THEATRE DE MADAME DE POMPADOUR
La marquise de Pompadour aimait passionnément les spectacles et pensa que le roi prendrait plaisir à ces divertissements. On construisit, en 1748, une salle à cet effet dans le château de Versailles. Des seigneurs et des daines de la cour se joignirent à la marquise pour former une troupe chantante et un orchestre. C'étaient le chevalier de Clermont, le vicomte de Chabot, le duc d'Ayen, le marquis de La Salle, Villeroi, la duchesse de Brancas, Mme de Marchais. Le prince de Dombes jouait la partie de basson, le comte de Dampierre et le marquis de Sourches celle des violes. Mais ce monde inexpérimenté ne se serait jamais tiré de l'exécution d'une partition si on ne les avait fait soutenir par vingt-deux choristes de l'Opéra et par des musiciens de l'orchestre. On joua à ce théâtre Vénus et Adonis, dont le livret était de Collé et la musique de Mondonville. Le rôle de Vénus était tenu naturellement par la marquise de Pompadour. Suivant l'exemple donné par la cour, beaucoup de gens, dans la noblesse et dans la bourgeoisie, eurent un théâtre dans leur hôtel ou leur folie, et y firent jouer la comédie à ariettes, des petits opéras assaisonnés de danses, de couplets et de fredons égrillards à foison. On avait de l'esprit partout, plein les poches et sur la langue ; on n'entendait que le bruit susurrant du langage amoureux dans les coulisses et les bosquets, sous les charmilles et dans les boudoirs. On s'amusa beaucoup jusqu'au coup de tocsin de 1789, et même jusqu'au glas funèbre de la société française en 1793. Parmi les artistes, il y en eut qui restèrent eux-mêmes et firent des œuvres remarquables; d'autres fléchirent devant le goût du jour; aussi, pour cette raison, leurs ouvrages furent bientôt démodés.