‹ Histoire de la musculation irrésistible, ou, De la chorée anormaleChapitre 73 sur 89 · III. — Faits d'amtondi pathologique · texte numérisé non relu

III. — Faits d'amtondi pathologique

Nous ne connaissons point de relation de chorée suivie de mort, plus ancienne que celle de Friborg (1), qui l'observa chez une fille de 17 ans. Nous trouvons, en outre, mentionnés dans nos notes, trois cas également mortels, l'un chez une jeune fille de 10 ans, cité par Sloulson. (2), l'autre observé par Currie, au rapport de Fargues (3), également chez une jeune fille, et le troisième, chez une fille de 10 ans, observé par le docteur Horn (4). Comme nous n'avons pu nous procurer les ouvrages pour vérifier l'exactitude de ces noies purement bibliographiques, et que nous voulons rester fidèle à notre principe de ne jamais faire usage de citations que nous n'aurons pu vériûer., nous devons prendre pour point de départ, dans nos recherches d'anatomie pathologique, l'année 1821. Nous osons affirmer que bien peu défaits de ce genre ont échappé à nos investigations, en sorte que ce paragraphe aura au moins le faible mérite d'offrir pour la première fois, aux écrivains qui s'occupent de l'anatomie pathologique en général, une col-

(1) Todes niedicinisch-chirurgische Bibliolhek. I. Koppenhagen. 1775,p. lig. - (2) Disijfîi talio inauguralis medica fie ciiorca. Edinburg. 18 1 G, p. 8. ■ (3) Disst-rl. inaugur. mediC. de chorea. Edinb., 1811, p. lOl.

(4) Archiv., 1820, septembre et octobre.

lection nombreuse de faits intéressants, rangés par ordre chronologique. Nos réflexions, comme les conclusions que nous tirerons de ces faits, trouveront place à la fin de la relation historique.

It'e OBSERVATION.

De James Copland (1). — Pritchard, âgé de 9 ans, était attaqué d'un rhumatisme aigu. Bientôt après sa guérison, une chorée de Saint-Guy survint. On me consulta ; je visitai le malade avec le praticien M. CaroU, et nous prescrivîmes l'huile de térébenthine, en recommandant d'appliquer un vésicatoire le long de Tépine dorsale, si la maladie ne disparaissait pas en quelques jours. Il fut parfaitement guéri en une quinzaine de jours, sans le concours du vésicatoire, et pendant longtemps il continua à jouir d'une bonne santé.

Six mois après sa guérison, on m'appela de nouveau. Je le trouvai se plaignant de violentes douleurs aiguës dans tous les muscles volontaires, chaleur considérable de la peau, face et extrémités enflées par une anasarque, palpitations de cœur avec orthopnée et forte douleur dans la région du cœur. Le pouls était à 130, irrégulier, comprimé 5 le ventre paresseux, l'urine peu copieuse et trouble. La douleur et la sensibilité morbide existaient à un degré peu commun dans chaque partie du corps; le plus léger toucher, toute tentative de mouvement, lui arrachaient des cris perçants qu'il cherchait à réprimer.

Il fut copieusement saigné par des sangsues appliquées sur le sternum et le sein gauche; puis, on lui ordonna un large vésicatoire comme la première fois.

On ne lui administra d'abord que des purgatifs 5 plus tard on

(1) London médical repository, vol. XV, p. 23. 1821.

les combina avec des diaphorétiques et des narcotiques. On eut ensuite recours aux diurétiques, comme digita'e, esprit d'éther nitrique, etc. Sous l'influence de ce traitement, la maladie, eu égard à sa gravité et à la complication, guérit promptement, contre notre attente. Le rétablissement fut prompt et en apparence complet. L'enfant continua à aller à l'école pendant huit mois, sans proférer aucune plainte.

Le neuvième mois, on me pria de l'aller voir. II était affecté de nouveau d'une chorée qui offrait tous les symptômes de celle dont il avait été guéri quatorze mois auparavant. Ce retour imprévu de la maladie m'engagea à examiner minutieusement son état. Ses facultés mentales étaient parfaites ; la perception n'offrait rien d'anormal ; il avait la tête bien développée, les pupilles dans leur degré naturel de dilatation. Jamais il ne s'était plaint de maux de tète. Pouls vif et irrégulier ; ventre paresseux ; urine en quantité plutôt trop faible. Aux questions que je lui adressai touchant l'état de sa sauté pendant la dernière iutermission de la maladie, il me répondit qu'il s'était parfaitement bien porté, sauf de fréquents accès de soif.

Comme j'avais éprouvé les bons effets du traitement suivi précédemment, je n'en changeai pas ; mais cette fois, je l'employai sans succès. L'huile de térébenthine diversement combinée, et toujours à fortes doses, fut immédiatement administrée, mais sans autre avantage que des évacuations copieuses. Des préparations mercurielles, combinées avec des diurétiques, furent ensuite prescrites. Néanmoins la maladie continua ses progrès, et en peu de jours elle enleva au malade l'usage de tous les muscles de motion volontaire. Je le soumis derechef à un examen minutieux. Les fonctions du cerveau se faisaient parfaitement, la perception n'avait pas diminué; la

''Oî BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ nOMOEOPATHIQUE.

pupille se contractait aisément comme auparavant. Sensation parfaite sur tout le corps, bien que les muscles fussent flasques et leurs contractions irrégnlières. La tôte et les membres prenaient une position à'iaqiielle les disposait leur pcs inteur et que l'action volontaire des muscles était impuispante à prévenir. La perte du mouvement était si complète que le malade ne pouvait articuler, et la respiration était fortement aCTectée par la gêne du diapbragme. J'examinai avec soin la colonne vertébrale en pressant entre les vertèbres ; mais il n'en ressentit pas les douleurs auxquelles je m'attendais. Pouls à 125, irrégulier et comprimé; ventre paresseux, excepté quand il était mis eu activité par des médicaments: urine rare et fortement colorée; appétit fort accru. La manière dont cette forme plus violente de maladie était survenue me porta immédiatement à la considérer comme tirant son origine d'un épanchement, soit sous, soit entre les membranes de la moelle épinière, et je dirigeai le traitement en conséquence.

Un large vésicatoire fut appliqué depuis la région lombaire jusqu'à la nuque, et gardé dans la moitié inférieure de son étendue pendant une quinzaine de jours. Durant tout ce temps, il jeta une grande quantité de sérosité. En même temps, on prescrivit des préparations mercurielles combinées avec des diurétiques, et on les continua, diversement combinées, mais sans effet salutaire. Les facultés intellectuelles du malade restèrent parfaites, et son appétit continua à augmenter jusqu'à la voracité. Après cinq semaines de cette existence misérable, il expira subitement.

Je fus assisté dans l'autopsie par M. J. Boast, praticien du voisinage, le médecin que j'attendais n'ayant pu m'accompagner.

Une incision fut faite depuis le sacrum jusqu'à l'occiput à travers les téguments des vertèbres; les muscles furent divisés de chaque côté. Ils furent trouvés d'une flaccidité peu commune et pâles. L'épine dorsale fut ouverte de chaque côté, entre les apophyses transverses et épineuses. Je n'introduisis pas plutôt l'élévateur pour soulever la portion divisée qu'un sérum trouble coula du canal. Après avoir complètement coupé dans la cavité , le segment que j'avais l'intention d'enlever dut être séparé par le scalpel de la dure-mère de la moelle, à cause d'un dépôt très épais et anormal de lymphe coagulable sur la surface extérieure. Ce dépôt, cependant, était beaucoup plus abondant sur la surface intérieure du canal lui-même, et en plusieurs places, il s'étendait en bandes à travers le sérum trouble et rejoignait le dépôt sur la membrane. Cette lymphe coagulée couvrait environ les deux tiers de la dure-mère ; mais elle était en plus grande quantité dans la partie de la cavité placée immédiatement sous les apophyses épineuses. Vers les corps des vertèbres il y en avait comparativement fort peu. La membrane séreuse qui couvre les côtés du canal lui-même semblait plus vasculaire que de coutume. La quantité de sérum était considérable; elle s'élevait à plus de deux onces, et ce sérum, avec la matière coagulée, avait laissé sur la moelle des traces sensibles d'une compression. En soulevant partout, dans toute son étendue depuis la cavité, et en l'examinant soigneusement, je ne pus découvrir d'apparence morbide dans sa structure.

A l'ouverture de l'abdomen, nous trouvâmes environ cinq onces de sérum. L'estomac, les intestins et les organes de l'urine étaient parfaitement sains. Les glandes mésentériques étaient légèrement enflées, et le foie était gorgé d'un sang noir, mais il était naturel dans sa texture.

^04 liULLETIN DE LA SOCIÉTÉ IIOMOEOPATHIQUE.

A l'ouverture du thorax, ou trouve le péricarde distendu, le cœur élargi et flottant dans six onces d'eau environ.

A l'examen, l'oreillette droite se montra remplie d'une quantité de sang noir coagulé, solide, qui se rompit avecuue fracture luisante, sans aucune apparence de fibrine.

Le ventricule du même côté contenait une petite quantité de sang possédant le même caractère. Son tissu musculaire semblait plus flasque, plus mince et d'une fibre plus blanche que tous ceux que j'avais jamais vus. 11 ressemblait parfaitement aux muscles d'un animal à chair blanche.

Le côté gauche de cet organe présentait un spécimen complet d'hypertrophie ; sa membrane séreuse était extérieurement couverte à une place par un gros morceau de lymphe coagulée.

A la section des cavités de ce côté , nous trouvâmes l'oreillette considérablement élargie et épaissie dans sa texture. Le ventricule ne semblait pas avoir augmenté en capacité, mais il était fort épaissi dans sa substance. Comparé au ventricule du côté opposé, il n'avait pas moins de quatre fois son épaisseur. Sa couleur était naturelle, mais d'une vascularité plus qu'ordinaire.

Le temps auquel nous étions limités et mes propres engagements ne nous permirent pas d'examiner le cerveau. Je le regrette , quoique la manière normale dont les fonctions de cet organe continuèrent à se faire jusqu'à l'heure de la mort ne me laisse pas douter de son état parfaitement sain.

2e OBSERVATION.

De C. Pritchard (1).— Marie Salter, âgée de 19 ans, admise

(J) Remarks on the treatment of paralysis and some otlier diseases, by Issues and Blisters. Tlie London médical repository. Jan. 1, 1824. New série, vo!. I, p. 2.

FOLIE SirSCULAIRE, 405

le 12 février, atteinte de chorée. Les mouvements convulsifs affectent le côté droit. Les médicaments employés dans ce cas furent les purgatifs et l'oxyde de zinc.

7 niai 1818. Elle fut attaquée d'une fièvre et renvoyée guérie le 24 juin 1818.

14 octobre 1819. Elle fut attaquée d'un rhumatisme aigu, affectant principalement les jointures, pour lequel elle fut plusieurs fois saignée et beaucoup f urgée. Dans l'espace de six ou sept jours, les symptômes rhumatismaux furent complètement domptés; mais tout à coup la malade fut prise de mouvements convulsifs qui affectaient en apparence tout le corps, et qui augraeatèrent graduellement de violence pendant trois ou quatre jours jusqu'à sa mort.

Section cadavérique. — Six drachmes de fluideséreux dansles ventricules du cerveau; péricarde adhérant au cœur. La colonne vertébrale ne fut pas examinée dans ce cas.

3e OBSERVATION.

De Pritchard (1). — Elisabeth Snow, âgée de 7 ans, avait été, disait-on, affectée de la danse de Saint-Guy depuis sa naissance. Dans l'infirmerie où elle fut admise le 8 octobre 182J, elle tomba dans le délire , puis dans un état comateux dont il fut impossible de la tirer. Elle mourut.

Dissection. — Douze heures après sa mort , la colonne vertébrale dans toute sa longueur fut ouverte, et l'on trouva épanchée dans le canal de la moelle épinière une grande quantité de fluide séreux. La quantité en était si considérable que des ouvertures ayant été faites dans le canal , le liquide s'en précipita

(l)lbi(l., p. 3.

^06 ECLLETIN RE LA SOCIÉTÉ HOMOKOrATniQUE.

comme im torrent. Les vaisseaux de la surface de la moelle étaient légèrement injectés de sang.

Le cerveau était d'une texture très-ferme , beaucoup plus ferme qu'il ne l'est habituellement chez un enfant. 11 y avait un léger épanchement sous la membrane arachnoïde, aux hémisphères et dans les ventricules ; mais l'épanchement était considérable sous l'arachnoïde à la base du cerveau et au commencement de la moelle épinière.

4e OBSERVATION.

De Pritchard{\.) — Marie-Anne Harding, dgéede 19 ans, ûlie publique, fut admise le 8 octobre. Il y avait sept jours qu'elle avait éprouvé une frayeur subite et qu'elle avait été prise d'un accès à la suite duquel ses jambes furent agitées d'une chorée qui persista. Les mouvements spasmodiques finirent par gagner tout le corps. E11& tomba dans le délire ou plutôt elle devint maniaque, et naourut le 3 novembre. Sous d'autres rapports, elle était très-malade, et la mort fut apparemment occasionnée en grande partie par un grand abcès de l'omoplate gauche et par les suites d'un avortement qui eut lieu pendant qu'elle était à l'hôpital.

Dissection. — Le cerveau paraissait plus vasculaire que d'ordinaire, et les surfaces en étaient ramollies. Le plexus choroïde était gorgé de sang Une quantité de sérum plus considérable que d'habitude fut trouvée sous les membranes et à la base du cerveau. Les ventricules contenaient peu ou point de fluide ; l'encéphale ne présentait rien de notable ni de symptôme morbide remarquable.

On observa une plus grande quantité de sérum au trou et à

(1) Ibid., p. 3.

FOLIE MUSCUî.AinE. <07

l'entrée de la cavité spinale. En soulevant le tronc et en abaissant la tètr, on fil sortir une ou deux onces de sérum , coulant éviiiemment de la portion dorsale du canal. En ouvrant la colonne vertébrale à la dernière vertèbre dorsale et à la première vertèbre lombaire, on trouva Ips membranes fortement injectées.

De Pritchard (1). — Sara Caratt , âgée de 14 ans, fut prise, à la suite d'une peur, d'un tremblement et d'une agitation générale, qui prit peu à peu le caractère de la chorée. Elle fut admise le 24 décembre 1821, et mourut le l" janvier. L'agitation des membres continua pendant quelques minutes après la mort. Elle avait été violente au point d'empêcher la malade de dormir.

Dissection. — Lorsque l'enveloppe de l'épine dorsale fut ouverte, une once environ de fluide séreux s'en échappa. Les vaisseaux de la moelle étaii nt plus distendus que d'ordinaire, et on trouva à la partie moyenne du dos une couche de lymphe coagulée déposée sur la dure-mère.

Le cerveau, y compris le cervelet, avait une couleur rouge normale; les surfaces étaient vasculaires ; la substance coupée présenta d'innombrables points saignants. Il y avait une petite quantité de fluide sous la membrane arachnoïde et dans les ventricules.

DeM.i4.5erm(2). — Ala suite àelongschagrins,unhommefut

(1) lbid., p. 4.

(2) Anatomie comparée du cervfiaii, t. Il, p. (i43, 1826.

pris de la danse de St-Guy. Cette aftection revint d'abord à de trèslongs intervalles. En 1811, elle devint continue. En 1812, ne pouvant plus se livrer à ses occupations, il fut reçu à l'hôpital delà Pitié. Les mouvements étaient dans un désordre difficile à exprimer ; la station était toujours agitée. Si on forçait au repos ses membres, la face était agitée convulsivement; les yeux roulaient dans l'orbite avec une rapidité que l'observateur pouvait difficilement suivre. La marche était des plus bizarres: tantôt il levait les pieds plus qu'iln'était nécessaire, tantôt il les traînait et chevauchait par la rencontre de l'obstacle le plus léger ; d'autres fois, il levait trop une jambe et pas assez la jambe opposée. Les mouvements des bras étaient aussi désordonnés que ceux des jambes. Voulait-il manger la soupe , il portait la cuillère au front ou la renversait sur sa poitrine; ce n'était qu'après les efforts les plus pénibles qu'il parvenait à l'introduire dans la bouche. La langue ne partageait point cette irrégularité de mouvement.

Dans la colère, l'équilibre des mouvements paraissait un instant rétabli. Il marchait alors devant lui et ne s'arrêtait que quand il rencontrait un arbre ouïes murs de la cour. Alors il se retournait tout d'une pièce et revenait sur ses pas. Cet état était ordinairement suivi d'une attaque d'épilepsie , dont la durée moyenne était d'une demi-heure ou de trois quarts d'heure. Nous trouvâmes, à Vovverture du cadavre, un noyau dur et comme squirrheux dans la partie moyenne des tubercules quadrijumeaux. Au pourtour, et surtout en arrière , la substance cérébrale était ramollie et marbrée; le ramolhssemeut s'étendait jusqu'à la partie interne de» processus cerebelli ad testes.

De M. Serres (1). — Une malade affectée de la danse de St- Guy et décédée dans ma division en 1826, nous a offert le degré de cette dernière altération. Les tubercules quadrijumeaux antérieurs et postérieurs étaient enflammés ; les cordons internes du processus cerebelli ad testes Tétaient également à un degré d'autant plus grand qu'ils se rapprochaient davantage des tubercules quadrijuraeaux.

9e OBSERVATION.

De Jos. Rœser (2). — Une petite fille de 9 ans, gr^le et délicate, avait été prise, le 25 novembre de l'année passée, au dire de sa mère, pendant qu'elle était à l'école et sans cause connue, d'une épistaxis qui avait duré plusieurs heures sans qu'on pût l'arrêter; elle n'avait cessé que quand elleétait tombée en syncope. Jamais, disait-on, elle n'avait eu auparavant de saignement de nez, et elle s'était toujours bien portée. Cette épistaxis se répéta lesdeux jours suivants; mais elle fut peu copieuse, après quoi l'enfant fut pendant plusieurs jours gaie et bien portante, sauf la pâleur du visage et un grand abattement.

Le décembre, la mère remarqua, à ce qu'elle prétendait, un tressaillement et un mouvement involontaire des membres. Ce tressaillement augmenta de jour en jour, en sorte qu'au bout d'une semaine, la malade se trouvait déjà dans l'impossibilité absolue de marcher et même de se tenir debout. Ce fut alors qu'on eut recours à moi. Je trouvai les symptômes suivants.

(1) Ibid., p. 645.

(2) Hufelands Journal, 1828, nov., vol. LXVIl, p. 55.

Aux questions que je lui adressai, l'enfant répondit d'une voix inintelligible, comme si elle bégayait ou si elle n'était pas maltresse de sa langue. La tête se rejetait fréquemment en arrière et so tournait de côté. Les muscles de la face étaient agités de tressaillements continuels. Je lui présentai quelque chose à manger, car on m'assurait qu'elle avait aussi bon appétit que daus l'état de santé; elle le prit en faisant faire un circuit à sa main, le porta non sans peine à sa bouche et l'avala avec avidité. En général, elle ne pouvait rien saisir sans des efforts répétés, et c'est à peine si elle me laissa sa main assez longtemps pour que je pusse tâter le pouls, qui était un peu altéré et petit. Je ne remarquai pas qu'il fût dur. Le regard était fixe et hébété. Les jambes se retiraient rapidement vers le venlre par un mouvement convulsif, puis s'allongeaient et se jetaient tantôt d'un côté, tantôt de l'autre, ce (]ue les bras faisaient aussi sans interruption. Je voulus essayer de la faire marcher 5 mais, dès les premiers pas, un mouvement extraordinaire en tous sens saisit les jambes ; tout-à-coup elles se replièrent vers le bas-ventre, la tète se rejeta e j arrière, l'épine dorsale se courba en avant , en sorte que la taille de l enfant fut subitement réduite de moitié. Le corps s'allongea de nouveau avec non moins de rapidité. Je ne puis mieux comparer cette manœuvre, que je n'avais jamais observée chez un Individu affecté de la chorée, qu'à celle d'un de ces arlequins qui servent de jouet aux enfants et dont un fil met en mouvement tous les membres. Cette agitation l'empêcha de rester debout plus de quelques minutes. L'enfant transpirait, elle avait des selles régulières, et, sur ma demande, elle me montra avec une certaine agitation sa langue, qui était un peu chargée; elle la tira sans trembler. Frappé de sa pâleur, je lui demandai si elle souffrait quelque part et quelle espèce de

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douleur elle éprouvait. Elle me répondit en bégayant, d'une voix indistincte et précipitée : La tête, le cœur, les jambes. Elle ne se plaignait pas de la soif et ne demandait pas non plus à manger; mais elle avalait avec avidité ce qu'on lui présentait. La mère me dit que la malade dormait peu la nuit à cause des mouvements involontaires de tout le corps qui continuaient le plus souvent; mais qu'une fois endormie, elle avait un sommeil paisible.

Je prescrivis des sinapismes sur les mollets et le creux de l'estomac, eu égard aux douleurs dont l'enfant se plaignait. J'allai la revoir le 9 décembre, et je la trouvai absolument dans le même état. Les places des sinapismes aux mollets étaient très-rouges ; au creux de l'estomac, il se formait même des ampoules. La malade me dit que le cœur ne lui causait plus de douleur, mais qu'elle souffrait toujours des membres. La nuit dernière, les mouvements convulsifs avaient continué sans interruption avec tant de violence, qu'il avait fallu veiller sans cesse à ce qu'elle ne fût pas jetée hors du lit. Elle avait donc été absolument privée de sommeil; seulement, de temps en temps, elle était tombée dans un court assoupissement. Pouls toujours un peu accéléré tt petit. L'urine de la veille avait formé un épais sédiment rougeâtre. Je prescrivis quelques onces de sulfate de soude dans une infusion de valériane, potion qui occasionna un léger dévoiement.

Le lendemain matin, à dix heures, on me dit que la nuit avait été très-agitée; la malade n'avait pas dormi une minute; ses membres avaieut été si violemment agités que la mère n'avait pu rester couchée à côté d elle, à cause des coups qu'elle recevait, et toutes les fois que la surveillance s'était un peu relâchée, elle était tombée hors du Ut. Je la trouvai assoupie. Au

BOLLETIN DE LA SOCIÉTÉ HOMOEOPATHIQUE.

réveil, regard fixe, tressaillement des membres moindre, mais faiblesse plus grande, et (mauvais signe, qui me confirme dans l'idée que la maladie était autre chose qu'une chorée) respiration très-accélérée , avec mouvement violent des ailes du nez et teinte noirâtre des narines. Le pronostic ne pouvait être conséquemment favorable. La malade avait l'ouïe dure, mais elle comprenait du reste facilement lorsqu'on parlait hautj toutefois il lui était impossible de parler, bien que, sur ma demande , elle tirait la langue rapidement et sans trembler le moins du monde. Cependant elle la retira promptement et involontairement. La langue était humide, fortement chargée d'un enduit jaune au milieu, rouge sur les bords. La nuit précédente, la soif avait été vive; il n'y avait plus eu de transpiration-, l'urine était rouge et claire. Je prescrivis l'élixir acide de Haller dans de Teau sucrée, à fortes doses, pour boisson 5 mais j'appris le soir que la malade était morte à trois heures de l'après-midi.

L'autopsie fut faite dix-sept heures après la mort; en voici les résultats :

La dure-mère était sillonnée d'un nombre extraordinaire de vaisseaux injectés. Entre la pie-mère et l'arachnoïde se trouvait un liquide un peu trouble qui donnait à la surface du cerveau un aspect comme si elle était couverte d une légère couche de gélatine. Les ventricules du cerveau contenaient un peu plus d'eau qu'à l'clat normal; le plexus choroïde était d'un rouge pâle. Un peu d'eau sortit du canal de la moelle épinière, et la moelle allongée était enveloppée d'un fort réseau vasculaire. Substance du cerveau ramollie; les autres parties de cet organe normales.

Les poumons, dans les deux cavités de la poitrine, présentaient des exsudations charnues, d'un pouce de grosseur, mem-

braneuses, qui existaient, sans aucun doute, depuis longtemps. Ces exsudations, ainsi que la plus grande partie des poumons, surtout à la partie antérieure, étaient recouvertes d'une autre substance exsudée, gélatineuse, sanguinolente, d'une ligne d'épaisseur, plus épaisse et en plus grande abondance autour du péricarde, auquel elle adhérait tout autour. Cette dernière exsudation, plus gélatineuse et un peu plus sanguinolente, était facile à distinguer des plaies charnues et membraneuses, et évidemment elle s'était formée pendant la dernière maladie. Le luédiastin antérieur était, en grande partie, rempli par cette dernière exsudation. La substance des poumons eux-mêmes était saine et ne paraissait pas enflammée, car quoiqu'elle fût d'un rouge très-foncé, surtout dans la partie postérieure et rempUe de sang, suite vraisemblable de la mort et du décubitus sur le dos, elle était encore parfaitement spongieuse et crépitante. Dans les deux cavités de la poitrine, il y avait quelques onces d'eau sanguinolente.

La plus grande partie du péricarde posait sur le côté droit de la poitrine ; il était tout noir et semblait former tout autour une excroissance avec le poumon. Lorsqu'on l'ouvrit, il en sortit quatre à cinq onces de sang et d'eau. Sa substance et sa surface intérieure étaient noires sur tout le côté droit, et cette surface intérieure offrait une exsudation d'une ligne d'épaisseur, adhérente et comme formée de sang noir coagulé; cependant le péricarde n'était pas très-diflicile à déchirer dans cette partie. Une exsudation pareille, mais plus petite, de sang noir, se montrait aussi à gauche à une plaie de la surface intérieure du péricarde, qui était épaissi plus de trois fois dans toute sa circonférence. Le reste de la surface intérieure était couverte par d'épaisses villosités de lymphe exsudée et coagulée, d'un demi-pouce et

4<4 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ nOMOEOPATHIQUE.

plus delongueur. Laparoi postérieure du péricarde adliérait seule au cœur, qui se reconnaissait à peine comme tel, et il fut impossible de l'en séparer sans le déchirer.

Le cœur tout entier était couvert d'une exsudation épaisse d'une ligne filamenteuse, rougeàtre, de laquelle s'élevaient un nombre infini de villosités, de filaments, ainsi que beaucoup d'excroissances verruqueuses. Cette exsudation ne se laissa pas enlever de dessus la surface du cœur, comme je l'avais vu toujours dans plusieurs inflammations arthritiques ou rhumatismales ^ maii la surface du cœur lui-même semblait désorganisée et unie intimement à Texsudation. Extérieurement, on ne pouvait distinguer dans le cœur ni côté veineux, ni côté artériel, ni côté droit, ni côté gauche; le tout formait une masse irrégulière. A la pointe, il y avait une place noire, plus polie, d'un pouce de diamètre. La substance musculaire du cœur elle-même avait un aspect rouge pâle. Les valvules tricuspidales, mitrales et semi-lunaires étaient d'une couleur rose. Dans l'oreillette gauche se trouva un concrément polypeux, facile à enlever. Le trou de Bottai, qui ne s'était pas complètement fermé, laissa pénétrer sans résistance un tuyau de plume par l'ouverture encore existante. Les intestins dans le bas-ventre étaient sains, de couleur pâle.

IQe OBSERVATION.

DeM. LenomméLegrand(Simon).âgé de 36 ans,

cartonnier,néà Partamieck en Pologne, fut placé à Bicêtre le 1" décembre 1823, ayant une faiblesse extrême dans les jambes, qui ne supportaient plus que difficilement le poids du corps, et une cécité presque complète. Il vivait dans cet état à Bicêtre, pas-

(1) Nouvelle bibliothèque médicale, vol. I, p. 41. 1828.

FOLIE MUSCULAIRE. < t8

sant une grande partie de son temps à l'infirmerie, où il était souvent forcé d'entrer pour les accidents qui lui survenaient, et en particulier pour le dévoiement auquel il était fort sujet.

Au mois de mars 1825, il fut obligé d'y entrer de nouveau, et c'est alors qu'il fixa mon attention d'une manière particulière ; il était dans l'état suivant. La cécité était complète, le corps dans un état d'émaciation très avancé j les membres, véritablement atrophiés, étaient le siège d'un phénomème très-remarquable: quand on les abamlonnait à eux-mêmes, ils se livraient à des mouvements automatiques très-agités, très-éteiidus et fort irréguliers, dont le malade ne pouvait se rendre maître 5 ils ne sentaient pas le corps qu'ils rencontraient, à moins que le choc ne fût très-violent. Ses bras surtout se livraient à des mouvements tellement désordormés que le pauvre malade se donnait, ainsi qu'aux personnes qui l'entouraient, des soufflets que sa main percevait à peine.

La face était la seule partie qui conservait sa sensibilité) toutes les autres l'avaient absolument perdue ; en sorte que le malade ne sentait ses couvertures que par l'obstacle qu'elles opposaient à ses mouvements. Quand on le plaçait sur une chaise pour refaire son ht, on était obligé de l'y maintenir, il ne la sentait pas. Les corps les plus froids ne produisaient sur lui aucun effet.

Excepté le toucher et la vue, tous les autres sens conservaient leur délicatesse 5 les évacuations fécales et urinaires restaient soumises à la volonté ; la face, pâle et maigre, offrait un véritable tableau de douleur : les yeux étaient brillants et presque continuellement livrés à des mouvements de scintiUation. L'appétit était fort irréguUer, tantôt très-vif, d'autres fois absolument nul. 11 existait une céphalalgie presque continuelle.

Pendant la nuit, ce malade était en proie à de véritables accès de fièvre intermittente qui revenaient très-irrégulièrement tous les deux ou trois jours, et qui le laissaient le matin inondé de sueur et dans un anéantissement très-considérable. Rien n'avait pu les arrêter ; le quinquina même administré sous toutes les formes, seul ou combiné avec dautres médicaments, avait échoué complètement. De temps en temps une diarrhée trèsabondante s'ajoutait encore aux autres causes de destruction pour ruiner plus rapidement la vie de ce malheureux, qui succomba le 17 août 1825, en pleine connaissance. Dans les derniers temps de sa vie, il survint une péritonite aiguë dont il est inutile de tracer l'histoire et qui acheva de l'anéantir.

Ouverture du cadavre. — Légère infiltration générale, muscles grêles et pâles.

Appareil n-rveux. — Toute la partie de l'axe cérébro-spinal comprise dans le crâne ne nous a offert aucune altération. Depuis le trou occipital jusqu'à son extrémité inférieure, la moelle de l'épine nous présenta une altération fort remar(|uable j toute la moitié postérieure de cet organe, y compris la substance grise, jusqu'à la commissure centrale, se trouvait couvertie en une matière jaunâtre transparente, brillante comme une forte solution de gomme, et parfaitement semblable à de la corne ramollie ou de la gélatine. Cette matière faisait une légère sîiillie sur toute la partie postérieure du cordon rachidien 5 lorsqu'on y pratiquait une section transversale, elle se renversait de tous côlés en forme de champignon. Du reste, cette matière n'offrait plus aucune trace d'organisation. Tuut le reste de la moelle, c'est-à-dire la partie antérieure, avait acquis une dureté assez considérable, peut-être un peu plus grande que celle du mésocéphale dans l'état naturel ; d'ailleurs il n'existait aucune autre

altération. Les membranes étaient saines. Les racin postérieures participaient à la dégénérescence de 1 respondante de la moelle 5 elles avaient acquis une leiuvx. jaune grisâtre. Les racines antérieures étaient au contraire dans l'état d'intégrité.

Depuis leur origine jusqu'à leur terminaison, ies nerfs optiques étaient extraordinairemeut atrophiés ; ils étaient réduits à leur partie membraneuse, qui avait une teinte jaune très-foncée. Les rétines se trouvaient aussi minces qu'une l^^gère pelure d'oignon. Les cristallins, considérablement ramollis, ressemblaient à une faible solution de gomme.

Poumons adhérents et remplis de tubercules crus à leur sommet. Cœur adhérent dans toute l'étendue du péricarde.

Petite quantité de sérosité brunâtre dans l'abdomen ; péritoi ne rouge, pointillé, épaissi, recouvert de fausses membranes qui agglutinent tous les intestins ensemble. La membrane muqueuse de l'estomac et des gros intestins offre des traces évidentes de phlegmasie.

L'agitation des membres coïncide avec l'endurcissement de la moelle, mais de la partie antérieure seulement, ce qui prouve que cette partie est particulièrement chargée de mouvements volontaires. On a pu remarquer aussi que l'appareil musculaire conservait la liberté de développer tous les mouvements, mais qu'il avait perdu sa force, son énergie, qu'il ne retrouvait plus que dans le moment des convulsions.

De M.Hutin (1).— Vannier, 31 ans, fut placé en 1819 àl'hos-

(1) Ibid. p. 34.

pice de Bicétro, 5« division, dans l'état suivant : Exaltation tellement vive do la sensibilité tactile générale, que lorsqu'on appliquait l'extrémité du doigt sur une partie quelconque de son corps, on y déterminait un frémissement particulier douloureux et des contractions musculaires semblables à celle que l'on produit au moyeu d'une décharge électrique. Lorsque, pour satisfaire aux besoins ordinaires de la vie, on venait à toucher ou remuer soii corps en totalité ; quand, par exemple, on le changeait de linge, ce malheureux jeune homme était surpris par des convulsions générales épileptiformes, ses membres se roidissaient et se contractaient ; il se recoquillait en quelque sorte sur lui-même; ses yeux étaient agités dans leurs orbites, et sa face le siège de contorsions les plus affreuses ; le pouls était petit, fréquent et dur, la respiration lente et profonde; du reste, l'appétit était assez vif et les fonctions organiques s'exerçaient régulièrement.

La marche de ce jeune homme était fort singulière ; il sautait continuellement et de la manière la plus bizarre. Il craignait de poser les pieds à terre à cause de l'impulsion douloureuse qui l'enlevait aussitôt. Les mouvements étaient extrêmement agités, mais l'appareil musculaire était incapable de développer de l'énergie.

Dans les quinze derniers jours de sa vie, il survint une diarrhée très-abondante et des vomissements presque continuels; les convulsions partielles et générales se développaient sous l'influence de la plus légère cause. La sensiblité était dans un j état d'exaltation tellement extraordinaire, que le contact des couvertures ou des vêlements était douloureux; l'agitation ne laissait plus aucun moment de repos. Enfin, affaibli, épuisé parla douleur, ce jeune homme succomba dans des convulsions terribles. ;

Ouverture du cadavre. — Émaciation extrême, yeux renversés en haut, roideur cadavérique.

Appareil nerveux. — Le cerveau et ses membres ne m'ont rien offert de particulier. Le cervelet m'a paru sensiblement atrophié; son centre médullaire, comparé à celui d'un autre cadavre, était environ d'un tiers moins volumineux dans l'un et l'autre lobe. La substance blanche qui occupe naturellement le milieu du corps rhomboïdal n'existait plus, de sorte que les bords festonnés de cette partie, rapprochés du centre, na formaient plus qu'un petit corps pisiforme très-dur, d'un gris brunâtre.

La moelle épinière présentait, depuis le trou occipital jusqu'au milieu de la région dorsale, une hypertrophie telle, qu'elle remplissait complètement la cavité de la dure-mère; dans le reste de son étendue, son volume était également exagéré, mais d'une manière moins remarquable; son tissu avait acquis une densité très -considérable, il ressemblait exactement à du fromage de Hollande; dans la partie inférieure, il était bien moins dur; et cependant il l'était encore beaucoup plus que dans l'état normal, car sa consistance égalait au moins celle du mésocéphale.

La face interne de l'arachnoïde était adhérente à elle-même dans presque toute son étendue ; inférieurement elle offrait de larges plaques cartilagineuses. Les nerfs rachidiens avaient acquis un peu de densité; du reste, ils n'offraient aucune autre altération.

Les poumons étaient parfaitement sains, ainsi que le cœur 5 ces deux organes se trouvaient gorgés de sang. L'estomac et la fin de l'intestin grêle présentaient des traces évidentes d'inflammation de la membrane muqueuse.

A quelle cause pourrait-on raisonnablement attribuer la danse

<20 BULLETIN DE LA 80CIÉTIÎ HOMOEOPATHIQDE.

de Saint-Guy chez les sujets de cette observation ? 11 me semble très naturel de la rapporter tout simplement à l'exaltation de la sensibilité -, le sol produisait à la plante des pied? le même effet que le toucher dans toutes les autres parties du corps, c'est-àdire une impression douloureuse, et par suite la contraction spasmodique de l'appareil musculaire locomoteur. Le malade en effet sautait continuellement et contre sa volonté.

L'endurcissement de la moelle avait aussi une influence notable sur la danse de Saint-Guy.

12e OBSERVATION.

De Bawkins (1). — Elize Schmith, âgée de 17 ans, fut reçue à l'hôpital de Midlesex le 5 septembre 1826 ; elle avait souffert pendant sept semaines des attaques de rhumatisme dans les genoux et les épaules, et quinze jours avant la date de la réception, elle avait été agitée de mouvements convulsifs involontaires dans les jambes, les bras et le cou, qui ne discontinuèrent point ; suppression des menstrues pendant quatre mois, mal de tête, douleur à l'épine du dos, pouls 96, langue chargée, constipation, administration des purgatifs sans succès. Le calomélas, le sené, la térébenthine amenèrent des évacuations coloriées, abondantes, noirâtres, mais ne procurèrent aucun adoucissement aux convulsions spasmodiques , qui ressemblaient à celles par lesquelles l'hydrophobie immole ses victimes. L'infortunée malade n'éprouvait aucun relâche de la douleur ^ les convulsions n'étaient interrompues que par les courts intervalles d'un sommeil d'accablement. Le bain chaud

(1) Medico-chirurgical Review, vol. Il, cah. 3. — Bulletin de Ferrusac, vol. XXIX, pag. 46, 1829.

FOLIE MUSCULAIRE. ii\

parut les aggraver-, la saignée répétée n'eut point d'efficacité; le musc fut tans effet; le camphre et l'opium ne procurèrent que peu de sommeil. Après la seconde administration de ces remèdes, elle s'endormit profondément, se réveilla, et aussitôt après rendit l'âme, 13 septembre.

Autopsie. — A l'autopsie, on ne découvrit aucune apparence morbide dans le cnàne. Dans les parties supérieures des poumons, quelques tubercules remarquables, et des concrétions en différentes places ; adhérences du foie aux parties environnantes; apparence saine des intestins; l'épiploon et le mésentère chargés de kystes, contenant, les uns une matière semi- fluide noire, les autres des dépôts calcaires ; concrétions remarquables dans la substance du pancréas 5 l'utérus, très-vasculaire, était fort injecté; les trompes de Fallope et les ovaires contenaient beaucoup de cette matière noire trouvée dans le mésentère.

DeBrown (1). — Une jeune fille de 16 ans présentait dans les premiers jours de janvier 1829 des symptômes de chorée; elle traînait fortement la jambe en marchant, et les mouvements qu'on observe ordinairement dans cette maladie avaient lieu dans le bras du même côté. La langue était chargée d'un enduit 5 le ventre était paresseux; la physionomie était pâle, le pouls fréquent ; la malade paraissait dans un état d'hébétude, elle éprouvait des vertiges et de la céphalalgie. On appliqua des sangsues aux tempes et on prescrivit des purgatifs.

Le 29 du même mois, lorsque le docteur Brown vit la malade pour la seconde fois, elle éprouvait de violentes convulsions

(1) Medico-chirurgical Review, London, 1829. Journal du progrès médical, 1830, vol. I, pag. 242.

générales. On la saigna copieusement du bras et de l'artère temporale ; on plaça des sangsues à la tête, on leur substitua des applications froides; on administra le calomel et d'autres purgatifs énergiques, et après eux l'huile essentielle de térébenthine par la bouche et les lavements. Le 6 février, l'écoulement menstruel ayant commencé à paraître, les mouvements convulsifs cessèrent d'avoir lieu ; jusqu'à ce moment ils avaient été presque continuels, et si violents, que la malade n'avait pu être retenue dans son lit qu'en l'y fixant solidement par des liens. Les facultés intellectuelles, qui, même dans les courts intervalles qui séparaient les convulsions, étaient presque complètement perdues, reprirent une telle lucidité qu'elle répondait avec beaucoup de justesse aux questions qu'on lui adressait. Elle se plaignait d'une violente céphalalgie ; la circulation était forte et accélérée.

L'écoulement menstruel se supprima le 8 février ; le lendemain tous les symptômes violents se montrèrent de nouveau. On employa les mêmes moyens que précédemment ; mais ils ne produisirent aucun bon résultat. Le 11 , au soir, la malade était plongée dans le coma, et elle mourut le lendemain au matin.

A l'ouverture du cadavre, on trouva toute la surface du cerveau extrêmement injectée. Il y avait entre la pie-mère et l'arachnoïde un épanchement de sérosité lymphatique; les ventricules latéraux contenaient une demi-once de sérosité ; les vaisseaux du plexus choroïde étaient extrêmement injectés ; la veine de Galien et les sinus de la dure-mère étaient remplis de sang. La substance médullaire de l'hémisphère gauche contenait dans son intérieur une concrétion calcaire qui avait une forme cubique irrégulière, d'un demi-pouce environ sur chacun de ses

FOLIE MUSCOLAIRE. 123

côtés, — Les viscères du thorax et de l'abdomen étaient parfaitement saines 5 seulement, on trouva une petite hydatide adhérente à la surface de l'ovaire droit.

De M. Rostan (1), — J'aivu succomber récemment une femme de 50 ans qui depuis son enfance était affectée de tout le côté gauche du corps ; ses membres étaient même atrophiés. Je m'attendais à trouver une atrophie d'une portion du lobe droit du cerveau; il n'y avait rien, ou du moins, malgré toute mon attention, je ne vis rien ; ce qui n'empêche pas qu'il ne dût y avoir quelque chose.

De Bright (2). — SahraFord, âgée de 13 ans, fut admise en 1825, affectée d'une chorée bien marquée. Au mois de juillet elle avait eu un accès de rhumatisme dont elle avait été parfaitement guérie. Elle a quelquefois des illusions mentales, et cinq semaines avant son admission, elle avait souffert d'un mal de gorge avec globe hystérique. Son iutelligence ni ses forces n'étaient altérées ; elle était constipée et la menstruation n'avait pas paru. Les purgatifs, les toniques métalliques, les narcotiques (hyoscyamus avec camphora) et les douches furent les principaux moyens employés, et elle se rétablit assez bien pour pouvoir sortir en avril.

Depuis plusieurs mois elle ne se plaignait plus, lorsqu'à la suite d'une agitation morale elle éprouva une rechute, mais de

(1) Cours de médecine clinique, tom. II, pag. 734, 2"' édition, 1830.

(2) Reports of médical cases, vol. 11, part. 2. London médical gazette, v. x. p. 326. 1832.

peu de durée, et elle continua à se bien porter jusque vers Pâques 1829, où elle éprouva un cruel désappointement dans une affaire d'amour, immédiatement suivi du retour de son ancienne affection.

On l'apporta à l'hôpital, âgée alors de 17 ans. Ce n'était qu'avec peine qu'elle se tenait debout ou assise; elle s'agitait en tous sens, contractant sa bouche fortement, parlant avec la plus grande difficulté, et lorsqu'on lui demanda de montrer sa langue, elle la tira avec difûculté en la serrant entre ses dents.

Je ne connais pas le mode de traitement qui fut adopté. Elle parut d'abord s'en bien trouver ; mais un peu plus tard l'état empira, et flnaleraent elle ne put plus quitter le Ut. Elle s'agitait en tous sens, frappant des mains les ais que l'on avait mis pour l'empêcher de tomber à terre, et se mordant horriblement la langue. Elle tomba graduellement très-bas et dans un grand épuisement ; sa bouche et ses dents se couvrirent de mucosité ; elle offrait presque l'aspect d'une personne en proie à la flèvre. Elle semblait posséder sa connaissance, quoiqu'elle éprouvât delà difficulté à répondre aux questions; quelquefois ses idées étaient incohérentes. Tous ces symptômes défavorables s'exacerbèrent graduellement, et elle mourut.

Autopsie cadavérique. — Lorsqu'on découvrit la dure-mère, on vit clairement qu'aucun épanchement ne s'était fait dans les ventricules, car les convolulions se sentaient distinctement et et apparaissaient à travers la membrane. Le crâne était mince ; la selle turque, ainsi que les autres éminences de la base, plutôt proéminente. Une petite quantité de fluide s'échappa d'une ouverture faite par la scie à travers la dure-mère dans l'arachnoïde ; l'épanchement cependant était peu copieux. Les membranes paraissaient humides , faiblement aqueuses dans les intervalles

FOLIE MUSCULAIRE. l25

(les convolutions. Il n'y avait pas le moindre coagulum clans le sinus longitudinal, ni dans les sinus latéraux, mais seulement quelques gouttes de sang non coagulé.

La surface des convolutions était plus vasculaire que d'ordinaire, ainsi que le prolongement de la pie-mère; mais les larges veines qui pénètrent dans le sinus étaient entièrement vides des deux côtés. Le centre ovale était couvert d'un plus grand nombre de points qu'à l'ordinaine, et ils étaient plus permanents , étant très-évidemment des dépressions ou des cavités de l'orifice ouvert des vaisseaux. En plusieurs endroits, le scalpel mit à nu des vaisseaux déplacés semblables à des raies de sang. On peut observer, ainsi que sur la surface de la substance cendrée, après l'ablation de la pie-mère, que les dépressions formées par les vaisseaux qui y pénétraient de la pie-mère étaient plus visibles que d'ordinaire.

Le ventricule latéral, aussi bien que les ventricules moyens, n'offrait aucun indice d'épanchementj à peine y trouva-t-on une goutte de fluide. Le plexus choroïde, et plus particulièrement le vélum interpositum , étaient gonflés de sang; les vaisseaux qui courent sur les corps striés et les couches optiques, pleins ou dilatés. Les autres parties du cerveau et du cervelet n'offraient rien de morbide.

Lamoe'Ie épinière fut examinée par derrière avec la plus grande attention, en sorte que l'on obtint une vue complète du cerveau et de toutes les parties qui s'y rattachaient. La duremère qui couvre ces parties était saine. La paroi osseuse fut ouverte le long de la partie postérieure ; une faible quantité de liquide s'en échappa, et l'on remarqua son état plutôt vasculaira que naturel à peu près à moitié chemin en descendant, et depuis ce point jusqu'à la cauda equim, ou aperçut cinq ou six

126 BULLETIN DE Lé. SOCIÉTÉ HOMœOPATIIIQUE.

lamelles osseuses d'un dixième de pouce tout au plus de diamètre, attachées à la pie-mère par de petits pédoncules, et s'ctendant comme de petits fongus avec leurs sommets presque unis. Toute la pie-mère était plutôt vasculaire ; mais aucune apparence d'inflammation ou de ramollissement ne se fit remarquer nulle part. Les corpora pyramidalia et olivaria^ ainsi que la partie supérieure de l'épine , sur une longueur de six pouces, furent également examinés avec soin ; la partie inférieure de l'épine fut ouverte vingt-quatre heures après (on l'avait gardée pour la dessiner, et dans l'intervalle elle s'était probablement un peu ramollie); cependant l'examen le plus attentif, pendant la dissection des deux colonnes, ne découvrit pas la moindre trace de maladie; seulement on aperçut à une place à peine large comme un grain d orge, une légère rougeur vasculaire.

Le poumon et le cœur étaient sains ; mais le cœur contenait une très-petite quantité de sang coagulé, et il était très-flétri, ainsi que l'aorte et les valvules. Le foie était sain, quoiqu'un peu gros. L'estoniac, les intestins, la rate, le pancréas et les glandes mésentériques étaient tout-à-fait naturels. Nous nous efforçâmes de suivre la trace des ganglions du grand sympathique dans le plexus cardiaque ; mais nous ne découvrîmes aucune apparence morbide. Les reins étaient marqués de taches blanchâtres et d'assez grande dimension. Je croirais volontiers que l'urine était coagulable ; mais il n'y en avait pas dans la vessie pour faire l'expérience.

L'utérus était large, et sa cavité distendue. Il y avait dans le tube gauche un dépôt de mucus clair, transparent, de la largeur d'une pièce de six pences. L'ovaire droit contenait un kyste de la grosseur d'une petite noisette, plein d'une substance visqueuse, dure, rouge, d'une consistance assez grande pour pou-

voir être coupée. La trompe de Fallope, du même côté, permet parfaitement le passage à l'air injecté par un chalumeau; mais elle présentait un aspect remarquable, en ce qu'elle avait les points des extrémités ûbrillaires garnis d'os semi-transparents, semblables à de gros grains de sables de forme irrégulière, ou plutôt botryoïdale. Un dépôt de même nature fut trouvé au côté externe du ligament large. L'ovaire gauche était plus sain j il ne contenait que quelques corps vasculaires. La trompe deFallopede ce côté, n'olïrait aucune trace de dépôt osseux. Attachée de chaque côté par les Ugaments de l'utérus, une petite vésicule de la grosseur d'un pois pendait par un pédoncule, le long duquel des vaisseaux semblaient passer.

16e OBSERVATION.

De Robert Froriep (1). — Un garçon de dix ans souffrait depuis un an déjà de tressaillements des muscles volontaires ; il y avait eu, il est vrai, de fréquentes intermissions 5 mais le mal avait résisté à tous les médicaments.

Dans la dernière quinzaine de juin 1834, le jeune malade fut admis à la Charité de BerUn. Les tressaillements offraient l'image exacte de la danse de Saint-Guy ; ils affectaient tous les muscles volontaires, cependant ils étaient plus violents dans les extrémités supérieures et la fac?. Il fallut recourir à la camisole de force pour empêcher l'enfant de se faire du mal à lui-même. Il ne cessait de mouvoir la tête de côté et d'autre; la face était agitée de tressaillements et de grimaces continuels. 11 avait le visage rouge, et présentait tous les signes de violentes congestions vers la tête. 11 possédait pourtant la connaissance. Les tressaillements cessaient à peine quelques instants pendant la

(1) Frorieps Notizen, 1839, n° 224.

nuit; dans le sommeil môme, le malade s'agitait presque constamment, et après un assoupissement de peu de durée, il était réveillé par une nouvelle attaque de violents spasmes. La déglutition était très-pénible. Constipation opiniâtre. Le malade reçut un électuaire lénitif avec du sulfate de magnésie , puis de l'huile de ricin. Ces médicaments procurèrent un soulagement passager. Cependant, dès le lendemain , les tressaillements et les congestions qui en dépendaient continuant, se montra un état gastrique contre lequel on prescrivit un vomitif. 11 fallut en augmenter la dose pour obtenir un effet qui n'eut aucune influence salutaire. Le 13 juillet, après une nuit passée dans des convulsions plus violentes, la mort frappa le malade sous la forme d'apoplexie.

Autopsie. — Les grosses veines de la surface du cerveau étaient fortement injectées de sang, ainsi que les vaisseaux de la substance du cerveau. Le cerveau et le cervelet, comme le pont de Varole, ne présentaient rien d'anormal; par contre, on remarque à la face inférieure et antérieure de la moelle allongée une espèce de fossette telle qu'aurait pu la produire l'impression du petit doigt. Les membranes de cette partie étaient opaques et épaissies sur les bords. Répondant à cet enfoncement, le grand trou occipital présentait de notables altérations à la base du crâne, car il ne formait plus l'ouverture ovale oblongue normale, mais il avait une forme de haricot, avec l'iléus tourné en avant. Les autres organes n'offraient rien de remarquable. A un examen plus attentif des parties qui forment le grand trou, on s'aperçut que l'altéraiion de sa forme provenait uniquement de la tuméfaction de l'apophyse odontoïde. Cette apophyse avait exactement la même grosseur et la même épaisseur que chez un homme fait; cependant elle montrait, en outre,

une abondance inaccoutumée do sang dans la substance spongieuse, qui était un peu compacte, sans altération morbide d'aucune espèce. Les os de l occiput, de l'atlas, ainsi que du corps et de l'arc de l'axid, étaient, autant qu'on peut s'en assurer, dans un état normal.

De Robert Froriep (1). — Le 2 avril 1835, Repfeld, jardinier, âgé de 32 ans, fut reçu à la Charité de Berlin. Outre de fréquents tressaillements qui affectaient tantôt les muscles volontaires de la face, tantôt ceux des extrémités supérieures ou inférieures, tantôt ceux du côté droit, tantôt ceux du côté gauche du corps, il souffrait de violents maux de tête, accompagnés d'une grande anxiété et de vomissements consensuels, dont les accès, comme ceux des convulsions, avaient lieu surtout la nuit.

Malgré l'emploi de différents moyens , ses souffrances ne firent que s'accroître, et au mois de mai il s'y joignit de violents épistaxis qui avaient lieu le matin. Le 15 juin, il lui vint sur la joue, tout près de l'aile gauche du nez, une tumeur dure et une tuméfaction des parties molles voisines; il se forma un abcès qui Jeta du pus mêlé de sang; on sentit par un conduit fistuleux une nécrose des os à l'angle interne de l'œil et à la racine du nez, La continuation des spasmes, semblables à la danse de Saint-Guy, l'insomnie qui en pétait la suite, la sécrétion excessive du pus et les fréquents accès de fièvre qui s'y joignirent, épuisèrent promptement le malade, qui mourut le 27 juin.

Autopsie, — La partie de l'os frontal au côté droit et à la ra- (0 Ibid., n° 224.

cine du nez, Tos de la mâchoire supérieure et l'os nasal étaient attaqués de nécrose et couverts de pus. Dans la cavité du crâne, la dure-mère adhérait fortement à lacalvaria, et présentait aux deux côtés du sinus longitudinal plusieurs ossifications aplaties de la grosseur d'une lentille jusqu'à la grosseur d'un pois. Les vaisseaux de la surface supérieure du cerveau étaient Injectés de sang, et à la base du cerveau l'arachnoïde était couverte d'une exsudation lactée jaunâtre. La substance du cerveau, la moelle allongée, le pont de Varole, étaient dans un état normal. Les parents ne permirent pas de pousser plus loin les Investigations.

18e OBSERVATION.

De M. Monod (1). — Monniot Nicolas, âgé de 24 ans, de stature moyenne, d'un embonpoint médiocre, bien musclé, offrait dès les premiers jours de sa naissance des mouvements irréguliers tels qu'on les observe dans la chorée. A mesure que l'enfant avança en âge, cette affection fit des progrès plus marqués ; elle ne parut néanmoins mettre aucun obstacle au développement physique de ce malheureux, dont l'intelligence était médiocre. L'impossibilité de pourvoir à son existence avec une semblable maladie lui ût obtenir une place à Bicêtre. La chorée avait encore augmenté lorsque je le vis peu de jours après son entrée, elle paraissait siéger surtout dans les muscles du cou et des membres supérieurs. La tête se penchait altc-rnativement sur l'une ou l'autre épaule, puis se portait fortement en arrière, et enfin tombait sur la poitrine.

Toutes les parties des membres supérieurs étalent agitées de mouvements les plus variés et les plus singulier.- 5 le bras

(1) Bulletin delà Société anatomique, 1832, deuxième édition, 1846, p. 82.

droit était plus affecté que le gauche; le malade ne pouvait porter avec la main des aliments liquides à la bouche; il ne parvenait à manger la soupe qu'en mettant la bouche dans l'écuelle. encore ne pouvail-il exécuter ce manège que par instants forts courts ; il fallait qu'il saisît sa bouchée pour ainsi dire h la volée. Tous ces mouvements, quelque désordonnés et irrésistibles qu'ils fussent, s'exécutaient assez lentement et sans saccades. Les membres inférieurs étaient moins affectés que les supérieurs^ les mouvements étaient peu irréguUers, et la démarche, quelque incertaine qu'elle fût, n'empêchait pas Monniot de faire des courses très-longues. Son appétit était vorace, ce qu'il attribuait à l'excès de l'exercice qu'il prenait malgré lui; sa santé générale était bonne; pendant le sommeil, tous ces mouvements convulsifs cessaient complètement.

Le 18 octobre 1827, dans la soirée, Monniot se plaignait d'étouffer; il ne put prendre aucun aliment, sentit la difficulté de respirer augmenter dans la nuit, et vint à l'inArmerie le 19 octobre, sur les trois heures de l'après-midi. Les mouvements involontaires avaient augmenté beaucoup, et plusieurs fois le malade était tombé de son lit, ce qui ne lui était jamais arrivé jusqu'alors. Il s'agitait violemment, grinçait des dents et faisait des contorsions horribles. Les convulsions revenaient sous formes d'accès très-rapprochés les uns des autres pendant lesquels la contraction spasmodique des muscles thoraciques et peut-être aussi du larynx, arrêtaient complètement les mouvements respiratoirt s ; ils étaient suivis d'une inspiration courte et brusque: la peau était chaude, la sueur en ruisselait; le pouls était fréquent et plein. Le malade manifestait une grande impatience quand on l'approchait; il demandait à rester seul et à ne rien prendre; la déglutition était d'ailleurs tout-à-fait impossible.

^32 BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ I10Mf)i:GPATHIQUE.

Les accès se rapprochaient de plus en plus, et le malade mourut étoufTé le 20 octobre à 3 heures du matin, 30 heures après le développement de ces convulsions horribles.

Ouverture du cadavre ^7 heures après la mort.

Habitude extérieure. La peau était marbrée et violacée. La raideur cadavérique avait disparu.

Tête. Les méninges étaient fortement injectées. La dure-mère était remarquablement tendue sur les hémisphères, dont les circonvolutions étaient légèrement aplaties. 11 n'y avait pas de sérosité infiltrée dans la pie-mère. La substance grise des circonvolutions me frappa par son abondance, s;i couleur et sa consistance; beaucoup plus ferme que de coutume, elle formait une couche épaisse , surtout en arrière et sur les côtés des hémisphères; un grand nombre de circonvolutions semblaient presque entièrement formées de cette substance-, la substance blanche était réduite à une lamelle à peine visible. La couleur de la couche corticale était d'un gris rougeàtre très foncé, et tranchait vivement avec celle de la substance médulaire. Un pointillé rouge très-abondant indiquait une injection considérable des vaisseaux cérébraux. Les ventricules ne contenaient presque pas de sérosité. Les veines de Gallien étaient fortement distendues par le sang du cerveau. Le cerveau était du reste parfaitement sain : le cervelet otïraît une injection marquée et une coloration foncée de sa substance grise.

Colonne vertébrale. A l'ouverture du crâne il s'était écoulé beaucoup de sang du rachis. Les muscles des gouttières verjébrales étaient gorgés du même liquide. Les membranes de la moelle étaient fort injectées. L'organe médulaire avait un volume extraordinaire, et remplissait presque entièrement le canal que lui formait la dure-mère; sa consistance était notablement

FOLIE MUSCULAiriE. 133

augmentée, et la substance grise, plus abondante que de coutume, offrait une coloration très-foncée; du reste, la conformation de la moelle était normale. Les nerfs, à en juger par les ganglions cervicaux seuii-unaires et lombaires, les plexus cervicaux et brachiaux ne présentaient d'autre altération qu'une injection notable de leur névrllème.

Les muscles étaient tout imprégnés de sang. La muqueuse gastro-pulmonaire offrait une forte injection. Des mucosités écumeuses tapissaient le larynx, la trachée et les bronches : une quantité assez considérable de ce liquide s'était écoulée par la bouche et des narines au moment de la mort. Les poumons étaient à l'extérieur d'une couleur analogue à celle des poumons d'enfant. Les incisions en faisaient couler du sang noirâtre en abondance, et la surface des tranches faites dans l'organe était marbrée de plaques dont les unes étaieut d'un rouge artériel et les autres d'un rouge veineux. Du reste le parenchyme était crépitant et plus léger que l'eau. Le cœur, bien conformé, vide du côté droit, contenait dans les cavités gauches un peu de sang noir liquide. Le système veineux était généralement gorgé de sang ainsi que les viscères.

De M. Monod (1). — Leblond (Jean), âgé de 30 ans, d'un tempérament lymphatique, fut attaqué à l'âge de 14 ans de diverses caries scrofuleuses. Vers la même époque se manifesta une chorée générale. A l'âge de 22 ans, il guérit des maladies des os, et put commencer à marcher avec une béquille; il conserva les mouvements irréguliers, qui se faisaient surtout remarquer dans la tête et les membres supérieurs. Il éprouvait beau-

coup de peine à parler, et perdait souvent la mémoire des mots. Adonné aux boissons alcooliques, il fut pris d'une gastro-entérite dont il négligea les premiers symptômes. Il entra à l'infirmerie le huitième jour. Je crois inutile de détailler ici l'histoire de sa maladie, qui devint bientôt très-grave. En même temps la chorée acquit beaucoup plus d'intensité. La veille de sa mort^ le malade fut pris dn délire : ses mouvements convulsifs étaient d'une violence extrêmr; sa face était rouge, sa peau chaude, sa respiration un peu gênée; il succomba cependant sans présenter des accès de suffocation.

Autopsie cadavériqve. — Têle. Le cerveau était d'un volume très-remarquable, etla duri;-mère, tendue sur les hémisphères, en avait aplati d'une manière très-marquée les circenvolutions. Les membranes étaient fort injectées. La pie-mère était infiltrée de sérosité rougeâtre; la substance cérébrale était trèsferme et presque exsangue.

Colonne vertébrale. Les enveloppes de la moelle et le système veineux rachidien étaient gorgés de sang. La moelle, d'un volume remarquablement petit par rapport au reste de la masse encéphalique, n'offrait aucune altération notable. Les nerfs me parurent aussi dans l'état normal.

20">e OBSERVATION.

De ^arsAo//, à For far(l).— Une fille d'environ 13 ans, non encore réglée, nommée Jane Stewart, remarquable par sa constitution robuste et par son caractère ingouvernable. Après de violents maux de tête et une constipation opiniâtre pour laquelle on lui fît prendre plusieurs purgatifs, elle fut prise de soif, de

(1) Etiinburg. med. and cliirurg. journal.— Journal des connaissances mé dico-cbirurgicales. Juin 1834, p. 313.

vomissements, d'affaiblissements de la Yue , alternant avec une sensibilité excessive de l'œil à la lumière, de l'oreille au plus léger bruit. Enfin elle perdit la faculté de se tenir debout, mais non pas celle de remuer les jambes. Cet état dura plusieurs mois sans chargement. Quatre mois plus tard, Jane perdit la parole pendant six semaines, sans que du reste l'intelligence, la sensibilité et les mouvements fussent altérés. Puis elle recouvra la parole en bégayant comme un enfant 5 la vue devint très- faible -, enfin le délire survint, dura huit jours et fut suivi de paroxysmes qui se répétaient huit à dix fois en vingt-quatre heures.

La première période de ces paroxysmes ressemblait à une syncope ; le pouls était cependant naturel, la malade insensible à toute impression extérieure; cet état durait de trois ou quatre minutes à plusieurs heures. La respiration, d'abord faible, mais pleine comme dans le sommeil, devenait par degrés forte et souvent annonçait l'approche du second stade, caractérisé par une série d'actes singuliers, dont la plupart étaient des mouvements convulsifs, bizarres, des cris aigus. La malade jetait par la croisée ou à la tête des assistants tout ce qui lui tombait sous la main; son père ayant voulu un jour la contenir, son bras gauche resta depuis dans un état de contraction permanente.

Les mouvements semblaient tantôt involontaires, tantôt soumis jusqu'à un certain point à 1 influence de la volonté : la jeune fille ne répondait à aucune question ; elle ne reconnaissait point ses parents et ses amis ; la station et l'usage du bras gauche étaient impossibles. Cet état durait de cinq à dix minutes.

Pendant les quinze premiers jours, les paroxysmes étaient séparés par une intermission qui variait d'une minute à une heure et demie. Plus tard, il n'y eut plus qu'une seule intermis-

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sion qui variait d'une minute à une heure et demie. Plus tard, il n'y eut plus qu'une seule intermission, bien tranchée, de huit à neuf heures du matin.

La malade s'affaiblit, les paroxysmes devinrent moins énergiques. Les mâchoires étaient serrées, les bras contractés, le pouls au-dessous de 30 pulsations, rémission de l'urine involonta re, la constipation invincible. La. mort vint terminer la scène, huit mois après l'invasion de la maladie,— Le traitement était réduit à quelques laxatifs, à des lavements de savon, à des frictions le long de l'épine dorsale avec un Uniment dans lequel outrait l'émétique. Pendant les soixante-dix-sept jours, elle ne prit aucune espèce de nourriture 5 un lavement et une tasse d'eau, voilà tout ce qu'où lui donnait en vingt-quatre heures, A l'ouverture^ on ne trouva aucune altération organique du cerveau ni de la moelle; la pie-mère était faiblement injectée dans quelques points. Les ventricules contenaient six onces de sérosité.

De M. Ruffs (1). — Chorée , rougeole intercurrente , mort ; persistance de la chorée jusqu'au dernier moment 5 aucune altération des centres nerveux.

Joséphine Ducrow , âgée de 12 ans, d'une constitution forte, entre le 23 mai à l'hôpital. Sa mère nous dit qu'elle est agitée par des mouvements choréiques depuis plus d'un mois. Il y a trois jours, ayant marché sur un chat pendant la nuit, elle eut une grande peur, et depuis ce temps les mouvements sont beaucoup plus forts.

25 mai. Agitation des membres supérieurs, qui sont involon-

(1) Archives générales de médecine, t. IV, p. 215. Février 1834.

FOLIE MUSCULAIHE. 137

tairement portés à la face, sur le front, à la partie postérieure de la tête sans aucune régularité. Cette agitation augmente lorsqa'on regarde la malade ou bien lorsqu'on veut lui faire exécuter un mouvement volontaire ; elle peut marcher et manger sans secours; sa voix est saccadée, et l'articulation des sons se fait avec effort et contorsion des muscles de la face. Face colorée; toutes les autres fonctions sont en bon élat.

27 mai. Céphalalgie, face colorée, un peu de toux, pouls développé, fréquent, peau chaude.

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