CHAPITRE II
est plus extraordinaire; en effet, une pièce de 5/1 2 est en elle-même une fraction peu naturelle, et ne se rencontre pas dans le système duodécimal pur comme l’était celui du Latium ; mais elle convenait parfaitement au système mixte des litrae siciliennes. Cinq douzièmes de litra valent tout juste une demi-obole attique, et de même que, à une époque antérieure, on avait frappé une pièce de 3/5 d’obole valant un hémilitrion italique, on frappait un peu plus tard un pentoncion valant un hémiobolion attique (1).
Nous savons par Simonide et par Aristote, qu’à Agrigente on comptait par livres de cuivre, bien que l’unité de compte fût la drachme; et ceci correspond tout à fait à l’usage romain ou plutôt italique de compter par pondo æris gravis; seulement la livre sicilienne ne valait que les deux tiers de la livre romaine. Les Siciliens avaient en outre une grande unité de compte, le talent, inconnu aux Italiotes, et qui valait 120 livres siciliennes ou 80 livres romaines.
Tout ce que nous venons de voir prouve combien le système des litrae était profondément enraciné dans les habitudes siciliennes. 11 nous semble difficile d’après cela qu’il soit uniquement dû à une importation italique; il se peut très-bien que les autochthones de race italiote établis sur la côte orientale de la Sicile avant l’invasion des colonies grecques eussent déjà l’habitude d'employer le cuivre au poids dans leurs transactions commerciales, et que les émigrants grecs aient voulu fusionner ce système avec leur drachme. Le talent resta semblable à celui d’Athènes, pesant 26/190*', 8 ou 60 mines de 100 drachmes chacune;
Compte*
par livres de cuivre à Agrigente.
Antiquité de la
litra sicilienne et son origine probable.
(I) Il est possible, A la rigueur, qu'A rôle de la litra d'argent on ait aussi frappé une obole de cuivra pour représenter la pièce de 10 onces, mais cela est peu probable.
INriiUDUCTIOM HISTORIQUE.
mais en Sicile on fit abstraction de la mine, on partagea le talent en 120 litrae de 50 drachmes, et l’on compta ensuite comme les Italiotes par litrae de cuivre ou par nummus, leur équivalent d’argent, 11 est très-probable que cette manière de compter par litra est plus ancienne que la litra môme en tant que monnaie, c’est-à-dire que l'on n’a pas compté en litra de cuivre parce qu’il existait des litrae d’argent, mais qu’on a fabriqué ces dernières à cause de l’usage déjà ancien de compter par livres de cuivre.
Cette première organisation du système monétaire sicilien a duré jusqu’ aux diverses réformes dont parle Aristote. Ces réformes ressemblent à ce qui se fit à Rome pour l’as, en ce sens que l’unité d’après laquelle on opérait était également de cuivre, mais avec cette différence qu’à Rome, cette unité était représentée par de lourdes monnaies du même métal .ayant une véritable valeur intrinsèque. Voilà pourquoi la réduction de l’as à Rome dut nécessairement amener une diminution dans le poids des monnaies, ce qui n’eut' pas lieu en Sicile quand on réduisit la litra. La première, et l’on peut dire la plus forte de ces réductions, consista en ce que le nummus d’argent valant jusqu’alors un, valut désormais cinq, et que par conséquent on put payer avec une drachme une dette de 5 drachmes; c’étaient bien toujours nominalement 25 litrae, mais dans le fait le capital se trouvait réduit au 20 p. 100 de sa valeur primitive. Cette banqueroute est un peu antérieure à l’époque d’Aristote, et c’est probablement Denys l’Ancien (mort l’an 387 de Rome) qu’il faut en accuser.
Pollux (1) rapporte que Denys quadrupla la valeur de la
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