‹ Histoire de la musculation irrésistible, ou, De la chorée anormaleChapitre 41 sur 89 · OBSERVATION 51.) SALTIMBANQUE · texte numérisé non relu

OBSERVATION 51.) SALTIMBANQUE

et de l'autre bras, si violente et si rapide, que les extrémités supérieures en furent quelquefois luxées et durent être remises. Puis certaines parties du corps devenaient toutes raides et la malade était lancée d'une extrémité de la chambre à l'autre. Quelquefois elle trouvait un point oii elle tournait, en alternant, un nombre innombrable de fois et avec rapidité, presque uniquement sur le gros orteil. Si les spasmes attaquaient plutôt les extrémités inférieures, elle se mettait à trépigner, sautait en l'air pendant des quarts d'heure , à deux pieds de haut et davantage, jusqu'à ce que tous les membres se trouvassent enfin dans un état de tension. Alors suivaient des tressaillements dans les bras et les pieds, tantôtun emproslhotone, tantôt unopisthotone, avec contraction de la face, yeux fermés ou regard fixe, rire spasmodique ou cris, pendant lesquels le larynx était comme contracté; balancement violent et rapide de la tête, des deux côtés et en arrière, au point de toucher presque le dos entre les épaules. Tous ces phénomènes alternaient pendant le paroxisme avec une raideur complète des membres, des pirouettes, des cris, des chants, une imitation des cris et des allures d'animaux, tels que le chat, le bœuf, le loup, le chien, etc., jusqu'à ce que le paroxisme se terminât par un délire niais.

Si, pendant le paroxisme, il ne se déclarait pas de spasmes dans les différentes parties du corps, l'imagination prenait un très grand essor. Les accès les plus violents qui, depuis neuf mois, avaient lieu régulièrement le matin, à midi et le soir, et qui quelquefois duraient depuis une demi-heure jusqu'à six ou huit heures, étaient précédés de douleurs intérieures tantôt dans un endroit, tantôt dans un autre. Les accès moins violents commençaient par une augmentation de

ll/l MUSCULATION IRl\llSI.STIlU.li (onsEnvATiON 51.)

rirrilabililé; l'œil devenait vif, les joues se coloraient plus fortement, puis des tressaillements se manifestaient dans les bras, de l'agitation dans les pieds, des contractions dans la bouche et les muscles de la face (spasme cynique); sourire spasmodique, tantôt babil, tantôt aphonie. En outre, la malade commettait souvent la confusion la plus étrange entre certaines lettres de Talphabet, du d, par exemple, et du «avec le ou le/), -et cela par inadvertance et sans effort. Quelquefois l'imagination se montrait extraordinairement excitée; au milieu d'une élocution vive, on remarquait l'état anormal de l'esprit, et poursuivie par son idée fixe, la malade trahissait une véritable folie.

Malgré toutes ses souffrances,, la malade, hors des paroxismes , se trouvait dans un état assez satisfaisant de corps et d'esprit ; la menstruation était régulière , l'appétit fort , des symptômes de boulimie n'étaient^piême pas rares. Le sommeil aussi était généralement très l^on , s'il n'était pas troublé par des crampes violentes et par les suites de la tuméfaction des articulations luxées penç^lant l'accès.

Plus la malade avait de repos et mieux elle se trouvait , plus les accès suivants étaient violents. Ce n'était que dans, les cas où les crampes atteignaient le plus haut degré , qu'elle avait les yeux troubles , la face vultueuse et les articulations enflées. Aussi ne pouvait-elle pas remuer les membres sans douleurs. Elle était pareillement de très mauvaise humeur jusqu'au retour de l'accès.

Une chose digne de remarque, c'est que surtout dans le temps 011 les spasmes commencèrent, elle montra une grande répugnance pour l'eau. Quoiqu'elle eût soif, l'aspect seul de ce liquide, même y penser, suffisait pour provoquer un

(oBSEnvATiON 52.) t>E SALTIMBANQUE. 115

accès; aussi depuis plusieurs semaines n'en avait-elle pas bu une goutte (1).

Page 1