RAPPORT DE L*ARGENT ET DU CUIVRE
nement pas été votée pour traduire en monnaie d'argent Tamende fixée précédemment en as ; son but était réellement de diminuer le taux de l'amende que le perdant avait à payer.
Le sesterce valant 1 as libral, le quinaire en vaudra 2 et le denier h ; les signes qui se trouvent sur ces pièces, IIS (== 2 1/2) V et X, doivent donc se rapporter dès Torigine à Tas réduit (1). Ce que disent les anciens auteurs, Eneurd.F.sins ou plutôt ce que dit le seul auteur ancien qui ait traité ce sujet, est complètement incompatible avec la réalité des faits; et cependant, malgré le peu de sécurité que peuvent offrir ses i*enseignements, c'est de lui que les écrivains de l'époque impériale ont emprunté tout ce qu'ils disent sur l'ancien monnayage des Romains (2). Les données de cet auteur ne concordent pas davantage avec le rapport réel des métaux : unQ pièce d'argent pesant 1 scrupule n'a jamais pu valoir 2 anciens as 1/2, c'est-à-dire environ 626 scrupules de cuivre, lorsqu'en Sicile l'aident était au cuivre comme 1 est à 250 ; ce qui peut expliquer œtte erreur, c'est qu'on a voulu faire concorder ce qu'oo sa-
(1) Maeciaom (} 44) : « (Pecunia numeratayolim in aère erat^ posiea et « in argenlo feriri coepit ita^ ut omnis nummus argenteuê ex numéro aeris « potesiatem hal>eret »
(2) Voy, ci-dessus, page 1 1, note 2, les passages que nous citons de Festus et de Pline. — Maeclanus ( J 74) : « Cum olim aises libriles essent et dena- « rius decem asses valeret et dedma pars denarii libram, quae eadem as « erat, singula (1/20) selibram, quae eadem semis erat, teruniius guadranu iem haberet, etc. » — Varron ( voyez t. I, p. 244, note 1), au contraire {De Lingua latina, V, 174;, expUqne que la libella égale un dixième de denier, parce que le denier vaut 10 as ; mais dans l'origine Tas valait une livre pesant de cuivre, de sorte que as, libra, libella étaient des expressions synonymes qui pouvaient s'employer indifféremment; cet auteur pouvait parfaitement établir ce principe sans attribuer au denier une valeur de 10 as librnux.
vail de Tas ancien avec les fausses données chronologiques dont on pouvait disposer. En effet, il est clair que si la première réduction de Tas n'avait eu lieu î«4-i4i iv. j.-c. qu'entre les années 490 et 513, comme le croyait Verrius Flaccus, le denier d'argent aurait dû valoir iO anciens as émis en 485 ou 486; or pour que cela fût possible, il faudrait ou que le sesterce ait pesé plus d'un scrupule ou que l'as en question ait été réellement plus faible que ne l'était l'as libral. M. BcBckh (1) a essayé de prouver la vérité de la première hypothèse; mais pour atteindre ce résultat, il lui a fallu d'abord aller chercher, pour en faire le denier primitif, une monnaie campanienne qui ne présente aucun des caractères du monnayage romain, et qui peutêti*e même n'a jamais eu cours dans le Latium ; il a fallu encore supposer à cette pièce un poids de 8»',13, tandis qu'en réalité tous les exemplaires que nous en avons ne pèsent pas plus de 76%04 et que le poids de 8«',13 n'existe pas dans la série campanienne, et admettre enfin que l'argent était au cuivre dans la proportion de 1 : 400, ce qui est tout à fait invraisemblable.
Prenons donc la seconde hypothèse et cherchons un as
(I) Metr. Unters.y p. 452.— Nlebuhr (Hist. rom., 1. 1, p. 505 et sulv.) pensait que Tas, d'après sa valeur intrinsèque^ avait toujours valu le dixième du denier et par là même, de la drachme, quel que fût son poids; et que les ainiiblissements successifs du poids avaient été occasionnés par le renchérissement du métal. -* Ce qui reviendrait à dire qu'à l'époque de l'as libral la proportion entre les deux métaux aurait été de 1 : 625, et du temps de l'as sextantaire de 1 : 120. Ce qu'on ne comprend pas, c'est comment l'as aurait pu valoir dès son origine le dixième du denier, qui ne fut inventé que près de deux cents ans plus tard. Aussi M. Bœckh a-t-il victorieusement combattu cette hypothèse (loc. cit. et surtout p. 43C) ; pour ce qui a rapport au prix des grains (p.416), lia parfaitement démontré qu'elle est Inadmissible et qu'elle est basée sur des suppositions erronées. — FrOhIich ( Animadcersiones in nummos quosdom urbis, p. GO et suiv.) était beaucoup plus près de la vérité.
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plus léger, dont 2 1/2 puissent valoir le sesterce que nous connaissons, nous trouverons que Fas demandé est l'as de 4 onces, celui de la première réduction, et qu'il remplît les conditions demandées. Les deux innovations importantes dans la réforme du système monéuire romain^ savoir : la réduction du poids de l'as et l'émission d'une monnaie d'argent, ont dû avoir lieu à peu près dans le même temps, ou plutôt faire partie d'une seule et même opération. Nous savons, d'une part, d'une manière certaine, que les premiers deniers furent frappés à Rome en 485 ou 486. Varron nous apprend, d'autre part, que la ré- «69ou2«8av.j.-c. duction de l'as eut lieu à peu près vers le commencement de la guerre punique de 490. Rien n'empêche donc de supposer que les deux opérations se soient faites en même temps (1) ; j'aimerais même mieux admettre que la réduction de l'as a précédé l'émission de l'argent. En effet, pour que le sesterce valût 2 as 1/2, il fallait que cet as existai déjà. Les types eux-mêmes semblent confirmer cette hypothèse, car après la réduction du poids de l'as les monnaies de cuivre conservent encore les anciens types, par exemple : la tête avec le casque sans ornements et la proue de navire, tandis que sur la monnaie d'argent le casque est ailé et les Dioscures ont remplacé la proue. Quant au rapport de
(1) Il est vrai de dire que quelques colonies, fondées en 486 et en 490, ont cependant eu des monnaies librales; mais cette objection ne saurait atténuer notre argument. En elTet, ne peut-on pas admettre que les règlements monétaires de ces colonies, comme tout ce qui regardait leur administration et leur organisation, avait été décidé par un décret du peuple ou du sénat, quelques années avant leur établissement déûuiUf; et d'ailleurs nos données chronologiques pour cette époque sont tellement peu certaines, qu'il serait hasardeux d^attacber une trop grande importnuce à des anonia- Iles, qui peuvent n'être qu'apparentes.
38 CHAPITRE IJI.
la valeur iairinsëque, nous avons une preuve matéiielle préférable à tous les raisonnements : Tas ancien pèse tout juste 2 as 1/2 du nouveau système ; or le sesterce d'argent = 2 as 1/2, donc l'ancien as égale le sesterce; enOn le décussis de cuivre du nouveau système (dont la fabrication* du reste, a été de courte durée) égale comme valeur intrinsèque et comme valeur monétaire le denier d'argent; l'un et Tautre ont pour type la tète casquée de Rome et les mêmes marques pour indiquer leur valeur.
Nous manquons complètement de documents certains pour pouvoir apprécier la quantité relative des monnûes fabriquées alors dans les deux métaux : l'as de i onces et le denier primitif sont rares l'un et l'autre. Nous voirons bientôt qu'à cette époque la plus grande partie du numéraire romain était encore de cuivre : nous pourrions peut-être en conclure que les espèces d'or et d'argent étaient surtout destinées à circuler dans le midi de l'Italie.
Nous avons, ce nous semble, surabondamment prouvé que la réduction de l'as et la fabrication de la monnaie d'argent forment deux parties d'une seule et même opération ; nous irons encore plus loin : nous prétendons démontrer que cette réduction, qui ne devait ni dissimuler une banqueroute ni déprécier le cuivre, n'a eu d'autre but que de rendre possible l'émission de la monnaie d'argent.
Nous avons vu que la graude unité de cuivre, l'as, et l'unité d'argent, le scrupule (le ntimmu^) , avaient la même valeur; l'as se divisait en 12 onces, le scrupule ou nummus en 10 libellae; si cette anomalie de deux systèmes existant de fait à côté l'un de l'autre, pouvait subsister tant qu'il n'y avait que de la monnaie de cuivre, l'émission de la monnaie d'argent a dû nécessairement la faire cesser en amenant leur fusion^ et c'est ce à quoi l'on est arrivé
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en faisant de la nouvelle grande unité de cuivre la petite ttûité d'argent, et ela coûservant toujours le système décimal pour l'argent et le système duodécimal pour le cuivt^; il en est résulté un système mixte dont la plus petite pièce, l'once de cuivre, se trouve être le centvingtième de la plus grande, le denier d'argent.
11 se peut que les besoins du commerce de détail aient rendu nécessaire une monnaie d'appoint plus maniable et plus commode que Tonce coulée, qui représentait environ 2 centimes 1/2 (1/6 groschen de Prusse) ; ce qui amena en même temps la réduction du poids de l'as. Mais ce qui est plus important à constater et en même temps plus vraisemblable, c'est qu'on a voulu ainsi se rapprocher du système attique. Le quinaire et le denier de nouvelle création représentaient le double et le quadruple du numrous ou ancien scrupule ; or ces pièces pesant 2«%27 et 4^,65, se rapprochaient singulièrement du triobole de 2>%18 et de la drachme de à^'^i? d'Athènes, et pouvaient facilement être acceptées dans le commerce journalier comme ayant la même valeur ; c'est probablement pour cela qu'en tête de la nouvelle série on mit le nummus denarius et non le nummus sestertius.
Ainsi, on le voit, plus d'une considération et plus d'une raison ont dû amener et motiver cette transformation si importante et si compliquée. Le législateur a pu emprunter le type à Fltalie du Sud, la division et les marques de la valeur à Populonia, mais pour tout ce qui est de l'essence même du monnayage, il est resté complètement romain et n'a pris chez les voisins que ce qui pouvait être commodément adapté au système national.
On peut encore se demander si, la monnaie d'argent une fois créée, l'usage ou la législation conservèrent aux
lingots d'argent le privilège dont avaient joui précédemment les lingots de cuivre, de pouvoir circuler concurremment avec l'argent monnayé, et de pouvoir même être légalement employés dans le commerce pour leur valeur intrinsèque. Il parait positif qu*il n'en fut pas ainsi (1), car la loi de Sylla, qui déclare faux monnayeurs (2) ceux qui altèrent les lingots d'or, ne parle pas des lingots d'argent. Ainsi les lingots d'argent, quoique plus rapprochés par leur nature des espèces monnayées, et bien qu'on les trouve souvent enfouis dans les mêmes dépôts que les deniers et les as (3), n'ont cependant jamais été considérés, en droit, autrement que comme une marchandise ordinaire, et il s'en faisait, à ce qu'il parait, un commerce considérable.
(1) Maeclaous (loceit.y S 78) : « Nummi largentei in pecunia, forma pu- « blica dumiaxat nomen accipiunt. »
(2) Digest, XLVill, 10, 9 pr.
(3) On a trouvé dans un dépôt près d'Aquilée des lingots d'argent en forme de petites briques; les plus forts pesaient 13 livres (CavedonI, Ripostigli, p. 13). Le poids total de ces lingots et des deniers de la Repu blique qui avaient été enfouis en même temps dépassait 120 livres. —On a trouvé également auprès de Parme deux bracelets d'argent dans un dépôt d'as du système oncial (l^ma, Guida al museo di Par ma ^ p. 4).