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SUCCESSEURS DE LULLI. M

sieurs années pour faire cesser son exil. Il fit exécuter à la chapelle plusieurs motets du compositeur, que le roi reconnut et dont il parla avec éloge. Des personnes de la cour intercédèrent alors pour obtenir sa grâce. Louis XIV répondit qu'il était le premier à regretter la perte d'un musicien si habile, mais qu'il avait juré de ne point accorder de grâce pour le crime dont il était accusé. Ce ne fut qu'en 1722 que Desmarets put faire reviser son procès au Parlement, obtint la cassation du jugement du Châtelet et la validité de son mariage. Ses pensions lui avaient été conservées, et les ducs de Lorraine le traitèrent libéralement. Il préféra terminer sa carrière en Lorraine, où il mourut en 1741, à l'âge de soixante-dix-neuf ans.

Mouret était d'Avignon. Sa verve méridionale et son talent de chanteur le firent agréer dans le monde. Son opéra-ballet les Fêtes de Thalie, dans lequel il y a des divertissements assez mélodieux, réussit à l'Opéra en 1 714. Trois ans après, il fit représenter Ariane, puis en 1725 Pirithoùs, en 1727 les Amours des dieux, qui furent repris trois fois dans l'espace de trente ans, le Triomphe des sens en 1752 et les Grâces (1755). On a de lui des cantates et trois livres d'airs sérieux et d'airs à boire. Plusieurs de ces airs, entre autres celui de Cahin-caha, sont devenus des timbres de vaudevilles. La duchesse du Maine avait chargé Mouret de l'organisation musicale des fêtes connues sous le nom de Nuits de Sceaux. Il composa beaucoup de divertissements pour la comédie italienne, dans un style fort négligé, à cause de la faiblesse de ses études. On comprend néanmoins qu'ils aient pu plaire, en raison de leur facilité même. La disgrâce de la duchesse du Maine, impliquée dans la conspiration de Cellamare, eut pour conséquence la ruine de son protégé. Mouret perdit ses places, qui lui assuraient un revenu de cinq mille livres. Assistant un soir à l'Opéra, il entendit chanter le chœur de Rameau Brisons nos fers. Ce morceau fit une telle impression sur son cerveau affaibli, qu'à partir de ce moment il ne cessa de le chanter jusqu'à sa mort (1758). On avait été contraint de le transporter chez les Pères de la Charité, à Charenton.

Sous la direction de Gruer, de Lecomte de Saint-Gilles et du président Lebeuf, l'immoralité fut au comble à l'Opéra. On rapporte qu'à la fin d'un repas ou plutôt d'une orgie qui eut lieu à l'hôtel de l'Académie le 15 juin 1751, toutes fenêtres ouvertes, Gruer fit quitter leurs vêtements à plusieurs de ses pensionnaires, au nombre desquelles se trouvaient Mlles Pélissier, Petitpas, Camargo l'aînée, Duval du Tillet, pour 1' « esbatement » de ses convives. Il fut dépossédé de son privilège pour ce fait. Plus tard, la danseuse Mariette, maîtresse du prince de Carignan, fit destituer et exiler par lettres de cachet ses directeurs qui ne subissaient pas ses caprices.

[Mlle Pelissier portail en scène soixante mille écus de diamants qu'elle s'était fait prêter et qu'elle ne rendit pas. Il y eut à cette occasion un

Mademoiselle Pelissier.

homme roué vif pour avoir voulu punir la dépositaire infidèle, ce qui fit faire à Voltaire les vers suivants :

Pelissier, Marseille a des chaînes Bien moins funestes que les tiennes !

Sous tes fers on est accablé, Sans que jamais rien tranquillise :

Quand on les porte on est volé ; On est roué quand on les brise.

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