bien qu'entre les pièces de 1/72 d'argent et le sou d'or, tout cela n'a plus d'inconvénient, les monnaies n'étant reçues et admises qu'au poids.
Aussi lorsque Dioclétien reprit le monnayage de l'argent sur le pied fixé par Néron, il n'essaya certainement pas de rétablir l'ancienne proportion de vingt-cinq deniers pour un aureus (1), ni une autre proportion stable quelconque,
(1) Cette proportion ne serait pas impossible par elle-même; car la pièce fl'or correspondant à t5 deniers de Néron ou de Dioclétien, selon la proportion de 1 : \i,\, devrait peser environ 5<%92 (cf. supra, p. G2, note 1]. Mais nui témoignage ne le prouve, et l'ctat générai des choses 8*y oppos?.
fiÉORGANiSATlON DE Là, SONNÀIE AU IV« SIÈCLE. 150
ee qui aurait été impossible, à cause des variations continuelles dans le poids de son aureus, mais il se contenta de fixer légalement la proportion de la livre d*or à la livre d'argent (1 : 13,88) et de faire frapper les nouvelles pièces de quatre-vingt-seize à la livre. D'après cette donnée, 1333 et 1/3 de ces pièces valaient donc une livre d'or, et 18 14/27 valaient un sou de Constantin. De cette façon, la monnaie d'argent a subsisté pendant quelque temps à côté de la ntonnaie d'or, comme dans les premiers temps de l'Empire, sans privilège pour aucun des deux métaux émis tous deux & leur valeur intrinsèque. 11 en résulte que la valeur originaire du miliarense peut servir, ainsi que nous l'avons fait, à iixer la valeur relative des métaux non monnayés.
On peut considérer la création de cette pièce comme le premier pas fait pour donner à l'or le premier rang et pour régler la monnaie d'argent d'après le système de l'or. En effet, en fixant le miliarense à un millième de la livre d'or, ou hi/là du sou d'or . ce qui revient exactement au même) , l'indépendance de la monnaie d'argent disparait complètement; cette monnaie ne représente plus qu'une fraction de la monnaie d'or. Ce système atteignit ses dernières conséquences sous le règne de Julien. Le monnayage d'argent inauguré sous son règne présente un caractère tout à fait différent de celui de l'époque de Dioclétien et de Constantin. Les pièces se simplifient, les plus grandes disparaissent; on ne voit plus de pièces d'argent pesant un peu plus que leur poids légal, et l'abaissement du poids effectif suit une marche lente mais progressive, ce qui indique assez que la monnaie d'argent ne sera bientôt plus considérée que comme une monnaie d'appoint. De plus, ce qui est un symptôme frappant, nouii
voyons que la petite pièce d'argent, dorénavant la plus usuelle, se nomme siliqua auri ; son poids légal est de la moitié du miliareose, mais elle est taxée au 1/2& du sou au lieu du 1/28. D'une part ce rapport vis-à-vis du sou d'or devient plus simple, de l'autre sa nouvelle proportion de i : 12, lui donne une valeur évidemment supérieure à sa valeur intrinsèque; deux choses qui doivent se trouver toujours réunies dans des monnaies d'appoint régulièrement et judicieusement fabriquées. Le caractère de la réforme monétaire de Constance II et de Julien, en 360, est donc le changement de la monnaie d'argent, de monnaie réelle ayant eu le premier rang, en monnaie secondaire ou de compte, ayant une valeur (du moins en partie) conven* lionnelle.
La pièce d'argent qui sous Dioclétien était, vis-à-vis de la pièce d'or, dans la même position que sous la République et les premiers empereurs, n'a plus sous Julien qu'une position analogue à celle de la couronne d argent vis-à-vis des souverains d'or dans le système monétaire de l'Angleterre. Ceci ne s applique ni aux lingots ni aux médaillons d'argent, destinés à être distribués dans les fêtes publiques et que l'on peut considérer plutôt comme des lingots ou des objets précieux, que comme de l'argent monnayé. L'usage de compter en livres d'argent se conserva encore longtemps. On n'échangeait pas toujours facilement de l'argent au poids pour de l'or, mais on acceptait toujours de l'or en échange de l'argent.
Enfin, pour ce qui regarde le cuivre, on en était revenu au système du pesage, en ce sens que les livraisons eu cuivre qui devaient être faites au trésor pouvaient éire rachetées dans les proportions que nous avons indiquées plus haut. Le nouveau système n'atteignit pas le cuivre
LES DIVERSES MANIÈRES DB COMPTER. l6l
monnayé, parce que le bronze de Dioctétien contenait (ou du moins aurait dû contenir) une certaine portion de zinc et d'argent. Nous ignorons la valeur intrinsèque de cet alliage, et nous ne savons pas non plus dans quelle proportion les pièces saucées de Dioclétien se rapprochaient par leur valeur intrinsèque de la monnaie qui avait une valeur réelle. C'était dans le fond une monnaie d'appoint, ayant une véritable valeur, et ce qui le prouve, c'est la diminution successive de son module et de sa pureté relative sous Constantin et ses successeurs, qui peu à peu lui enlevèrent toute sa valeur métallique, ne lui laissant plus qu'une valeur nominale. Il n'est pas facile de déterminer la valeur relative de la monnaie de cuivre, vis-à-vis de la monnaie d'or, à cause de l'instabilité des poids. Sous le règne de Justinien, dont les pièces marquées XL pèsent une once environ {supray p. 101, note 2), la proportion de l'or au cuivre, en négligeant les variations du cours, peut s'évaluer comme 1 : 86A. Sous Ânastase et les rois ostrogoths, la pièce de 40 pèse à peine la moitié et la proportion est environ de 1 : A32; la valeur métallique sous Justinieu était donc environ la moitié, et sous Anastase le quart de la valeur nominale. La valeur réglementaire ou effective que l'on peut attribuer à chacune des espèces, doit se calculer sur l'unité de compte et d'après la valeur du change; c'est ce qui nous reste à examiner.
Les diverses manières de compter.
Il y avait à cette époque bien des manières diverses de compter; la livre d'or et la livre d'argent sont les deux unités les plus communément employées, et nous n'avons besoin de rien ajouter à ce que nous avons dit plus haut
UJ. 11
PI. XL, n« lî.
Compte par iiTre suF ces poids et louF valcuF réciproquo. Quant au cuivre, c'était seulement dans les livraisons de métal au trésor qu'on le comptait par livre« Du tem[i8 de Constantin le Grand (et selon toute apparence, seulement sous son règne) on compta par bourses. Cette dénomination a été diversement appliquée : il y eut la bourse d'or, employée uniquement pour l'impôt sénatorial et qui, le plus souvent, ne signifie pas autre chose que la livre d'or monnayé ou non monnayé (1). La bourse d'argent est estimée à 125 ntîh'a* rensia valant un huitième de la livre d'or ou neuf sous (2) , La bourse de cuivre comme poids pesait trois cents mines ou 312 livres et demie; d'après la proportion de 1 : 120, elle valait mille anciens sesterces ou 250 deniers de Néron (3).
(1 ) Hësychius de Milet (à la glose çdX^. — Cf. MûUer, Fragm hist. Grœcorum, t. IV, p. 154) définit Timpôt des sénateurs, établi par GonstanUn ( ZoBim., Hist,, M, 38), en disant qae, selon les trois classes» il fut payé 8, 4 et 2 livres d*or. L'impôt lui-même s'appelle /b//û (Hesych. et Zosim.,/. taud, ^Nov. Marciani, tit. II, cap. 1> S 4) ; mais il est également question de quaituoT folles, duo folles {Cod. Theod,, VI, 2, 8. = 2 de l'an 383; VI, 4, 21, de Tan 372), où Ton semble aroir entendu par/b///f la livre d*or. CeUe dénoniinalion est conservée ici comme terme technique > on a commencé i l'employer comme toutes les désignations semblables sous le règne de Constantin 1*'. L*édit de Justinien (XI, cap. 2) prouTe que les pièces d'or sortaient de la monnaie dans des bourses sur lesquelles était indiqué le poids.
(2) Les indications les plus exactes du calcul, d'après les Iwurses d'ar* gent, se trouvent dans les gloses souvent citées au mot (p<O^Xu;, où la valeur de 125 miilarensia, le miliarense évalué à 1 j de silique, est supputée à 218 ) siiiques ou à 9 sous (solidi) 2 f siliques. SI l'on prend le miliarense pour {7 de solidus, 125 miliarensia font plutôt 214 | siliques ou 8 solidus 22 I sliiqueg ; le prenant pour ,7^ de la livre d*or, 125 miliarensia font 9 solidus : ce qui est la seule évaluation probable. L'Anonyme d'Alexandrie mentionne la bourse d'argent (ap. Gronov., de Pec. vet., p. 374), et St. Ëpiphane (sub fin.) y fait au moins allusion, en mentionnant outre le petit follis de cuivre ordinaire une bourse d'argent : fdXXirtc 660 'UmoX xixd Tôv ÔTivapwiidv, àW où xità t6v àpTf^piajidv.
(3) C'est ce que prouve également la glose an mot çdXXK citée supra,
Enfin on eut la bourse de cuivre monnayé ; sous ce nom on doît ejtendre à l'époque de Constantin le follis qui f<>ï»»fui pendant longtemps la grande unité de compte (1), mais on ne sait pas au juste combien cette bourse contenait de pièces, et quelle était sa valeur en argent : il est probable qu'elle répondait à 25 anciens deniers ou à un quart de mine (25/96 de livre) d'argent (2).
p. t55, note 4^ et également St. Ëpiphane (sub fin.). Cf. en même temps Saiimaise, adv. Cercoèt,, p. 104, et Gronov , de Pec. vet., p. 375.
(1) Ce grand follis se rencontre dans des décrets de 315 ol 320 (Cod. Theod., XI, 36, 2 et 3;, qui imposent une amende de 30 folles à ceux qui présentaient une demande en appel dans certains cas où clic était interdite, et dans un autre de 328 (Cod, Theod., \IV, 24, 1), où le prix d'achat d'une patente donnant droit à ouvrir une boutique pour le commerce de rhuiie est fixé à 20 folles, ainsi que dans une lettre de Constantin !•', citée par Ëusèbe {Hist, écoles, , X, 0), dans laquelle i! donne 3^000 folles à l'église de Carthage ; de plus dans les actes de St. Victor [Annex. ad Optât. Milevit.) de l'an 320, dans une inscription de 338, qui mentionne un présent de 1000 foltes fait à la commune {înscript. regni Neapol.y n» 5792) et dans quelques épitaphes qui iûaposent à celui qui détruit ou détériore un tombeau des amendes de 600 (Muratori, p. 815, 1 et p. 816, 4) ou de 1000 folles {Inscript, regni NeapoL, n** 207); enfin, dans la biographie d'Élagabalc, où Lampride (XXII) dit: centum aureos et mille argenteos et centum folles neris. Les expressions de folles denariorum dans les deux inscriptions de Muratori et folles aeris chex le biographe, prouvent qu'il s'agit (îc monnaies de cuivre; d'ailleurs, le nom de bourse, si la bourse orUioaire n'avait pas consisté en monnaies de cuivre, n'aurait pas pu être appliqué de préférence à une pièce de ce métal. Quant à Tépoque de l'émission du grand follisy toutes les mentions dont il est possible dé fixer la date tombent entre les années 315 et 338.
(2) Ce que prouvent principalement les amendes de 600 et 1000 folles citées dans la note précédentei et auxquelles étaient condamnés ceux qui détérioraient les tombeaux. Des peines pécuniaires semblables de 60,000 et 100,000 sesterces se trouvent souvent mentionnées^ mais on n'en rencontre pas de plus élevées. Les 30 livres d'argent citées dans le Gode Théodosien (XI, 36, 5) n'ont pas nécessairement valu autant que les 30 folles des dé* creta anciena.
16i GHAPITBE TI.
Pour les monnaies d'or et d'argent on comptait en solidi pesant 1/72 de livre; en miliarensia = 1/1000 de la livre après Constantin , et 1/86& après Héraclius ; en siliquae valant 1/1728 de la livre d'or et en argentei minululi de 96 à la livre d'argent. Nous en avons sui&samment parlé plus haut ; mais ce qui reste obscur, c est à savoir si la demi-siliqua a pu se nommer decargyrus et si l'on a eu raison d'identifier ces deux dénominations {supra^ p. 83 et Sa) . Les comptes en monnaies de cuivre offrent souvent de grandes difficultés, surtout à l'époque de Dioclétien et de Constantin. D'après ce que nous avons vu plus haut, il est presque certain ou du moins vraisemblable que la principale monnaie de cuivre, celle du plus fort module et la plus répandue, se nommait follis ou pecunia majorxna^ que la plus petite était le nummui cenlenionalis ; la petite unité de compte était le denarius de cuivre ou nummus^ et il en fallait 21 pour faire un follis monnayé. Il y avait aussi à cette époque des monnaies de billon sur lesquelles on voit le signe Xlir, 12 1/2 {supra, p. 88), mais jusqu'à présent on n'est point parvenu à déterminer la valeur conventionnelle et relative de ces diverses monnaies entre elles et surtout par rapport à l'or et à Targent.
Au cinquième et au sixième siècle, nous pouvons apprécier avec beaucoup plus de clarté la différence qui existait alors dans le cours du change pour l'or et pour l'argent d'une part, et pour le cuivre de l'autre. La pièce d'or fut, sans aucun doute par assimilation au talent grec, évaluée à six mille deniers. Cassiodore (1) le dit expressément et
(1) Var,, I, 12 : sex milia denanarum (yeteres) aoitdumesse voiuerwiL Ce qu'Hésychlus remarque (sub Terb. xoapdvtY)c) sur le talent de 6000 ^smA, se rapporte peut-être seulement à celui d'Atbènet de 0000 drachmes ; car
sur le cuivre.
ces faits sont confirmés par les chiffres qui se trouvent sur vueur de rot les pièces d'argent de Justin I" et de Justinien I". La siliqua eîTcwfffte. y porte le chiffre CN = 250; la demi-siliqua, tantôt le ^^*;-8,Oo"* chiffre PKC = 125 ; tantôt le chiffre PK = 120 ; d'après les deux premières données, le solidus aurait donc valu six mille unités, c'est-à-dire six raille deniers (1).
Les chiffres qui se trouvent sur les monnaies de cuivre chiffres {supruy p. 101) se rapportent tous à la même petite unité -, la lettre N pour indiquer le mot nvmmi se trouve même sur les pièces vandales (2) .
La demi-siliqua, comme nous l'avons vu, est marquée tantôt 125, c'est-à-dire 1/48 du sou ou solidus de six mille deniers, ou bien 120, ce qui équivaut à trois pièces de cuivre de quarante deniers. Mais l'indication la plus exacte doit être la première ; car les deux principales pièces de cuivre de la série vandale ne portent pas les chiffres âO et 20, mais bien les chiffres 42 et 21 ; évidemment la plus
Saumaise {Confut. Cercoètii, p. 94) nous a donné quelque doute au sujet de ropinioD d'après laquelle Hésychius aurait pris le talent pour le solidus. Les auteurs ecclésiastiques emploient le mot {xo^dc pour 6000 (Gronov., de Pec, vet.y p. 364).
(1) Quant aux monnaies de Justinien I*% les pesées s'en accordent également bien avec la proportion de 2 : 1, indiquée par les chififk-ea : celles marquées CN pèsent 1(%37 (Cabinet de Berlin), 1<%34S, O^'.Q, celles avec PKC 0«',62, celles avec PK Os',63. Trois monnaies de Justin I" au Cabinet de Berlin, marquées CN, pèsent au contraire 0«',66, 0«%65, 0«',65, une autre avec PK pèse également 0k%6S. MM. Pinder et Friediânder {Mûnzen Jusiiniansy p. 27) se sont laissé tromper par cette dernière anomalie, et ils ont repoussé l'interprétation de ces let'res^ la plus simple et la plus naturelle, qui consiste à les prendre pour des chllTres marquant la valeur; mais ils ont tort sans doute. Car Targent était à celte époque de la menue monnaie d'appoint, et nous ne devons point nous étonner d'en rencontrer pendant quelque temps une fabricaUon fort irrégulière, mais passagère.
(2) Friediânder, Mûnzen der Vandalen, pi. 1. p. 10 et 12.
Pi^crs vandales.
Monnayage d'Alexandrie et d'Afrique.
grande pièce de cuivre -valait 1/6 de siliqua oa Al 2/3 de* niers, la pièce suivante valait 1/12 de siliqua ou 20 5/6 deniers, et l'on disait 42 et 21 ou 40 et 20 en chiffres ronds. Le /bl/is de cuivre de Procope {supra^ p. 108, note 3) qui valait d'abord 1/210, plus tard 1/180 de solidus, valait quarante deniers; la pièce de cuivre de 1/12 de siliqua, qui dans les gloses du temps de Justinien est appelée nummus et qui prend plus tard le nom de follU {supra, p. 109, note 1), est la pièce de vingt deniers. Quant aux pièces marquées dix, cinq et un, on peut les expliquer de deux façons: ou bien elles représentaient la moitié, le quart et le vingtième de la pièce de vingt deniers, et valaient par conséquent 10 5/12, 5 5/24, 11/24 du denier-, ou bien elles représentaient le vingt-cinquième, le cinquantième et le deux-cent-cinquantième de la silique, ce qui revient à 10, 5, 1 deniers. La première explication semble préférable.
Les pièces vandales de cuivre marquées 12, 4 et 1 ne se rapportent ni aux autres pièces de cuivre de 1/144 et de 1/288 du solidus, ni à la siliqua; elles appartenaient à un système particulier et représentaient le 1/500, 1/1500 et 1/6000 du sou ou solidus.
Les pièces marquées 30 sont rares ; on doit les considérer sans aucun doute comme le huitième de la siliqua, valant juste 31 1/4 deniers.
Celles de Thessalonique et de Ghersonesus marquées 16, 8 et 4 sont probablement des seizièmes, trente-deuxièmes et soixante- quatrièmes de siliqua, et peuvent être évaluées à 15 5/8, 7 1.3/16, 3 29/32 deniers.
Les chiffres marqués sur les pièces d'Alexandrie appartiennent à un système tout à fait différent; ils peuvent cependant s'expliquer avec assez de vraisemblance, en supposant que la principale pièce avec le chiffre 33 représente
la même partie aliquote du sou que la pièce marquée &0 dans les autres ateliers. Eo effet, dans tout le monnayage de cette époque, il y a une tendance marquée à établir une certaine égalité de valeur pour les principales pièces destinées à circuler en bourses (foUes) et par conséquent affectées à des payements considérables, tandis que les petites pièces, représentant la monnaie d'appoint proprement dite, varient suivant les localités. Ainsi, les Vandales frappaient le foUis et le demi-follù semblables à ceux des Romains, et en même temps des petites pièces tout à fait anormales et qui ne représentaient pas des divisions exactes des grandes. La même remarque s'applique aux pièces de Tbessalonique et de Ghersonesus avec cette différence que AThessaionfqne dans ces ateliers, le follis seul est frappé sur le modèle de la *' «"one»"». monnaie de l'Empire.
En Egypte, on en était venu ainsi probablment à frapper. En Egypte. à côté d'une pièce principale de trente-trois unités, des pièces tout à fait anormales de 12, 6 et 3 unités. La pièce d'Alexandrie de 33 unités étant le l/l&A du sou, il en résulte que sa valeur est de 33 1/3 unités, et le sou en vaudra alors iSOO, ce qui est exactement le nombre de pièces de cuivre {chalcus), qui, d'après l'ancien système égyptien, était contenu dans la pièce d'or en usage dans le pays depuis des siècles. Les pièces marquées 12, 6, 3, 1 peuvent, comme nous l'avons vu au sujet des pièces des Vandales, être considérées comme des menues monnaies d'un usage purement local, valant 1/400, 1/800, 1/1600 et l/ASOO du sou.
Origine de ce Bjstëme de compte.
L'origine de ce système qui divise le sou en six mille
petites unités, est obscure. Le denier était devenu, sous Dioclétien déjà {supra, p. 106), la plus petite unité de compte, et il serait possible que la principale pièce de cuivre fût alors vis-à-vis de Taureus dans des rapports analogues à ceux qu'eut sous Justinien la pièce de cuivre marquée 40 vis-à-vis du sou d'or ; mais il est certain que, si ces deux systèmes se ressemblent, ils ne sont pas identiques, car l'émission des bronzes de grand module n'a pas duré sans interruption depuis Dioclétien jusqu'à Justinien. Elle a été suspendue depuis Tannée 395 jusque vers à77, époque à laquelle les anciens grands bronzes ont été démonétisés; ainsi la pièce de 40 de l'empereur Zenon ne peut pas être considérée comme une continuation de la pecunia majorina de Dioclétien. L'usage du payement en bourses ou sacs contenant un poids déterminé s'étant conservé, le nom de follis a été appliqué à l'une et à l'autre monnaie.
Le follis de Dioclétien était une pièce de vingt et un deniers (jtipra, p. 98;, et le denier de Dioclétien, quoique ne valant pas à beaucoup près 1/25 du sou, valait cependant beaucoup plus que 1/6,000 (supra^ p. 106, note 2), enfin l'aureus de Dioclétien diffère considérablement du solidus ou sou d'or.
La première mention officielle qui soit faite du nouveau système, se trouve dans un décret de Valentinien III, de Tannée 445 {infra, p. 174) ; le sou y est évalué au cours de 7,000 ou 7,200 pièces désignées sous le nom de nummi, ce qui lui suppose une valeur nominale de six mille deniers ; puis une application du nouveau système se voit dans les pièces marquées 40, frappées par l'empereur Zenon vers 477.
Cependant l'évaluation du sou d'or à six mille deniers peut remonter plus haut. On serait assez tenté de Tattri-
buer à l'empereur Julien. La fixation de la siliqua d'argent à 1/2A du sou d'or (qui est parfaitement semblable à la fixation du denier de cuivre h 1/6,000 du sou d'or) et l'assimilation du sou d'or au talent attique conviennent parfaitement à l'esprit fantastique, quoique pratique, de l'empereur philosophe et lettré.
Les chiffres qui se trouvent sur les monnaies vandales d'argent («wpra, p. 77 et 78), savoir : cent sur le miliarense de 1/12 de sou, cinquante sur la siliqua, vingt-cinq sur la demi-siliqua, ne se rapportent pas aux deniers de cuivre, mais aune unité d'argent particulière valant 1/1200 jdesou ou le quintuple de l'unité de cuivre. Tout le monnayage vandale prouve assez que le gouvernement de cette nation n'avait pas, comme celui des Ostrogoths, adopté entièrement l'organisation romaine.
Les chiffres qui se trouvent sur les pièces de cuivre n'indiquent pas leur valeur effective, car ces pièces, comme nous allons le voir, étaient toujours vis-à-vis de Tor et de l'argent au-dessous de leur valeur nominale, ce qui certainement est une des causes de l'inexactitude générale de ces chiffres. Une demi-siliqua dont la valeur nominale était de 125 deniers ou de trois pièces de 40, valait en effet plus de 125 deniers de cuivre; il n'y avait donc pas plus de raison pour y mettre le chiffre 120 que le chiffre 125, et il était également indifférent de marquer AO ou A2, la pièce valant nominalement Al 2/3 deniers, puisque ces chiffres indiquaient seulement l'espèce de monnaie, et que leur valeur effective dépendait toujours du cours auquel le denier de cuivre se trouvait par rapport au sou d'or.
§ IV
Valeur nominale et efiTeetiva des piëcei de cnÎTre de cette époqae.
Eflforts
de Dîoclétien pour
rétablir
réqulllbre dans
les monnaies.
Prompte
détérioration
du coara.
Commerce des monnaies et agiotage.
II est fort douteux qu'après la dépréciation complète du cuivre saucé au troisième siècle, Dioclétien ait pu rétablir complètement l'équilibre dans le système monétaire si ébranlé de son immense empire.
Sans aucun doute; la monnaie de cuivre avait été régularisée et améliorée, et il se peut même que sa valeur ait été au pair quelquefois, mais il est fort douteux que jamais les caisses publiques aient reçu ordre d'accepter, même momentanément, la monnaie de cuivre comme celle d*or et d'argent. Il n'est par conséquent pas étonnant que sous le règne de Constantin, avec la masse immense de petites monnaies qui furent émises et dont la matière allait toujours en s' altérant, on vit bientôt se renouveler des fluctuations continuelles dans la valeur du cuivre. Il est souvent question à cette époque éC achat ou de vente des pièces d'or (1), ce qui n'indique pas des variations dans la forme ou le poids des pièces elles-mêmes, mais dans la valeur relative de l'or et du cuivre. L'édit publié en 356 par les empereurs Constance II et Julien, édit dont nous avons déjà parlé (2), défend aux marchands d'acheter et de transporter d'une province dans une autre les pièces de cuivre pour une somme supérieure à celle de mille folles,
(1) s. Augustin., Serm., 389 : Homo non dives cum solidum ut assolet vendidisset, centum folies ex pretio solidi pauperibus justit erogarî. D'autres passages semblables sont eités par Godefroi {ad Cod. Theod., IX, 22, i ; XII, 7, 2), et par Du Cange {de inf, aevi num., $ 102).
(2) Cod, Theod., IX, 23, 1. — Cf. supra, p. 105, note 2.
VALKUK DES PIÈCES DE CUITRE. 171
et cela, comme d'habitude, sous peine de mort et en ordonnant les mesures de police les plus sévères pour en assurer l'exécution.
On voit donc qu'à cette époque l'agiotage sur le cuivre était en pleine vigueur, et que les spéculateurs achetaient la monnaie de cuivre là où elle était à bon marché, pour la transporter et l'échanger avec avantage, dans d'autres provinces, contre des marchandises ou bien contre de l'or et de l'argent.
Peu de temps après (entre les années 367 et 575), les Règlement empereurs Valentinien, Valenset Gratien (Ij, ordonnèrent ^"'^eu^dTtSu'^"* que, lorsque le cours de l'or baisserait, le prix des marchandises devait subir également une baisse. Si de pareilles prescriptions peuvent nous sembler naïves, on en comprend cependant parfaitement la raison. Car si, par exemple, le taux de la viande de porc était fixé par l'usage ou la loi à six folles^ ce taux répondait à six parties aliquotes du sou; quand le cours s'améliorait et que par exemple le sou valait 150 folles au lieu de 180, pour rester lc prix
. 1, , des denrées est fixé
dans les mêmes proportions, il fallait que 1 on vendit cinq folles ce que l'on avait vendu six auparavant. C'est ce qui fut cause que des édits subséquents fixèrent le prix des denrées régulièrement en or. Dn pareil règlement inséré même dans le Code Justinien est une preuve frappante de
(1) Cod. Just,, XI, 10, S : pro imminutiofie, quae in aestimatione solidi forte tractatur, omnium quoque pretia tpecierum deaescere oporiere. L'explicaUoD de Savigny {Gb'Jgalionsrecht, t. 1^ p. 473), d'après laquelle la dépréciation du solidus doit aussi produire une dépréciation des monnaies divisionnaires^ n'est pas admissible; Gàt species^ en terme technique, signifie à cette époque la marchandise, aesiimatio ne désigne Jamais la valeur métallique, mais toujours le cours [Dtg., XXXIV, 2, 1, 1. — Co«f. Theod., IX, 22, 1), et enfin le solidus n'a jamais clé déprécié.
en or.
la différence du change au détriment du cuivre, et ceci montre qu'à cette époque c'était un fait positif et même légalement reconnu.
C'est ce qui était arrivé en Egypte sous les Lagides où le
gouvernement lui-même n'acceptait pas sa propre monnaie
de cuivre, celle qui était frappée par son ordre, et ainsi
cette monnaie fut longtemps au-dessous du pair. Mais le
Corporation gouvememeut romain alla plus loin; les changeurs (1)
des changeurs,
ses privilèges et ses fureut réuuis eu une corporation privilégiée, et spécialeson commerce, mcut autori&és à exercer ce commerce ; il leur fut imposé de vendre la pièce d'or d'abord à sa valeur légale, et plus tard à un taux fixe {taxatio) (2). Un abus devait remédier à l'autre; le monopole était destiné à contre-balancer les inconvénients qu'avait introduits la fabrication exagérée de la monnaie fiduciaire.
Mais tout cela ne suffit pas. Nous voyons qu'à Rome une caisse publique nommée arca vinaria payait aux changeurs une prime ou plus-value pour chaque sou d'or vendu par eux au prix du tarif (3) ; c'est comme si, dans un
Cl) Nummulariif collectariî, mensnlatiiy à.çi^^T.'^Jw&oi, xponccCîtou, xoXXu- ^\(svii, qui, à proprement parler, diffèrent encore des argentarti, comme le démontre principalement le Digeste^ \\, 13, 9, 2. Les nummularit, collectarit, mensularii sont, dans l'origine, les changeurs, tandis que les argentarti sont les orréf res, qui reçoivent également en dépôt de l'argent et de l'or d'autrui, et qui, par conséquent, deviennent banquiers. Dans la pratique et selon le droit, les deux professions se sont confondues, parce que le changeur ouvrait aussi chez lui des comptes, et que le banquier changeait également de l'argent; et c'est principalement à l'époque postérieure que ces expressions sont employées avec une signification égale ; cependant Vargentarius jouissait d'une plus grande considération.
(2) Symmachus, X, Epist.^ 21 : vendendis solidis, quos plerumque publieus usw (cf. pour cette expression Cod. Theod,, IX, 23,1 ; XIV, 4, 3) exposdti collectariorwn corpus obnoxium est, Cod. Theod., XVI, 4, 6. — Edict. Justinian,, Vil, cap. 9.
(3) Quitus (coilectarils) arca vinaria staiutum pretium subministrat.