‹ Histoire de la musculation irrésistible, ou, De la chorée anormaleChapitre 4 sur 89 · IV.— Les compilateurs du XVl» siècle · texte numérisé non relu

IV.— Les compilateurs du XVl» siècle

Dans la seconde moitié du xvi" siècle, nous trouvons un plus grand nombi'e d'écrivains qui s'occupent de cette maladie, mais de la description qu'ils en donnent, il résulte une preuve nouvelle que la chorea sancti Viti de ce, temps n'était pas notre chorée.

Le premier dont nous ayons à parler est Schenk dê Graffenberg (1) né en 1530, mort en 1598. Un chapitre de S€S observations, le seul qui nous intéresse, porte pour titre : Rara et liorrenda cum apud veteres ium recenliores insaniœ species, qua correpii miro saltandi fur or e agilantur, undè sancti Vili chorea nomen invenit. On y lit que, du temps de ses aïeux, une espèce particulière de folie avait régné en Allemagne. Cette maladie attaquait principalement les ouvriers sédentaii'es des basses classes. On voyait des tailleurs , des cordonniers, des paysans abandonner leurs travaux, saisis d'une terrible fureur dansante, s'asseinbler en certains lieux et danser sans répit, jusqu'à perdre haleine si on ne les

(1) Observalionum medicarum rararum , novarum , admirabilium et monstruosarum loniusi, p. 216—223. Francofurli, IGOO. Iq-8».

empêchait de vive force. Quelquefois cette fureur allait si loin que, si l'on ne s'opposait pas à leurs violences, quelques-uns se brisaient la tête contre des pierres, ou, tout en dansant, se précipitaient dans lesrivièi es ofi ils trouvaient la mort. Cette espèce de démence s'appelait chorea saucti Vili.

Comme ces furieux assuraient que la musique les soulageait, l'autorité se vit obligée de payer des timbaliers et d'autres musiciens , ainsi que des hommes robustes pour danser avec eux jusquà la fin de l'accès.

Souvent il arrivait que ces insensés déchiraient leurs vêtements , et se précipitaient sur les personnes habillées de rouge, en sorte que les gens riches durent prendre à leurs frais des gardiens , qu'ils donnèrent pour conducteurs à ces maniaques.

Pour obtenir leur guérison , ils avaient recours à saint Guy ou à saint Jean. Ceux qui étaient attaqués de cette maladie dans le Brisgaw, (1) et les contrées voisines s'assemblaient chaque année la veille de la Saint-Jean dans deux chapelles, l'une à Biessen en Brisgaw, consacrée à saint Guy, l'autre à Wasenweiler , sous l'invocation de saint Jean , appartenant toutes deux à l'ordre teutonique.

Ils s'y rendaient les uns pour accomplir un vœu , les antres pour obtenir de l'intercession du saint la force de résister à la maladie.

« Ce qu'ily a d'étonnant » ajoute Scheuk, « c'est que durant tout le mois ils avaient été très tristes, pleins de crainte et d'anxiété , et convaincus qu'ils ne seraient en repos et guéris qu'après avoir dansé dans ces chapelles, et chassé ainsi leur folie. Pour la plupart, cette attente ne fut pas

(1) Aujourd'hui duché de Bade.

jusqu'à sydenham. il

trompée, car, après avoir dansé trois heures, ils restèrent une année entière sans éprouver de nouvel accès. »

Philippe Gamerarius (1) né en 153/i, mort en 1598, rapporte qu'il avait régné autrefois dans le centre et le midi de l'Allemagne une fureur de danse nommée par le peuple danse de saint Guy ou de saint Modeste. Il mentionne ce fait d'après Bodin (Melhodus liistoriae, lib. ii, cap. A, et Dœraonomania) et lui assigne la date de 137/i, en s'appuyant sur l'autorité de Louis de Malines. (Annal. Flandriae,

lib. xiv) et de Pierre le Prémont.

Plus loin, le même écrivain raconte que, de son temps, on montrait près de Ravensburg en Souabe, sur une montagne appelée encore montagne de saint Guy, un magnifique château avec une chapelle où , il n'y avait pas bien longtemps de cela , se rendaient chaque année une foule de danseurs pour offrir un sacrifice à ce saint, et obtenir de lui la santé. L'entrée du château leur ayant été refusée et la chapelle ayant reçu une autre destination, ces pèlerinages avaient cessé.

Jean Rodolphe Gamerarius (2) relate à peu près le même fait. Il résulte de son témoignage que le souvenir de cette ancienne fureur ne se conservait déjà plus de son temps que comme une tradition populaire, et que, d'après les descriptions qu'on en faisait, cette maladie n'avait rien de commun avec la chorée actuelle.

Conformément à cette tradition , on tenait à cette époque

(1) Operae horarum subscissivarum , sive m edi la lion es historiaî cenluria altéra. Francofurli, 1C06, cap. 81, p. 320. Bibliol. mazariiie, 18791.

(2) Sylloge memorabilium medecinai el mirabilium nalura3 arcanorum. Cenl. XI, pars 87.

pour attaqués de la danse de saint Guy tous les insensés chez lesquels on observait des mouvements dansants ou sautants.

Nous lisons dans 5c/ien/c ; (1) « Nuper enthusiasticus puer ex Sanderbitz, annos circiter 12 nalus, in vicinia stipem exigebat ad tibiae cantum saltitando , ostendit lilteras quas a magistratu acceperat, propter choream domini Viti cui obnoxius est. »

Qu'en tout cela la friponnerie ait joué un grand rôle, c'est ce qu'il n'est sans doute pas nécessaire de prouver; mais d'un autre côté, le passage suivant de J. Rodolphe Camerarius, (2) montre que , même à cette époque , il y avait bien des hommes clairvoyants qui ne se laissaient pas tromper par de pareilles jongleries.

<£ Lors du voyage du prince de Wurtemberg en Italie, l'archilecte Ilenri Schikart vit un cas semblable chez un vigoureux compagnon de 2li ans, natif de Rome, qui dansait sans cesse. Voici le moyen curatif qu'il conseille d'employer. Dans notre opinion, dit-il, on aurait dû envoyer ce gaillardlà sur une galère, et le forcer à coups de fouet à travailler. Il n'aurait pas tardé à être guéri. »

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