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DÉFINITION DE L-A MUSIQUE

Cette satisfaction serait-elle obtenue si les sons n'avaient pas de rapports entre eux et ne se rattachaient pas à un certain ordre en harmonie avec les actes de l'intelligence, à une raison d'être de cette succession de sons qui la fasse différer du bruit? Donc, l'oreille doit être satisfaite par la combinaison des sons, et cette combinaison est un art.

La musique exprime des idées et des sentiments : il y a loin d'une tarentelle à une marche funèbre. On voit donc que la musique, sans aucun secours de paroles, peut donner l'idée du plaisir le plus vif et de la plus sombre tristesse. Elle peut également reproduire les incidents de la vie agreste, comme dans la Symphonie pastorale de Beethoven, le calme des solitudes alpestres, comme dans la première partie de l'ouverture de Guillaume Tell, et aussi, dans la deuxième partie, le tumulte des éléments, les troubles de la nature, la fanfare guerrière et les accents belliqueux. La musique est donc l'art d'exprimer des idées au moyen des sons.

Elle exprime aussi des sentiments. Quoique ici le son musical soit plus intimement associé aux émotions de l'âme, dont il est comme l'écho, et que, par conséquent, les paroles viennent sur les lèvres en même temps que les inflexions de la voix, le langage articulé n'est pas nécessaire pour déterminer la nature du sentiment. La pensée musicale pourra être intraduisible, mais elle portera l'âme à la tristesse ou à la joie, à la méditation ou au mouvement, à la mélancolie ou à la gaieté, à la tendresse ou à une mâle énergie.

L'adjonction des paroles donne de la précision au sentiment exprimé par les sons. La poésie lyrique provoque incontestablement l'inspiration du musicien, mais son concours n'est pas obligatoire pour exprimer des sentiments.

La variété des sentiments exprimés par la musique est telle que chacun d'eux se subdivise en une foule de nuances selon la sensibilité, la nature du tempérament des auditeurs et leur degré de culture morale.

La musique doit enfin exprimer les idées et les sentiments « dans le langage qui lui est propre », c'est-à-dire qu'elle ne doit pas sortir de son domaine, qui est celui des sons combinés avec art, ni de son rôle, qui consiste à charmer l'oreille. Et cette propriété du langage musical a été quelquefois perdue de vue dans l'histoire de l'art, sous l'influence d'idées dominantes, d'une fausse esthétique ou d'une civilisation incomplète. Cette propriété a pour base « le son musical, qui diffère du bruit en ce qu'il est défini, composé et classé dans un système général admis chez les peuples civilisés et particulier à l'art musical1 ».

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