M0!SNA1ES DE CUIVRE
ticulières et dans la législation pour ne laisser au cuivre que le rôle secondaire d'une monnaie d'appoint.
Les dépôts enfouis à diverses époques pouiTont nous Rwiteigneinent» fournir d'utiles renseignements. On sait que de tout temps il y a eu pendant les guerres, des enfouissements d'argent, et il serait étonnant que l'époque de la guerre d'Annibal en Italie fit exception. Or, de tous les dépôts de deniers qui ont été découverts jusqu'à présent, aucun n'est antérieur à la seconde moitié du vu** siècle, tandis que plusieurs dépôts d'as peuvent se placer à l'époque de la guerre d'Annibal, si toutefois on doit s'en rapporter aux renseîgnemenls assez peu complets que nous avons sur ces découvertes (1) . Comme, en général, on enfouit de préférence l'espèce qui se trouve le plus en circulation au mo-
(1) Le 12 septembre 1820, on découvrit près de Parme, sur le i>ord du Taro^ un vase contenant plusieurs centaines d'as de familles^ avec monogrammes et tons du système oncial; dans le même vase, se trouvaient deux bracelets d'argent (Lama, Guida ai -museo di Parma, p. 4).— A une distance d'un demi-mille (un peu plus de 800 mètres) de Cervetri, M. i'arcbiprétre Regollni découvrit un dépôt contenant 1,630 as, beaucoup de semis, de quadrans et d'autres fractions plus petites. Presque toutes ces pièces appartenaient au système oncial : elles étaient renfermées dans une urne de tuf, de forme obiongue, recouverte de briques et enfouie à la profondeur de huit pleâs {NeueJenaer Ali ffem.Utter,Zeitung.Archaeôl, Jnzet^er, 184S,Sp. 854). — Dans un autre dépôt, dont le prince San Giorgio avait fait l'acquisition, il s'est trouvé deux as et on semis avec la légende TOD et deux as de la famille Jnventia (Ricclo, Monete di fam., p. 225). — Nous rapporterons à la mémeépoque^le dépôt de monnaies de cuivre trouvé à Capoueil y a quelques années (Rlccio, Monete di Città, notes p. 3, n* 18 « Un grande ripostigiio « ne rinvenne, or son tre ami, D, Orazio de Pasquale deiie Cwti,), » 1( est à regretter que de semblables trouvailles n'arrivent pas intactes sous les yeox de savants comme Schiassi, Borghesi et l'abbé Gavedoni, et que le plus souvent elles tombent entre les mains de spéculateurs ignorants ou, ce qui est pis encore, à moitié instruits, qui peuvent avoir intérêt à dissimuler les circonstances dans lesquelles ont eu lieu ces découvertes, et qui privent ninsi la science 4ie documents précieux.
70 GBÂPITRB T.
ment du danger, nous en conclurons que le cuivre était alors la principale espèce monétaire de Tltalie.
7* Par lia données Lcs bistoriens, cu parlant du butin fait sur l'ennemi et •uTir^u^nt ^'^^ largesses distribuées à l'occasion des triomphes, don-
»t let triomphct. ncut des détails précieux sur le métal et le nombre des diverses espèces de monnaies enlevées à Tennemi, et nous fournissent ainsi d'utiles renseignements sur le numéraire de ces diverses époques. Or nous voyons qu'à propos des triomphes qui suivirent les victoires remportées sur Asdru- 707 .T. j.-c. bal en 547, sur les Celtes et les Ligures en 557 et 558, une partie plus ou moins considérable du butin est indiquée en monnaies de cuivre (1), tandis que cette indication est faite en monnaies d'argent, probablement à propos du triomphe de Duilius en à9h (2), après la conquête de la
197 tt 196 «▼. J.-c.
2«0 âT. J.-C.
(1) A propos du triomphe qui suivU la victoire remportée sur Asdrubal m ar. j. c. en 547, H est fait mentioe de 3 millions de sesterces et de 80,000 as d'une livre {aeris, voy. ci-dessus, p. 16, note 1; Tite-Live, XXVllI. 9). Cette énorme quantité d'argent ne peut s'expliquer que par l'enlèvement de la caisse militaire, à la suite de la prise du camp ennemi (Tite- 107 ar. j.c. Live, XXVII, 49). Dans le triomphe de 557, après la défaite des Insubriens et des Cénomans, on voit figurer 237,500 as (aerit), 79,000 deniers (orgenti bigati); dans celui qui eut lieu à la même époque après la défaite dee Ligures et des Boîens, 254,000 as et 53,!^00 deniers (Tite-Live, XXXIII, 23); 136 av. J.-c. en 558, après la défaite des Insobrlens'et des habitants de Côipe, 320,000 as 234 ,000 deniers (Tite-Uve, XXXIII, 37). Les cbi fifres donnés par Tite-Live (XXXI, 49) à l'occasion du butin fait sur les Gaulois, ont été évidemment nitérés par les copistes, comme il est aisé de s'eD4issurer à la seule inspection du manuscrit. Sî, au lieu d'entendre ces sommes en as du système llbral, on voulait les entendre en as réduits, la plupart deviendraient trop peu importantes pour mériter d'être menUonnées dans l'histoU^
(2) L'inscription de la colonne rostrale parle en effet de monnaies d'or, d'argent et de cuivre; mais il faudrait savoir dans quel rapport ces trois sommes se trouvent vis-à-vis l'une de l'auu-e. D'après diverses données que nous développerons ailleurs. Il nous parait probable que le nombre des as (libraux) qui montait effectivement à 2 millions 100,000, exprime en
MONNAIES DE GUIVBE. 71
Sicile, et positivement à propos de ceux qui suivirent la
défaite des Carthaginois en 553 (1). Il en est de même foiaT.j..c.
après les victoires en Espagne en bbà, 559, 560 et 563 (2) , m, 195, 194, 191
la défaite des Macédoniens en 5Ç0 (8), celle des Boîens en
563 (i), et en général à l'occasion de tous les triomphe»
plus récents. L*on peut donc raisonnablement admettre
que depuis Tan 560, même en Italie, le prix du butin
vendu publiquement par les soins des questeurs militaires
se payait en monnaie d'argent et non en monnsde de
cuivre. Les largesses distribuées à l'occasion des triomphes
se firent en monnaie de cuivre jusqu'en 565, sans excep- isg tr. j.-c,
tion, même après les victoires remportées sur Carthage,
sur l'Espagne et sur la Macédoine, quoique l'on n'eût porté
dans le cortège que de l'or et de l'argent (5). L. Scipion,
monnaie romaine la quantité d'or et d*argent qui se trouvait dans le botIn> c*e8t-^-dIre 160,000 tmmei d'argent et 8,500 d'or. Noua ne pouvons pas, il est vrai, prouver rigoureuacmeut ce que nous avançons, parce que le chiflire total des as et celui des pièces d'argent sont incomplets sur rinscription, et que Ton n'y trouve pas indiquée la valeur des monnaies d'or et d'argent f mais l'ensemble de l'Inscription et la nature même des choses paraissent justifier notre opinion* En efiRst, les questeurs estimaient sans doute la valeur du butin d'après les circonstances locales, et quand la vente avait lien dans un pays où la monnaie d'argent était en usage, elle se faisait contre de la monnaie d'argent. H est donc naturel que l'on n'ait rapporté de Sicile que des pièces d'or et d'argent
(1) IHte-Live^XXX, 45. .
(2) TWrf., XXXI, 20; XXXIV. 10. 46; XXXVI, 21. «0.
(3) Ibid., XXXIV, 52.
(4)/ôtd.,XXXVI, 40.
(5) Tite-Live, XXVIH, 9; XXX', 45; XXXI, 20; XXXIII, 23. 87; XXXIV, 46. 52; XXXM, 40. Les as dont il est ici question ne sont pas des as libraux, mais des as semblables à ceux qui servaient à payer la solde des troupes. — Comparex aussi le présent de 250 as offert en 560 (Tite-Live, 194 «r. j.-c XXXIV, 52), et celui de 25 deniers offert en 565 et 567 (Tite-Livc, XXXVII, isdttisrtr.^.^. 59; XXXIX, 5).
39 par l'émission des monnaies.
dont radministration fait époque pour bien des innova- 189 fiv. j.-c. liQjjs, fut le premier qui distribua de l'argent, en 565 (1); son exemple fut suivi par les généraux revenus d'Espagne 131 et 179 HT. J.-c. ou d'Asie (2). Après les campagnes de Ligurie en 573 et 575, on ne distribua que du cuivre (3), mais c'est le dernier exemple que nous trouvions de cet ancien usage. Dans 157 ar. J.-c. l'inventaire du trésor romain de 597 (4), il n'est question que d'or et d'argent ; de sorte que, dès cette époque, il est certain que l'on ne conservait plus de cuivre dans ce qu'on appelait encore Yaerarium du peuple romain.
L'émission même des monnaies nous prouve que pendant les deux premiers tiers du vi* siècle on n'avait encore frappé qu'une très-petite quantité de monnaie d'argent, tandis que depuis cette époque on en frappa pour des somnoes considérables. Comme on le verra dans notre tableau chronologique, les deniers des deux premiers tiers du w siècle sont presque tous rares, et à ce moment l'émission de la monnaie de cuivre, si abondante auparavant^ diminue tout à coup. Parmi les plus anciens monétaires plusieurs n'ont même fabriqué que de la monnaie de cuivre, ce qui ne se voit plus qu'exceptionnellement dans la suite. Conclusion. ^^"^ pouvous douc cousidércr comme très-probable
que jusqu'au milieu du vr siècle le numéraire d'une grande partie de l'Italie se composait presque exclusivement de pièces romaines de cuivre, et que dans le courant de ce siècle ces pièces cessèrent d'être employées dans le
(1) Tile-LIve, XXXVII, 69.
(2) Ibid,, XXXIX, 5 et 7; XL, 43; XLI, 7 et allleuni. On distribua égale- 177 av. j.c. meot de l'argent après la défaite des Istriens et des Ligures en S77 (Tlte-
Liye.XLI, 13).
(3) Tilc-LiTC, XL, 34. 69.
(4) Pline. Hist. nat, XXXIH, 3, 65.
M0NHAlfi3 DE CUlVfil. 73
commerce en gros, bien qu'elles eussent perdu leur valeur intrinsèque dès Tépoque de la première guerre punique.
Il est difficile, sinon impossible, d'admettre qu'après la réduction de l'as à une once, on ait encore accepté dans les payements le cuivre pour la valeur de son poids; et il est certain que l'ancienne idée romaine de considérer le cuivre comme un métal précieux, s'effaça pour faire place à ridée grecque qui ne considère le cuivre que conmie le signe représentatif d'une valeur d'argent.
La loi Papiria de 66S, qui supprima l'as d'une once et introduisit, ou du moins autorisa l'as d'une demi-once, n'occasionna aucune commotion (1). Le cuivre n'était plus alors qu'une monnaie d'appoint, et l'on n'attachait aucune importance au plus ou moins de valeur intrinsèque des as. 11 n'est donc pas étonnant qu'on dépassât quelquefois le minimum légal et qu'il se trouve même des as qui ne pèsent plus qu'un huitième d'once (2). Bientôt après, c'est-à-dire entre les années 670 et 680, l'émission de la monnaie de ®^ ** ' * *^- ^-'^ cuivre cessa tout à fait ; et, si l'on excepte quelques pièces de cuivre frappées hors de la capitale par les généraux, on
L* monnat*
de cuivre
tombe en
discrédit
et aon ëmiMloii
cesse.
89 ar. J.-G.
(f) La loi Papiria, qui pennit d'émettre des as sur le pied d'une demionce, doit son nom à C.PapiriusCarbo^ tribun du peuple (Plinins, Hist non,, XXXIH, 3, 46). Jusqu'à cette époque le poids légal des as était d'une once; quelques villes confédérées» entre autres ValenUa, avaient des as taillés sur le pied d'une demi-once. Ces villes ajant été incorporées dans Fétat romain, perdirent leur droit de battre monnaie; les pièces qu'elles avaient déjà émises durent être nécessairement reUrées ou bien acceptées dans le numéraire romain; c'est ainsi que la mesuie ordonnée par la loi Papiria se trouve expliquée.
(2) Dans l'ouvrage de Paternô {Monete consolari sicule^ p. 32), on trouve sous les n"* 7 et 9 deux pièces de ce genre pesant 6 gr. (= 7 trapp.) et 4 gr. ( = 5 trapp.). Leur type est le type ordinaire; la plus faible des deux porte même la légende ROMA qui manque sur l'autre; on n'y voit, du reste, ni la marque de leur valeur ni le nom du monétaire.
GBAPITEB V.
Loi Valerla
sar les dettes.
8on pende durée;
elle eat abrogée
par Sylla
et.n'exerce ancone
Inflnence
sar lee espèces
monétaires.
66 ar. J.^.
ne fabriqua plus que des monnaies d'argent pendant plus d'un demi-siècle.
La loi Yaleria fut bien autrement subversive et d'une bien plus grande importance que la loi Papiria. Promulguée en 668» sur la proposition du consul L. Valerius Flaccus, en faveur des débiteurs, cette loi n'altérait pas directement le monnayage proprement dit, mais elle changeait Tunité de compte, et elle marque, pour ainsi dire, le point culminant de la phase démocratique de la République romaine (1). 11 y avait alors, outre l'as monnayé valant le seizième du denier, deux as de compte. Dans le commerce en gros, on continuait à compter par as d'une livre ou par sesterces (=1/4 du denier), tandis que dans le commerce de détail et pour la solde des troupes, on employsdt
(1) Vellelus Patercnlas, II, 23,: «In hujus {Marii cos. VII) locumsuf- « fectus Valerius Flaccus iwpissimae legis audor, qua ereditonbui qua* « drantem soloi jus erat (et Xkoixjusserat), » Salluste (Catilina^ XXXIII, 63aT.j.-C. dans un discours de L. Manlius, de l'anoée 691) : «Novissumê memo- <« ria noslra propter magnitudinem aeris alieni volentibus omnibus bonis 81 av. J.-C. « argentum aère solutum est. » Cicéron {pro QuinctiOy IV, 17, l'an 673 de 84 %f. J.-C. Rome) : « Per te, C, Aquili, decidit P. Quinciius (probablement en 670), « quid liberis ejus (Scapulae) dissolverei. Hoc eoper te agebatur, quod « propier aerariam rationem non salis erat in tabuiis inspexisse quantum « deberetur^ nisi ad Castoris quaesisses quantum solveretur, » Et dans le discours pro Fonteio^ I, 1 : « lia dissolvit ut omnes alii dissoiverunt. Nam « ita ego defendo M* Fonteium^ judices, itaque contendo post legem Va- « leriam latam a [Me]te[llo] ? qi^estore usque ad T, Crispinum quaestorem « allier neminem solvisse, hune omnium superiorum, hujus autem omnes, « qui postea fuerunt, auctoritatem dico secutos. Nam quod in tabuiis do- « drantariis, quas ait ab Hirtuleio institutas, Fontei officium desiderata etc.» On voit par ces passages que les questeurs qui faisaient des payements en se conformant à la loi Valeria, ayaient fait afficher au temple de Castor le tableau de la réduction de 7S pour 100 sur les dettes, et que le public se conformait à ce règlement. — Au sujet de Flaccus, compares notre Hist. rom,, 11, p. 815.
MONIIAIBS DE CUIVRE. 76
Tas valant un dixième iîu denier. La loi Valeria supprima le premier (Fas libral) et lui substitua Tas monnayé du temps, valant un seizième de denier; le gouvernement et les particuliers purent ainsi t)ayer leurs anciennes dettes en as nouveaux, c'est-à-dire avec un rabais de 75 pour 100 sur le capital. C'était la première fois depuis rétablissement de la République qu'une loi changeait l'unité de compte jusqu'alors immuable. Une véritable banqueroute légale se trouva ainsi consommée. Cet état de choses était trop violent et trop arbitraire pour durer longtemps. Sylla supprima la loi Valeria et rétablit l'ancienne manière de compter. Mais les révolutions de cette nature n'eurent, comme nous l'avons dit, aucune influence sur le monnayage proprement dit. Le signe X, qui, du reste, était déjà presque tombé en désuétude à cette époque, put même continuer à figurer sur les monnaies, puisque la loi Valeria avait dû nécessairement conserver le second as de compte, celui qui valait un dixième du denier et servait à la solde des troupes.
Les monnaies elles-mêmes ne furent pas changées, seu- Demi^rea lement le décussis, le quadrussis, le tripondius et même .^r^e^^dTveMw le dupondius disparurent peu après la réduction de pièces de cuivre l'as (1), probablement parle seul fait de la dépréciation du ctaa*e$s3dei* cuivre, qui, ayant perdu sa valeur intrinsèque, parais- ^«i^wd-un*». sait peu approprié à la fabrication de pièces de cette importance. En même temps, les petites fractions, le sexlans et l'once, devinrent de plus en plus rares, sans ce-
(0 Le dupondius lui-même ne. dura 'cerlainemciU pas beaucoup plus longtemps que les autres multiples de l'as^ puisque nous ne connaissons encore qu'un exemplaire ( unique jusqu'ici ) d'uu dupondius frappé sur le piedoncial. ^^^ ^
7Ô CHAPITBK V.
pendant disparaître coraplétement •, ce qu'il faut attribuer à l'accroissement des richesses et au renchérissement des denrées qui les rendait inutiles, plutôt qu'à la réduction du pied monétaire à une demi-once (l).Par exception, le monétaire G. Cassius, dans la première moitié du vu* siècle, ri. xxvni, no*6 fit frapper des dodrans (S: •)« et des bes (S:)) sans que ^^ ^' nous sachions ce qui avait pu le déterminer à cette émission
extraordinaire de pièces valant les trois quarts et les deux tiers de l'as ; enfin on trouve parmi les pièces frappées à Paestum des sescunda (semisqueuncia «Z) valant un huitième d'as (2).
Les modifications de détail dans la fabrication de la monnaie de cuivre, qui eurent lieu dans la suite n'ont aucun intérêt historique, et nous n'en parlerons dorénavant qu'autant qu'elles pourront servir de jalons pour la chronologie.
(1) Dans le système demioncial, on tenait rarement compte du poids lorsqu'il s'agissait de frapper les peUtes fractions, et on évitait ainsi Pin convénient d'avoir des pièces d'un poids par trop minime.
(2) Carelli, pi. CXX, n* 86; Cat.^ n** 20G et 207. Le musée de Berlin en possède quelques exemplaires qui pèsent de ^' à 2>',5.
UONKAIES D* ARGENT. 77
H0X!fA1ES D'ARGRNT PENDANT LES DEUX DERNIERS SIÈCLES DE U RÉPimiQUE.
Du denier et de ftes divisions.
Nous avons vu plue haut (p. 22) que le poids du denier fut réduit de A scrupules à 3 scrupules 3/7 (de A'%55 à 3*',90); malheureusement les pièces de cette époque qui ont été pesées, ne sont pas assez nombreuses pour nous permettre de discerner quelles sont les variétés qui suivent l'ancien poids et de juger si Taflaiblissement du poids eut lieu légalement en une seule fois qu bien si, ce qui est plus probable, il arriva petit à petit. Nous pouvons cependant constater que le poids réduit fut définitivement adopté d'assez bonne heure et peu de temps après que l'usage de marquer sur les pièces des symboles ou les emblèmes particuliers des monétaires se fut introduit (p. 26 et 27), Suivant toute vraisemblance, on peut assigner à cette réduction la date de 537, ce qui la ferait coïncider avec la seconde réduction de l'as. Depuis cette époque (1) jusqu'au
(1) Un sesterce de M' Cordius a fait admettre à Tabbë Cavedoni comme probable la rëducUon de cette espèce aux deux tiers de son poids en vertu de la loi Papiria (Saggio, app., p. 142). Nous ne pouvons partager l'opinion du savant modénals. Un grand nombre de pesées nous ont démontré que le poids de celte pièce ne prouve rien; nous y voyons seulement un exemple de plus de l'irrégularité qui existe dans la taille des petites pièces.
RédnetiMi
du poida.
78 GHAPITRB Tl.
règne de Néron, il y a bien eu quelques variations dans le poids de la monnaie d'argent, mais on ne peut signaler aucun changement important (1).
AUiag*. L'argent des pièces romaine3 de la République est en
général assez pur, et 1 altération de ce métal, là ou on peut la constater, doit être attribuée au hasard (2) plutôt qu'à une intention positive ; cependant on rencontre assez souvent des pièces dites fourrées^ c'est-à-dire avec une âme ordinairement en cuivre, plus rarement en fer, re-
qni 8ont trèf-iouTeot plus faibles qo'elles ne derraient Fétre par rapport . aux pièces principales. — Gomp. Coheo, jfomi. oontultdrei^ p. xi et xii.
(1) Les deniers de C. Pison, quoique plus récents, sont en géoéral de 0c,l (=2 grains) plus forts que ceux de L. Pison. Voy. FriedliUider^ dans la ZeiUchrifl de KObne, t. II, p. 142. Les deniers italiques de la Guerre Sociale sont en général très-forts de poids. Leake en donne six (p. 125), qui pèsent de 4«',04(=62,d) à Z^flZ (=3:S6,1), c'est-à-dire 3«s9t en moyenne; les vingt-six pièces de la coUecUon Blacas pèsent de 4*%15 à 3^,60^ et donnent une moyenne de 2^,^.
(2) M. Schiassi {Medaglie di Cadriano, p. 83) et H. le mijor de Raoeli {Mittk. der numism. Getellschaft in Biriin^ III, p. 295 et suit. ) donnent
PI. zvn, n* s. ^^ analyses dont nous extrayons les résultats suivants : Tête de Janus.
PI. 2ULII, n«« 1 1^ Quadrige (t I, Annexe M, p. 368, pi. XVII, n*5) = 0,990 (4 essais, «^ >* Raucb). —Tête de Rome, f} Les Dioscores = 0,986 ( Rauch). — Tête de
n. XXVI, n«2. ^^^^ Bige attelé de cerft= 0,986 (Rauch). — Tête d'ApoUon. ^Quadrige =0,958 (2 essais, Rauch). — LENT.MAR.F- 1^ Deux figures (Cohen^ pi. XIV, n» 6) =0,988 (Schiassi). - P. HYPSAEVS. Le roi Arétas =0,986 (Schiassi).— FAVST.SX. »? Quatre couronnes =0,982 (Schiassi). -- Famille Plautia, avec la légende BACCHIYS =0,980' (SchiassQ. — Caton, avec la légende YICTRIX et Rome assise = 0,977 (Schiassi). — Famille Calpurnia. Tête d'Apollon. ^ Cavalier = 0,972 (2 essais, Rauch). - aC.M.P.I. ^ Éléphant = 0,955 (Schiassi). - PALIKANYS. ilT Chaise curule=0«',954 (Schiassi). — FAYST, ^ Trois trophées =0»',952 (Schiassi). — D'après les analyses de Dareet,Ie titre des monnaies de la République varie de 0«'t993 à 0i',96S (Letronne, Ccmidèratkm générales, p. 84 )| et d'après Thompson etPabbronl (Schiassi, loe* eit.) de 0i%998 à 0",982, 0«\979, O^'.OOt et 0«',902.
MONNAIES d'aRCBIIT. 79
couverte d'une mince feuille d'argent et n'ayant par conséquent aucune valeur intrinsèque (1). Les auteurs en parlent souvent II parait que la première émission de mon- ^e, p,^eet naies fourrées eut lieu pendant la guerre d'Annibal (2) ; '^""^^^ «^"^ la rareté de ces pièces parmi les anciens deniers au type gonvernement. des Dioscures (3), et leur présence parmi les aureus frappés pendant cette guerre confirment notre opinion (4). Cette in*
(1) L'expres8ion latine pour rendre cette opération est : aes^ on bien ferrum argenio miscere. On tronye dans Pilne {HisL nat., XXXIII, 3, 46; IX, 182) : « Miscuit deûario Illvir Antonius ferrum; misceniur aéra falsae monetae.» 11 ne peut être question ici d'un alliage ou du moins d'un alliage proprement dit, car il n'en existe pas pour les monnaies de la République, et c'est à propos de .eee monnaies que Pline parle de ce mélange. De pins, 11 est chimiquement impossible d'allier du fer avec de l'argent (Mongex, Mém. de ràcad. des inscript,, t. IX, p. 253), tandis que l'on rencontre des deniers des légions de Marc-Antoine doublés d'une &me de fer (Mongez, loc. cit.). Voy. Eekhel, Doci, Nwn. Vet., 1, Proleg^^ p. cxti.— Akerman, Coi, of roman coins, I, p. IX ; Num. Ckron,, VI, p. 68. On dit même que l'on tronte des pièces de la République doublées d'une ftme de plomb (Akerman, Num. CAron.,rV, p. 163); mais cette assertion demande confirmation. Plus tard, lorsque le titre de i'aiigent commence à être sensiblement altéré, le mot miscere doit s'entendre également des pièces fourrées et des pièces de bas Utre (Voplscusy Taeitus, IX). Quand il s'agit de l'or, on se sert de l'expression tingere (Ulpian. Digest., ^LVlll, 10, 8), ou bien inficere (Schol. Pers., 8aU y, 106). Akerman cite un denier d'Antoine et un autre de Tibère de bas titre contenant l'un 18 et l'autre 20 pour 100 d'argent fin (Cat, of roman comsy 1. 1, p. yni).
(2) Zonare (VIll, ad fin.) raconte que les Romains, après la bataille' de Trasimène, refusèrent les présents dHiéron, et il ajoute : KoCitep èv &xp'nH^'^ dyrre^, ôaxt t^ dp^upoûv vdtxiqia à^ykç x<i\ xaOai^dv Y^vdiJievov icpdrepov x^^^ 'xpoqjLtÇou
(3) Voy. Cohen, p. xtni. — Riccio (Mon, fam,, p. 2) cite an denier au rcTers des Dioscures et à bord dentdé qui s'est trouvé fbnrré. Nenmanu possédait une pièce fourrée au type du quadrige avec la légende incuse (Pop, num., n, p. 108).
(4) M. lemqjor de Rauch [Mitth, der nwn. Ges, in Berlin^ III, p. 287) cite une pièce d'or de 20 sesterces, fourrée; on sait que les pièces d'or le sont fort rarement*
novation correspond d'ailleurs parfaitement aux données que nous avons sur la fabrication des pièces de cuivre et même des pièces d'or contemporaines, comme nous le verrons plus loin. En même temps qu'on prêtait au cuivre une valeur double de sa' valeur véritable, on émettait des pièces d'argent fourrées, que l'on faisait circuler dans une certaine proportion avec les deniers de bon aloi. Quoi qu'on en ait dit, les deniers fourrés ne sont pas en général l'œuvre des faussaires : ce sont des monnaies fiduciaires émises par le gouvernement, à telles enseignes qu'on pouvait être légalement forcé de les accepter pour leur valeur nominale tout comme les deniers usés ou faibles de poids, et qu'il n'était pas permis de les refuser comme de la fausse monnaie (1) . L'opinion que toutes les pièces de ce genre sont l'œuvre des faussaires est inadmissible, car on voit quelques types particuliers fourrés de préférence, tandis que d'autres ne le sont jamais, et on en connaît dans la série impériale qui n'existent pas, pour ainsi dire, autrement. Nous ne prétendons pas dire cependant que les faux roonnayeurs n'aient jamais suivi un exemple si bien approprié à leur industrie (2) ; il est même prouvé qu'ils l'ont imité, etnous croyons l'invention de ce genre de fraude bien
(1) Anien {Epieteti, m, 1) : T6 toO Kafocpoc vdiuqta oOxC^eottv àiro*
icpoéoOat aÛT^v 8ti va dvT* aOroû icci>^o6{i£vov. Julias Panllus {Sententkte re^ xepiae, V, 25, i)i%Lege Comelia testamerUaria tenetur qui vultu princi- « pum tignatam monelampraeter adtdtennamreprQbaoerii. »
(S) Ainsi on voit sur une pièce fourrée de L. Cassius Caeicianus dans le champ du revers et du droit des lettres alphabétiques rangées dans un autre ordre que celui de tous ses deniers d'argent (Riccio, CataL, p. C3). \\ est évident que cette pièce est i'ceuvre d'un faux inonnayeur qui n'a pas copié exactement l'original. C'est pour la même raison que les pièces hybrides
de cette fAutte metare.
UONNAIES D*ABG€NT. 81
antérieure à Tépoque où le gouvernement romain en fjt usage.
Quoi qu'il en soit, les suites de cette fausse mesure financière se firent cruellement sentir; mesure pire qu'une suHet fonestt» émission d'assignats, véritable supercherie par laquelle le gouvernement trompait le public et se trompait lui-même, puisqu'il dissimulait ainsi l'émission d'une monnaie fiduciaire, et qu'il se mettait en même temps dans l'impossibilité de connaître dans quelle proportion le faux numéraire circulait avec l'argent de bon aloi (1). Nous ne sommes pas à même d'apprécier quelle était l'importance de cette émission dans Torigioe, et il est probable qu'avec le temps la fraude alla en augmentant au lieu de diminuer. L'usage auquel il est souvent fait allusion dans les auteurs, de constater la valeur des deniers au son qu'ils rendaient en les jetant à terre ou autrement (2) , et le très-petit nombre de pièces fourrées qui se rencontrent dans les dépôts de deniers de la Répu-
(e'est-à-dire celles dont le revers ne correspond pas an droit) sont souvent des pièces fourrées; ce genre d'erreur pouvait bien avoir lieu qiielquefoi4 dans les ateliers de i'Ëtat, mais U devait arriver plus facilement encore aux faux monnayeurs. Voyez EclLliel, ioe, cit., V, p. 93.— Borghesi, Annai, de PJnsL arch., IBZS, p. 61. — Les pièces fabriquées par les faux monnayeurs sont plus souvent des surmoulages en étain ou en plomb que des pièces fourrées {Digest., XLVIII, 10, 9, i; comp. Julius Paullos, loc. cit., V, 26,5).
(1) Même lorsque la quanUté de pièces fourrées que le gouvernement était autorisé à émettre avait été décrétée par un vote du peuple, personne ne pouvait savoir combien de deniers de bon aloi circulaient en même temps.
(2) Voyez ce que dit M. Tabbé Cavedoni {Saggio, p. 29), à Toccaslon des pièces fourrées, sur Forigine possible des marques au poinçon, qui se voient sur quelques pièces.
82 CHAPITRE Tr.
blique (1), doivent nous faire penser que celles-ci ne jouissaient pas dans le public de la même faveur que les bonnes pièces, et que leurs détenteurs devaient de temps 91 «r. j.-c. en temps éprouver des pertes sensibles. En 668, M. Livius Drusus proposa une émission de monnaies dans laquelle les pièces fourrées se trouveraient dans la proportion d'une contre sept deniers d'argent (2) ; et, en effet, soit que cette proposition ait été acceptée, soit qu'on ait adopté une antre mesure à peu près semblable, il est constant que le nombre des deniers de mauvais aloi en circulation devint fort considérable à cette époque. Dans le temps de Cinna la valeur du numéraire était devenue si incertaine, que personne ne savait au juste ce qu'il possédait (S). Alors (670 de Rome) les tribuns du peuple et les préteurs déFibérèrent sur les moyens à prendre pour remédier i cet
84 av. J.C.
(1) II ne 8*est trouyé qu'un seul denier fourré dans chacun des dépôts de Frascarolo, San Cesario et CoUeccbio, et peut-être deux seulement dans celui de Cadriano qui était fort considérable. (Cavedoni, Hipottigli, p. 12 et 255.)
(2) « livius Drusus^ dit Pline {Hist naU, WWW, 8, 4$), m tribunatu m piebei octavam partem aeris argento miscuiL m C'est probablement le plus jeune des deux personnages do même nom que nous connaissons. Comp. notre Hist, rom., U, p. 212. A la manière dont parle Pline, on ne peut douter que cette loi n'ait été exécutée.
(3) Cicéron ( De offkiis, III, 20, 80) : t Jactabatur illis temporibus num- 8G «▼. J.-c « f*!^ 9ie ut nemo posset scire quid baberet» » La loi Valeria de 668 contri*
bua sans doute à cette crise financière qu'on ne peut pas attribuer à la loi 89 «▼. J. c. Papiria de 665; cependant les désastres auxquels les mesures de Gratidianus mirent un terme, ne Tenaient pas de la réducUon dans le taux du capital, mais du peu de confiance qu'inspirait le numéraire en circulation. C'est à cet état de choses que font allusion ces paroles du prologue de la Casina de Plauto (v. 9. 10) : « Nunc novae quae prodeunt comoediae, muito « sunt nequiot^s quam nummi novi. » Nous arons essayé (Rheinisckes Museum, N. F., X, p. 122 et sul?.) de montrer que la scène de ce prologue peut être censée se passer dans les temps de Ciona.