‹ Histoire de la musculation irrésistible, ou, De la chorée anormaleChapitre 40 sur 89 · XXXVII. — Complications · texte numérisé non relu

XXXVII. — Complications

Cette espèce de musculation irrésistible, comme la précédente, se présente le plus souvent avec des complications.

A. CompHcatlon avec aUéiiation uiciitalc.

M. Magendie (1) en raconte un remarquable exemple.

M., âgé de 36 ans, d'une grande susceptibilité nerveuse, se maria il y a 6 ans. A la suite de vives contrariétés et d'un violent chagrin, il est devenu triste et taciturne, et peu à peu

(1) Journal de physiologie expérimentale, 1822, vol. u, p. 100.

110 MUSCULATION IRRÉSISTIIJLE (oBSF.nvATiON 50.)

il offrit tous les signes d'une véritable mélancolie, croyantsa fortune perdue, se persuadant qu'il était l'objet de l'animadversion de l'autorité et des railleries du public; son esprit conservait sa justesse sur tout autre sujet. On le fit voyager, prendre des eaux, on le soumit à divers traitements sans aucun succès.

Au mois de septembre dernier, il fut pris d'une certaine raideur dans la jambe et dans la cuisse droite, raideur qui le faisait boiter en marchant. Peu de jours après, une raideur semblable s'empara de la cuisse et de la jambes opposées; puis il perdit toute influence de sa volonté sur ses mouvements. Ceux-ci étaient loin cependant d'êtreparalysés, mais ils étaient livrés en quelque sorte à eux-mêmes pendant des heures entières; ce malheureux jeune homme était alors obligé d'exécuter les mouvements les plus déréglés, de prendre les attitudes les plus bizarres, de faire les contorsions les plus extraordinaires. Il est impossible de peindre par le langage la multiplicité, l'étrangeté de ses mouvements et de ses poses; s'il eut vécu dans des temps d'ignorance , il aurait sans doute passé pour possédé , car ses contorsions étaient tellement éloignées des mouvements propres à l'homme, qu'elles auraient pu aisément être regardées comme diaboliques. Il est digne de remarque qu'au milieu de ses contorsions dans lesquelles son corps grêle et souple était tantôt porté en avant, tantôt renversé sur le côté, en arrière, à l'instar de certains bateleurs, il ne perdait point l'équilibre, et que dans la multiplicité d'attitudes et de mouvements singuliers qu'il a exécutés pendant plusieurs mois, il ne lui est jamais arrivé de tomber.

Dans certains cas, ces mouvements rentraient dansla

(onsEnvATiDN r.O.) DE SALTIMBANQUE. 111

classe des mouvements ordinaires; ainsi, sansqiie sa volonté y participât le moins du monde, on le voyait se lever et marcher rapidement, jusqu'à ce qu'il rencontrât un corps solide qui s'opposât h son passage, quelquefois il reculait avec la même promptitude et ne s'arrêtait que par la même cause.

On l'a vu souvent reprendre l'usage de certains mouvements, sans pouvoir en aucune manière diriger les autres. C'est ainsi que ses bras et ses mains obéissaient fréquemment à sa volonté et plus fréquemment encore, les muscles de son visage et de la parole. Il lui était quelquefois possible de reculer dans l'instant oià la marche en avant lui était interdite, et il se servait alors de ce mouvement rétrograde pour se diriger vers les objets qu'il voulait atteindre. Du reste, ces mouvements ne duraient jamais un jour entier; il avait d'assez longs intervalles paisibles entre ses accès, ses nuits étaient toujours tranquilles. A compter du jour où les mouvements se montrèrent, il y eut une légère amélioration dans son état moral.

Au mois de décembre , il fut confié ù mes soins. Il prit deux grains de sulfate de quinine par jour ; au sixième jour, il avait repris la direction suprême de son système locomoteur. Il y eut plusieurs rechûtes, la première fut de nouveau promptement enlevée parle quinine, la deuxième, très légère, les mouvements involontaires ne durèrent que quelques heures, et disparurent d'eux-mêmes.

L'auteur ne dit pas quelle a été l'issue de cette maladie.

AHJSCULATION IRRfolSTIliLE ^OBSEnvATio.. 61.) B. Complication avec liyKtCrIc.

OBSEIIVATION LI.

De Born (1). Le 16 octobre 1813, une mère m'amena à Francfort sa lille malade. Je trouvai une jeune (ille pâle, dont les traits et tout l'extérieur annonçaient plutôt une femme mariée depuis longtemps, qu'une fdle de 16 ans. Ses discours avaient toujours quelque chose d'exalté, et la sensibilité, l'irl itabilité s'étaient développées chez elle à un si haut degré, qu'ÎJ la moindre cause, elle était prise des spasmes les plus violents et de l'espèce la plus diverse. Ce fut ainsi qu'elle en eut un accès lorsque sa mère me raconta la marche de la maladie et toucha à des objets qui lui étaient désagréables. Une autre fois, elle fut attaquée du plus effrayant paroxisme, parce que, selon son expression, elle voulait composer un poème sur la consécration de la terre. La vivacité de son imagination était merveilleuse, ainsi que l'essor de ses idées. L'œil était vif, le pouls rapide, comme tous les mouvements du corps. Alors tous les membres commencèrent à se tordre, et le plus terrible accès eut lieu. Les spasmes la prenaientaussi lorsque quelqu'un la regardait lixement, lui parlait durement, ou bien lorsqu'elle s'effrayait, lorsqu'elle éprouvait une grande joie, lorsqu'un chat ou un chien passait devant elle. En un mot, à la moindre occasion, les accidents suivants se manifestaient avec plus ou moins de modifications, mais offrant toujours le plus singulier mélange de mouvements convulsifs de toute espèce.

L'accès commençait par unejactation alternative de l'un

(1) Archiv. fur med. Erfahr. von Horn. 1815. Jul. und Aiig., vol. m, p. 669.

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