AUTEURS DE LIVRETS
chrysocale, le vrai diamant du caillou du Rhin. Au lendemain du jour où une troupe de gens de finance, de femmes galantes et de lettrés sensibles applaudissaient au Devin du village, un vrai public se précipita à la reprise A'Atys de Lulli. Dès dix heures du matin on forçait l'entrée pour prendre des places, et il n'y en avait plus à midi (1753).
Les auteurs des livrets dans cette période étaient Roy, Fuzelier, La Motte, La Rruère, Lefranc de Pompignan, Bernard, Mondorge, de La Marre, Moncrif, Cahusac, Marmontel, Yoisenon, Fontenelle. Roy était habile, mais l'insolence qui lui était naturelle et sa mauvaise conduite le confinèrent dans le monde des coulisses. Marmontel disait de lui : « C'est l'homme d'esprit le plus bête que j'aie jamais connu; il semble qu'il a son talent passé au travers du corps, sans qu'il s'en doute, et qu'il n'y ait aucune part. »
Les épigrammes pleuvaient alors, et Roy, qui s'en permettait des plus épicées à l'endroit de ses confrères, en reçut une du meilleur goût. Il avait fait une pièce de vers sur la maladie du roi à Metz, ce qui lui valut le cordon de Saint-Michel ; un malicieux expliqua ainsi cette marque d'honneur :
Notre monarque, après la maladie,
Était à Metz attaqué d'insomnie ;
Ah ! que de gens l'auraient guéri d'abord
Le poète Roy dans Paris versifie,
La pièce arrive, on la lit, le roi dort :
De saint Michel la muse soit bénie!
Si les pièces de Roy invitaient au sommeil, il avait des mots qui excitaient de grandes colères, et je ne sais pas même s'il ne les a pas expiés par quelque bastonnade. Lorsque le comte de Glermont fut reçu à l'Académie française, Roy ne se gêna pas pour dire : « Trente-neuf et zéro n'ont jamais fait quarante. »
Ses livrets de Callirhoé et des Éléments, mis en musique par Destouches (1712-1725), ont joui de quelque faveur.
Rebel et Francœur s'étaient fait connaître très jeunes, en jouant du violon dans les concerts. On les appelait les petits violons. Ils travaillèrent toujours en collaboration, ce qui peut être avantageux; mais cette association n'a produit aucune œuvre supérieure. Ils occupèrent la scène avec Scanderberg (1755), la Paix, opéra-ballet (1758), les Augustales (1744), Zélindor, roi des Sylphes, livret de Moncrif ; les Trophées, la Félicité (1745),
les Génies tutélaires (175!), le Prince de Noisy (1760). Il fallait bien des lendemains aux représentations des opéras de Rameau. Zélindor, eu les Sylphes, obtint un grand succès. Les sylphes étaient à la mode ; Marmontel y contribua par son conte intitulé le Mari sylphe.
Un musicien méridional doué de plus d'imagination que de savoir, Mondonville, débuta par l'opéra d'Isbé (1742), et lit représenter le Carnaval du Parnasse (1749), Titon et l'Aurore (1755), les Fêtes de Paphos (1758). Mais son meilleur ouvrage fut un opéra languedocien dont il fit les paroles et la musique (1754) ; il le remit à la scène en 1768, traduit en français; la pastorale de Daplmis et Alcimadura fut chantée par Jéliotte, Latour et Mlle de Fel, tous trois Gascons, en langue d'oc, avec un succès complet. Mondonville y avait introduit nombre d'airs et de chansons populaires dans le Midi.
Comme directeur du Concert spirituel, ce musicien composa des motets et des oratorios qui ne sont pas sans mérite.
Berton fit représenter plusieurs opéras, parmi lesquels on peut citer Deucalion et Pyrrha (1755) et Adèle de Ponthieu (1772).
Aline, reine de Golconde, de Sedaine et Monsigny, donnée en 1706, n'eut pas un grand succès; le musicien ne possédait pas un style qui convint à la grande scène de l'Opéra.
Floquet, musicien provençal, donna en 1773 un ballet héroïque, dont Lemonnier avait fait le livret. Il était fort jeune et avait des idées mélodiques. Il est resté de cet ouvrage, intitulé l'Union de l'Amour et des Arts, une chaconne longtemps célèbre. Sa Messe des morts eut aussi du succès.
Un musicien fort remarquable succéda à ces artistes médiocres. Ce fut Gossec ; doué de moins de génie que Rameau, il écrivait plus purement, traitait l'instrumentation avec une connaissance parfaite de l'effet et des ressources de chaque instrument. Son style et ses procédés de composition exercèrent une influence décisive sur l'école musicale française, et il prépara le public aux beautés sévères des ouvrages de Méhul. Sabinus fut le premier opéra qu'il donna. Céphale et Procris, de Grétry, furent accueillis froidement (1775). Marmontel en avait écrit le poème, mais il serait injuste de lui attribuer la chute de cet ouvrage.
Grétry n'a jamais pu se plier aux formes du récitatif lyrique. Entraîné par sa verve mélodique, il revenait toujours à la coupe de l'air mesuré ; de là le défaut d'ampleur de son style dans les ouvrages qu'il fit représenter à l'Opéra.
Le récitatif des opéras français était une déclamation subordonnée à l'intonation imaginée par le compositeur, mais où la durée des sons dépen-