CHAPITRE II
Carthaginois l'an 513, de Rouie (1). Ces pièces ne portent pas en général la marque de leur valeur, cependant sur la litra d'argent on voit quelquefois le signe .'.XIII (2). Ce signe est évidemment romain et il équivaut pour nous à une date; car ce ne fut certainement que lorsqu'un préteur romain fut installé au palais d'Hiéron que des chiffres romains purent se montrer sur les monnaies de Syracuse. Mais, d’un autre côté, il est évident qu’une pièce sur laquelle on lit ÎYPAKOSIflN ne peut pas se rapporter au système monétaire de Rome ; d’ailleurs ce système ne contient pas d’unité assez petite pour répondre à cette
(I) M. le duc de Luynes (/oc. cil. ) pense que les monnaies d'Agrigcnlc ayant pour type la tète de Jupiter au droit et l'aigle au revers sont des pièces de quatre litrae ; elles nous semblent appartenir A une toute autre série. Les monnaies connues sous la dénomination de Siculi in gencrc sont taillées d’après le système des litrae et ont sans aucun doute été frappées à Syracuse.
(!) ('es monnaies ont pour type la tète de Minerve avec la légende JYPAK02ION au droit, et au revers ZYPAKOÎIOI, avec le chiffre indiquant la valeur. Quelquefois on y trouve aussi un nom de magistrat Ml, qui se volt également sur les monnaies d’Iliéronyme et de Philistis, et quelques autres modifications peu Importantes. (Kckhel, Doct. Num. nef., I, p. 5i0. — Mlonnet , I, p. 302, n" 805. 80C; I, Suppl., p. 435, n“ 524 , 525.— Leake, Transactions o l tht fl. Son/! y o f liltraiun, seconde série, lit, p. 315; Numism. Hell. Insular Greece, p. 73. — Birckh, Uct . V nters., p. 355 et suiv. ) — Les monnaies sur lesquelles on voit le signe XIII sans les trois globules, ne se trouvent que dans les ouvrages de Torremuua (Mionnet, I, Suppl., p. 435 n* 525), et de Pembrokc (11, 79, Cal., p. 110). Mais peut-on se (1er à ces renseignements? Le poids de ces monnaies est de 0*',87 ( = entre 13 et 14 grains, Leake. Transact., loc. cil., probablement d’après les deux exemplaires du Musée Britannique); — 0>r,85 (duc de Luynes, loc. cil.);
— 0*',74 (= 12 grains de Nuremberg, Bocckh, Met. Vnters., p. 350);
— 0«’,7! (=11, Pembroke, II, 79); — O1', 05 (=10,1, Leake). — Qualité la monnaie d’argent donnée par Torremurra avec la légende ÎYPAKO 2101 TEAONOS au droit et le chiffre XII danslecbamp du revers. (Eckbcl, loc. cit., p. 250. — Mionnet, I, p. 329, Gé/on, n* 9), nous ne croyons pas qu’elle mérita grande confiance.
rtfccei tic Syracuse
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sou* les Kctnains.
Kxplicution de M. Rtrekb
Seule explication possible nn point de vue sicilien.
Vnleur
qui eu resultcrnlt pour la litra.
110 mnomicrioa msroniou:.
indication, Ue sera donc dans le système de la litra sicilienne qu'il faudra chercher l’explication de ce signe.
M. Bœckh pense que cette marque signifie 13 pièces siciliennes répondant au quadrans et il en donne une explication qui ne nous paraît pas soutenable. En effet , il croit ces pièces du même poids que les oboles attiques, ce qui est inexact, comine nous l’avons vu; et il prend pour point de départ le talent syracusain de la première réforme déjà tombé en désuétude à l’époque d’Aristote. Il remarque cependant avec raison que ce signe doit indiquer le nombre d’uuités de cuivre contenues dans cette petite pièce d’argent; mais le quadrans n'a jamais été usité en Sicile, et d'ailleurs le signe .'.XIII, d’après la manière de compter des Romains, n’aurait jamais pu indiquer 13 pièces de la valeur du quadrans, c'est-à-dire 3 as 1/4, qu’on aurait écrit ainsi : III.'.. Une explication possible, à notre avis, serait de reconnaître ici trois onces et 13 litrae, car l’usage constant des Siciliens de marquer les litrae avant le talent pourrait justifier la position de la petite unité avant la grande (1) , et on pourrait expliquer l’incorrection de ce chiffre, en tant que chiffre romain, comme le fait d’un artiste gréco-sicilien, qu’on pourrait môme accuser d’avoir commis par ignorance peut-être encore une autre faute. Si l’on admet cette explication, l’unité de compte à l’époque où ces pièces ont été frappées aurait été évidemment réduite à un taux encore inférieur à ce quelle était du temps d’Aristote; car si le nummus ou litra d’argent égale 13 litrae 1/4 de cuivre, le talent
(t) Corpus inscr. gr.f n* SCiO. On rencontre asscx souvent les ehilTres placés en ordre inverse, ee qui a quelque nnalopie avec le fait dont il est ici question (FrillU, Eftnnenln rpigrnphicos grarcoe llnT'ii, 1840, in-l", p 350)
UIAPltlII. 11.
(lu cuivre ne vaudru plus 12 nuinini, niais 'J 3/53, cl l’on ne peut pas admettre une proportion aussi irrationnelle-, il vaudrait mieux lire 13 1/3, ce qui ferait descendre le talent de cuivre de 12 nummi à 0; mais le triens romain égale le tiers de la litra, et le tpiï; sicilien égale le quart de la litra, et il se peut fort bien que le graveur ait voulu traduire l’expression tredecim poiulo trienlem par .'.XIII, au lieu de XIII :: . Il en résulterait que le talent de cuivre syracusain aurait valu à l’époque romaine t) litrae syracusaines d’argent, et la litra d’argent 13 litrae 1/3 de cuivre.
Pour compléter nos renseignements, il nous reste examiner l’évaluation do l’argent de Syracuse, en argent romain, qui nous a été conservée par Festus (1). Le talent de Syracuse valait d'après lui 3 deniers, par conséquent 120 litrae de cuivre valaient 12 sesterces, ce qui donne 10 litrae de cuivre pour 1 sesterce; rien ne semblerait alors plus naturel que de considérer avec M. bu-ckli (2) le nummus sestertius des Romains comme valant juste autant que le numtnus de la dernière réduction dont parle Aristote et qui contenait de fait 10 litrae de cuivre. Néanmoins cette opinion devra être grandement modifiée, si même on peut l’admettre en partie. En effet, Festus donne celte évaluation avec une série de monnaies étrangères comparées aux monnaies romaines , et par conséquent il n'est pas possible de remplacer la monnaie romaine qui sert de base à tous ses calculs par une monnaie sicilienne. Peut-être pourrait-on supposer ce calcul basé sur l'ancienne valeur de la litra sicilienne et croire que les Romains ont estimé le sesterce à 10 litrae de cuivre, parce qu’il était
Valeur
qui en résulte pour le talent de cuivre.
Évaluation du Festus
Opinion tic M. L‘ «cUi .
(I) Au mol Ta/rruorum.
(?) Mrt. Vnltr'., ji. 1U.
us
IMfnolUCTION HISTORIQUE.
considéré à Rome comme valant un nummus syracusain, et que celui-ci valait 10 litrae de cuivre; mais ceci n’est pas encore acceptable, parce que le nummus était évalué par les Romains à 13 litrae 1/3 de cuivre, comme nous l’avons vu, et surtout parce que le sesterce étant beaucoup plus pesant que le nummus, les Romains auraient ainsi donné à une monnaie étrangère, une valeur supérieure à sa valeur intrinsèque, ce qui n’est pas admissible, conclu *0». Sans donc nous y arrêter davantage, nous observerons
(ce qui sera prouvé plus tard) que la monnaie romaine d’argent se répandit en Italie et en Sicile beaucoup plus rapidement que la monnaie romaine de cuivre, et que, par conséquent, l’argent national ayant été supprimé en Sicile et remplacé par le sesterce, il fallut mettre les pièces siciliennes de cuivre en rapport avec celte nouvelle unité d’argent. Cette opération se fit, sans aucun doute, comme l’indique Festus, c’est-à-dire que la litra de cuivre syracusaine fut assimilée à 1/10 de sesterce. Ceci donnait une légère plus-value à l’ancienne monnaie de cuivre, car une litra de cuivre qui valait jusqu’alors 3/âO du nummus de 0",87, c’est-à-dire 0E', 061 en argent se trouvait valoir 1/10 du sesterce de O6’, 07, c’est-à-dire 0*',097 en argent; mais on comprend facilement qu’on ait accordé aux détenteurs de ces petites monnaies un bénéfice minime et momentané pour arriver ainsi à un compte plus simple. Quoique le peu de différence qui existait réellement entre le nummus et le sesterce ait sans doute donné l’idée de ce rapprochement, nous ne pensons pas que l’ancienne division sicilienne de la litra forte en 10 litrae faibles ait eu aucune influence sur cette nouvelle division ; nous y verrions plutôt une réminiscence de la division romaine du sesterce en 10 libellae dont nous parlerons plus loin.
c.HAPirnL ii.
§ IV
Hy atome muuétairu des Phéniciens ou Sicile, et son analogie avec le système de la litra eiculo-grecque.
Nous avons parlé jusqu’ici du système monétaire grécosicilien ; celui des Phéniciens s’en rapproche sous beaucoup de rapports, et en diffère sur quelques points. Les monnaies de la première époque sont absolument les mêmes. Les pièces de Motya et les plus anciennes de celles à légendes grecques ou phéniciennes, qui ont été frappées à Païenne sous la domination des Phéniciens, sont des didrachmes (1) semblables aux didrachmes de Sélinunte et de Ségeste avec leurs oboles et leurs lilrae (2).
(f) MOTVAION. Tête de femme, t)1 Chien. R‘',73 ( = 131,8, Mus. Bril., MOTYAION. Télé de femme. l)’ Cavalier, 8*', 47 (= 132,2, Leake); 8<\is. ( = 126 1/4, Hunier); sans légende et du reste semblable, 8*’,42.(= 168 1/2, Mionnet, I, p. 261, n*436); 7,r,82 (=120 3/4, Hunier). Pièce avec légende phénicienne attribuée à Mol va (Mionnet, pi. XX, n“ 22 et 23). Télé de Méduse, iÿ' Crabe, 8,r, l6 (= 130,6, Mus. Rrlt., p. 60, et non 103,6, comme l'indique par erreur Leake, p. 43). — TTAN0PM02 Tète de femme, ijî Chien, 8e, 66 ( = 133,7, Thomas, p. 71). — A«a(!) en caractères phéniciens, du reste tout à fait semblable, 8<r(= 123,5, Thomas, p. 71. — Leake à l'article Motya).
(2) MOTVAION. Aigle. H Dauphin et coquille, 0>'54 (=8,4, Leake). — Pièce avec légende phénicienne attribuée a Motya, semblable A ceUe qui a été décrite dans la noie precedente. Tête de Méduse, l)1 Crabe, 0>r,69(= 13, Mionnet, I,p.270, n* 605);0<',60 (duc de Luynes, Annal, de l’ Inst, arch., 1855, p. 98, trouvée à Motya). Même légende. Télé de Méduse. fy Palmier, 0>’,72 (=13 1/2, Mionnet, 1, p. 260, n" 503); 0«',60 (= 13 Mionnet, Md., n*502); o*', 66 (=12 1/2, Mionnet, Aid., n” 50»j. —Pièce portant une autre légende phénicienne anjn> (?), du reste semblable, 0«,7I (=10,9, Thomas, p. 7 t.— Leake, A l'article Panormc). — Toutes ces monnaies semblent être des oboles, tandis que les suivantes pourraient ëtredeslitrua : MOTYAION (rétrograde). Aigle sur un chapiteau, u' Dauphin et coquille, O1', 83. ( = 12 3/4, coll. .Norihwirk)
rrcmlèreAiMPC#* phénicienne^ en Slcilsi.
introduction historique.
riêcca
de la tccomlo époque
»c rapprocliani des donnait* de Syracuse.
Lra pièces d ur et quelques pièces d'argent s'eu éloignent.
Quant aux nombreuses monnaies de tout métal qui, sans distinction de valeur ont pour type, d’un côté la tôle de femme couronnée d’épis et de l’autre le cheval et le palmier, on doit leur attribuer sans aucun doute une date plus récente. Le type varie quelquefois, mais seulement pour la forme ou pour quelques détails, et les légendes sont presque toujours phéniciennes; il est certain qu’elles ont toutes été frappées par les Carthaginois, probablement à Païenne, et qu’elles étaient destinées à la Sicile. Dans cette série, les tétradraclnnes sont nombreux, les drachmes et les didrachmes sont fort rares (1); ces monnaies sont évidemment des imitations des monnaies de Syracuse et contemporaines des beaux tétradrachmes de cette ville.
Les pièces d'or, au contraire, et un petit nombre de pièces d’argent appartiennent à un système tout à fait différent ; elles sont difficiles à classer ; leur poids semble
flANOPMOÎ, légende phénicienne (Mlonnei, I, Suppl., pl. VIII, ir 10). Neptune avec le trident, t) Figure nue sur un bœuf à face humaine, Otr78 ( = 12, Hunier); — 0<’*7(=ll 1/2, Mlonnet, I, Suppl., p. 421, n»433). T7AN..MI (rétrograde). Tête Imberbe diadêmie. IV Partie antérieure d’un hrruf à face humaine, <>*',80 (= 15, Mlonnet, I, Suppl., p. 421, n* 435). Pièce à légende phénicienne ana (*), du reste semblable, o*',72 (= 13 1/2, Mionnet, I, Suppl., p. 300, n* 2HI).
(I) La pièce suivante de la collection Northwlck (Cal., p. 43) : Tête de Cèrès. ij'.Téte de cheval, pesant 22", 13 (=341 1/2), pourrait être considérée comme l'unité multipliée par 24. — Au musée Britannique, Il existe un didraebme de celle espèce, 8"', 75 (=136, Mus. Brit., p. 74). — Une autre pièce de la collection Norlhwtck : Tête nue; dans le champ trois dauphins, tj Cheval au galop, trois caractères puniques, 8*', 07 (= 124 1/2), pourrait être également un dldrachme. — Nons connaissons une drachme de 4*', 10 (=04,2, Leakc); Il se peut qu’il existe aussi des trloboles (voyex l’annexe A). — Les pièces d’or de 10*', «7 (= 104,7, collection Northwlck) et I0‘',14 (=150 1/2, itict.) ; celles de 2", 87 (collection Lorichs) et 2", 78 ( = 42,1), collection Northwlck), ainsi que les pièces d’argent de 3C«',04 ( =505 1/2, collection Northwlck), no doivcnl pas élre passées sous silence.