VI
La Ganle Narbonnaise, réduite en province en 629.
Le» Romains
imposent leurs
monnaie!
■ux Massaljotes.
Nous avons vu (t. I, p. 161 et suiv.) que Massalia, après avoir frappé des drachmes de i^^ll et au-dessous, avec des sixièmes et plus tard des cinquièmes de drachme, adopta ensuite, dans le courant du vi* siècle, pour ses pièces d'argent, le poids du victoriat romain, ou 3/4 de denier, pesant 2?f, 92 (t.II, p. 97). L'ancien monnayage de Vélia, analogue à celui des Massaliotes, prouve que dans les temps anciens les colonies phocéennes ne tenaient pas à frapper des pièces de grand module ; mais, si plus tard Massaiia continue à ne pas frapper de grosses pièces d'argent, et si nous la voyons adopter les poids romains, la raison n'en est pas seulement le désir de faciliter les relations commerciales, mais cette restriction lui a probablement été impo-
(1) La pièce la plus pesante de Juba II et de Gléopâire pèse 3*%32 (=51,3, Oat, Pembroke, p.394}; la plus pesante de Juba II seul pèse Z^^,7i (=60 î/i, Mionnet, t.Vl,p. 600, n"»:!); la plus pesante de Ptolémée pèse 2*^,21 (=34,1, Cnt. Pembroke, p. 294).
[Cf. L. Mûller,Z. ciU, t. III, p. 103 et 125.| J. W.
(2) Dans la province do Constantine on ne trouve pas une seule monnaie romaine de Tépoque antérieure à Pompée et à Auguste. Voy. Revue archéol., 1849, p. 652.
LA GAULE IfAUBONNAISE. 26i
sée par les Romains, à l'époque où elle fut obligée d'accepter leur écrasant protectorat. Les drachmes niassaliotes, aiasi que leurs fractions de cuivre, sont nombreuses et ont été frappées pendant très-longtemps. Elles n'ont pas, il est vrai, pénétré en Espagne, à peine en Aquitaine, et nullement dans le nord de la Gaule au-delà de Lyon ; mais nous avons vu (t. II, p. 97 et suiv.) qu elles avaient été répandues et copiées dans la vallée supérieure du Rhône, dans les Alpes jusqu'à Trente, en Lombardie, et que leur légende même avait été en partie conservée. Il en a été de même dans la Gaule Narbonnaise.
Les pièces d'argent, en somme peu nombreuses, qui ont ' »^<^«» maMaiiotei
* *" frappées hori
été frappées hors de Massalta, peuvent se diviser en trois doMMsaiia. groupes. Les premières qui ont été fabriquées dans quelques petites villes aux environs de Massalia lui ont emprunté le poids, la langue et même le type (l). Sur le second groupe, on voit des noms celtiques écrits en caractères empruntés à l'alphabet nord-étrusque ; les poids sont encore massaliotes ; les types semblent imités des monnaies campano-romaines du v* siècle ; ceci peut paraître extraordinaire, mais on le comprend plus facilement depuis que la découverte du trésor de Vicarello a montré le grand nombre de ces monnaies qui circulaient dans le Latium (t. [,
(1) De Glanum Livii (Suiut-Remi, départ, des Bouches-du-Rhône) : rAANIICQN, Tête de Diane, i}^ Taureau bondUftant(2*',2?,L.delaSau88aye, Gaule Narbonnaise, p. 9G}. — Des Gaeniccnses (l'iin., Bist. naL, III, 4, 36), qui habitaient dans ia même contrée : KAINIKHTUN, Tète cornue couronnée de lanrier. ^Lion, 2*',(yi (L. de la Saussaye, loc, ciY., p. 103). ~ D'Avenio : AOYE, Tête laurée d'Apollon. ^ Sanglier, 2^25 (L.de la Sanssaye, /oc. cit., p. 137). ~ D'Agathe (Agde) : Ar (douteux). Tête de Diane, if. Lion, 2•^27 (L. de la Saussaye, loc. cit., p. 90). — Dea Ségobienf, qui habi- Uient les Alpes Cottiennes : CEfOBI, Tête de Diane, f^ Lion, 2*',75 (L. de la Saussaye, loc. cit., p. 131), 2*',2 {Revue numism., 1842, p. ô).
2è2 CHAPITRE IV.
p. 261, 262 et supra, p. 22A) (1). Le troisième groupe porte une légende latine avec un type souvent emprunté à Fargent romain ; mais, pour le système et le poids, il appartient encore à Massalia. Dans cette dernière série on peut ranger les monnaies des Volces Arécomiques (2) et d'autres peuples ou chefs celtes (3) , en particulier les monnaies des colo-
(1) Cf. sur cfs monnaies notre ouvrage : Nordetruskische Alpkabete, p. 253 et sulY.^ où les légendes sont indiquées. Les types sont : Tête d'Âpollon. ij) Cheyal sautant. ^ Tête d'Apollon, t^ Tôte de cheyal^— Tête d'Apollon. ])j Bouc courant. Dans ie comtat Venaif^fiD, près Jonqulères, entre Orange et Sorgues (département de Vaucluse) , on a trouvé une grande quantité de ces pièces, surtout des deux dernières espèces avec deux pièces de Marseille de la dernière époque; le poids en moyenne donne !l*',Zd (= 45) (Fortia d^rban, Antiquités du dép, de Vaucluse, p. 285).
(3) VOL ou sans légende, Tête d'Apollon, i^ Cheval sautant^ au-dessus duquel il y a souvent une roue; 2*',40, 2(^,35, 2*^30, 9*^,25 (L. de la Saussaye, /. cit., p. 148). —VOL AR. Tôte d'Apollon.^ Roue, 0»*,45 (i6t</.,p. 149).
(3) Outre la médaille portant la légende MASVS et le cheval marin, 2s%28 (=43, Lagoy, Médailles gauloises imitées des deniers consulaires au type des JHoscures^ p. 6 , n» 25), et celle avec AN A, O^'jST (=7, Lagoy, Revue numism., 1847, p. 397), ce sont surtout les pièces avec la tête de Pallas et ie cavalier qui appartiennent à cette série. Elles sont ane imitation des deniers romains au type des Dloscures, et elles portent les légendes suivantes :
a) ROVV — CN.VOL ou VOLVKT, 2^,70 (L. de la Saussaye, Gaule
Narbonnaise, p. 13S, n* 2).
Aussi sans légende 2«%33 (tôid. n» 1), 2»',I8 (=41,
Lagoy, /. cit., n" 7), 2^,15 (= 40 1/2, Lagoy,/. cit.,n'»6),2«',12, (= 40, Lagoy, /. cil., n« l), l«',97 (=37, Lagoy, /. cit., n» 2).
b) ROVV— CAL 2«',I8(=4I, Lagoy, /.ciï.,n«3).
c) BRI-*COMA et quelques variétés. 2«M8 (=41,Lagoy,/.ciï.,n-9,
d) COSSI— CALITIX 2»M2(=40,Ugoy,/.ctï.,n'»2).
e) VIRODV—TVROCA 2«',07 (=39,Lagoy,/.ciï.,n«2l).
n AABILI— EBVRO 2^10 (= 39l/2,Ugoy, /. «Y.,
n» 15), îi',08 (= 39 1/4, Lagoy, l.cit., n- 16).
LA GAULE NARnONNAJSE. 253
nies latines, Nemausus et Gabellio, qui répondent à la pièce d'argent de Massalia (1). Ce troisième groupe reproduit les fractions d'argent dont rémission avait depuis longtemps cessé à Massalia ; ces fractions d'après leurs poids sont des quarts et des moitiés de la pièce massaliote ; ces dernières qui ne se trouvent qu'à Gabellio (Gavaillon) sont très* rares ; toutes diffèrent des anciennes oboles et litrae massaliotes (t. I, p. 161 et 163), Ces pièces coloniales sont les dernières qui aient été frappées en argent d'après le système massaliote; en effet, Nemausus, jusquelà bourg massaliote, ne fut probablement élevé au rang de colonie latine que par Gésar vers l'année 705 (2), et la mon- 4o ar. j.-c. naie de la colonie de Gabellio avec le nom de Lépide a dû être frappée de 710 à 712, pendant que Lépide était gou- ^^rar. j.-c. vemeur des Gaules. Massalia a certainement continué à émettre des pièces du poids du victoriat, même lorsque cette monnaie eut été supprimée à Rome par la loi Glodia sappreision
^^ * de la monnaie
(t. II, p. 101), mais il est probable que cette ville perdit deMaêâaiia. définitivement le droit de battre monnaie après le siège qu'elle eut à soutenir contre Gésar, quand elle eut été prise
g) Légende informe, que l'on croit appartenir auK Allobroges 2«',55 (L. de la Saussaye, Gauie
Narbonnaise, p. 126).
(i) NEMAV, Tête imberbe. :^ Dioscare galopant à cheval, 2«',28 (=43, Hionnet, t. I, p. 77, n"» 186) ; 2k%26 (L. de la SaoBsaye, /. cit,, p. 155); 2*^,23 (=42, Mionnet, p. 77, n» 184); 2,02 (==38, Mionnet, n» 185). — NEM.COL, Tête barbue et casquée.^ Légende dans une couronne de laurier, 0,44 (=63/4, Mus. Brit.); 0,43 (L. de la Saussaye, /. cit., p. 155 et Cabinet de Berlin; = 8, Mionnet, n» 186); 0,41 (= 6, 3, Cat. Pembroke, p. 62); 0«',2C (Cab. de Vienne). — CABE? LEPI {dus). Tête de femme, i^ Corne d'abondance dans une couronne de laurier 4*^,12 (Cab. de Vienne, manque de ce module dans rouvrage de M. de la Saussaye); 0>%55 (= 8 1/2, Mus. Brit.); 0>',49 (=9 1/4, Mionnet.— L. delà Saussaye, /. ciï., p. 142).
(2) Voy, notre HisL Rom., t. ïll, p. 533, note; tr. fr. t, VIII, p. 171, note*
en 706 (1) ^ car ses monnaies de cuivre ou d'argent qui ne portent jamais un nom d'empereur romain ne peuvent pas
uonnaie co'.oniaic dosceudre jusqu'à Tépoquo de l'Empire. Nemausus semble de Nemausas. donc avoir hérité aussi de ce privilège enlevé à Massalia, et c'est dans cette ville qu'ont été frappées à la dernière époque les monnaies d'argent des colonies latines et des tribus celtes qui en avaient conservé le droit; ces dernières pièces sont en eflfet toutes plus légères que celles de Massalia, dont les monnaies proprement dites manquent complètement dans les trésors les plus récents (2) .
Ce dernier monnayage d'argent n'a duré nulle part très-longtemps ; les pièces les plus récentes sont tout au plus contemporaines d'Auguste; il est vraisemblable qu'en même temps qu'on fermait l'atelier, on démonétisait les pièces qui en étaient sorties, à l'exception ^eut^être de lu pièce principale qui fut probablement assimilée au quinaire.
Nous avons peu de chose à dire sur la monnaie de cuivre ; celle de Massalia se trouvait en trop grande quan-
caiTremuMiiote. tité dans le territoire de cette ville, pour n'être considérée
Darde
de ceR dernières
pièces.
(1) Dio Gass. (XM.2S : (Caesar) èxcCvcov xdm (Akv xi xe 6icXa xa\ Tdu; vaû< xd TC X9'^W^^ àf £(XeTO, QTcepov 5è xa\ Tât Xoiicà icdvra icXf)v xoù ttjç èXcu6ep(sc dv<<liaToç.— Flonis, II, 13 : omnia ablata jjraeter iibertatem. — Oros. VI, 15: MassUiam vita iantum €t libertate concessa ceteris rébus abrasiCj. — Cf. gur la liberté laissée à la ville, Strab. IV, 1,5.
(2) Ud trésor, trouvé dans le yoisinage de Lyon et qui contenait environ 800 de ces drachmes, a fourni des monnaies portant pour la plupart la légende BRI — COMA, quelques-unes avec le cheval marin et ROVV — CN. VOL. ou CAL, toutes d'un poids très léger. Ensuite un autre trésor qui était plus ancien, et qui fut trouvé près de Saint-Remi, contenait, parmi 500 pièces environ, surtout des monnaies de Marseille, quelquesunes avec la tête de Pallas et le cavalier, sans légende, un denier consu* laire et 15 à 20 des imitaUons de Rhoda. (Lagoy, Méd. inéd, de Matsilia, p. 29; Notice sur V attribution de quelques méd , p. i.)
LA GâUL£ narronnaise. 266
que comme une monnaie d appoint (1). Son influence sur soninnaenee le monnayage celtique n'en est que plus naturelle. Les an- ^^ wwqûn ** ciens bronzes qui jusqu'à la conquête de César ont été frappés dans la Gaule celtique, semblent avoir été copiés sur les pièces de Massalia au type du taureau cornupète, et appartenir au système monétaire des pièces d'argent massaliotes de style barbare; la plupart sont de potin, c'est-à-dire d'un métal composé de 5/6 de cuivre avec 1/6 d'étain; on peut donc leur assigner une époque antérieure à la conquête romaine sans cependant les faire remonter très-haut. L'influence de Massalia se fait également sentir etsurceiiea dans le monnayage de cuivre de la Gaule Narbonnaise. NarbÔnnVue.
On peut dire avec certitude que la monnaie de cuivre Rappoit da bronze qui circulait dans le territoire massaliote pouvait s'adapter a""c*raî. facilement au système des as romains, puisque la pièce d'argent valait trois sesterces; plus tard, et en particulier dans les colonies romaines de Nemausus, Gabellio, Yieuna, Ruscino, on copia exactementla monnaie romaine; les monnaies de Nemausus sont les seules que l'on rencontre souvent; les plus anciennes ont encore été frappées à la même époque que la monnaie d'argent et portent les signes du semis et du quadrans (1) ; les as manquent. Les plus récentes por-
(1) Dans la banlieue de Marseille on a trouvé dans un pot 400 pièces de cuivre de Massalia avec la tête d'Apollon. ^ Taureau cornupète; une pièce de cuivre phénico-sicilienne (Mionnet^ Suppl., (. I, p. 417, n" 394, 395} et deux triens romains sans noms de magistrats (Lagoy, Revue num,y 1849 p. 323). — Prés de Saint-Marcel^ aussi dans la banlieue de Marâeille, on a trouvé environ 300 monnaies aux mêmes types {Revue num. belge, troisième série, t. I, p. 318). — Cf. L. de la Saussaye, Gaule Narbonnaise, p. 83.
(2) L. de la Saussaye, /. cit., p. 156, 165, pi. XIX, n» 6 et 7. On y voit les marques S et Q; la dernière ne doit pas paraître trop singulière pour une monnaie qui n'est pas italienne. Les trois globules d'une pièce de date assex récente de Gabellio (L. do la Saussaye, /. cit., pi. XVII, n» O^cf. p. 146} peuvent à peine être regardés comme des signes destinés à indiquer la valeur.
256 GHAPITfiE IV.
lent des noms d'empereurs, et, comme toutes les monnaies de cette époque, leur valeur n'y est pas indiquée-, ce sont peut-être des as (1) ; ce qu'il y a de curieux, c'est qu'on trouve souvent ces pièces coupées en deux : on pourrait presque croire que Nemausus n'ayant pas le droit de frapper les semis éludait cette prohibition, en frappant des monnaies dont le type pouvait facilement se partager en
Sa dorée. jeux (2); le monnayage du cuivre a duré un peu plus longtemps dans cette province que celui de l'argent, mais ce temps a été fort court. Les monnaies coloniales les plus récentes ne semblent pas postérieures au règne d'Au-
2? av. j. c. guste ; même le titre d'Auguste, qui lui fut accordé Tan 727, ne se trouve sur aucune des monnaies de Nîmes et de Vienne (S). Les monnaies les plus récentes de cette pro-
(1) Le métal employé pour la fabrication de ces pièces de cuivre de Nîmes oflf^e le même alliage que celui des monnaies de la République et non celui des monnaies de TEmpire, ce qu'ont démontré deux analyses de Phillips (t. I, p. 204), desquelles la dernière 8e*rapporte d'une manière certaine à un type très-connu de Nimes :
Ciiiyre. Étûn. Plomb. Fer. Sonfre.
Jules César et Auguste, de
Tan 42 avant J.-C; poids
22«M6(=342) 79,13 8,00 12,80 traces. traces.
COL NEM. Deux têtes.
ij) Crocodile; poids I5«%i2
(= 238) 78,45 12,96 8,62 traces. traces.
Une pièce de cuivre de Massalia avec le taureau cornupète, qui pèse It^'^SO donne 78«%09 de cuivre, 16*',5de zinc, 2«',8 d'étain, f«',2 de plomb, OB',6 d'argent (Revue num, belge, troisième série, 1. 1, p. 319).
(2) L. de la Saussaye, Gaule Narbonnaise, p. 175.
(3) L. de la Saussaye, /. cit., p. 196 et 197. 11 est vrai que Ton trouve P. P. sur des monnaies de Nimes avec la légende IMP.DIVI*F. et les têtes
isar. J.-& d'Octave et d'Agrippa; mais, comme Agrippa mourut en 742, le titre de parens patriae doit avoir été donné à Auguste ici, comme ailleurs, déjà
s &T. j.-c. avant qu'il l'eût reçu officiellement par le Sénat en 752. Cf. L. de la Saussaye, /. cit., p. 170.
L'AQUITAmE, LA GAULE LYONNAISE, ETC. 257
vince sont celles des Rusciniens (Rdussillon) avec la légende IMP. CAESAR AVGVSTVS, frappées au plus tôt en 727 (1) et celles de Gabellio avec IMP . CAESAR AV- GVSTVS COS. XI, frappées au plus tôt en 73i ; ce sont probablement les dernières monnaies municipales ou coloniales de cette province. On trouve souvent des pièces de Nemausus portant une contre-marque sur laquelle on lit IMP- ou AVG. (2), destinée probablement à donner après coup à ces pièces le cours et la valeur de la monnaie de l'Empire; de là vient probablement que les bronzes de Nemausus se trouvent beaucoup plus souvent que les autres monnaies coloniales, en dehors du territoire de la ville (3).
27 ar. J.-C.
28 av. J.-C.