CHAPITRE IV
RAPPORTS DE LA MONNAIE DU SYSTÈME 1.1 BR AL AVEC LA MONNAIE D’ARGENT ET DIVERS SYSTÈMES DE DIVISION ET DE CALCULS ADOPTÉS DANS L'ITALIE CENTRALE. -MONNAIES D'OR ET D'ARGENT FRAPPÉES EN CAMPANIE POUR LE COMPTE DES ROMAINS. — TRANSITION A UN NOUVEAU SYSTÈME MONÉTAIRE.
Du système décimal adopté en Italie pour les calculs en argent. — Diverses méthodes de calculs et chiffres communs à Rome et à la Grande Grèce. — Valeur proportionnelle de l’argent et du cuivre.
I! est fort possible que pendant un certain temps les monnaies de cuivre aient été les seules espèces ayant une valeur légale dans le Latium, le Picenum et le nord de l’Apulie; il n’en est pas moins vrai cependant que, même de très-bonne heure, l’or et surtout l’argent monnayés des pays voisins ont dû y pénétrer par le commerce; et que, tandis qu’en Sicile et dans une partie de la Grande Grèce le bronze italique était accepté au poids dans les payements concurremment avec les monnaies nationales d’argent, par réciprocité, celles-ci ont dû être également reçues dans les pays du Nord. Par conséquent, la hlra (c’est-à-dire le poids d'argent représentant légalement un certain poids de cuivre), a dû nécessairement être connue sinon partout, du moins sur les frontières des pays où les deux systèmes étaient en usage, avec cette différence que
Echange du cuivre contre de» métaux précieux.
cn.\riTr.E iv.
chez les uns c’était le cuivre, et chez les autres l’argent qui servait de base aux calculs, et que le monnayage a été uniquement en cuivre chez les premiers, et uniquement en argent chez les seconds, pendant un temps plus ou moins long.
11 est probable que la proportion légale existant en Sicile entre la valeur de l’argent et celle du cuivre 1 = 250, était également admise dans le Latium (1) et dans les pays où la monnaie de cuivre était la monnaie légale : de même l'ancienne proportion de l’or et de l’argent 1 = 10 a dû être également admisè en Italie comme le minimum de la valeur de l’or, surtout de l’or monnayé, ht dans le fait, tout en considérant comme peu fondés les récits des auteurs (2),
(I; Nous terrons plus tard que vers la fin de l’empire romain, la pro|K>rlion entre la valeur de l'argent non monnayé et celle du cuivre nou monnayé était de 1 : 120.
(2) Quand Fabius (Tit.-l.iv., 1, 53, et 55 évaluait la totalité du butin enlève à Suessa Pometiu (et non le dixième de ce butin) à 40 talents d’argent, c’était sans doute pour exprimer d’une manière intelligible pour ses lecteurs grecs la somme d’un million de sesterces ou d’as du système libral (exactement il talents 2/3); quaml ensuite Pi son (Tit.-Liv., tue. cil. — Plutareh., Pobtic 15) estime ce même butin à 40,000 livres pesant d’argent, et que l)eny s d’Ilalirarnasse (IV, 50) estime 5 400 talents, non pas le butin entier, mais seulement le dixième de ce butin ; nous ne devons y voir qu’une preuve de plus de la manière dont les annalistes des bas temps ont défiguré Ips récits de leurs devanciers et combien Ils les ont exagérés. — Niebuhr ( Hist. rom., t, p. 500) et M. Rrcckh (Jlafr. Vnters p. 43C) donnent à ces récits plus d'importance que nous ne leur eu accordons et qu’ils n’en méritent. Nous pensons qu’il faut en donner davantage aux expressions de Varron (De vitn pnputi romani, III, ap. Non., p. 520): «Nom lateret nrgentei nique aurei primunt coufUiti nique in nerarium conditi. • Os mots semblent se rapporter A l'histoire de la monnaie chez les Romains, et indiquent clairement que l’on avait à Rome des lingots avant d'avoir des monnaies. Feslus (*ub. verb., Pondu, p. 240, ed. Muller; exprime les valeur- en livres d'argent pour l'époque qui u précédé la pre-
VALElll l)F. I.'aRCCNT.
qui parlent d'une circulation de lingots d'argent à Itouie aux temps primitifs, nous devons admettre que l'argent avait une valeur légale reconnue, à une époque assez reculée, dans les pays qui suivaient le système de X ars grave, et sans doute bien avant que le monnayage d'argent n’y' fût introduit d'une manière régulière. Nous eu avons une preuve évidente dans le récit du triomphe de l’année 461, qui relate non-seulement le poids du cuivre, mais aussi celui de l'argent qui y fut porté (1) ; mais la preuve la plus irrécusable sc trouve dans les locutions et dans le mode de calculs adoptés de tout temps par les Romains, et qui ne peuvent s’expliquer que par une ancienne habitude de compter l’argent au poids. Nous devons en conclure que les espèces en argent ne leur étaient pas tout it fait inconnues, et étaient employées (quoique en plus petite quantité peut-être) concurremment avec les espèces de cuivre.
Il est surtout important de faire remarquer que l’exprestion usitée en Sicile et à Tarente pour désigner l’unité de compte, la pièce d'argent ordinaire, le vdjio;, avait revêtu depuis longtemps la forme latine nuinmtu. Malheureusement, nous ne trouvons dans aucun des anciens auteurs la signification technique que les Latins donnaient originairement à ce mot, et Vai ron se contente de dire qu’il a été emprunté à la Sicile (2). Nous savons seulement que plus
m 1ère émission de la monnaie d'argent. — O qui est dit de l’emploi à Home des espèces étrangères d’or et d’argent a etc intercalé dans ce passage par les Suppléments de Fuivtus Ursinu*.
(I) Tit.-Liv., X, 40.
(2j Varro (De ! niqua latina , V, 17;i) : « In argen/o nuntmi; id ab Siculii . *• — Poilus ( IX, *Î9) : «6 vojpuo; fox si jxkv dvi; Pwaaîfov, ToOvopi, toô
Circulation de l’argent dans les pays do l’ac»
grave.
ciwpirnE iv.
tard le mot nu minus désigne en général toutes les espèces monétaires d'or ou d’argent, et jamais celles de cuivre, et quelle s’applique plus spécialement au sesterce appelé uummus sestertius, ou tout simplement nummus (1). Cette dernière acception ne peut cependant pas être plus ancienne que le sesterce d'argent lui-même, et par conséquent 26- .r. j.-c. elle ne remonte pas au de là de l'an â87, époque à laquelle l’as libral fut supprimé. Mais comme le mot nummus luimême est évidemment plus ancien et comme on ne peut pas admettre que jusqu'à ce moment il ne s’appliquait aux monnaies d’argent que dans un sens général, il faut croire que la signification technique est perdue. Le nom a été probablement importé en même temps que ce qu’il indique, et doit avoir la même valeur que les mots : libella
voubuîtTo; , tret ot É a\t4vix&v xxl twv èv iTXAfc xs\ Sixekf* Aiopitwv. *• — Feslus, verb. nummus ( p. 173). — Bœckh, loc. ci?., p. 310.
(I) M. Bœckh ( loc . cit , p. 468) émet un doule sur l’ancienneté de cette expression. Mais elle semble avoir été tellement usitée et si complètement identifiée à la langue latine dès le temps de Caton, qu'il nous parait impossible qu’elle ne date que du vu* siècle de Rome. — Les poètes comiques se servent du mot nummus tantôt pour exprimer une obole grecque (Plaut., Mosleilaria, II, 1, 10 .tantôt dans le sens de statèie (Plaut., Trucul Il, 7, 11, et Rudens, Y, 2, 40), tantôt meme pour désigner une monnaie d’or, ce qui prouve seulement ,que ces poètes, ne sachant quel nom donner en latin aux monnaies grecques, se servaient d’une expression parfaitement connue de leurs lecteurs, et qui de plu* avait l’avantage d’avoir servi aux (irecs eux-mêmes pour désiguer diverses espèces de monnaies.
Dans l’inscription relative au triomphe de Duilius, en 494, qui probablement ne date que de l’époque impériale et a été rédigée d’après le récit des annalistes, il est fait mention séparément des iramei d'or et d'argent et ensuite de IVift; malheureusement, une larunc qui se trouve dans le texte nous laisse ignorer si l’expression sestertii était ou n’etait pas ajoutée au mot numri .
YAl.El'R 11F. l’argent. 23S>
aryen! i, ou Àfrp* ip^upteu (1) , c'est-à-dire exprimer la quantité d’argent correspondant à une livre sicilienne ou italique de cuivre; or cette valeur se rapproche tellement du sesterce, qu’il est tout naturel que le nom de numtnus ait été dans la suite appliqué à ce dernier.
1.’ examen des anciennes formes du calcul chez les Romains nous donnera des résultats encore plus importants. Nous avons vu précédemment comment une première méthode se basait sur la monnaie de cuivre et avait l'as et l'once pour point de départ; nous examinerons à présent la seconde méthode, qui se basait sur l’argent, en prenant pour point ded épart tantôt le denier et tantôt le sesterce comme unité. Ce système a cela de particulier, qu’il n’existait qu'un nombre très-restreint de dénominations et de chiffres pour exprimer les fractions principales; nous allons les exposer :
l* Division du denier .
Semis S = 24/4R = 1/3 denier.
l' ricin — = 4 48 = t/12 ht.
Semuncia. ï ~ 2/48 = 1 24 Ut.
Slcilieus 3 = 1/48 » Ut.
Ce qui fait que par la formule ÏO (—2/48 +1/48=1/1 fi de denier) on exprimait la valeur de l’as; mais il n'v avait plus ni dénomination ni chiffre au-dessous, de sorte que l'on ne pouvait pas exprimer en fractions de deniers la valeur du semis (1/32 de denier) ni celle du quadrans (l/(>4 de denier).
(I) Plaut., Captû i. 917, et Pseudotus, 629.
Double mentt-re de compter cher le» Komains.