‹ Histoire de la musculation irrésistible, ou, De la chorée anormaleChapitre 63 sur 89 · C. Tics des muscles de la langue et du larynx · texte numérisé non relu

C. Tics des muscles de la langue et du larynx

Itard (1). Mademoiselle C. , âgée de 15 ans , irrégulièrement menstruée , devint sujette à des tressaillements qui se manifestaient seulement quand elle entendait sonner la cloche de sa pension. Elle levait légèrement les épaules et poussait un petit cri aigu. En quelques semaines ce symptôme acquit une telle intensité , que ce cri instantané dégénéra en

(.1) Archives générales, vol. viii. 1825. p. -iOO. oI)s, 9.

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clameurs bruyantes et prolongées , en hurlements retentissants , qu'on eût pris de loin pour des aboiements d'un chien , et que provoquaient non pas seulement la cloche du pensionnat, mais le moindre bruit inattendu et la plus légère sensation un peu brusque de plaisir ou de peine. Ces cris, toujours accompagnés du soulèvement des épaules, duraient quelquefois plusieurs heures sans discontinuer, s'affaiblissaient seulement par intervalles , pour éclater avec plus de \ iolence quelques minutes après, et linissaientpar amener une tuméfaction livide de la face , une abondante transpiration et un état de prostration profonde, suivie d'assoupissement. Pédiluvcs , saignées , sangsues , antispasmodiques , tout fut mis en usage sans succès. Je la fis transporter dans une chambre isolée , située à l'extrémité du jardin, et dont rien ne pouvait interrompre la solitude et le silence. Pour la soustraire encore plus complètement à l'action des bruits , je lui fis boucher les oreilles avec des morceaux d'éponge imbibée d'huile. Cet expédient produisit quelques jours de calme , mais il n'était pas complet, et j'espérais peu le voir durer. En effet , les convulsions des organes vocaux revinrent comme auparavant, et de plus sans cause provocatrice apparente. Ces cris devinrent plus variés, représentant successivement ceux qui exprimaient l;i surprise , la terreur, le désespoir ; puis s'éloignant de ceux que produit la voix humaine pour se rapprocher des cris des animaux , et tous entremêlés de mots articulés, dont quelques-uns étaient des expressions de douleur et d'angoisse. Cet état ne s'accompagnait, même pendant les crises , d'aucun mouvement fébrile ; mais Tappétit était perdu ; celte jeune personne maigrissait et se plaignait d'une faiblesse extrême ; les accès

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levcnaienl tous les Jouis, quelquefois même au nombre de deux , et souvent la nnit n'en était pas exempte.

M. Porta! fut appelé en consultation , et il fut convenu qu'on insisterait particulièrement sur l'usage du gallium luleum. Mais la maladie s'accrut encore, et les cris devinrent si bruyants, si violents, que malgré l'éloignement de la cbambre occupée par la malade , et le soin qu'on avait de tenir les croisées et les portes fermées , les éclats de sa voix retentissaient dans les classes et les dortoirs du pensionnat, et troublaient les études et le sommeil des autres pensionnaires.

Deux ou trois d'entre elles , et c'étaient les plus jeunes , quand elles venaient tout à coup îi entendre ces clameurs , tressaillaient vivement. Bientôt elles firent entendre un petit cri aigu , accompagné d'un soulèvement d'épaules , ainsi qu'avait débuté chez leur compagne cette maladie convulsive. Tout annonçait en effet qu'elle allait se développer et se propager par l'influence de l'imitation , quand on se résolut à prendre une mesure décisive : toutes celles qui commençaient à crier furent renvoyées dans leurs familles, et cessèrent bientôt d'être tourmentées par ces bruyantes agitations. Dans l'impossibilité de prendre le même parti pour mademoiselle C. , qui était orpheline , elle fut envoyée dans une maison de santé , sous la surveillance d'une garde particulière. On remarqua qu'ayant été prise pendant le trajet d'une de ses attaques, la crainte d'être un sujet de spectacle pour les passants, avait considérablement diminué la violence de ses cris. Je mis à prolit cette observation , en exigeant qu'elle fi^il tous les jours conduite en promenade dans les rues les plus fréquentées de Paris. Ce moyen dimi-

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nua nolublcinciu les acdis. .Je l'appuyai d'un autre , pris également dans la médecine morale. Cette jeune personne m'ayant avoué qu'elle éprouvait une sorte d'humiliation d'habiter une maison qui renfermait toutes sortes de malades , même des folles , et qu'elle ne pouvait penser sans chagrin aux suppositions auxquelles cette séquestration donnerail lieu, je me gardai bien de dissiper ses craintes à ce sujet. Je crus même devoir les exagérer, en convenant comme malgré moi que la plus innocente et la plus naturelle de ces suppositions serait de la faire passer pour folle ; que les intérêts do sa santé , de son éducation , et surtout de sa réputation , lui faisaient une nécessité d'une guérison prompte, .l'obtins de ces deux moyens de répression un succès plus prompt et plus complet que je n'eusse osé l'espérer.

Les accès diminuèrent si rapidement de fréquence et d'intensité, qu'au bout de cinq semaines elle se trouva complètement guérie. Seulement il lui resta de cette maladie, qui avait duré à peu près trois mois, une mobilité nerveuse excessive, que les avantages d'une menstruation plus régulière , du mariage , de la maternité , et un laps de 15 années n'ont aucunement amortie.

OBSEUVATION LXXXI.

Du même (1). Mademoiselle de D. , actuellement âgée de 26 ans, fut , à l'âge de 7 ans, prise de contractions convulsives dans les muscles des mains et des bras , qui , se manifestant surtout dans les moments où celte enfant s'exerçait à

(I) llard, Loc. cit., p. 403.

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écrire, écartaient brusquement sa main des caractères qu'elle traçait. Après cet écart, les mouvements de la main devenaient de nouveau réguliers et soumis à la volonté , jusqu'à ce qu'un autre soubresaut interrompît de nouveau le travail de la main. On ne vit d'abord en cela que de petits tours de vivacité ou d'espièglerie , qui , se répétant de plus en plus , devinrent des sujets de réprimande et de punition. Mais bientôt on acquit la certitude que ces mouvements étaient involontaires et convulsifs, et on vit y participer les muscles des épaules, du cou et de la face. Il en résulta des contorsions et des grimaces extraordinaires. La maladie lit encore des progrès, et le spasme s'étant propagé aux organes de la voix et de la parole , cette jeune personne fit entendre des cris bizarres et des mots qui n'avaient aucun sens , mais tout cela sans délire , sans aucun trouble des facultés mentales. Des mois et des années s'écoulèrent dans cet état de choses , auquel on n'opposa que de faibles remèdes , dans l'espoir des changements favorables que pouvait amener la puberté. Cet espoir fut complètement déçu. Mademoiselle de D. fut alors envoyée en Suisse , auprès d'un médecin qui s'était adonné spécialement au traitement des maladies des nerfs. Soit par les effets des bains de petit lait, soit par l'heureuse influence du séjour et de la vie des montagnes , la maladie se dissipa presque complètement, et quand, au bout d'un an , cette demoiselle quitta la Suisse, elle en revint calme , brillante de fraîcheur, et sujette seulement à quelques petits tiraillements visibles, mais peu fréquents, des muscles de la face et du cou. Elle fut mariée à cette époque; mais le mariage, au lieu de consolider la guérison , reproduisit assez rapidement sa maladie. Cette maladie, si on excepte 18-20

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mois de répit, dure depuis 18 ans, el semble faire de nouveaux progrès.

Voici quel est son étal actuel : Ces conlraclions spasmodiques sont continuelles , non successives, et séparées par de courts intervalles de quelques minutes : quelquefois le repos est plus long , d'autres fois plus court, et il en survient même souvent deux ou trois qui se succèdent sans rémission. Elles affectent surtout les muscles pronateurs de. l'avant-bras, les extenseurs des doigts, les muscles de la face et ceux qui servent à l'émission et l'articulation des sons. Parmi les mouvements continuels et désordonnés qu'amènent ces contractions morbides, ceux imprimés aux organes de la voix et de la parole , sont les seuls dignes de toute notre attention , comme présentant un phénomène des plus rares et constituant une incommodité des plus désagréables , qui prive la personne qui en est atteinte de toutes les douceurs de la société ; car le trouble qu'elle y porte est en raison du plaisir qu'elle y prend. Ainsi, au milieu d'une conversation qui l'intéresse le plus vivement, tout à coup , sans pouvoir s'en empêcher, elle interrompt ce qu'elle dit ou ce qu'elle écoute par des cris bizarres et par des mots encore plus extraordinaires, et qui font un contraste déplorable avec son esprit et ses manières distinguées. Ces mots sont pour la plupart des jurements grossiers, des épithètes obscènes, et, ce qui n'est pas moins embarrassant pour elle et pour les auditeurs , l'expression toute crue d'un jugement ou d'une opinion peu favorable à quelques-unes des personnes présentes de la société. L'explication qu'elle donne de la préférence que sa langue, dans ses écarts, paraît accorder à ces expressions inconvenantes , est des plus plausibles.

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C'est que plus elles lui paraissent révoltantes par leur grossièreté , plus elle est tourmentée de la ci-ainle de les proférerj et que cette préoccupation est précisément ce qui les lui met au bout de la langue, quand elle ne peut plus la maîtriser. Du reste, l'état général de la santé paraît se ressentir fortement de la lougueur de cette afl'ection convulsive, comme le prouve un amaigrissement croissant et la pâleur du teint, bien que les fonctions digestives n'aient pas notablement souffert.

De M. Blaclie (1). Lorsque lachorée affecte les muscles de la langue et du larynx, il existe une difficulté plus ou moins grande dans l'exercice de la parole : quelques malades bégayent ou balbutient; il en est qui ne peuvent articuler un seul mot ; enfin on en voit qui font entendre une sorte d'aboiement comparable h celui du cliien.

J'ai observé en 1822, à l'bôpital des enfants, un jeune enfant qui présentait ce phénomène remarquable, et je donne actuellement des soins à une fille de 8 à 9 ans ,chez laquelle on remarque quelque chose d'analogue , les mouvements choréiques étant d'ailleurs bornés dans ces cas aux muscles du larynx.

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