‹ Histoire de la musculation irrésistible, ou, De la chorée anormaleChapitre 81 sur 89 · XI. — Caractères essentiels de la chorée · texte numérisé non relu

XI. — Caractères essentiels de la chorée

Si nous hasardons quelques mots sur la nature intime de la chorée, ce n'est nullement avecla prétention de jeter denouvelles lumières sur ce sujet. Les opinions sur les caractères essentiels de la chorée sont un point de controverse qui n'a pas encore reçu de solution satisfaisante. En thèse générale, la diversité des opinions sur un objet est toujours une preuve d'ignorance; car, devant les faits bien avérés, la discussion tombe à plat. Ainsi, les uns (2) prétendent que cette maladie consiste dans des mouvements convulsifsj les autres (3) regardent comme

(1) Traité de nosographie médicale, t. III, p. 656, Paris, 1840.

(2) Pinel, Currie, Cullen, Home, Sydenhara, etc. '

(3) Dover, Mead, Dehaen.

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caractère essentiel la paralysie ^ ceux-ci (1) soutiennent que lu chorée est un mélange de spames et de paralysie 5 ceux-là (2) affirment qu'elle est un trouble de l'association musculaire. Il en est même qui disent avec Strack, que la chorée est une espèce d'aliénation mentale. SU venia verbo. Le fait est qu'on ne sait rien. Le principe des mouvements réflexes de Prochaska^ exhumé, revu et augmenté par MM. Marschal Hall et /. Muller, n'a pas manqué non plus d être mis à contribution pour expliquer la nature intime de la chorée. C'est le professeur Romberg, de Berlin, qui a pris l'initiative. Voici l'exposé de son opinion, qu'il nous a été impossible de dépouiller de la savante obscurité dont il l'a revêtue.

Le principe de la réflexion a lieu des nerfs sensitifs sur les nerfs moteurs par l'entremise de la moelle vertébrale ; il réside principalement dans la moelle vertébrale, car il se manifeste, non-seulement après qu'on a décapité un animal, mais même après qu'on a partagé plusieurs parties de la moelle vertébrale. Ce principe de réflexion se manifeste dans chaque partie de la moelle prise isolément. Après l'ablation du cerveau, on aperçoit, non-seulement flexion, extension, abduction, adduction, pronation et supination des membres, mais toute une suite de mouvements. Ainsi, on voit des oies décapitées battre des ailes, des grenouilles dont on a coupé la tète changer de position, et, étendues qu'elles étaient, s'asseoir. Selon les expériences de Budge (3), les nerfs qui produisent l'extension prédominent dans les couches antérieures (inférieures), tandis que les nerfs qui animent la flexion, dominent dans les couches

(I ) Cheyne, Beaumes, Bouteille, Richelmi.

(2) Darvin.

(3) Untersuchungen uber das Nerven-system. 1848, cah I, p. 45.

supérieures (postérieures). D'autres expériences ont prouvé que chez des grenouilles décapitées on peut, à volonté, provoquer des mouvements d'abduction et d'extension en irritant la peau du dos dans le sens de la longueur, puis des mouvements d'adduction et de flexion en prenant la peau du ventre pour le siège de l'irritation. Marschal Hall raconte que dans un cas de paraplégie, des frictions sur la peau du ventre, qui était insensible, et sur l'os iliaque du côté droit, provoquèrent surle-champ de fortes extensions de la jambe droite, tandis que le frictionnement de la région sacrale occasionna instantanément une flexion du genou et de la cuisse. S'appuyant sur ces faits de mouvements réflexes, M. Romberg regarde comme caractère essentiel de la chorée des mouvements combinés d'un plus ou moins grand nombre de groupes de muscles indépendants de l'influence cérébrale, lesquels augmentent de violence par les mouvements commandés par la volonté et en troublent plus ou moins l'exécution. Une opinion toute contraire est professée par les docteurs Wilson et Bellingham en Angleterre. Voici un court extrait d'un mémoire publié par ce dernier dans \e Dublin médical Press, en 1846 (1) ; il permettra au lecteur d'apprécier ces idées soi-disant nouvelles.

Un grand nombre de pathologistes croient aujourd'hui que la chorée a sa source première dans le sang et son siège direct dans le système musculaire, et que le système nerveux y est, du moins primitivement, tout à fait étranger. Cette théorie a été créée, croyons-nous, par le docteur "Wilson. Dans son ouvrage sur le spasme, la langueur et la paralysie, après avoir insisté sur l'urgence d'étudier l'état du sang dans la chorée, il

(1) Voyez Gazette médicale de Paris, page 633 1847 .

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s'exprime ainsi : « Les muscles doivent être considérés nonseulement comme des organes de mouvement, comme les instruments d'une fonction mécanique, mais comme formant, dans leur ensemble, le plus étendu des tissus de l'économie, et faisant de nombreux et continuels échanges avec les éléments du sang. Les muscles, considérés dans leurs fonctions nutritives, sont, à l'égard du sang, dans le même rapport que les glandes qui sont continuellement occupées à séparer les matériaux de leur propre organisation et à lui rendre dans un état d'altération. » M. Wilson ajoute qu'il a souvent ramené la régularité de l'action musculaire en adressant les moyens thérapeutiques, non aux nerfs de la partie, mais au muscle lui-même, soit en augmentant, soit en modérant l'afflux du sang, soit encore en débarrassant la circulation de principes nuisibles ou en lui restituant des principes normaux.

M. Bellingham expose et adopte ces idées sur le siège de la chorée; et, quant à la nature de cette affection, il rejette l'opinion qui admet un état spasmodique et celle qui admet un étal paralytique. Sa raison est celle-ci : « La paralysie consiste dans une suspension entière de l'action de la volonté sur les muscles ; et le spasme, dans une convulsion soudaine ou une forte coutraction, ou une alternative de contractions et de relâchements. Or, tels ne sont pas les caractères de la chorée. En quoi consistet-elle donc actuellement? En un excès de mobilité des muscles affectés aux mouvements volontaires, et dans l'impuissance de garder la môme position ou de rester en repos, même pendant un court espace de temps. »

Le rapporteur de cette nouvelle théorie anglaise (dans la Gazette médicale de Paris ^ 1847, p. 633), dont nous regrettons

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de ne pas savoir le nom, combat très-judicieusement cette opinion en ces termes :

« En France, comme en Angleterre, on reconnaît l'influence de certaines maladies du sang sur la production de la chorée. Seulement on croit ici que c'est par l'intermédiaire des centres nerveux, et là-bas que c'est par lésion directe du système musculaire. On croit ici que les centres nerveux en contact avec un sang vicié dans sa quantité ou sa qualité, transmettent aux muscles un état spasmodique et paralytique; là-bas, que les muscles directement viciés dans leur nutrition contractent un excès de mobilité. De quel côté se ranger? »

L'opinion qui admet les lésions nécessaires des centres nerveux s'appuie, quoi qu'en dise l'auteur, sur d'assez bonnes raisons. En voici, par exemple, trois qui méritent quelque attention. La chorée, assez souvent, n'occupe qu'un seul côté du corps ou est beaucoup plus prononcée d"un côté que de l'autre; c'est bien là un caractère des atîcctfons des centres nerveux, et c'est, au contraire, un fait peu compatible avec l'idée d'une lésion du système musculaire, suite d'altération du sang. En second lieu, la chorée succède fréquemment à des affections évidentes, indéniables, des centres nerveux, à dej méningites, à des émotions morales, vives, etc., etc., ou, si elle ne procède pas manifestement de cette source, elle s'accompagne, dans beaucoup de cas, de symptômes qui décèlent la participation des centres nerveux. Tels sont un certain degré d'imbéciUité, une céphalalgie opiniâtre, etc. Enfin, l'autopsie a montré de fréquentes altérations des méninges du cerveau, du cervelet, delà moelle, fausses membranes, ramollissement, indurations, tumeurs cancéreuses, tubercales. On arguerait en vain de la non-constanco de ces altérations-, tout au plus pourrait-on en conclure qu'elles ne tra-

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duisent pas complètement la lésion du système nerveux, qu'il y a derrière elle une lésion plus profonde, inaccessible à nos moyens d'investigations; mais elles n'en témoignent pas moins du rôle actif que jouent les centres nerveux dans la chorée, tandis qu'elles sont absolument inexpiicablos dans l'opinion d'une altération du système musculaire, à l'exclusion du système nerveux.

De même, nous croyons que les médecins français, en disant qye les muscles, dans la chorée, sont dans un état spasinodique ou dans un état paralytique, se sont plus rapprochés de la vérité que les médecins anglais en disant que les muscles offrent un excès de mobilité et une impuissance de garder longtemps la même position. Cette dernière façon d'interpréter les faits est entièrement illusoire. Les muscles se meuvent plus qu'à l'ordinaire et ne restent pas plus longtemps en place, c'est un fait, mais c'est le fait dans son apparence la plus grossière et la moins scientifique. Autant vaudrait dire que l'épilepsie est un excès de mobilité intermittente des muscles; le tremblement sénile, un excès de mobilité continue; la paralysie, une absence de mobilité : avec ce système d'interprétation, la science serait facile. Mais il est trop évident que derrière les diverses formes de trouble que subit l'action musculaire ne se cachent des modes étiologiques différentes et que la mission de la science consiste essentiellement à les découvrir. Or, c'est faire un pas dans cette voie que de chercher si ces formes de trouble musculaire ont ou n'ont pas de rapport avec les alTections franchement paralytiques. Pour notre compte, nous n'en doutons pas un instant. Noua tenons pour certain que le moindre mouvement choréique es,t un premier pas vers la paralysie. L'expérience a d'ailleurs pj'.ç^ioncé, et personne n'ignore que la chorée partielle aboutit

FOLIE MUSCutAinr. 2>l*l' quelquefois à la perte complète du mouvement dans la partie qui en est le siège.

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