XLIII. — Sectes des Fcits
Une chronique antérieure à celles que nous venons de citer (1) nous apprend que les chorisantes se montraient déjà dans l'année 1373. On y lit :
Secta chorizanlium transivit anno domini 1373. El fuit Rhenus magnus incomparahilUer.
Le vieux chroniqueur a raison, 11 ne regarde pas les chorisantes comme des individus affectés d'une maladie , il les stygmalise du nom de sectaires, et ils l'étaient. Il est d'accord en cela avec le chroniqueur Sponnheim , qui qualifie le chorisantisme de passio maniaca^ uhi plures ut vel pecuniam medicando perciperent , vel luxuriam suam explorent libentiùs, morbum fingebant. Non , ce n'était point une maladie, c'étaient des turlupinades et des jongleries dignes de ces temps de ténèbres où Robert d'Arbrissel fonda l'ordre de Fontevrault à Poitiers , et Pierre de Rossy celui du faubourg Saint-Antoine, dont les disciples des deux sexes cohabitaient ensemble par esprit de mortification ! On voyait alors une multitude de pèlerines courir les foires, les conciles , tous les lieux de grandes réunions , se prostituant surtout aux
(l) Fasciculus temporum, omnes anliquorum chronicas complectens, apud Pistorium, loc. cit., vol. ii, p. 86.
1*^^' ciionÉE
prêtres, qui choisissaieiil parmi elles leurs ménagères ( fôcariae), d'oii le surnom de focaristœ qui leur fut justement appliqué (i).
Au nombre des effets de la perversité morale qui se répandit en Europe à la suite des croisades , il faut compter encore l'introduction en Occident des danses des Feits, qui constituaient en Orient les pratiques religieuses des Sufis. D'après la description qu'en donnent plusieurs auteurs (2) , il est facile de reconnaître leur analogie avec celles qui , selon les chroniqueurs cités plus haut, étaient pratiquées par les chorisantes du xiv* siècle. Ces danses des Feits s'appelaient en Allemagne Feitstânze ; et, comme dans la langue allemande , le F et le Font la même prononciation , on altéra ce mot en celui de Veitstànze, danses de Vit ou de Guy, et la superstition y ajoutant une idée de sainteté , on finit par en faire la danse de saint Guy.
Si nous nous sommes un peu étendu sur ce sujet , c'est qu'il nous a paru nécessaire de combattre une erreur enracinée; nous n'avons point perdu de vue que notre travail est un mémoire médical et non pas archéologique ; aussi n'avcns-nous point développé notre thèse aussi longuement que nous l'aurions pu. Nous laissons du reste chacun libre d'adopter ou de rejeter notre opinion ; nous prions même de ne pas y attacher plus d'importance que nous-même n'y
(1) C. Du Fresne du Cange et Carpentier, Glossarium manuale ad scriptores médise et infiraae latinitalis. Halse. 1774, l. m, p. 596.
(2) Muradgea d'Ohson , AUgemeine Schilderung des osmanischen Reiches. Leipzig. 1793, t. II , pag. 81S et passim. — Hammer, Geschichle der schœnen Redekùnste Persiens. Wien, 1818, p. 192.
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en allachons , quoiqu'elle soit partagée par Lieutaud (1) , qui assimile les danseurs de saint Guy aux convulsionnaires de saint Médard; par M. Ehrinann (2) et par Robertson (3), qui raconte plusieurs phénomènes analogues observés chez les Trembleurs américains.
\MV. — Épidémies modernes.
tlevenons à notre sujet, l'épidémie de la musctilation irré sistible, qui a pourtant été niée par plusieurs auteurs.
L'histoire de la médecine ne nous fournit aucune observation antérieure à l'année 1751. C'est C, F. Joerdens qui , le premier, a publié le récit d'une musculation irrésistible dont cinq personnes furent affectées à la fois. Vinrent ensuite Albers, qui, en 1808, observa le même phénomène chez onze enfants ; Dorfmuller, qui l'étudia , en 1813, sur huit personnes; Goeden ^ qui l'observa, en 1818, chez cinq personnes ; Vonend , en 1827, chez dix-sept filles ; Kerner, en 1831, chez quatorze enfants; Kottmann, chez trois enfants , en 1833 ; Devar, chez quatre personnes , en 1839.
(1) Synopsis universae praxeos medicae. Pars 1, p. 152. Amstelodami. 1765. « Hue etiam spécial chorea s. Vili quâ correpli slultè sallant, iiicondissimiqiie molibus detorquentur; hoc haud mullis annis quasi grassabalur et in praepalulo eralParisiis; nec fortè desiisset ni rex christianissimus lymphaie aegrolantium menli severâ lege consuluisset. Haud absimili l'orle morbo leneri pseudo daemoniacos avis nimium credulis fucum facienles credere par esl.
(2) Der Veitslanz, keine Krankheil. Kasan, 1843, p. 21.
(3) Àn inaugural Essay an chorea s. Vili. Philadelphia. 1805. Nous n'avons pu nous procurer celle thèse.