‹ Histoire de la musculation irrésistible, ou, De la chorée anormaleChapitre 16 sur 89 · OBSERVATION 11.) DE PROPULSION. ICI · texte numérisé non relu

OBSERVATION 11.) DE PROPULSION. ICI

Deux nouveaux accès, peu de temps après, à un intervalle de quelques semaines, lui survinrent dans les promenades publiques ; il resta, malgré l'usage des sangsues (tous les mois, douze au fondement), des bains de gélatine, ventouses sèches le long de l'épine, de la valériane en poudre à la dose de deux gros par jour, dans le même état, conservant toutes ses forces et ses facultés mentales (1) .

M. de la F., âgé de 60 ans environ, ayant le cou assez court, mais peu d'embonpoint et le visage peu coloré, m'entretint, dans un dîner, fort au long de bourdonnements d'oreille, d'étourdissements auxquels il était sujet depuis quelque temps. Huit ou dix jours après cet entrelien, par une température très froide à l'ombre, et brûlante au soleil (c'était en mai 1819), ayant passé quelque temps aux Tuileries, immobile et exposé au soleil sous les fenêtres du roi, il fut pris d'un de ces étourdissements qu'il éprouvait depuis quelque temps. Il cherche à le dissiper en se dirigeant vers un banc pour y reposer quelques instants. Remis incomplètement de cette indisposition, il se lève pour quitter le jardin et rentrer chez lui. Mais après avoir fait quelques pas pour gagner doucement la grande allée, il s'aperçoit que sa marche s'accélère malgré lui, et qu'il lui est impossible, soit de la ralentir, soit de la diriger, ou de s'arrêter ; ainsi poussé devant lui, plutôt courant que marchant, avec la parfaite connaissance de son état, du danger immédiat qu'il lui faisait courir, et de la curieuse attention dont il était devenu l'objet,

(1) Itard, Archives générales, t. viii, i82S, p. 388.

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il était parvenu non loin du grand bassin où il so serait infailliblement jeté, s'il n'eût été reconnu par un de ses amis attiré par la foule dont il commençait à être suivi. Cet ami vintà lui, le saisit dans ses bras, le conduisit avec beaucoup de peine sur une chaise, et, après quelques moments, dans une voilure de place. Arrivé chez lui, le malade put, quoique fort lentement, monter h son appartement, diriger à sa volonté le mouvement des jambes, mais qu'il sentait et qu'on voyait manifestement être faibles et tremblantes. Il lui l estait aussi beaucoup d'abbatlement moral ou plutôt de celte torpeur stupide qui succède aux violents accès d'épilepsie. Elle était dissipée le lendemain. Le troisième jour, la parole s'embarrassa ; le sixième, le malade succomba après deux courtes attaques de convulsion. Le cadavre ne fut point ouvert (1).

M. J., homme de loi, âgé de 76 ans, d'un tempérament sanguin, commença à éprouver, à 67 ans, un tremblement des extrémités inférieures, qui augmenta progressivement au point qu'il devint nécessaire de placer une peau de mouton sous ses pieds pour empêcher que les audiences de la cour, dont il était président, ne fussent troublées par le bruit qu'occasionnait la percussion continuelle de ceux-ci sur le plancher. Une fois debout, il n'éprouvait rien de semblable. Peu à peu, les mouvements involontaires envahirent les bras, il éprouva à plusieurs reprises des congestions cérébrales, et les facultés intellectuelles diminuèrent.

Depuis un an, la marche était devenue difficile et irrégu-

(1) llard. Loc. cit., p. ^90

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lière; il élait porté malgré lui en avant, en pas étendus et précipités, dont la vitesse diminuait peu à peu si la progression continuait, tandis que s'il se présentait un obstacle mécanique à la marche, le malade semblait menacé de perdre l'équilibre, et était obligé, pour éviter de tomber^ de se cramponer au premier corps qui s'offrait à lui. Plus tard, il succomba à une affection cérébrale (1).

Joachim, âgé de 37 ans, demandant l'aumône pour vivre, offre dans ses mouvements cela d'analogue avec les faits précédents que sa démarche est saccadée et irrégulière ; il semble que ce malheureux, entraîné par une impulsion plus forte que sa volonté, ne puisse maîtriser la conlractio n des muscles de ses extrémités inférieures; en sorte qu'il est porté, tantôt à courir irrésistiblement, tantôt à trébucher de côté et d'autre. Il se sert habituellement d'un bâton comme de point d'appui et de régulateur artificiel. J'ai remarqué que lorsque cet homme a bu un peu plus que de coutume, la progression est beaucoup plus vacillante et l'impulsion en avant plus involontaire. Les muscles du cou et ceux des extrémités supérieures partagent le même état normal des contractions. Cependant, cet infortuné est parvenu à maîtriser un peu les mouvements des doigts, qu'il élève et abaisse automatiquement sur les trous d'un flageolet, dans lesquel il souffle depuis le matin jusqu'au soir pour fixer l'attention des passants. Il ne s'interrompt, de temps en temps, que pour demander l'aumône

(1) M.Toulmouclie. Mémoires de l'Académie royalede médecine, vol. u, 1833. p. 371.

MUSCULATION IRRÉSISTIBLE (oDSEnvATiON li.)

d'une voix bégayante et inintelligible. Cet homme marche toute la journée dans les rues de Rennes, est dans un état marqué d'imbécillité, ayant perdu le souvenir du passé, riant et grimaçant continuellement. Il exerce régulièrement toutes les fonctions de la vie organique. M. Toulmouche (1).

Je rencontre quelquefois une demoiselle dont la démarche bizarre a frappé mon attention. Je ne puis mieux comparer son allure qu'à celle d'une femme ivre, avec la seule différence qu'elle est plus précipitée, plus spasmodique, et qu'on observe un effort continuel de la volonté pour ramener les mouvements à un type plus régulier. Cette jeune personne paraît tantôt poussée malgré elle en avant et près de tomber, alors elle reporte brusquement le corps en arrière, comme pour rétablir le centre de gravité ; d'autres fois, l'équilibration latérale semble prête à faillir, en sorte que la pauvre malade décrit de chaque côté des zig-zag inégaux. Cependant, ces derniers mouvements sont moins marqués que ceux en avant. M. Toulmouche (2).

Réflexions. S'il était permis de se montrer sévère dans le choix des observations, nous n'aurions pas hésité à él4fuer celle-ci, comme aussi les observations XV et XV I. Dans ces observations, en effet, le mouvement propulsif paraît très problématique; il résulte plutôt d'une faiblesse des extrémités paralysées qui, par la rapidité des mouvements, cher- Ci) Loc.cit., p, 373.

(2) Loc. cit., p. 374

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