TICS DU TRONC
OBSEUVATION LXXVI.
De Smilli (1). Henri Mason , âgé (le hO ans , bel homme , vigonrciix et paraissant jouir d'nne bonne santé , commisvoyageur. 11 y avait environ huit ans que , par une nuit très froide d'un rude hiver il avait traversé en cabriolet un pays découvert, et il avait eu froid à en mourir. Revenu de la stupeur partielle dans laquelle il était tombé, il avait été attaqué d'un mouvement spasmodique involontaire des muscles du côté droit de la nuque. Après deux mois de souflrances, il se rétablit parfaitement; mais depuis quatre mois, l'affection avait reparu.
Toutes les cinq minutes sa tête tournait d'un côté par une secousse involontaire, et avec tant de force, qu'il était menacé d'asphyxie. Les vaisseaux de la face et de la nuque se gonflaient extraordinairement. Au bout de quelque temps , ces spasmes cessaient , et la tête reprenait sa position ordinaire ; mais quelques minutes après , elle se jetait du côté opposé. Pour arrêter ces mouvements , il était obligé de se saisir le nez pour maintenir sa tête ; et , en effet, c'était sa contenance habituelle , ou bien il tenait le bras levé , prêt à saisir son nez , lorsque les mouvements involontaires se déclareraient. A la moindre occasion , ce mouvement augmentait d'une manière affligeante. Il reçut du sulfate de zinc pendant quelques semaines, jusqu'à huit grains, trois fois par jour, sans résultat. Les différentes fonctions de son corps semblaient régulières, excepté une tendance à la constipation. On lui prescrivit, à cette occasion , une dose de pulvis rhei salin. , et de deux jours l'un , on lit agir Véleclricilé
(1) Guys hospital reports. 1841. p. 93. cas. G.
• y^l TICS DU TRONC. (observation 77.)
sur l'cpine dorsale et le long des muscles sleriio-masloïdiens. Il commença ce traitement dans les premiers jours de décembre. 13 décembre. Son état s'est considérablement amélioré, et il peut sortir sans employer sa main à maintenir sa tête ; néanmoins il éprouve une excitation considérable. 20 février ISZiO. Amélioration graduelle jusqu'à la dernière quinzaine , où se trouvant assez bien, il a cessé le traitement. Dernièrement il est revenu à l'hôpital dans un état pire, les mouvements involontaires de la tôte et de la nuque ayant augmenté. On eut recours à Véleclricilé , et en peu de temps, la convalescence s'établit.
Du docteur Null (1) , de Wordingbord en Danemark. Jeune fille de 11 ans. Elle était au lit , et lui dit que pour le moment elle se trouvait bien , mais que le mal reviendrait à quatre heures. Un instant avant que la pendule , qui était placée derrière elle, sonnât quatre heures, elle se mit à bâiller, à se retourner dans son lit ; elle gémit pendant quelques secondes, puis elle exécuta régulièrement de forts mouvemenls rotatoires avec la léleel /e 6ras, en criant sans discontinuer : oui , oui. La conscience n'était pas troublée, les paupières et les pupilles étaient immobiles. La malade ne pouvait pas parler, mais elle faisait par gestes des réponses justes à toutes les questions.
Les parents dirent à M. N. que depuis dix-sept semaines le paroxysme commençait chaque matin à six heures précises , et qu'il revenait dans la journée toutes les deux heures.
(1) Zeilschrift fiir die gesammle Medizin. 1844. vol. xxv, cah. 3.
(oBSEnvATiON 78.) TICS DU TRONC. 195
Passé sept heures (lu soir, il ne se renouvelait plus. La maladie avait conimenci; par des maux de iCle et des vomissements.
La malade avait pris sans résultat des fleurs de zinc , de lortes doses de musc et d'opium. Après l'avoir observée pendant une demi-heure , M. N. lui mit la main sur le creux de l'estomac, et, après un profond soupir, tous les mouvements cessèrent. Ils recommencèrent lorsqu'il retira sa main. Trois fois cette expérience fut répétée ; il engagea le père à faire le même essai , et toujours le résultat fut le même. Quelques minutes avant cinq heures, la malade annonça la fin de l'accès, et, en effet , une seconde avant que cinq heures sonnassent, tous les accidents spasmodiques disparurent. M. N. fit alors lever la jeune fille , lui ordonna de tricoter, et l'exhorta à ne pas penser à son mal ; il couvrit la pendule avec un mouchoir. Environ une minute avant six heures , la malade commença à bâiller, dit qu'il allait être six heures , et qu'elle aurait un accès. M. N. lui parla sévèrement, lui ordonna de continuer à tricoter et de ne pas s'inquiéter de l'heure. Le paroxysme n'eut pas lieu , et depuis un an il ne s'est pas renouvelé.