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SENTENCES ET PROVERBES

Si les Chinois pratiquaient fidèlement leur morale traditionnelle, notamment celle de Khoung-

tseu, qu*il3 invoquent sans cesse, ils formeraient le peuple le plus juste, le plus libéral, le plus miséricordieux, le plus affable, le plus observateur des devoirs de la famille et de la société ; il n'est point de théorie morale aussi complète, aussi frappée au coin du bon sens universel que celle contenue

dans les livres classiques , bases de leur éducation.

Mais si les lois de la morale ne passent point comme les dogmes religieux, leur pratique peut tomber en désuétude , par le défaut d'instruction, par rincurie du gouvernement, par la préoccupation exclusive des intérêts matériels, et surtout par l'abjection et l'igcorance où les femmes ont été laissées et qui leur ont enlevé une influence trésfavorable à l'adoucissement des mœurs.

Voilà ce qui explique la décadence morale et intellectuelle de ce peuple.

L'exemple lui venait souvent d'en haut, et si quelques empereurs s'inspirèrent de la doctrine de Khoung-lseu pour gouverner avec douceur, probité et justice, tous les autres préférèrent écouter la voix de leurs passions, se livrer aux enivrements du pouvoir et de la richesse, plutôt que de suivre les régies gênantes d'une sagesse austère. Cependant l'on n'a jamais cessé d'honorer la mémoire des grands philosophes et de les citer à tous propos. Leurs maximes sont en Chine, et dans une plus grande proportion encore, comme les versets des Psaumes et de l'Evangile, en Eurepe , inscrites partout, sur les monuments, sur les façades de maisons, sur les tombeaux , etc. Mais on les pratique fort peu.

La mémoire de Khoung-tseu est restée, par des-

sus toutes les autres, Tobjet d'une sorte de culte, d'une vénération attachée moins à la personne qu'à la doctrine.

Quand les lettrés se prosternent devant son tombeau, c'est comme pour le remercier des bons enseignements qu'ils ont puisés dans ses hvres, et, à cet effet, des temples sont élevés dans toutes les villes importantes en son honneur.

Ses maximes ont d'ailleurs force de lois pour les gouvernants comme pour les pères de famille, et c'est en les proclamant bien haut que les fondateurs de dynasties et même les conquérants tartares ont su faire accepter leur domination.

Il circule en Chine des recueils de pensées et de proverbes, espi^ces de catéchismes destinés à tous 'es âges ; la plupart de ces maximes sont tirées des Kings, les autres sont sans nom d'auteur, comme des proverbes, et beaucoup peuvent rivaliser avec les meilleures pensées de nos moralistes (1).

En voici quelques-unes :

« Le sage fait le bien comme il respire : c'est sa vie.

» On peut être décent sans être sage; mais on ne saurait être sage sans être décent.

• La décence est le teint de la vertu et le fond du vice.

• Le gage ne dit pas ce qu'il fait, mais il ne fait rien qui ne puisse être dit.

» La raillerie est l'éclair de la calomnie. » L'homme peut se courber vers la vertu ; mais la vertu ne se courbe jamais vers l'homme.

(1) Hue, VEmpire ChinoU, t. 2, ch. U. -^ Mémoires sur les Chinois, t. 4.

» La vertu ne donne pas les talents, mais elle y supplée ; les talents ne donnent ni ne suppléent la vertu.

» On peut se passer des hommes, mais on a besoin d*un ami.

» Le cérémonial est la fumée de l'amitié.

» Si le cœur n'est que de moitié avec l'esprit, les pensées les plus solides ne donnent que de la lumière : voilà pourquoi la science est si peu persuasive, et la probité si éloquente.

» L'esprit des femmes est de vif-argent, et leur cœur est de cire.» On pourrait interpréter cette sentence d'une manière favorable à la nature de la femme, en disant qu'elle a l'intelligence prompte et le cœur tendre, mais ce serait contre l'opinion des Chinois.

« La langue des femmes croit de tout ce qu'elles ôtent à leurs pieds. » C'est une allusion à la déplorable coutume des femmes en Chine de recourber les doigts des pieds de manière qu elles ne marchent que comme sur deux moignons ; cela imprime à leur corps un balancement qui ne manque pas de grâce, et explique peut-être la cause du maintien de cette mutilation moins dangereuse pourtant que la dépression de la poitrine pratiquée chez nous au moyen des corsets.

« On chante à la cour pour boire, on boit au village pour chanter.

» Toutes les erreurs n'ont qu'un terme ; après cent millions de difficultés, de subtilités, de sophismes, de tourments et de mensonges, la plus petite vérité est encore tout ce qu'elle était.

» Un jour en vaut trois pour qui fait chaque chose en son temps.

» Moins on a d'indulgence pour soi, plus il est aisé d'en avoir beaucoup pour les autres.

» On mesure les tours par leur ombre et les grands hommes par leurs envieux.

■ Oh ! quel plaisir que celui de donner ! il n'y aurait pas de riches, s'ils étaient capables de le sentir.

». Les riches trouvent des parents dans les pays étrangers les plus éloignés; les pauvres n'en trouvent pas dans le sein même de leur famille.

» Les vérités qu'on aime le moins à apprendre sont celles qu'on a le plus d'intérêt à savoir.

» On pardonne tout à qui ne se pardorme rien.

» Ce sont les plus riches qui manquent de plus de choses.

• Quel est le plus grand menteur ? Celui qui parle le plus de soi.

» Il ne faut pas employer ceux qu'on soupçonne, ni soupçonner ceux qu'on emploie.

» On n'a jamais tant besoin de son esprit que lorsqu'on a affaire à un sot.

» Tout est perdu quand le peuple craint moins la mort que la misère.

» Prince impudique, maître pans pitié.

» Le marbre, pour être poli, n'en est ni moins froid ni moins dur ; il en est de même des courtisans.

■ Les sages se ressemblent par le cœur et les méchants par l'esprit.

» Qui sait se refuser à soi-même n'a rien à demander à personne.

» Le cérémonial est la fumée de l'amitié.

» Qui ne peut pas dormir trouve son lit mal fait.

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» Il vaut mieux sauver un mourant que d'enterrer cent morts. »

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