‹ Histoire de la musiqueChapitre 2 sur 5 · DES ORIGINES AU XV' SIECLE · texte numérisé non relu

DES ORIGINES AU XV' SIECLE

Les commencetnenis, ici comme presque partout, SODI assez obscurs.

Ils appartienoeDl, pour ainsi dire, à la légeiide, à la préhistoire. En un écrit sommaire, comme l'est forcément celui-ci, nous se pouvons entrer dans l'examen de la question de race, en distinguant dans l'œuvre commune de la musique britannique, l'appoint respectif de chacun des groupes ethniques par l'ensemble desquels a été peuplée l'Angleterre.

Nous aurons plus loin à dire quelque chose des Normands. L'élément

iaxon (remurquons en passant que le mot anglais glee, représentant un genre original de composition que nous caractériserons plus lard, est issu du vocable saxon j/fgg) l'élément lajton, disons-nous, a, d'après un des historiens que aousavoas mentionnés dans notre préface, fait preuve, en musique, de dons moins brillants que ceux des Celtes, mais peut-être, en revanche, plus profonds, plus complexes. Pour ce qui concerne les Celles, leur goût et leur aptitude pour la musique ont été en quelque sorte reconnus de toute antiquité. Cela s'applique également à ceux d'Ecosse, à ceux du pays de Galles et à ceux de l'Irlande, comme, CD cequi regarde ces derniers, pourrait servir, entre autres témoignages, à le démontrer, le livre d'O'Currj re»

latif aux coutumes des anciens Irlan-

DK LA MUJ[QUE ANGLAISE 3

daU. Les Celles, dès une daie fort reculée, se plaisaieni aux poésies chant^ts, avec l'accompagnement d'uoe a harpe i plus ou moins prîmilive.

Il subsiste, des débuts du vi« siècle, le nom d'un a barde n, celui d'Aneulin Gwandrydd, i la fois guerrier et poète-chanteur, et de ces Gododinitns dont il était le chorège et le chef. Il eut pour frère le plus ancien des annalistes bretons connus, GilbasAlbanius.

Un sanglant épisode de l'invasion anglo-saxonne, le combat ou plutôt le massacre de Caiiracht fut célébré par lui dans un fragment lyrique, que, devenu vieux, il exécutait en s'accompagnaut lui-même de sa harpe.

Certains chants populaires gallois, transmis par la tradition, passent, d'une façon d'ailleurs hypothétique, pour remonter au viii* siècle ; — nous faisons par exemple allusion au

chant qui se rapporterait, seton la légende, à la bataille de Rhuddtan.

Un peu plus lard, au xi° siècle, maïs antérieurement ï l'invasion normande, nous rencontrerions un document se référant à un congrès de bardes.

Sans quitter le viii' iiède, et en aboidant le domaine de l'influence SBionne, nous trouverions les Cantiona ioxonkx que chantait luîmime au peuple, principalemeoi en vue de l'édification morale, un ecclé* siastique, Aldhelm, de race royale, qui, élevé dans un monastère augustinien, devint abbé puis évêque. Au siècle suivant appartiennent les soU' venirs brillants du règne d'Alfred le Grand qui, très jeune, succéda à son frère Athelred en 87 1 , et qui joua dans son royaume insulaire un râle de civilisateur analogue à celui de Charlemagoe sur le continent. Il ver-

sifiait, touchait les cordes. On doit, parait-il, considérer comme purement > mythique » le fait, longtemps accrédité, de la création par ses soins d'une chaire de musique à Oxford.

Ce qui serait en un sens plus impoiiant, du moins en ce qui s'applique àla musique ecclésiastique, c'est l'introductioD, vers la fin du vr[' litcle, du plain-chant ambrosieu, introduction à laquelle se raitachent les noms de Théodore de Tarse et d'Adrien de Naples. Nous ne pouvons au reste nous attarder ici ï l'analyse des questions que soulèveraient divers monuments anciens del'art religieux, depuis l'époque dont il vient d'être parlé jusqu'aux temps auxquels appartient la litanie de la reine Ma* tbilde, morceau probablement exécuté au couronnement de cette princesse en 1067.

On verra, dans une autre partie de cet ouvrage, quelles conjectures ïntérestaDies ont été émhei relativement à t'évolutîoD, à partir d'une certaine date, de la musique instrumentale dans les Iles Britanniques.

Le goût pour les instruments musicaux était une particularité très saillante chez les Irlandais, et les Ecossais se distinguèrent aussi par là de bonne heure. S'il s'agissait de caractériser bforte individualité écos-

lise, nous signalerions les indica-

ions précieuses, ajani trait à l'anmusique, que contient le

ingt-neuviëme chapitre de l'historien de Fordun qui, dans une cbro-

ique générale, conduisit les annales . pajs jusqu'en i36o. Au Xi[< siècle, un- vojrageur continental, Giraldus Cambrensîs, ayant visité l'Irlande, déclarait les habitants de ce

pays supérieurs, en musique instrumentale, à ceux de toutes les autres contrées. Ce serait ici le lieu de faire observer que la harpe, dans les deux branches de la race celtique, a porté les 00ms respectifs de elairsach et de ttlyn. L'instrumeut national primitif qui paraît avoir été foué avec les doigts ou plutôt avec les ongles, sans plectrum ni archet, est déjà cité par Venantius Fortunatus sous le nom de chrotta, mot que l'on retrouve sous les formes : crut, crwth, crowd.

Ce fut plus tard un instrument k six cordes, dont la structure, d'ailleurs, varia sensiblement. — C'est à une date relativement tardive que la harpe proprement dite acquit la colonne qui a subsisté dans sa construction moderne. D'autres instruments sont mentionnés par différents auteurs et furent usités k divers moments du

Moyeo Age : la ciihare, le timpan, etc., puis des instruments à vent :

une sorte de trompette, une flûte de quatre pieds de long i embouchure, une cornemuse, des cors; — ceux-ci figurent déjï dans l'iconographie du Psautier de Cantorbéry. De curieux détails nous sont fournis sur l'espèce de ■ hautbois » (se rappeler peutêtre, à ce sujet, les a hautbois » dont parlent les indications scénic[ues du ihéitre de Shakespeare], instrument de signal dont furent munis les hommes du guet (Wait) à Londres, et dont un édil du roi Edouard I" nous révèle l'existence.

En ce qui regarde la famille des cordes, on comprend, d'autre part, quelle serait l'importance de recherches, possibles seulement dans un travail technique, sur l'apparition de l'archet.

DE LA HUSEQUt ANGLAISE 9

li y aurait aussi bif n des panicularités i relever relaiivemenl à l'orgue.

Cet instrument est déjà meotionné dans le pofenre d'Aldhelm De laude yirginilatis. Le manuscrit célèbre qui coniieni le Crtdo de Saint-Athanase, et qui depuis le xviii' siècle est sorti d'Angleterre, renferme la représentation d'un orgue joué par deux moines. Saint Dunstan, habile, suivant la tradition, dans la musique religieuse (et aussi dans la musique profane), passe pour avoir construit, au X* siècle, un orgue i avec des tuyaux en cuivre *. Au même siècle, appartient l'orgue de l'évique Elphège, lequel comportait, para!t-il , 400 tuyaux, et, pour la soufflerie, n'exigeait pas moins de -jo hommes.

Pour ce qui regarde U ihéorie musicale, il eiisie au Moyen Age en Angleterre un asset grand nombre de traités dont les auteurs furent généralement des religieux. En dehors du Catéchisme de musique d'Alcuin, conservé dans un manuscrit devienne, aucun de ces ouvrages, dit M. Davey, n'égale en antiquité ceux de Hucbald et de Guido, mais plusieurs sont d'une très haute importance. Nous trouvons tour à tour le traité de John Cotton (l'auteur en est encore i la diaphooie : quant à la musique mesurée, elle lui est incoa- Due); — puis le traité anoDjfme, De mtnsurU tl diicantu, très en avance sur le précédent, où il est question de la musique mesurée, et où il est fait mention du personnage, unique ou double, que l'on désigne sous le nom de Franco ; — puis l'oeuvre de Johan*

nés de Gadandia, confondu parfois à tort avec Gerlandus de Be$an{on,elà qui ne doit sans doute pat être attribué l'autre bref traité en deux chapitres conservé sous son nom à Einsiedeln ; — l'ouvrage important de Walter Odington, qui a touché à une foule de questions musicales, iraîlant des instruments à cordes, des proportions des tuyaux d'orgue, de l'accord des cloches; ce livredémontre quelle était l'érudition de l'auteur en tout ce qui se rapporte à l'antiquité, au chant des Eglises d'Orient et d'Occident ; on rencontrerait dans cet pages de curieuses indications sur la manière de composer les rondeU; le moavtmenl contraire est décrit dansdes termes qui mériteraient d'être commentés si le défaut d'espace ne nous l'interdisait ; ajoutons que l'auteur, quelquefois appelé Walter de Evesham.aétécon-

fondu avec Walter de EiDesham.

Nommons Robert de Handlo, de l'œuvre duquel il existe au Bntish Muséum une copie faite par Pepusch <]ue nous avons mentionné dans notre Hiiloirt dt la musique alUmandt. Le traité De qualuor principalibus, etc., ne doit pas être oublié. SignaloDS eacore ^Ired Theinred, et rappelons que Hawkias revendiquait pour Jean de Mûris la naiionalîié an> gUi-.

D'antres traités ont éié malheuretisement perdus : le De tonorum harmania de Wolstan, moine saxon de Winchester (vers l'an looo); — le De remusiea d'Osbern de Cantorbérj (vers 1070) ; — les Kudimenta musices, d'Adamus Dorensis; — plus tard le traité d'un auteur né en Ecosse, Simon Tailler (vers 1 i^o) ; — )e De muska d'Alphredus Anglicus,

DE LA MUSlC^UE ANGLAISE 13

homme d'Eglise, au»! appelé Alfred le Philosophe, quelque temps fixé à Rome, ou sa léputaiioa fut grande, êl qui ne retourna définitiveEneot dans sa patrie qu'en 1368, à la suite d'un légat du pape, le cardinal Ottoboni.

On a fait cette remarque assez curieuse que pas un seul de ces traités théoriques n'est dû à un auteur de race celtique.

Nous pensons que l'on pourrait encore citer, parmi les théoriciens anglais du Mo^en Age : Aaron, abbé à Cologne, mais aé en Ecosse [xj* siècle); Fastolphe, ami de saint Bernard; Athelard, qui voyagea en Egypte et en Arabie, et qui fut, d'après la traduction arabe, l'auteur d'une version latine des Etimtnts d'Euclide ; Grégoire de Bridlington ; Guillaume de la Mare; Tunstède;

BartholoQwus de GlaDtvîlle, i»u de la famille des Soffoll.

A côté des livres lechniquet, une petite place pouiraitétre rëservée aux ouvrages liiltralns et scimlipqua, i:

ceux qui ne touchent à la musique que d'une manière indirecte on incidente. Sur ce terrain, à quelques siècles d'intervalle, nous rencontrerions le nom imposant de Btde le Vénérable, si, pour le classer dans cette section, l'on admet qu'il n'est point l'auteur désirai tésspéciauiplacéssouï son nom, et celui de Roger Bacon.

Au xW siècle, citons Salisbury pour le passage de son Polycraticus où il se montre opposé i la musique d'église trop savante. Egalement en ce siècle, le frère de lait de Richard l", Alexander Neckam fait au moins allusion & la musi<]ue dans son poème :

Dt taadibui dhinx iapitniix. Au

D.ç-,z,t.b,Goog[c

même temps se rapporte le poème,

Oo a pu grouper on certain nombre défaits se rapportant i la naissance de l'harmonie. Nous ne discuterons pas le passage, relatif i cette matière, de VHiiloirt tcciésiaili^ut de Bède, mais ici doit prendre place une remarque d'un écrivain déjà cité plus haut, Giraldus Cambrensii, et relative an reste, à l'harmonie pratique plutôt que théorique. Il note que les Gallois ne chantent pas leurs airs populaires â l'unisson comme les autres peuples, mais en harmonie. Dans l'Angleterre du nord se retrouvait la même particularité, que certains auteurs expliquent par une influence Scandinave ou germanique. D'autre part, en ce qui concerne ta musique savante, un écrivain que nous avons déjà cité fait remarquer que, de l'an loto i l'année i3oo, Paris était le centre intellectuel du monde, que

de nombreux étudiants anglais y séjournaient, que les études de composition musicale étaient alors à Paris en avance sur le reste de l'Europe, et que les jeuoei Anglais venus sur le continent pouraieni ensuite rapporter de U dans les Iles Britanniques des germes féconds.

Les premiers essais harmoniques, en Angleierrecommeailteurs, sont frustes €1 barbares, et, tels que l'hymne ViVfuftnuminEinonnafura, présentent des suites d*octaves et de quintes.

Un manuscrit maintenant î l'Université de Cambridge nous offre une harmonie à trois parties. Quelques autres fragments existent, avec l'emploi d'une portée de quatre lignes.

— Signalons aussi un exemple de mesure ternaire.

Nous rencontrons, au xiii' siècle, une œuvre qui constitue une des plus

D.ç-,z,t.b,Goog[c

singulières énigmes de l'histoire mu- Mcale. Nous voulons parler da canon célèbre qui a Innt exercé la sagacité des érudits. Disons tout d'abord qae les allusions à de prétendus canons dans des auteurs du xii* siècle (Jean de Salisbarj, ou Walter Mapes en UD passage du Conlra avaroi) reposent sûrement sur une simple confusion verbale, et ne doivent pas être entendues comme s'appliqnant à des canons véritables. En réalité, aucun canon n'est connu avant le XV* siècle, à l'exception de celui dont nous allons nous occuper, d'ailleurs très brièvement. En Angleterre, particulièrement, il faut descendre jusqu'à 14S3 pour rencontrer un petit morceau de forme canonique, bien plus simple au reste que celui qui donne lieu à un si grand éionnement, et écrit pour honorer

John Norman, Lord Maire de Londres

Au fond c'est une chose, de l'aveu général, inexplicable que l'existence du canon que Hawkins reporte au zv* siècle, que Burney fait remonter à une date plus ancienne, et que l'examen paléographique permet de fixer d'une manière indiscutable environ à l'année iis6. Des particularités de tonalité et d'écriture seraient ï signaler. La Dotation est celle de Franco dans son traité Dtmtnturabili musica.

La portée est ï six lignes. C'est une pièce profane qui se trouve au milieu de la musique ecclésiastique destinée àl'usage d'un monastère. La composition est un double canon pour six voix.

On y relève, au surplus, des fautes, par exemple des quintes de suite.

Le sujet des paroles est le printemps, le charme du mois de mai, le

chant du coucou, etc. C'est John de Fornseie qui paraît £tre l'auteur de la musique aussi bien que du teïte.

Comment une telle pièce, à une telle date, a-t-elle pu être composée ? Ce problème demeure, provisoirement, sans solution.

Nous avons ci et là dit quelque chose de la musique populaire. Nous compléterons ici, surtout d'après M. Davey, ce qui se rapporte & une si essentielle partie de notre sujet.

Cette musique ne cessa de ae perfectionner. Elle était liée à une foule de coutumes. Au xiii* siècle, en tout si florissant, il existait à Londres une société musicale appelée L« Piii. 11 convient de signaler aussi le développement intéressantde l'art des bardes ei des ménestrels, les uns déjà mentionnés, d'origine celtique, les autres de provenance normande. Les bardes

remarquons le, appartenaient i un ordre plus rek\é que les ménestrels.

Bien entendu, d'ailleurs, en ce qui regarde les bardes, il n'y apaslieu d'attacher de l'importance à des monuments bizarres tels que la pièce de musique (du reste ancienne], présentée, dans un manuscrit du xvii* siècle, comme ayant été jouée à la cour du roi Arthur. Les règlements à l'usage des bardes gallois, si curieux et que nous regrettons de ne pouvoir transcrire ici, indiquent qu'ils étaient surtout poètes, et que la musique ne constituait pour eux que l'accessoire. Cependant il leur fallait posséder une certaine culture musicale, savoir accorder la harpe et en jouer, etc., etc. N'oublions pas de rappeler qu'aux temps anciens, en pays celtique, on serf n'était pas autorisé à jouer de la harpe.

Nouî venons de dire que les ménestrels remonUient à la conqufite Dorminde. On a gardé le nom de quelques-UDS de ceux qui furent contemporains du duc Guillaume : Taillefer est cité dans Augustin Thierry.

Un peu après, nous trouvons Rahere, attaché à Henri !•', I! y avait une différence entre les ménestrels qui t le peuple, et ceux qui fré-

gneurs. Les ménestreli de l'ordre le plus relevé étaient constitués en hiérarchie. Chaque province avait un ror. Un grand nombre de ménestrels assistèrent au mariage des filles d'Edouard I", Jeanne et Marguerite. Ces artistes étaient en général largement payés. En i3o6, à Whitsantide, fut tenue une Cour pliniir^.

Six rois étaient présents, porteurs de noms encore tout français. D'autres

avaient des surDoms également de forme françaiie, Reginald « le Menleni *; Guillaume « Sans manière »

Quant aux ménestrels de l'ordre le plu9 vulgaire, ils chantaient de long»

poèmes dans la rue, divertissaient la fouie, baniaieni les tavernes et les « maisons de bière ■, avaient un répertoire de « carols ■ et de rondes. Les foires attiraient un grand nombre de ces virtuoses ambulants.

Quant au genre de leur musique, il sérail assez difficile à déterminer.

Elle était sans doute très monotone, se réduisant peut-être fréquemment il une courte mélopée sur laquelle, sans se lasser, on cbantail les innombrables strophes de quelque long poème.

En terminant ce chapitre préliminaire, nous devons appeler l'at-

tention sur la stérilité relative du XIV* siècle. Nous ferons également observer que c'est sans doute à celte époque qu'il faut placer le théoricien Hanbojs.

Page 1