‹ Histoire de la monnaie romaine (volume 4)Chapitre 6 sur 255 · X XX · texte numérisé non relu

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pécs à Rome pendant les deux derniers siècles de la république et nous ferons remarquer la diminution progressive de l’activité monétaire des autres États de l’Italie réduits de fait à être les sujets de Rome. Nous donnerons comme corollaire dans le sixième chapitre (1) un tableau chronologique de toutes les pièces frappées au nom de la république romaine depuis l’introduction du denier d’argent et la réduction de l’as jusqu’au commencement des guerres civiles de César, c’est-à-dire de l’an 486 à l’an 704 de Rome (268-50 avant J.-C.).

Ce tableau no devrait pas entrer dans le cadre d’une histoire de la monnaie, dans la stricte acception du mot; mais nous avons dû faire ce travail, lorsque nous nous sommes occupé do classer les inscriptions de la république , et eu l'insérant ici nous avons pu combler une lacune et satisfaire en même temps un désir depuis longtemps exprimé par tous ceux qui étudient l’histoire romaine. Comment, en effet, utiliser la numismatique au prolit de la science si les monnaies ne sont pas classées dans un ordre chronologique à peu pies exact? Nos lecteurs ne savent que trop combien la classification alphabétique adoptée par Eckhel pour les monnaies de la république (dites de familles ou consulaires) laisse à désirer au point de vue de l’histoire, et combien les ouvrages plus récents, dressés sous la forme de catalogues,

(1) La matière des chapitres IV, V, VI de l'auteur a été réunie dans le second volume de celte traduction. R.

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sont encore loin d’être satisfaisants. Parmi ces derniers, celui de M. Riccio (1843) n’est plus consulté qu’à défaut d’un manuel moins incomplet; celui de M. Cohen (1857) est au-dessus de tout éloge par son exactitude numismatique et dous devons reconnaître les efforts de l’auteur pour le rendre aussi complet que possible; mais les éclaircissements historiques qui accompagnent les descriptions, sont en grande partie calqués sur ceux que fournit Eckhel et sans pénétrer au fond du sujet donnent seulement quelques notions sommaires sur l’époque de l’émission de chaque pièce et sur le magistrat qui les a fait frapper. Ce n’est que dans ces derniers temps qu’une classification vraiment historique a pu être ébauchée grâce à des compterendus exacts sur les monnaies contenues dans divers dépôts. Nous citerons parmi les travaux de ce genre, la description de la trouvaille dcCadriano (1820), que nous devons à Schiassi , et celle du dépôt de Fiesole, publiée par Zannoni (1830). Dans ses Décades (ouvrage quia paru de 1821 à 1840, et qui fait époque pour nos études), le comte Borghesi a montré tout le parti que l’on pouvait tirer de semblables découvertes pour éclaircir un grand nombre de faits isolés (1), et M. l’abbé Celestino Cavedoni a rendu à la science un service signalé en publiant le premier un travail complet (2) sur l’ensemble des trouvailles de ce genre. Aucun des trésors découverts jusqu’ici n’a été enfoui

(1) Œuvres complètes, 1. 1 et II. Paris, 1863 et 1 864.

(8) Ragguaglio tlorico archeologico di precipui ripostigli an-

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avant Sylla; le résultat de ces trouvailles est donc d’abord d’établir une distincliou bien tranchée entre les monnaies qui sont autérieures à Sylla et celles qui sont d’une date plus récente, et en même temps de donner une classification chronologique satisfaisante des pièces appartenant à celte dernière catégorie.

Ces travaux ont servi de base à ceux auxquels nous nous sommes livré nous-mème pour arriver à dresser notre tableau. Nous y avons joint un examen approfondi de tout ce qui peut contribuer à fixer des dates. Ainsi l’affaiblissement successif du pied monétaire des pièces de cuivre nous a nécessairement guidé pour le classement des deniers correspondants ; la fabrique, les changements souvent peu sensibles dans la' forme des lettres et dans les types, ont été pour nous autant d’indices chronologiques importants; enfin, nous avons trouvé de précieux documents dans les données historiques proprement dites, telles que les noms des monétaires et les types. Un seul de ces renseignements ne suffit pas pour assigner à une monnaie la place chronologique qui lui appartient, mais il faut les consulter tous pour arriver à un résultat satisfaisant.

La confrontation de ces divers moyens do critique n’avait pas encore été tentée. En effet les précieux

lichi di medaglie consolari e di famiglie romane d'argenlo pel rùcontro de’ quali viensi a definire o limilare l'elà d'altronde incerta di moite di quelle, e che pub servire anche di repertorio dette medaglie medesime. Modena, 1854,

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travaux de Borghesi manquent d’unité, par suite de la nature même de leur forme; quelque certaines que soient les conclusions du maître , quelque infaillible que soit sa main pour classer à son rang tout ce qu'il touche, les Décades ne peuvent pas cependant remplacer un travail d’ensemble. Dans l’ouvrage que nous avons signalé, M. Cavedoni néglige trop souvent de rapprocher des deniers, les monnaies do cuivre correspondantes, et ne tient pas assez compte de l’enseignement chronologique que l’on peut tirer de la forme des lettres ; souvent aussi sa critique historique n’est pas assez sévère, surtout pour les pièces antérieures au temps de Svlla. En général, on peut lui reprocher de fixer les dates d’une manière trop absolue eu égard à la nature des documents que nous possédons, de sorte qu’il ne distingue pas toujours assez ce qui peut être considéré comme certain de ce qui est probable, ou seulement possible. En un mot cet ouvrage est important par le grand nombre de faits et de renseignements pleins d’érudition et de finesse qu’il renferme, il est surtout précieux et mérite la reconnaissance des savants, parce que c’est le premier dans lequel on ait essayé de rompre avec la routine et de remplacer l’ancien et illogique ordre alphabétique par une méthode véritablement historique; mais il est insuffisant pour indiquer la route à suivre à travers le dédale de la chronologie des monnaies consulaires. Le tableau que nous donnons comblera jusqu’à un certain point cette lacune et paraîtra suffisant jusqu’à ce que de nouvelles découvertes, qui sans doute ne se feront pas al-

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tendre (1), viennent confirmer notre système en complétant ses résultats ou le renverser entièrement.

Notre septième chapitre traite de la monnaie des provinces romaines, sujet jusqu'ici tout à fait négligé et qui n’a jamais été exposé dans son ensemble. Nous chercherons à déterminer quelles étaient, sous la république et sous les empereurs, les dispositions légales qui régissaient cette branche de l'administration, et nous examinerons en même temps les diverses monnaies adoptées dans les différents pays; nous rattacherons à cet examen les aperçus généraux que nous avons donnés dans le premier chapitre sur les monnaies gréco asiatiques qui les avaient précédées dans les mêmes contrées.

Enfin, nous consacrons notre dernier chapitre aux monnaies impériales (2). La chronologie de celle série est si bien établie, qu’il n’y a rien à y changer, et que l’admirable livre d’Eckhel conserve toute sa valeur et suffit amplement aux besoins actuels de la science; mais on chercherait vainement dans cet ouvrage un

(1) Les prévisions de l’auteur n’ont pas tardé à être réalisées.

On verra ci-après, dans la lettre qu'il adresse au traducteur, tous les progrès que lui-même a fait faire à la science depuis que son livre a paru en allemand. (Berlin, 1860.) B.

(2) J'ai cru qu’il était préférable de ne pas scinder l’histoire

de la monnaie romaine. On trouvera donc les chapitres qui traitent de la monnaie impériale immédiatement après ceux qui traitent des pièces de la république; avec l'autorisation de l’auteur, j'ai réuni à la fin de l’ouvrage ce qui est relatif aux monnaies coloniales et provinciales et h leur législation particulière. B.

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tableau de la décadence progressive de la monnaie impériale et un examen sérieux des importantes questions politiques et historiques qui s’y rattachent. Nous avons cherché à combler encore celle lacune.

Le lecteur voudra bien ne pas oublier que notre livre est, pour ainsi dire, le premier qui essaye de suivre pas à pas, et dans le plus grand délai!, l’histoire de la monnaie, de ce résultat si remarquable et en même temps de cet agent si actif de la civilisation antique, durant l’espace de mille ans entre la nuit qui couvre l’origine de Romo et celle qui enveloppe le moyen âge. Il se souviendra que les éléments de cette histoire ne se trouvent écrits nulle part; qu’il a fallu les faire sortir un à un des légendes, du style, des types des monnaies et des circonstances qui ont accompagné leur enfouissement; que vouloir restreindre ces études à un temps déterminé et à un seul pays eût été en rendre le résultat nul ; que nous avons abordé un sujet dont chaque point soulève mille questions ; que les circonstances monétaires d’une époquo dépendent de celles de l’époque précédente et déterminent le plus souvent celles de l’époque suivante, et que par conséquent nous avons dû avoir constamment les yeux fixés sur l’Orient et sur l’Occident et embrasser du même coup d’œil les mouvements du commerce internationaL

Si donc le lecteur ne peut pas toujours suivre facilement l’ensemble de tous les fils qui ont servi à tisser la trame de notre ouvrage, ni discerner au premier coup d’œil ce que nous avons emprunté à la

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métrologie, à la numismatique, à la jurisprudence ou à I’iiisloire, il voudra bien prendre en considération les difficultés que nous avons eu à vaincre et user d’indulgence à notre égard.

Plus souvent que nous ne l'eussions désiré, nous n’avons pu déterminer le poids normal des diverses espèces de monnaies qu’en donnant une série de pesées. Nos recherches, comme toutes celles du même genre, eussent été plus faciles, plus complètes, d’un succès moins douteux, si dans les ouvrages de numismatique on avait toujours eu soin de joindre aux descriptions un certain nombre de pesées et d’analyses destinées à établir le poids et le titre des diverses espèces; malheureusement la plupart des numismatistes ne comprennent pas encore que la valeur intrinsèque des monnaies est aussi importante à constater que le type et la légende, et continuent à abandonner aux métrologues et; aux historiens ce qui devrait être spécialement l’objet de leurs observations.

Il est impossible de donner des règles fixes sur la méthode à suivre pour déterminer d’une manière pratique le poids normal des monnaies; mais il faut avant tout tenir compte de l’irrégularité de la frappe. En général, cependant, on peut établir en principe que le maximum se rapproche plus du poids normal que la moyenne. En effet, pour l’or en particulier, (toutes les fois que le pied monétaire nous est bien connu) , l’expérience prouve qu’il est bien rare de rencontrer des pièces qui dépassent le poids (nous au rons l’occasion de le remarquer lorsque nous étudie-

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rons les monnaies impériales), tandis que, sans même tenir compte du frai, les pièces antiques, même les mieux conservées, sont presque toujours d’un poids un peu faible. Nous ne trouvons d’exceptions à cette règle générale que parmi les monnaies d’or presque barbares du m* siècle de notre ère et des premières années de la période dite Constantinienne ; ces exceptions s’expliquent par l’usage adopté vers ce temps-là de peser les pièces d’or toutes les fois qu’on faisait un payement, ce qui rendait le poids de chaque pièce tout à fait indifférent pour Je résultat définitif.

La même observation s'applique à la monnaie d’argent quoique d’une manière moins marquée. Il arrive de trouver des pièces dont le poids réel dépasse le poids normal, mais le fait est rare, et sauf quelques exceptions isolées on peut regarder le poids le plus fort comme le poids normal ou du moins comme celui qui s’en rapproche le plus; quelquefois cependant pour des raisons tout à fait concluantes il faudra le chercher dans la moyenne. C’est ce qui arrive pour les pièces d’argent de Dioclétien.

Pour la monnaie de cuivre, au contraire, on ne semble en général tenir aucun compte de la valeur métallique, et celte remarque se vérifie de plus en plus à mesure que cette valeur diminue d’importance. Le poids maximum do l’as libral sous la république et celui du sesterce de cuivre à l’époque impériale semblent être le poids légal de chacune de ces espèces, tandis que dans la série onciale c’est la moyenne qui semble s’en rapprocher le plus. On pourrait

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même dire que le poids de la monnaie d’appoint n'était que fort rarement un poids fixé par la loi , mais que le module et l’épaisseur des pièces étaient déterminés, ce qui entraînait nécessairement jusqu’à un certain point la fixation du poids.

Nous avons indiqué les poids d’après le système métrique français généralement adopté aujourd’hui par tous les auteurs qui écrivent sur la numismatique, les Anglais exceptés. Ce système est préférable à l’ancien système des grains; ce dernier poids étant trop faible pour peser le cuivre, on est nécessairement amené à arrondir les chiffres en considérant comme unité entière tout ce qui dépasse la 1/2 et en négligeant tout ce qui est au-dessous.

A l’exemple de M. Bœckh, nous avons calculé la livre romaine (t) sur le pied de 327*', 434 (= 6165 grains de Paris) ; l’once, par conséquent, a 27p,286, et le scrupule a l*r, 1 37. Il est impossible d’arriver à une exactitude strictement mathématique, puisque les renseignements tirés du poids maximum des pièces d’or qui devraient être les plus certains ne sont pas entièrement d’accord entre eux (2). II so peut aussi que le régulateur ( die Norm) ait lui-même éprouvé quelque altération dans lecoursdes siècles; néanmoins la différence est si petite que la proportion choisie

(t) Metrologische Vnlersuchungen, page 165.

(2) Comparez les pesées des pièces d’or romano-campaniennes (Annexe M.). Comparez aussi le poids des pièces d’or frappées pendant la seconde guerre punique, sous César et du temps de Constantin.

PRÉFACE DE l’aüTEUR.

parM. Bœckh, et d’autres métrologues avant lui, peut être considérée comme normale et tout à fait suffisante pour arriver à des résultats pratiques, et que l’on peut rejeter avec une parfaite sécurité toutes les évaluations moins élevées (1).

Nous devons faire remarquer, en terminant, qu’une partie de nos recherches avait été déjà publiée dans différents recueils (2) , mais nous les avons entièrement refondues pour ce nouveau travail. Avant de poser la plume, nous adresserons nos rcmercîments aux savants qui ont bien voulu nous aider dans nos recherches, et en particulier à ceux qui nous ont communiqué des pesées.

Nous citerons entre tous le comte Borghesi, qui a bien voulu nous fournir le poids d’un grand nombre do pièces tirées de sa collection ; M. l’abbé Cavedoni nous a rendu le même service pour les

(1) A en juger par les pièces d'or romano-campanicnncs en particulier (les plus anciennes dont le poids soit réglé en scrupules} il est impossible d estimer la livre romaine à un taux inférieur à celui que nous lui donnons; en effet, les pesées de ces pièces donnent a la pièce de six scrupules le poids minimum de 6‘\82, la livre ne peut donc pas avoir moins de 327p,36.

(2) Ueber dus romisrhc JUiinrwescn. Abhandlungen dcr hist. pbil. Klasse dcr Sâchsischen Ccsellschaft, L 1, p. 221-427.— Ueber den Ver/all des rümischen JUünzwesens in der Kaiserzeit. Recueil de la même société, 1851, p. 179-312. — L'alphabet du nord de l'Étrurie, avec des inscriptions et des médailles. Mitlheilungen der Anliq. Gesellschaft in Zurich, t. Vil, fascicule 8. 1883. Voyez en particulier le chapitre relatif à la numismatique, p. 231-257.

xl PRÉFACE DE L’AUTEUR.

pièces lirées du cabinet de Modène; M. Ch. Gonzalès pour les collections Sant- Angelo et Riccio, à Naples; MM. de Arneth et Kenner, pour le cabinet impérial de Vienne; M. Streber, pour le cabinet de Munich; M. Beek, pour celui de Gotha; M. Posern-Klelt, à Leipzig, pour sa propre collection (1) ; enfin nous devons les mêmes remercîments à notre ami M. Friedlânder, tant pour le cabinet de Berlin que pour sa collection particulière, qui, depuis lors, a été réunie à celle du Musée royal.

Tn. Mommsen.

Berlin, 1" septembre, 18G0.

(i) Le comte Borghcsi, le chevalier de Arnelh et M. Streber ont été successivement enlevés a la science depuis que l'ouvrage de M. Mommsen a paru en allemand; M. Posern-Klett les avait déjà, depuis quelque temps, précédés dans la tombe. B.

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