‹ Histoire de la musculation irrésistible, ou, De la chorée anormaleChapitre 17 sur 89 · OBSERVATIONS 15 ET IC.) DE PROPULSION · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS 15 ET IC.) DE PROPULSION

client à suppléer au défaut de force ; c'est une espèce de trébuchemenl plutôt qu'une course sollicitée par une force irrésistible.

De M. Louyer-Villermay (1). Un ancien militaire, d'un caractère violent, habitué au commandement, et adonné au régime excitant, fil la guerre dans les colonies, où il reçut plusieurs blessures graves (il perdit un bras et un œil). De retour en France, il y fut pris de contractions involontaires dans les membres pelviens, telles qu'il ne pouvait diriger ou ralentir sa marche, et qu'il eût couru grand risque de tomber s'il eût été privé d'un point d'appui. Ces contractions étaient uniformes et alternatives, mais non précipitées. Il marchait involontairement, mais il ne courait pas. Le seul bras qu'il eût conservé ne participait point à ce désordre ; ses autres fonctions organiques s'exécutaient régulièrement , et on n'observait aucun trouble dans les facultés intellectuelles. Les boues d'Atri en Italie et celles de St-Amand diminuèrent ces accidents, qui reparurent bientôt avec leur intensité première. Après dix ans de maladie , l'entendement s'affaiblit notablement ; il survint ensuite de l'assoupissement , puis la paralysie des membres pelviens et la mort.

De M. Louyer-Villermay (2). Il y a environ quinze ans que je fus appelé par un fermier des environs de Marly-la-

(1) Mémoires de l'Académie royale de médecine, vol. ii, p. 38S. Paris,

(2) Loc. cit., p. 386.

52 MUSCULATION IRRÉSISTIBLE (oBSEnvATiON 17.)

Ville, qui, depuis quelque temps, 6lait atteint d'une affection analogue 5 la précédente. Il ne me souvientplus des prodromes de sa maladie, mais je me rapelle très bien qu'il ne pouvait parcourir sa chambre, quoique très petite, qu'en marchant très précipitamment. Ses membres pelviens se contractaientcontre sa volonté quand il voulaitse mouvoir d'une manière irrégulière, mais à peu près uniforme. Une fois en mouvement, il lui était impossible de s'arrêter, à moins qu'il ne rencontrât un obstacle. Pour prévenir des chûtes fréquentes, il était obligé de s'appuyer ou de se cramponner aux meubles et à la muraille. Le pronostic fut très sévère, et après être resté quatre ans dans la même situation, ce malade fut frappé d'une apoplexie foudroyante.

OBSEnVATION XVII.

M. Semola (1) a publié un des cas les plus remarquables de propulsion. Au bout de sept ans, la propulsion s'est changée en une autre espèce de musculation involontaire. Voici le cas.

Un jeune homme de 26 ans, né de parents sains, d'une constitution très irritable, fut attaqué, danssa onzième année, d'une forme particulière de convulsions , dont les accès avaient lieu tant le jour que la nuit. Il poussait des cris violents et perdait subitement la connaissance. Puis il se mettait à courir en ligne droite devant lui avec une rapidité incroyable, ne se détournant ni à droite ni à gauche, et ne se laissant arrêter par aucun obstacle, à moins qu'il ne fût insurmontable. Il arrivait quelquefois que, saisi d'un pa-

(l)Sopraduemallalie non cncoradcscriUa.Napoli,1834, p.G.

(oDSEnvATiON 18.) DE PROPULSION. 53

roxysme au pied ilc l'escalier, il le montait en ligue droite avec une rapidité incompréhensible. Si on ne l'arrêtait pas, il courait ainsi pendant quelques secondes, à la distance de vingt ou trente pas. Alors il restait tout-à coup tranquille, la connaissance lui revenait; son visage se colorait d'un rouge vif, il ne se rappelait pas ce qui s'était passé, seulement il prétendait avoir ressenti, peu de temps avant la perte de la connaissance, une bouffée de chaleur lui montant des pieds à la tête, le long de la colonne vertébrale. Pendant sept ans, les accès se renouvelèrent une ou deux fois par jour h des intervalles irréguliers, après quoi la maladie changea de forme. Au début de l'accès, le malade tombait à terre, se roulait en ligne droite dix ou douze pas autour de son axe longitudinal, au milieu de cris continuels et avec perte complète de la connaissance. Le malade n'est pas encore guéri. Les paroxysmes de cette dernière forme reviennent plus fréquemment la nuit, et il se passe peu de jours sans qu'ils se renouvellent. Tous les médicaments employés ont échoué.

De Hufeland (1). C. D., âgé de 13 ans, d'une santé assez bonne, s'étant refroidi à l'âge de 10 ans, avait ^té attaqué d'accès spasmodiques qui avaient été guéris en peu de jours. Depuis deux mois et demi environ, il était retombé malade.

On remarqua d'abord chez lui de l'indifférence pour toutes choses et une si grande nonchalance qu'il lui répugnait de faire ce qu'il aimait le mieux. Cet état ne dura pas longtemps.

(1) Journal de Hufeland. Jiiin 1811, vol xxxii, p. 88.

MUSCULATION IRRÉSISTIBLE (obseuvation 18).

L'appétit disparut, la parole devenait quelquefois inintelligible ; quelquefois il était incapable de prononcer certains mots. On observa des contractions de la face; au moindre effort pour les comprimer survenaient des mouvements involontaires de la mâchoire inférieure, des tressaillements dans le bras droit et dans le côté gauche du corps. La maladie s'exacerba ainsi de jour en jour jusqu'à ce qu'elle occupât tout le corps. Lorsque l'enfant entra à l'hôpital, elle se caractérisait ainsi :

Regard fixe, timidité, grimaces, mouvement anormal des mâchoires et de la langue; quelquefois parole embrouillée ou même impossible. Balancement de la tête, tressaillements des muscles du cou, et mouvements involontaires, anormaux, de tout le corps, en sorte que lemaladenepouvait rester quelques minutes seulement en repos, quelque effort qu'il ih. Souvent il était obligé de courir rapidement d'une place à une autre, sans pouvoir se retenir, d'autres fois de sauter. Il savait parfaitement ce qu'il faisait, et il pouvait de même se rappeler le passé. Toutes les fonctions étaient d'ailleurs peu troublées, h l'exception de l'appétit.

Depuis le commencement jusqu'à la fin du traitement, le malade ne reçut que du zinc, d'abord l'oxyde de zinc, 0,05 grammes trois fois par jour, puis, au bout de trois jours, la même dose une seule fois par jour, aucune amélioration ne se faisant remarquer. Au bout de deux jours, on augmenta la dose, qu'on porta progressivement jusqu'à quarante centigrammes, l'amélioration fut sensible. Après quinze jours de traitement les mouvements involontaires avaient entièrement disparu ; il ne restait plus qu'un peu de difficulté à mouvoir le bras gauche et un peu de bégaiement. La dose fut portée à 80

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