AU SUJET DE CETTE TRADUCTION
Monsieur le Duc,
Vous voulez bien m’anuoncer que l’impression du premier volume de la traduction de mon Histoire de la monnaie romaine est fort avancée, et vous me demandez de vous adresser au plutôt les rectifications que je vous avais promises et que vous avez fait espérer à vos lecteurs.
Je voudrais bien être en mesure de vous les envoyer, mais en me mettant à l’œuvre, j’ai compris qu’il ne s’agissait plus, comme je l’avais d’abord pensé, de quelques rectifications isolées. Les nouvelles et nombreuses conquêtes de la science pendant les quatre années qui nous séparent de la publication de mon Histoire de la monnaie, exigeraient un remaniement assez étendu, et plusieurs chapitres seraient nécessaires pour leur donner un développement convenable. Il me faudrait coordonner, pour les utiliser, toutes les recherches publiées dans ce court espace
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de temps soit au point de vue de la métrologie, soit au point de vue de l’histoire de l’art monétaire, et cktsi un travail trop grand pour que je puisse l’entreprendre en ce moment; je me contenterai donc de vous citer les titres de quelques-uns de ces ouvrages.
Les Melrologicortim scriptomm Reliçuiae, Leipzig, 1864, que M. Ilultsch publie dans ce moment (le premier volume a paru, le second est sous presse), contiennent tout ce qui nous reste des écrivains anciens sur la métrologie antique; lui -même a revu et collationné une grande partie des textes sur les manuscrits. Le Gricchischc imd Rümisc/ie Métrologie (1862) du même auteur, est entre les mains de tout le monde; c’est un manuel succinct et substantiel dans lequel il a condensé de la manière la plus claire et la plus instructive, toutes nos connaissances sur le numéraire, les poids et les mesures des divers peuples de l’antiquité. Les observations nouvelles qu’il a jointes à ce travail méritent d’être soigneusement étudiées et mises à profit.
J’ai moi-même publié dans le recueil intitulé Die Grenzboten de 1863 un article sur la monnaie des anciens; cet article qui, par la nature du recueil dans lequel je l’ai inséré, n'était pas exclusivement destiné au monde savant, contenait, entre autres faits nouveaux, des détails sur la métrologie des Assyriens et sur leur système de division sexagésimal. Les poids récemment découverts à Ninive et à Babylone jettent un jour tout nouveau sur ce sujet intéressant.
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Le travail que M. Brandis prépare dans ce moment sur les poids et les monnaies de l’Asie Mineure éclaircira complètement tout ce qui reste encore d’obscurité sur cette partie si peu explorée de la numismatique et de la métrologie; et le résultat en sera d'autant plus important que ce pays est pour ainsi dire le berceau de l’art monétaire.
Un service analogue à celui que nous attendons de M. Brandis pour l’Asie Mineure a été rendu à la science par M. Ludwig Müller pour les monnaies de l’Afrique. Ce savant a démontré, ( Numismatique de C ancienne Afrique , 1860-1862), que le système monétaire de Carthage était bien un système particulier à celte contrée ; et il le prouve d’une manière désormais indubitable, contrairement à l’opinion généralement admise jusqu’ici et que j’ai moi-même développée dans le présent ouvrage ( Introduction historique , ch. II, § IV, p. 119).
M. Zobel de Zangroniz(l) a complété le travail de M. Müller par une étude sur les monnaies hispanocarthaginoises à l’occasion d’un dépôt considérable récemment découvert dans les environs de Carlhagène. M. Zobel éclaircit admirablement cette branche également délaissée jusqu’ici de la numismatique.
Vous le voyez, Monsieur le Duc, il y aurait trop à ajouter à mes deux premiers chapitres pour les
(1) Spanisclvi Afiinzen mil bisher unerklarten Aufschriften, au s dem XVII Bande der Zeitschrift der Deutsehen Morgen làndischen Gesellschaft. Leipzig, 1863.
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rajeunir de quatre ans; je ne pourrais le faire ni assez complètement ni assez promptement, et je dois remettre celle entreprise au jour, s’il arrive jamais, où je pourrai reprendre un nouveau travail d’ensemble sur les monnaies anciennes.
J’en viens maintenant à ce qui rentre plus spécialement dans le cadre de mon livre et aux nouvelles découvertes faites depuis peu dans le domaine de la numismatique romaine.
J’ai publié dans les Annales de F Institut archéologique de Rome (1863) un travail sur les dépôts de deniers romains découverts en Espagne , et que M. Zobel m’avait fait connaître. Cette découverte m’a donné l’occasion de contrôler l’exactitude des principes que j’avais posés pour la classification chronologique des monnaies consulaires et d’en faire l’application en rectifiant, d’après ces nouvelles données, la place que j’avais assignée à un certain nombre de ces pièces dans mon tableau chronologique. Ce que je prévoyais dans la préface démon livre (p. xxxiij) se trouve ainsi réalisé. Vous avez utilisé ce travail pour votre traduction, Monsieur le Duc, et après avoir intercalé les monnaies de bronze dans mou tableau rectifié, vous avez, d’après ces renseignements et ceux que vous avez recueillis directement, fait à mon texte et à mes notes les changements nécessaires pour mettre cette partie de mon histoire tout à fait au niveau des connaissances acquises depuis quatre ans. Vous avez également utilisé les détails qui se trouvent dans les publications de l’Académie de
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Vienne (Archiv fur Kunde Oestreichischer Geschit's- Quellen , t. XXIV, p. 377) sur les dépôts de deniers romains récemment découverts en Transylvanie et que je vous avais signalés comme pouvant servir à préciser d’une manière plus certaine les limites chronologiques de quelques-uns de ces deniers.
Permettez-moi , Monsieur le Duc, en terminant ce rapide exposé de nos nouvelles conquêtes scientifiques, de vous renouveler l’expression, etc.,
Th. Mommsen.
Berlin, décembre 1804.
INTRODUCTION HISTORIQUE