‹ Histoire de la musculation irrésistible, ou, De la chorée anormaleChapitre 3 sur 89 · III. — Médecins delà renaissance · texte numérisé non relu

III. — Médecins delà renaissance

Le plus ancien document historique que nous connaissions, c'est une observation du médecin florentin, Antonius Beniveni (2), (né en lZi42, mort en 1503). Il s'exprime en ces termes:

« Puerum vidimus etcuravimusqui cumnuîlo modoquiescere posset, sed ita, semper hinc inde temerario quodam impetu, et inordinato motu ferretur, ut etiam stare volens iterum titubaret et caderet. Quœsitum est a medicis quœnam esset abdita causa hujus mali quod illi distensionem cum saltu putabant. Sed cum nuUam prorsus aliam invenirent quam timorera, in quem paucis ante diebus puer, ipse nescio quam ob rem incidisse dicebatur, idoneis secundum hancrationem medicamentis puerum curare cœperunt : quœ cum nihil omnino proficerent, et in nostras tandem devenis-

(1) Alsaharivii qui vulgo dicitur Acararius, liber iheoricœ nec non practicae. Auguslae Vindelicorum , 1519 , cap, xxv et xxvi , fol. 32. Bibl. nat. T. 119.

(2) Auloni Benevenii libellus de abdilis nonnuUisac mirandis morbor rumelsanalionum causis.Basilece, apud Andream Cralandum,1529, in-8°. Observ. 92, p. 289. Biijlioih. nation. T. 2004..

set maniiSj deprehensa statim morbi causa qiiam solos lumbricos esse praeseusimus usque adco ad hoc malum propulsandum facilem et expeditiim adilum liabuimus, ut hac sola intention e curatus puer ad piistinam brevi regressus sit valetudinein. »

De ce document précieux on peut donc tirer les conclusions suivantes :

1° La maladie que nous appelons aujourd'hui danse de saint Guy était déjà connue vers la fin du xv siècle.

2» Elle ne portait pas encore le nom de danse de saint Guy, qu'elle ne reçut que plus tard, et les médecins n'avaient point de nom pour la désigner.

3° Dans le xv« siècle, comme encore aujourd'hui . des cas de cette maladie se présentaient en Italie, et l'opinion d'un grand nombre de médecins vivants , que celte maladie est propre aux pays froids, qu'elle ne se rencontre jamais dans les climats chauds, n'est nullement fondée.

Si Beniveni nous décrit le premier une affection caractérisée par des mouvements involontaires sans appliquer le nom de chorée à la maladie qu'il présente ; un de ses contemporains, au contraire, parle de la chorée sans en donner la description. Paracelse (1), né en lZi93, mort en Iblii, est Je premier médecin dans les écrits duquel on rencontre l'expression de chorea sancli Vili ou vilisla. On doit regretter vivement qu'il n'ait pas jugé à propos de décrire cette maladie. Tout ce que l'on peut conclure avec certitude de ce qu'il dit, c'est qu'il appliquait ce nom à une affection consistant en danses involontaires. Or, comme il nomme aussi cette maladie men-

(1) Opéra omnia. Edii Geiievœ, 1058, vol. i , p. H7 et p. 578.

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taphora, il est permis de croire qu'il a voulu désigner plutôt une affection mentale que les mouvements involontaires des muscles qui caractérisent notre chorée. II admet trois espèces de chorée :

1° Chorea meretricmn seu lascim. oh nous croyons reconnaître une espèce de nymphomanie.

2° Chorea imaginaliva^ paraissant être une maladie simulée par l'imposture.

3° Chorea naluralis sive coacla, qui nous semble n'être autre chose qu'une aliénation mentale accompagnée de rires.

Que nous nous trompions ou non, on voit qu'il est impossible de déterminer avec certitude quelle espèce de maladie Paracelse entendait désigner par ces mots de chorea sancli Fi/i, qu'il a employés le premier; car si l'affection à laquelle cette dénomination est appliquée aujourd'hui avait été connue de son temps sous le nom de chorée de saint Guy, nul doute queBeniveni, son contemporain , ne se fût servi de cette expression, et qu'il n'eût pas été embarrassé de donner un nom à la maladie qu'il a décrite.

Quoi qu'il en soit, nous ne pouvons nous dispenser de raconter quelle singulière origine Paracelse attribua à la vilisla.

La première personne qu'attaqua celte maladie fut une dame Troffea. Elle avait une humeur fort bizarre. Lorsque son mari lui ordonnait de faire quelque chose qui lui déplaisait, elle contrefaisait l'insensée, feignait une maladie, et prétendait qu'il lui était impossible de résister à l'envie de danser et de sauter. C'est qu'elle savait que rien n'était aussi insupportable à son mari que la danse. Elle pirouettait,

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gambadait, chantait, tremblait de tous ses membres, et finissait par s'endormir. A la vue de ces fourberies d'autres femmes les imitèrent, l'une les enseignant à l'autre. Il en résulta donc que l'on prit cette ruse pour une maladie. On voulut connaître la cause de cette maladie, et l'on crut devoir l'attribuer au dieu Magor. Plus tard on substitua saint Guy à la divinité païenne.

Cette fable nous apprend que la chorée actuelle, qui attaque de préférence les enfants, n'est assurément pas la même maladie que celle que Paracelse désigne sous le nom de Vitista.

Ce qui ne permet de conserver à cet égard aucune espèce de doute, c'est que Conrad Gessner^ (1) qui naquit en 1516, et mourut en 1565, et qui vécut par conséquent à peu près h la même époque que Paracelse, nous raconte que de son tenips on appelait chorea sanctiViti les convulsions qui se déclaraient chez les personnes mordues par des chiens enragés.

Êraste (2) né en 152Zi, mort en 1583, relate aussi plusieurs cas appartenant certainement à la chorée actuelle, sans leur appliquer le nom de chorea sancti Viti, parce que cette espèce de maladie était alors considérée comme une épilepsie.

Nous ne devons pas enfin passer sous silence la mention qu'un médecin piémontais du commencement du xvi« siècle, nommé Pierre Bayro (3) fait de palpitalione sive sal-

(1) Ilistoriaanimalium, Tigarii, 1331, in-fol. , p. 197, de cane, liltera G.

(2) Thomas Eraslus , comilis montani vicentiiii, novi medicorum censoris quinque librorum, de morbis nuper editorum viva analonie. Basileœ, 1581, pars 2, p. 193. Bibl. nat. T. 7M.

(3) Pelri Bayri, Taurinensis, de niedendis corporis nialis, quod vulgo venimcum vocanl Enchiridion. Lugduni, 1361, iib. ii,cap.21, p. 70.

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tuosa 111 memhrorum dispositione , sans en donner aucune description détaillée, et sans lui appliquer le nom de chorea sancti Vili.

Nous croyons pouvoir répéter avec une entière conviction que jusqu'au milieu du xvf siècle les maladies désignées sous le nom de chorea sancti Viti n'étaient pas notre chorée, et que raffeclion que nous appelons aujourd'hui chorée recevait un tout autre nom des médecins de cette époque.

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