‹ Histoire de la monnaie romaine (volume 3)Chapitre 55 sur 240 · L' ESPAGNE. 2A · texte numérisé non relu

L' ESPAGNE. 2A

conquête, et ensuite continué avec une grande activité, quoique pour peu de temps ; car nous avons quelques raisons de croire que cette fabrication avait déjà cessé avant la fin de la République.

Nous avons une quantité considérable de monnaies espagnoles à légendes ibéro -latines ou seulement latines; mais, comme les villes qui frappaient ces monnaies de cuivre sont précisément celles qui étaient les plus favorisées, telles que Garteia (1), déclarée colonie latine en 683, Sagonte, niay.j.-c. Gordoue et plusieurs autres, il est probable qu'à Tépoque où les légendes commencent à être écrites en latin, la concession du monnayage d'argent, accordée par les Romains à quelques localités de la Péninsule, avait déjà été révoquée. Nous avons vu que quelques-unes de ces monnaies à légendes latines ont été positivement frappées sous la République (t. II, p. 59 et note 2), et que ce fait est également probable pour beaucoup d'autres. Il paraît donc certain que ce ne sont pas les empereurs qui ont supprimé le monnayage d'argent dans l'Espagne Citérieure, mais que cette mesure avait déjà été prise par le Sénat dans le courant du VI' ou du vu* siècle (2). Les deniers espagnols ne furent pas alors démonétisés, ils continuèrent à circuler en Espagne; et le denier de Galvinus (5upra,p. 2AA, note), de fabrique espagnole, montre qu'à l'époque d'Auguste, l'argent

(1) T. Llv. XLIU, 3.

(2) Il peut être vrai, et c'est l'opinion de M. de Saulcy (Monnaies autonomes de r Espagne, p. tt), que le monnayage espagnol d*argent a cessé avec la guerre de Numance; mais la raison aUéguée par M. de Saulcy (/. cit., p. 1 1) : chacun sait, qu'après la guen^ de Numance l'Espagne fut déclarée province romaine {an de Rome 61 1), est une erreur. L'Espagne (et ceci est une

cliose parfaitement connue) fut réduite en province en l'an de Rome 5i8 et soe av. J. C. divisée en deux parties, i'iâspagne Citérieure et l'Espagne Ultérieure.

Divisions

monétaires et

monnaies

de eniyre.

2i6 CHAPITRE lY.

d'Osca y était encore bien connu. Les deniers espagnols ne furent pas cependant admis comme monnaie de l'État, car on ne les trouve jamais enfouis avec les deniers romains hors de l'Espagne, ce qui a souvent lieu pour les pièces du roi Juba, qui sont bien plus rares. Le grand nombre de pièces fourrées qui se trouvent parmi les monnaies espagnoles (1), et qui est beaucoup plus considérable qu'en Italie, est peutêtre la cause de cette exclusion.

Le système romain fut adopté en Espagne pour les divisions de la monnaie de cuivre, en même temps que le denier d'argent y fut introduit; cest ce que prouvent les bronzes espagnols qui tous sont frappés sur le modèle de l'as, excepté le petit nombre de ceux qui appartiennent au système de Rhoda et de Gadès. Les plus anciennes pièces, sur lesquelles on ne voit pas encore de légendes latines, ne reproduisent pas les types romains (2) , et les indications de leur valeur, quoique se rapportant au système oncial, diffèrent cependant des signes employés par les Romains (3). On dirait que toutes ces précautions ont été prises pour éviter qu'on ne confondît les monnaies locales avec celles de l'État Les monnaies bilingues, au contraire, et surtout celles de Garteia et de Sagonte, se rapprochent davantage du système romain; ce qui est curieux, c'est que l'as semble manquer à cette série (&).

(1) La description de la collection Lorichs le montre.

(2) Lorichs [ioc. cit., p. 137) pense, et ce semble avec raison, que les grandes pièces de cuiyre avec le cayalier, et dont le type est cekil du denier, sont des as, et les pins petites ayec le cheval seul des fractions de ras.

(3) Lorichs {Ioc. cit., p. 137, 1C4) indique les signes de la valeur ••••)•••)•• sur les pièces à légende espagnole; les signes qui indiqueraient la moitié O ou O et St surtout le dernier, sont encore très-douteux. Cf. supra^ p. 241, note 4.

(4) La proue et le signe du semis romain sont fréquents sur le cuivre

l'aFRIOCE, la NUMIDIE, la MAURITANIE. 247

La tête de Galigula étant la tête la plus récente que Ton rencontre sur les monnaies espagnoles, il est évident, et c'est du reste un fait parfaitement connu, qu'après lui, le monnayage du cuivre cessa complètement dans cette province (!)•

L'Afrique et la NnmîdJe, provinces romaines en 608 et 708 de Rome. La Mauritanie^ réunie 40 ans après J.-C.

146 et 46 ar. J.-C.

Les monnaies dont Garthage se servait (2) disparurent nécessairement à la destruction de cette ville. En effet, Garthage semble n'avoir frappé de la monnaie d'or et d'argent que pour ses possessions de Sicile et non pour l'Afrique ; car on ne trouve guère à Garthage même, et dans son territoire, des monnaies d'or ou d'argent avec des légendes en caractères phéniciens, et les fouilles n'ont guère fait connaître que des monnaies romaines (3) . Sans

Garthage indépendante et

Carthage co'.onie romaine.

des deux Tilles. (Lorlchs, /. cit, p. U7, pi. XLIII, LXII-LXIV); maison ne trouve ni la tête de Janus, ni le signe de l'as.

(1) Eckhel, DocL num. vet,, 1. 1, p. 2,

(2) Eckhel, ioc. cit., t IV, p. 137.

(3) Pellissler {Descr, de Tunis, vol. XVI de V Exploration scientifique de r Algérie) donne à la p. 423 et suiv. la liste de sa collection de médailles, formée dans la Régence de Tunis; en pièces d'argent, elle ne contient que 2àO deniers des familles, surtout de Tépoque postérieure à Syila, un de Juba et des monnaies des empereurs; en cuivre, elle contient exclusivement des monnaies d'empereurs, pas une seule pièce du temps de la République. Il est clair, d'après les observations de Falbo {Recherches sur Carthage^ p. 109 et suiv.) que l'on ne trouve pas de monnaies antérieures à l'époque romaine dans l'ancienne province d'Âfîrique.Si, comme l'assurent de savants bébraîsants (Juda.«, Rev, num., 1856, p. 169), le nom de Carthage se lit sur des monnaies rficult-phéniciennes, il ne s'ensuivrait pas que ces pièces nient été des monnaies africaines plutôt que des monnaies siciliennes; ce fait

Namldle et Maarltanie.

46 ar. J.-C.

aucun doute, l'argent romain a seul eu un cours légal à Garlhage ou en Afrique, depuis la conquête, et les Romains n'y ont probablement jamais accordé, même sous leur autorité, le droit de fabriquer de la monnaie d'argent. Nous avons des pièces de bronze d'Utique, de la colonie romaine établie à Garthage et de quelques autres villes; ces pièces ont été frappées sous Auguste et sous Tibère , d'après le système romain ; il ne paraît pas qu'on en ait fabriqué ni avant, ni après cette époque.

En Numidie et en Mauritanie, à part un très-petit nombre de pièces douteuses, frappées en argent, peut-être d'après le système tyrien (t. I, p. 122 et note 2), on trouve des monnaies royales d'argent, contemporaines des dernières années de la République et des premiers empereurs, et toutes frappées d'après le système romain. Les plus anciennes appartiennent au roi Juba I", qui périt après la bataille de Thapsus, l'an 708 de Rome; ces pièces sont des deniers et des quinaires (1) , la plupart avec des légendes bilingues,

peat être parfaitement établi par l'endroit où elles ont été trouvées et aussi par le style. — Hais ce qui est étrange et peut-être inexact, c'est le récit de Tite Live (XXI, 48), d'après lequel Annibal aurait corrompu le commandant de Glastidium en lui offrant des monnaies d'or [nummi aurei). H est Trai qu'on ne peut faire aucune objection contre le métal, car les monnaies d'or de toute espèce avalent cours partout; mais, comme à l'époque d' Annibal, ni l'Italie, ni l'Espagne, ni l'Afrique n'avaient aucune monnaie (l'or, on peut supposer que les sources auiquelies Tite-Live a puisé ce renseignement indiquaient dix livres d'or et que Phistorien a traduit cette expression en se servant de termes en usage au temps où il vivait.

(H est reconnu aujourd'hui que les Carthaginois ont frappé des monnaies d'or, d'argent et de bronze qui avaient cours en Afrique. Fo^.Ie bel ouvrage de M. Ludwig Mùller [NumismaUque de Vancienne Afrique, t. 11, p. 7u et suiv.). L'auteur parle de plusieurs monnaies trouvées dans la Régence de Tunis.— Cf. Revue num,, 1862, p. 414, note 3]. J. W.

(J) Des deniers: 4«S05 (=61,8, Mus. Bril.— Ca^ Pembroke, p. 294); 3i',06 (=74 1/2, Mionnet, t, Vï, p. 698, n» 4) ; 3i',94 (=60,8, Cat Thonm,

l' AFRIQUE, L\ NUMIDIE, LA MAURITANIE. 2A^

latines et numidiques; les deniers se rencontrent souvent avec le denier romain, dans les trésors enfouis en Italie à cette époque (1). Il est probable que les anciens rois de Numidie n'avaient pas frappé monnaie , tandis que Juba profita de la position indépendante qu'il sut prendre vis-à-vis du parti du Sénat, dans la guerre civile, pour s'approprier divers privilèges, et entre autres celui de battre monnaie (2). Ce monnayage une fois commencé continua, sinon dans la Numidie même qui, après la mort de Juba, fut incorporée à l'Empire, du moins dans la Mauritanie. Il existe quelques deniers assez rares d'un roi nommé Bocut; ils appartiennent probablement à Bogud (3), roi de la Tingitane, qui, s'étant mis du côté de César, combattit contre Juba et obtint, après la victoire, des récompenses considérables du vainqueur. Plus tard, on voit paraître les pièces de Juba II (mort vers l'an 16 après J.-C), seul ou avec sa femme la reine Gléopâtre, et celles de son fils, Pto-

p. 414); 3K^86(=59,6, Cat Thomas); 2^,ZZ(Ctib\neidt Berlin, Pinder, p. 91). — Des quinaires : 1(%74 (= 32 3/4, Nionoet, t. VI, p. 598, n« 5); 1«%61 (=24,8, Mus., Brit.) ; 1«%59 (=30, Mionnel, t. VI, p. 598, n- 6). - La pièce d'or attribuée à Juba est fausse (Mionoet, t. VJ, p. 597.— Ca^ Fembroke, p. 293).

(1) On a trouyé des deniers de Juba 1*' dans le Iré^or de Dorno (Cavedoni, Saggio, p. 125; Ripost., p. 41); de même dans un dépôt trouvé en Apulie (Riccio, Cat., p. 77) et dans celui du Mans (E. Hucher, Cat, des monnaies trouvées au Mans, p. 87, le Mans, 1849.

(2) Gacsar, BeiLciv., I» G.— Dio. Gass., XLI, 42. — Cf. notre Hist, Rom., t. III, p. 427 ; tr. fr., t. VIII, p. 20.

(3) 4^17 (= 78 J/2, MIonnet, t. VI. p. 597, n» 2); 2«',83 (=53 1/4, i6id.). Nous ne savons pas pourquoi on donne ces monnaies au roi Boccbus; on y lit disUnctement BOCVT (Mionnet, Suppl., t. IX, pi. IX, n" 1). Cf. sur ce roi Bogud, notre Hist. Rom., t. III, p. 430, note ; tr. fr., t. VIII, p. 24, note 1 et p.36.

[Cf. Ludwig Mû'.ler, humismalique de Vancienne Afrique, t. 111, p. 95.]

lémée (mort 40 ans après J.-C); ces pièces ne sont pas rares ; toutes, mais particulièrement celles de Ptolémée, sont tellement légères (1), qu'on pourrait les prendre pour des quinaires et supposer que le droit de battre monnaie, ac cordé à ces dynastes tributaires, n'allait pas jusqu'à la fabrication du denier. Les découvertes ont prouvé que la monnaie romaine d*argent ne circulait pas en Numidie avant le règne d'Auguste (52).

Page 1