‹ Histoire de la monnaie romaine (volume 4)Chapitre 125 sur 255 · COMPTES EN ARGENT · texte numérisé non relu

COMPTES EN ARGENT

employées tant que le denier a été divisé par dixièmes, tandis que nous savons positivement que la libella et par conséquent la sembella étaient fort anciennement employées comme fractions du denier. Il est clair aussi que le mot semis, employé dès le temps le plus ancien, est de beaucoup antérieur à l'expression quinque libellât, qui est fort récente; il n’y a que les mots siciliens et teruncius qui semblent être aussi anciens l'un que l’autre et avoir été toujours employés concurremment. 11 résulte de ce3 considérations sur les deux séries de fractions qu’il n’en existait originairement qu’une seule, et ce qui le prouve encore, c'est que, des deux unités auxquelles se rapportent les signes fractionnaires, le denier est, comme unité de compte, beaucoup plus récent que le sesterce, et que pendant toute la durée de la république celui-ci a seul été employé dans tous les calculs officiels et spéciaux. La forme originaire du calcul romain en argent est donc la suivante :

Semis

1/2 du

numraus.

Libella

id.

Sembella,

Id.

Teruncius ou sicilicus. . .

Id.

Ce tableau présente, avec le système de la litra sicilienne, une ressemblance frappante : l'unité est nommée dans l’un et dans l’autre vô| ju« ou num i.us; du temps d'Aristote, le vijio; de Syracuse valait dix Àtxpn de cuivre; vingt f.^uXixpa; quarante -slîc yiXxoj (1). Le t ni minus romain vaut dix libellae, vingt sembellae et quarante teruncii. Les noms romains et les signes représentatifs ou chiffres sont, il est vrai, empruntés en partie au système des as, mais tout ce qui

(I) Voy, noire Introduction historique, ch. Il, p. 102 et (uivanlet.

ciiaitiri: iv.

est étranger à ce système vient évidemment de la Grèce. Le signe de la moitié est une simple copie de l’ancien signe ; ceux du dixième et du vingtième de nummus imitent ceux du douzième et du vingt-quatrième de l’as; mais les noms de libella, srmbeUa et leruticius sont une traduction des mots Mtpj, ^luXIiptov, xptï; yiXjto'i ; seulement on a employé le diminutif pour les deux premiers noms, apparemment, pour distinguer la petite livre sicilienne de cuivre de la livre italique, qui est beaucoup plus forte. Le nom de fieilicus donné au quadrans sicilien pour le distinguer du lourd quadrans italique est une preuve de pins de ce que nous disons ici; enfin il n’est pas jusqu'au chiffre ou signe exprimant le quarantième O qui ne soit hellénique; les Grecs s'en servaient pour indiquer la moitié, et il était d’autant plus propre à désigner le sicilirus, que celui-ci est la moitié de la fraction précédente. Cette coïncidence est si frappante, qu’il ne peut plus rester de doutes sur l’origine du calcul en argent chez les Romains, et que nous n’hésitons pas à considérer comme erronée l’opinion de Vairon sur la libella , qu’il considère comme une petite monnaie d’argent valant une livre de cuivre (1).

(I) Varro (V, 17 l) : •« Sunnni denarii decuma libella , g uod librtim feondo as valebat et erat es argenta /su va. » On peut bien sans «loute se figurer comme possibles des pièces d'argent valant une livre pesant de cuivre, libellae argent i, et leur existence n'a rien de contradictoire; mais il est impossible de démontrer qu’elles nient jamais réellement existé, et la libella que l’on voit figurer dans les comptes romains est bien plutôt une libella aeris: cette supposition est d’autant plus probable, que dans la plus ancienne acception du mol, elle répond à 1/10 du nummus et non à 1/10 du denier. Quoi qu’il en soit, 11 est certain que jamais à Rome il n’n été frappé de monnaies d'argent ou de ctuVre répondant à cette, valeur : et Vairon a été probablement Induit cii erreur par la signification du mot libella (petite livre), et son emploi exclusivement réservé aux comptes en argent.

COMPTES EN ABCENT.

Au reste, pour bien apprécier l'enseignement que nous pouvons tirer de ce rapprochement, il faut avant tout remarquer que le calcul sicilien, copié par les Romains, représente la situation existant du temps d’Aristote, et nullement celle des temps plus anciens. La dépréciation des monnaies par laquelle le nuinmus sicilien se trouva réduit à dix litrae (ci-dessus p. 1 13) de cuivre ne peut pas remonter plus haut que l’an 400 de Rome. 11 est donc probable que --i j. c. les relations commerciales entre Rome et la Sicile étaient dès cette époque tellement fréquentes et si importantes, que tes changements introduits dans la monnaie sicilienne exerçèrent une influence même sur le système de calcul usité dans le Latium pour l’argent, et que, lorsque Uenys et ses successeurs, à cêté du nuinmus valant une livre de cuivre, firent frapper une monnaie du même nom, mais réduite pour le poids au dixième de sa valeur, cette nouvelle pièce, sous le nom de libella, passa aussi dans la langue latine, et devint une expression habituelle des comptes en argent.

En dernière analyse, il résulte de tout ce qui précède que nous sommes parfaitement autorisés à admettre pour lu Latium, le rapport de l’argent au cuivre 1 = 250, rapport qui existait en Sicile, comme nous l’avons prouvé.

Influence de Purgent sur lu monnaie do cuivre ot rici ter*». — Duns le Lntiam, l'as a la valeur du scrupule d'argent, et dans l'Italie méridionale, le nnmmus u celle du dextans.

La monnaie de cuivre du système libral de l’Italie centrale avait, comme nous venons de le voir, une valeur proportionnée «à celle de l’argent monnayé de la Grande Grèce et de la Sicile, nous devons donc, nécessairement, trouvée

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