‹ Histoire de la morale. [microform]Chapitre 13 sur 29 · LE BOUDDHISME EN CHINE · texte numérisé non relu

LE BOUDDHISME EN CHINE

Les peuples ont besoin de superstition, à défaut de science. La croyance aux esprits, l'observation des rites était bien une sorte d'aliment donné à ce besoin chez le peuple chinois; mais Khoungtseu ne l'admettait que comme un hors-d'œuvre,

une pratique pour la forme. On voit par quelquesuns de ses entretiens , qu il n'y attachait qu'une très-médiocre importance et tendait à y substituer les éternelles e\ universelles lois de la morale. Cependant il ne s'adressait pas à un peuple composé uniquement de lettrés ; il y avait une masse plus facile à séduire par le merveilleux que par le naturel, il y avait même des esprits éclairés enclins au mysticisme, et sa doctrine ne leur donnait point satisfaction sur rame, sur Dieu, sur la vie future. La doctrine de Lao-Tseu n'y satisfaisait pas non plus, et elle était trop subtile et trop abstraite pour gagner l'esprit de tous; elle ne pouvait faire de prosélytes que parmi les lettrés; mais le bouddhisme vint, avec la poésie de ses origines traditionnelles, avec le prestige de ses transmigrations ou métamorphoses, remplir la lacune religieuse laissée par les philosophes et alimenter la crédulité

populaire.

Je vais montrer rapidement les points qui le séparent et ceux qui le rapprochent des deux autres doctrines ; le livre des récompenses et des peines nous en a fourni déjà l'occasion.

Les bouddhistes signalent cinq actions ou règles de conduite qui procurent à l'homme l'avantage de renaître parmi les dieux : l» avoir le cœur compatissant, c'est-à-dire ne pas tuer les êtres vivants, prendre pitié d'eux, leur assurer du repos; 2° suivre la sagesse : ne pas voler le bien d' autrui, faire Taumône, se garantir de l'avarice, secourir tous les nécessiteux ; être pur, ne pas se livrer aux voluptés, garder les préceptes, observer les jeûnes; 40 être sincère, ne point tromper les autres, se garantir des quatre péchés de la bouche, qui sont : le

mensonge, l'hypocrisie, la duplicité, la calomnie ; enûn, ne jamais flatter ; 5» ne pas boire de liqueur qui enivre.

Le nombre sacramentel de cinq a Tinconvénient de produire des catégories arbitraires, car ces actions peuvent être divisées en plus de cinq espèces bien distinctes.

Il y a cinq sortes de personnes auxquelles le religieux bouddhiste ne doit point demander Taumône : !<> les chanteurs et les comédiens, car ils troublent la contemplation ; 2® les femmes de mauvaise vie ; elles ferment la bonne voie ; 3" les marchands de vin, car le vin fait naître tous les vices, tous les excès, tous les crimes ; 4» Les rois, parcH que leur palais est rempli de courtisans et d'officiers qui en interdisent l'entrée (sans doute par leur mauvaise conduite); 5o enfin, les bouchers qui, en détruisant la sensibilité, détruisent la vertu et les bonnes inclinations.

Ce dernier trait, surtout, caractérise le bouddhisme.

La participation des femmes aux cérémonies re • ligieuses du bouddhisme a dû contribuer à la propagation de cette doctrine dans le peuple ; ce fut même là une innovation dont il fallut donner l'explication par la tradition indienne introduite en Chine.

Suivant cette tradition, après que Gakya-Mouni (depuis Bouddha) eut accompli la loi, sa tante, Ananda, lui demanda la permission d'embrasser la vie religieuse et d'étudier la doctrine. Il n'y voulut pas consentir, craignant de faire entrer les femmes dans sa loi, et il disait: « Lorsqu'une famille a beaucoup de filles et peu de garçons, elle tombe en

ruine. » Ananda renouvela ses instances ; aloi*9 Bouddha cédant à ses sollicitations, imposa aux femmes religieuses les huit procédés respectueux : 1» respecter un religieux même jeune ; 2o respecter les mendiants; 3° examiner sa conscience, en entendant un religieux ; 4" recevoir les préceptes d'un mendiant ou d'un sage ; 5» s'humilier et confesser ses fautes ; 6» écouter pendant quinze jours les instructions des sangas; ?<> s'interdire le repos pendant trois mois d*été, sans quitter les mendiants ; 8® suivre les mendiants et se confesser de ses fautes.

Huit péchés sont interdits aux femmes religieuses : 1« ôter la vie à un être sensible ; 2« voler, être cupide ; 2» commettre des impuretés ; 4® mentir et tromper les autres ; 5° se laisser toucher par un homme ; 6« toucher le vêtement d'un homme ; se retirer ensemble et s'asseoir dans un lieu écarté, s'appuyer l'un sur l'autre; 7«ne pas révéler ses péchés à rassemblée ; 8" ne pas faire la prière en commun et suivre une société particulière.

Voilcà en quelque sorte le programme du bouddhisme en Chine; c'est le même que celui de la tradition indienne ; il en diffère seulement par les détails du culte, dont je n'ai pas à m'occuper.

Page 1