‹ Histoire de la monnaie romaine (volume 5)Chapitre 15 sur 110 · MONNAIES URBAINES. A · texte numérisé non relu

MONNAIES URBAINES. A

voilà pourquoi sur les pièces que Ton sait, ou que Ton croit avoir été frappées à Rome même, on ne voit jamais le nom des consuls et rarement celui des préteurs. L'as de Luceria est la seule pièce sur laquelle on voit des noms (1) que Ton peut attribuer aux deux premiers magistrats en exercice; et il faut remarquer que ces noms sont aussi les premiers qui paraissent sur les monnaies.

Quelle est donc l'origine de la magistrature spécialement chargée de l'administration des monnaies et jus* qu'où s'étendait 1^ compétence des personnages qui en étaient investis? Nous les trouvons désigués par les mots Triumvir» III.YIRI. A. A. A. F. F. {iresviri auro, argenlo, aere^ flando feriundo) (2). Nous savons aussi qu'ils firent plus tard partie

(1) P. PUHO. L. F. C. MODIO.CN. F. et SE. POS. P. BAB.

(2) C'est à cette qualiQcation que Cicëron fait allusion quand dans ses Épttrès familières (VII, 18) il dit : « Treviros vites censeo, audio capitales esse ; R mallem awo, aère argento essent ; » et dans son traité De Legibus (111, 3, * ) : H Aesy argentum aurumve publiée signanto, » Cependant cette dénomination ne semble avoir été définiUvement appliquée à la magistrature monétaire que dans les commencements de Tère impériale , car on ne la voit jamais sur les monnaies de la République, et sur les monnaies d'or, frappées en 7 15 et 7 16, de L. Nussidius Longus, de Ludus Regulus et de P. Clodius M. F. on lit au lieu de cette formule les initiales A. P. F. (auro publico feriundo). Plus tard, la qualiflcaUon III. VI R. A* A* A* F* F* se voit souvent dans les inscriptions comme sur les monnaies.— Le passage deCicéron {loc. ciï.) et l'analogie de ce titre avec ceux de Hvirjure dicundo, tribunus militum Icgionibus HUprimis aliqua earum, etc., prouvent bien que ces mots ne sont pas au datif, mais à l'ablaUf. — Cieéron dit dans un des endroits cités : Aes argentum aurum^ ce qui indique assez la correction que Ton doit faire à rautre; Pomponius {voy. note 1 de la page 47 ) place les métaux dans le même ordre. — Auro, argento, aère, se lit dans plusieurs InscripUons (Ordli, n** 6502, 6915). — Monetalis est la qualification donnée à ces magistrats dans le langage familier; et elle leur est venue de l'endroit où était le siège de leur administration (voy. ci-dessus, p. 30, note 1 ); on la trouve dans Cieéron (ad Atticum, X, H,) et dans les inscriptions d'une époque plus récente (Triumvir mone-

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du collège des Vigintisex tiri et, sous l'Empire, des Viifinii Leuis Httribntions vifi, LeuFS attrlbutious spéciales étaient de faire frapper les monnaies et couler les lingots (1)» car nous voyons déjà les trois métaux meutlounés à une époque où l'on conservait certainement des lingots d'or dans le trésor public, mais où l'oQ n'avait pas encore frappé de monnaie d'or dans la ville de Rome. Le mot flare implique l'idée de couler, qui peut, du reste, aussi bien s'appfiquer aux Ungois qu'aux globules de métal destinés à être frappés* Ces magistrats étaient tenus non-seulement de livrer aux deux questeurs de la ville, qui étaient les trésoriers de la République, tout l'argent monnayé dont ils avaient besoin, mais ils devaient aussi en fournir aux particuliers, en échaage des lingots qui leur étaient remis (2). Nous manquons de détails sur

ialis a, a: a, /. f., OreUi n- 2242, 2^79. 3U4, 5003, 5460, 5477, 0007, 6498, 6981 ; Illvùr monetalis, Orelli, n*» 6603, 6612, Tune et l'autre d'une époque trè6>lMi88e; XXvir monelalis, OrelU, ii"2761 ; IUvir ad monetem, se trouve dans U reeaeil de Moratori, n* 714, 5, et nous semble IwfaiWiable.

(1) n est TraieemblaUe que flore Indique Taetioii de couier les pièces et ferire l'aetien de les frapper ^ et il est remarquable que flore se trente avant ferire. Il se peut que les premiers oiBeiers chargés de la fabrication des monnaies avant la preraièrt émission des deniers d'argent et avant que la frappe n'ait été en usage à Rome, aient seulement joint à leur Utre de nivir la désignation de oere flonde ; feriundo aurait été ajouté plus tard ; il se peut aussi que le mot flando ait uniquement trait à la fonte des petits globules de métal destinés à être frappés. C'est évidemment dans ce dernier sens que flare a été entendu lorsque l'emploi des coins et du marteau eut tout à Uài remplacé Tancienne méthode ; c'est dans ce sens qu'il doit être entendu dans la légende CVR(a/or) X. f\Jiandi8) sur le denier n*" 269 de notre tableau chronologique, chap. IX {voy. Eckhel, J)oct. mon vet.y t. V, p. 212), et dans le passage de Varron, cité 1. 1, p. 262, note 1.

(2) Noua savon» qu'au moins du temp» de Cicéron on pouvait se procurer de l'argent monnayé à rAdministration des monnaies. Voy, Cicéron {ad Aiticuniy VIII, 7, 3) : «» i4d PkilotimHm scripsi de viaiico, sive a moneta — « nemo enim solvil — sive ah oppiis (les banquiers). »

le personnel et le contrôle de cette BoagistFature à son origine (1); l'époque à laquelle remonte sa création n'a Lem premier jamais été parfaitement indiquée; elle est probablement *^''*d"^*T"^ ancienne, quoique dans la première moitié du vn* siècle temrorHire. elle ne puisse être encore considérée que comme une commission temporaire et extraordinaire } elle n'est pas mentionnée dans le catalogue des magistratures ordinaires, contenu dans la loi Repetuiidarum qui fut promulguée par le plus jeune des Gracques, ni dans l'inscription découverte à Bantia, et qui est du même temps« Le premier document* qui en parle est l'éloge de G. Glaudius Pulcber, consul en 662 (2) : il y est dit qu'il avait occupé le triumvirat »2av. j-c. monétaire en sortant de la questure, ce qui est contraire à l'usage établi dans la suite, et prouve en même temps qu'à cette époque cette magistrature n'était encore qu'une commission extraordinaire (3). Un peu plus tard, en 6Ô9 ou ®* ®" ^* '^^- ^ -^ 670, Manius Fonteiusfut questeur, après avoir été triumvir monétaire (A); et Gicéron, dans son Traité sur tes lois, en 702, parle de cette magistrature comme régulièrement «aar.j.-c. constituée (5). Nous placerons donc entre les années ©60 104 et 89 av j..c

(1) En efltet, Pomponhis (DigesL^Î, 2, 2, 30) commet une erreur manifeste et, en partie, facile à prouver Iof8<iu'6B parlant des peUtts magistratures» il cite les « triumviri moneialei aeris, argenti , auri flatones » comme ayant été institués après les praetores peregrinorum et ayant les praeiores provins ci arum.

(2) Voy. OwUl, n« 568.

(3) Un foit analogufBi çut ^g^^ent I|eu 4^ t^ps dj& César; P. faquins Scaeva reçut ex senatusconsulto (par conséquent hors rang) après la questure, d'al)ord le décemvirat ailitibus Judicandis, et ensuite la charge de quatuorvir capitalis {Inscr, Regn. Neap.^ n» 5244, et Henzen, Inscript., n» 6450).

(4) Cicer., Pro FonUio, I/lj lU, 6* — Voy. notre tableau chronologique, n" 177 et 233.

(5) Cicer., De Legiôus^ IIÎ, 3, 6 : « Minores magistratus pariiii

lir^ftdesmoni.iiirs antéileurei

hH CHAPITRE IV.

et 665 rétablissement définitif de cette charge (1) confiée dès lors à trois magistrats : il est probable qu'avant cette époque» lorsque le besoin s'en faisait sentir, on nommait une commission temporaire pour surveiller la fabrication des monnaies , de même qu'on chargeait des triumvirs ou des quinquevirs de conduire les colonies ou de diviser les champs; quelquefois aussi on se contentait de confier cette surveillance, avec des pouvoirs spéciaux, à des magistrats déjà chargés d'une autre partie' de l'administration.

preuTct Cette hypothèse se trouve pleinement confirmée par

l'étude des monnaies antérieures à Sylla. En effet, si ces

à Sylla. magistrats eussent été régulièrement élus tous les ans depuis l'époque à laquelle on commence à trouver leurs noms sur les monnaies, un siècle environ avant la Guerre Sociale, nous aurions un bien plus grand nombre de noms de monétaires.

De plus, certains noms ne se trouvent que sur les pièces de cuivre, d'autres sur l'argent seulement, quelques-uns sur des victoriats, d'autres sur des quinaires, et même sur le bes et le dodrans seulement; tous ces faits semblent bien indiquer que la fabrication des monnaies n'était pas régulière et qu'il n'y avait d'émission générale ou partielle que de temps à autre, suivant les besoins de la caisse publique ou ceux du commerce. Nous ne savons pas si dès l'origine ces magistrats furent toujours au nombre de trois. On n'en voit, il est vrai, qu'un seul mentionné sur la plupart des monnaies, mais on ne saurait douter qu'il n'y en eût plusieurs (2),

« jun's plures in plera sunto — nés, argentwn , aurumve publiée sig- M nanio, »

(1) Eckhel, avec son tact ordinaire, avait déjà pressenti le fait qui nous paraît probable {loc. cit., t. V, p. 67).

(2) En («fret , Claudius Pulcher dans son Elogium , prend le titre de

par analogie avec les autres fonctions du même genre que Ton voit toujours confiées à un collège composé de plusieurs membres. Il y a même de fortes raisons pour croire que dès leur institution ils ont été au nombre de trois, car Tinscription relative à Glaudius Pulcher indique qu'il avait deux collègues -, on lit aussi trois noms sur quelques monnaies antérieures à Sylla (1); enfin la fixation de leur nombre à trois , à une époque postérieure , et la ressem:blance de ces commissions avec les commissions agraires, rend cette supposition tout à fait vraisemblable. On connaît cinq monétaires dont les noms (2) se voient

III.VIR.A. A.'A. F. F., et sur les monnaies on trouye son nom, C. PVLCHER, seul, sans autre désignation. Si l'on en excepte les plus anciennes pièces romano-lucériennes (voy. ci-dessus, p. 45, note 1), la même remarque s'applique aux monnaies des colonies latines ; on ne volt qu'un seul nom de magistrat sur les pièces de Brundusium, de Copia et de Valentia. Les monnaies de Paestum, sur lesquelles on lit des noms de quinquennales ^ quatuorviri, duoviri, paironi, pontifices, sont beaucoup plus récentes, ce que ces indications seules prouvent suffisamment

(1) Les deniers suivants appartenant à Tépoque républicaine portent les noms de trois magistrats faisant partie d'un seul et même collège :L. BfETEL. A. ALB. s. P., C. MALL.Kn* 191 de notre tableau chronologique).— Q. MET. CN. FVL, M. CALID (n» 166), - Q. CYKT, M. SILA, CN. DOMIT (ce dernier nom ne se trouve pas toujours avec celui de ses collègues, n* 107). — L. CENSORIN, P. CREPVSl, C. LIMETA (n* 227).— Q. OGVL, GAR, VER. (n« 239). — Q. MAR, C. F..., L. R.... (n« 165). La qualification de magistrat monétaire ne se trouve sur aucune de ces pièces. — Sans parler des pièces qui appartiennent évidemment à deux consuls, censeurs, édiles ou questeurs, on voit quelquefois deux noms de magistrats monétaires appartenant à la même commission, par exemple sur le denier suivant : C. CASSI, L. SALINA (n* 243), mais il ne s'en suit pas nécessairement que ces deux magistrats aient été des duumvirs. Les deniers de CN. DOML montrent que souvent sur les pièces frappées par une seule et même commission ou lit tantôt les noms des trois collègues, tantôt ceux de deux, ou même d'un seul d'entre eux.

(2) Voy, le n* 170 de notre tableau chronologique.

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