L ASIE
la monnaie d'or ni aux dynastes qui gouvernaient leurs États sous sa suzeraineté, ni aux villes auxquelles il laissa une ombre d'indépendance sous son autorité; c'est ce qui eut lieu spécialement lors de la transformation de l'Asie en province romaine. L'exception que présentent les monnaies de Mithridate Eupator ne fait que confirmer la règle ; car la date et le nom de la ville qu'on y lit prouvent qu'elles furent frappées, lorsque ce prince était en guerre avec Rome et régnait dans l'Asie Mineure.
Pour ce qui est de la monnaie d'argent, nous avons déjà vu (t. I, p. (13-64) que l'émission des cistophores coïncide avec la constitution de l'Asie en province romaine; nous avons vu également que ces pièces, dont le poids varie de 12«',à0 à 12«',64 furent évaluées d'abord à 3 deniers, puis à 2 1/2 ; les dates qui y sont marquées se rapportent à l'ère de la province ; sur les cistophores d'Éphèse , elles remontent jusqu'à la première année de cette ère, qui commence à l'automne de l'an 620 de Rome et finit à l'automne de 621 (Ij. Toutes ces pièces sont d'un style relativement récent ; eUes indiquent une réorganisation complète du système monétaire qui ne peut se rattacher à aucun autre événement qu'à la constitution de la province romaine. On
Or de Mithridate.
Argent ; les cistophores.
194 et 133 ar. J.-C.
(1) On connait deax cistophores sur lesquels C. Panolus prend le titre de préteur; ces pièces auraient donc été frappées toutes deux en 705 (t. Il, p. 60, *^ »^ J'-Cnote 4) ; elles portent les chiffres des années FTE (85) et TTC (86). Ainsi le commencement de Tan 86 de celte ère tombait à l'automne de l'an 705 de la fondation de Rome; la première année à l'aulomne de 620 ; le dernier Attale 184 av. J.-C. mourut entre l'automne de 619 et l'automne de 621, que l'année de sa mort iss et 138 a?.J.c. soit comptée ou non comme la première de la province romaine. Borghest (Buil. arch. Nap., N. S. t. V, p. 145) regarde Fannius,(t. JJ, p. 60, note 4) comme proconsul ; mais c'est une erreur, et il fait durer son administration à peu piès du printemps de 706 jusque vers l'automne de 706; le résultat, ^^ ^^ ^^^^ ^ ^ du reste, est le môme.
Les cistophores
remplacent
les anciennes
monnaies.
58aT. J.-C.
Ateliers oh Ton fabriquait les clstopbores.
48 av. J.C.
ne peut croire d'ailleurs que les Attales eussent permis aux villes une émission de monnaies aussi fortement établie et aussi abondante (1).
Ainsi la province d* Asie hérita des droits monétaires des Attales et fit frapper les cistophores. Ce n'est sans doute pas sans une raison particulière que Ton a omis dans la légende le nom de l'autorité qui faisait frapper ces pièces, et que l'on a évité même de la désigner par un emblème spécial, tandis que les tétradrachmes de la Macédoine, réduite la première en province, conservaient le nom du pays avec le type de la massue. Les noms des gouverneurs romains ne se lisent sur les cistophores qu'à partir de l'an 696, mais depuis lors ils y paraissent constamment.
Les ateliers monétaires furent établis principalement et peut-être exclusivement dans les chefs-lieux des districts de la province, en particulier à Pergame, Éphèse, Tralles, Apamée et Laodicée ; jusqu'à la fin de la République le nom et l'emblème de la ville se trouvent sur les pièces à côté du nom des magistrats. Sous le gouvernement de Métellus Scipion , en 706, le nom du magistrat municipal disparaît ainsi que l'ancien emblème, et, sous Marc-Antoine, le monogramme de la ville disparaît aussi. A partir de ce moment, les cistophores paraissent tout simplement des monnaies impériales, et Ton ne peut guère connaître qu' approximativement et d'après le type l'atelier qui les a émis ; souvent même il est impossible de le déterminer d'une manière certaine.
A la province d'Asie appartiennent certainement les
(1) Pinder, Cistoph., p. 552. Qaant aux renseignements contradictoires sur les Irfomphesi qui feraient remonter le cistophore nn vi« siècle, «oy. in/ya, p. 800, note.
l'asie. 303
monnaies sur lesquelles, à côté du temple, on lit les mots COM. ASI {Commune Asiae) (1), ainsi que les pièces qui ont pour type la statue de la Diane d'Éphëse (2), celle qui porte exceptionnellement F indication du lieu où elle a été fabriquée , SARD. (3) et probablement un grand nombre de pièces qui sont encore incertaines. Mais il ne faut pas croire que tous les cistophores impériaux aient été exclusivement frappés dans la province d'Asie; cette monnaie fut émise (surtout un peu plus tard) dans la Bithynie, la Pamphylie, la Galatie et peut-être aussi dans quelques pays voisins. De nouvelles études sont encore nécessaires pour distribuer entre les différents ateliers qui les ont produites, toutes les monnaies impériales de cette espèce. La légende est ordinairement écrite en latin, mais il y a des exceptions (à) ; le poids se maintint assez longtemps; sous Hadrien, il était encore de 10 à
(1) Pinder^/. cit., u"* 16 (des années 735-736), 17, 34, 41.
(2) Plnder, /. ciL, p. 617.
(3) Du temps d*Hadrien. Pinder, /. cit., n° 77.
(4) L'opinion que nous avons émise {Ferfall des rôm. Mûnzwesens in der Kaiserzeit, p. 194 et 205) relativement aux médaillons impériaux d'argent que nous regardons comme la continuation du monnayage des cistophores^ a été largement développée et approuvée par M. Pinder dans rexceliente dissertation dont nous avons souvent fait mention. Les cistophores impériaux avec des légendes latines se trouvent classés dans ce travail d'une manière très-exacte; il existe aussi des médaillons d'argent avec des légendes grecques^ qui appartiennent au même système. Ainsi, par exemple^ nous pouvons citer cinq de ces médaillons à l'efflglc de Trsgan avec une légende grecque dans le Catalogue Thomas, p. 340^ 341. Ces médaillons appartiennent sans aucun doute au système des cistophores, aussi bien à cause de leur poids, qui est entre 10<',37 (=160) et 10«%02 (=154,7), qu'à cause des revers en parUe bien connus (six épis, trois étendards, temple à deux colonnes, busle d'un roi oriental avec la tiare). Cf. infro, p. 311, note t et p. 315, note 2.